VI
J. ARROU. — MALADIES DU COU
par riiémorragie, graves par la crainte de l’entrée de l’air. L’entrée de l’air dans les veines est un accident dont on a beaucoup exagéré l’importance ; son existence même, dans l’extirpation des ganglions du cou, est loin d’être démontrée, et dans les deux cas partout cités de Houx et de Reynier (1) la mort ne survint que huit et douze jours après l’opération avec de la fièvre dans l’intervalle. Nous n’en retiendrons pas moins ce précepte que, dans les cas de lésions de grosses veines du cou, jugulaire ou tronc thyro-linguo-facial, le doigt doit immédiatement se porter à la surface de la plaie vasculaire ou dans sa lumière si la section est complète; après ({uoi, une ligature latérale ou une ligature des deux bouts mettra sûrement à l’abri des accidents. Il ne s’agit dans ces cas ([ue d’avoir du sang-froid et de la présence d’esprit. Dans les cas de Broca, cités par Manson, et dans ceux de Hœhl, il n’y a pas un seul cas de mort ou d’accident grave à la suite de plaie de la jugulaire.
Citons aussi pour mémoire l’angine érythémateuse, signalée par Binet, avec fièvre, état saburral, le lendemain de l’opération. Il ne s'agit peut-être là que d’un peu d’infection chirurgicale.
Nous venons d’exposer, telle que nous la comprenons, l’extirpation des ganglions du cou et ses accidents. Voyons à ({uelles objections elle a été en butte.
Lejars (’i) prétend (fue sans la condamner on doit reconnaître : 1" (pi’elle est rarement complète ; 2° (pi’elle est impraticable dans les cas de grappes volumineuses ou adhérentes aux vaisseaux ; 3° ({u’elle cause des cicatrices étendues.
Or nous pensons que l’extirpation est toujours possible ; qu’elle doit être complète ( c’est-à-dire porter sur tous les ganglions malades et tous les tissus manifestement tuberculeux) et que les cicatrices (ju’elles laissent sont beaucoup moins disgracieuses que celles qui résultent de la cicatrisation naturelle des ulcérations ganglionnaires du cou. Deux reproches plus importants sont la généralisation et la récidive.
La généralisation, possible théoriquement, existe exceptionnellement dans la pratique, et c’est bien à tort que AVrneuil a voulu en faire un épouvantail pour le chirurgien.
Dans les nombreux cas de A. Broca, rapportés par Manson, il n’y a pas un seul exemple bien net de cette généralisation.
La récidive, dit Svynos (3) en s’appuyant sur l’autorité de Verneuil et de Panas, existe dans 99 p. 100 des cas. A. -F. Suchard (4) prétend que la récidive est presque constante ; il vaut mieux laisser, dit-il, la
(1) Binet, thèse de Paris, 1894.
(2) Lejars, Traité de chirurgie de Duplay et Reclus, t. I, p. 739.
(3) Svynos, thèse de Paris, 1895.
(4) A.-F. Suchard, Nouveau mode de traitement des œdèmes scrofuleux {Revue méd. de la Suisse romande, t. XI, 699, p. 91).
LIPOMES DU COU.
>5iippuration bienfaisante se produire; il propose mémo de la hâter par <les injections interstitielles d’iode ou d'extrait de ciguë ou même par l'électrolyse, et laisser ainsi le ganglion s’éliminer sur une petite ouverture qui donnera une petite cicatrice.
Il faut avouer que ces chirurgiens et ce médecin tiennent bien peu de compte des progrès que l’antisepsie a permis de réaliser dans l'exlirpation des ganglions. Car, quand elle est faite proprement et radicalement, la récidive, de la règle, devient l’exception. Hœhl cite bo p. 100 de guérison complète et Manson encore davantage.
Xous terminerons en indiquant brièvement quelques modifications dans la technique de l’extirpation.
Dôllinger (1) propose de faire une incision dans le cuir chevelu, de décoller la peau et d'extirper ainsi les ganglions en rejetant la cicatrice dans un endroit caché.
D’autres (Ollier) ont commencé par enlever des grelïés de Thiersch au lieu de l’incision et, l'opération terminée, d’en recouvrir la solution <le continuité. Xous ne saurions recommander des méthodes aussi peu séduisantes à priori.
Certains auteurs, au lieu de l’extirpation aux ciseaux courbes, préfèrent la curette qui permet d’énucléer les petits ganglions mobiles et de fragmenter les adhérents. Xous croyons que, bien maniée, cette méthode peut donner de bons résultats, mais qu’en général rien ne vaut les ciseaux courbes pour une extirpation sûre et complète.