C. LYOT. — MALADIES DU CORPS THYROÏDE
et la mort survient le jour même ou le lendemain. Poncet considère ces accidents comme le résultat d'une intoxication thyroïdienne suraiguë résultant soit de l’excitation sécrétoire provoquée par l’intervention, soit de la résorption de liquides versés dans la plaie. — Dans les cas heureux, on voit immédiatement s’améliorer la tachycardie; quant à l’excitabilité nerveuse et à l’exophtalmie, elles demandent parfois près d’un an pour disparaître.
Uelativement à l’exécution de l’opération elle-même, il n’y a guère qu'une particularité à signaler, c’est le danger de l’hémorrhagie dans les formes vasculaires. Il fut tel dans un cas de Ouénu que ce chirurgien dut, pour pouvoir faire l’hémostase, transformer une ablation partielle en thyroïdectomie totale; la malade guérit, mais au pri>: d’accidents myxœdémateux (jne le traitement thyroïdien seul parvint à suspendre.
La ligature des artères thyroïdiennes a été pratiquée par Rydigier, Mikulicz, Woltler, Billroth, Kocher (1), qui déclarent la préférer à la thyroïdectomie. Kocher a rapporté, en 1895, 34 opérations avec 3 morts dont une opératoire et '2 par embolie, 31 guérisons ou améliorations. 11 recommande de ne lier que trois artères afin d’éviter le myxœdème. Pvydigier lie les cjuatre artères et sur 22 cas obtinl 20 guérisons ou améliorations.
L’exothyropexie aurait donné sur 12 cas, entre les mains de Ponce! et de .laboulay, 5 guérisons ou améliorations et 2 morts.
En somme, à coté de succès éclatants, les interventions thyroïdiennes, comme le fait remarquer Poncet lui-méme, comportent des dangers de mort rapide qu’on ne saurait prévoir à l’heure actuelle d'après l’aspect clini(pie du goitre. Ainsi s’explique la faveur avec laquelle on tend à accueillir un mode d’intervention encore très récent, la section ou la résection du sympathique.
SlXTlON ET RÉSECTION DE SVMPATlIIprE CERVICAL. C'cst , dit .JaboU-
lay, en remarquant que le goitre exophtalmique oITrait le tableau d’une excitation intense du sympathique cervical qu'il a conçu l’idée d’agir directement sur ce nerf par la section. Depuis, .lonnesco a pratiqué la résection bilatérale totale du sympathiipie cervical en insistant sur la nécessité de l’ablation du ganglion cervical inférieur d’où part la majorité des filets accélérateurs cardiaques et le nerf vertébral (jui commande l’irrigation bulbo-médullaire. Les cas opérés se montent aujourd’hui à 15 dont 12 résections partielles et 3 résections totales. Les résultats sont des plus encourageants. L’opération est suivie immédiatement de la diminution delà tachycardie et de l'exophtalmie. Le goitre semble disparaître moins rapidement. Deux des malades de .lonnesco, un an après l’opération, peuvent être considérées comme guéries. Chez toutes, sauf une, il y a eu une
{i) Kocher, Cor respondenzblalt fiir Schw eizer. Aerzte, 1®^ janvier 1895.
GOITRE EXOPHTALMIQUE.
transformation frappante de l’étal général, rexophtalmie a toujours disparu, mais la tachycardie et le goitre n’ont pas toujours complètement rétrocédé. Il faut noter aussi une récidive ultérieure dans les cas de Soulié et de Ouénu et deux syncopes sous le chloroforme observées par J.-L. Faure, dont une mortelle, et auxquelles le sympathique n’est peut-être pas étranger.
La technique de la résection du sympathique consiste à pratiquer une incision le long du bord postérieur du sterno-mastoïdien depuis le bord postérieur de l’apophyse mastoïde jusque sur la face antérieure de la clavicule au niveau de son tiers interne. On rejette ainsi en avant tout le paquet vasculo-nerveux, le tronc du nerf mis à nu permet de remonter jusqu’au ganglion supérieur que l’on résèque ou que l’on arrache. La recherche du ganglion inférieur est plus délicate. On dégagera d’abord l’artère thyroïdienne inférieure du plexus sympathique qui l’enserre et l’on réséquera en même temps que le 2:an«rlion le nerf vertébral.
Il est impossible de juger actuellement la valeur réelle de la sympathectomie ni de déterminer ses indications précises par rapport à la thyroïdectomie. Faut-il réserver la seconde aux goitres secondairement exophtalmiques, et appliquer la première aux maladies de Basedow primitives, ces deux interventions pouvant d’ailleurs être complémentaires l’une de l'autre? Peut-être aussi, en réséquant le sympathique, pourrait-on lier les thyroïdiennes inférieures que l’on a sous la main? Ce sont des questions qu’il serait prématuré de trancher ici, car nous n’avons jusqu’à présent en main (pie des traitements symptomatiques.
Pour terminer, je tiens encore à signaler quelques faits exceptionnels dans lesquels l’amélioration ou même la guérison de la maladie de Basedow ont été produites sous l’influence d’interventions portant sur d’autres organes; tels le cas de Hack où il s’agissait d’une cautérisation des cornets, celui de Fraenkel qui guérit par l’ablation de polypes muqueux. Mais par contre Semon a vu l’extirpation de polypes muqueux faire naître l’exophtalmie. Ce sont là des faits de maladie de Basedow symptomatiques qui tendent à confirmer les théories nerveuses.
.le pourrais y ajouter l’observation de Prengrueber d’une hystérique facile à suggestionner qui présentait un très petit goitre avec des palpitations, de la toux, de l’essoufflement et de l’oppression lorsqu’elle montait les escaliers. Un simulacre d’opération sous l’anesthésie, et un volumineux pansement suffirent à la guérison radicale.