ENCHONDROMES. — TUMEURS OSSEUSES DU COU
Enchondromes. — Ces tumeurs se développent le plus souvent dans les glandes sous-maxillaire et parotide ; Elles ont été décrites dans ce volume avec les maladies de ces glandes (p.4l8). Mais il est un certain nombre de cas dans lesquels elles en paraissent indépendantes.
On sait que l’on rencontre fréquemment dans la région cervicale des appendices cartilagineux congénitaux, qui se rattachent à l'évolution des fentes branchiales; ils ne constituent pas d’ordinaire de véritables tumeurs. Cependant Poirier et Retterer (1) pensent qu’ils peuvent produire des enchondromes vrais. Enfin ces tumeurs paraisvSent quelquefois pouvoir se développer aux dépens des tissus fibreux primitifs. Elles peuvent devenir très volumineuses et leur extirpation présente alors de grandes difficultés. Dans le cas de Trélat, cité par Duplay (2), l’ouverture de la plèvre fut suivie de pleurésie purulente et la mort fut peut-être le résultat de la blessure du grand sympathique ; le malade de Bœckel (3) mourut rapidement, par suite de la déchirure de la carotide primitive.
Tumeurs osseuses. — On rencontre parfois à la région cervicale des tumeurs osseuses, qui peuvent être des exostoses ostéogéniques analogues à celles que l’on peut rencontrer sur les os en général, mais dont les plus intéressantes sont certainement celles qui se rattachent à la côte cervicale.
On sait que l’apophyse transverse de la septième vertèbre cervicale présente un point d’ossification supplémentaire, qui occupe la partie antérieure de sa base ; normalement, ce point est soudé entre quatre et six ans. Mais il peut se développer d’une façon anormale et constituer alors une véritable côte supplémentaire placée au-dessus de la première côte vraie. Le point supplémentaire d’ossification peut même exister sur les sixième, cinquième et jusqu’à la quatrième vertèbre cervicale et donner naissance à d’autres côtes surnuméraires ; mais l’anomalie la plus fréquente est celle qui se rapporte à la septième vertèbre.
On doit considérer l’existence de la côte cervicale comme une anomalie réversive en rapport avec une disposition normale analogue, existant chez certains animaux.
Cette anomalie se rencontre plus fréquemment chez la femme que chez l’homme, ainsi que cela résulte des recherches de Mesnard (4) et de Janet (5); son origine congénitale explique qu’on l’observe surtout chez des personnes jeunes; cependant Tillmann (6) fait observer qu’on ne l’a guère rencontrée que chez l’adulte ; les symptômes n’apparaissent guère, en elfet, qu’à la suite d’un traumatisme
(1) Poirier et Retterer, Soc. aiiat.. 1889, p. 338.
(2) Duplay, Pathol, ext., t. V.
(3) Gillette, Dici. encijcl. des sc. méd. art. Cou.
(4) Mesnard, thèse de Paris, 1884.
(5) Janet, thèse de Paris, 1890.
(6) Tillmann, Anal, in Sem. méd., 1895, p. 506.
J. ARROU. — MALADIES DU COU
oii quelquefois après une maladie ayant déterminé un amaigrissement notable et la disparition de la gaine qui protège les vaisseaux et les nerfs (Tillmann).
Enfin la bilatéralité est assez fréquente, puisqu’elle a été notée dans ()7 p. 100 des cas de la statisti(iue de Tillmann, qui porte sur
cas.
La côte de la septième cervicale peut être plus ou moins développée et Blanchard (1) divise les cas d’anomalie en cinq catégories :
1° La côte est complète, s’articulant en arrière avec l’apophyse transverse de la septième vertèbre cervicale et en avant avec le sternum entre la clavicule et la première côte;
2® La côte est complète, mais son cartilage se fusionne en avant avec celui de la première côte;
3® Il n'existe de la côte supplémentaire que ses deux extrémités qui sont reliées par un trousseau fibreux ;
4® Le trousseau fibreux intermédiaire fait défaut et les deux extrémités sont libres ;
5® L’extrémité antérieure de l’arc osseux surnuméraire, qui est court, se soude avec la première côte qui paraît ainsi bifurquée en Y à son extrémité postérieure.
Les rapports de la côte supplémentaire sont les suivants :
Lorsqu’elle est longue d’au moins 5 à fi centimètres, l’artère passe au-dessus d'elle et nous verrons que cette disposition présente une certaine importance pour le diagnostic; lorsqu’au contraire elle est plus courte, l’artère conserve ses rapports normaux avec la première côte thoracique.
11 arrive assez souvent que la côte cervicale ne se manifeste par aucun symptôme, et, sur les cas de Tillmann, 13 fois l’anomalie n’a été reconnue que par hasard. Mais, dans les autres cas, elle détermine des symptômes fonctionnels en rapport avec son siège.
Le début est en général insidieux; le malade s’aperçoit par hasard de l’existence d’une tumeur, ou bien son attention est attirée par des fourmillements dans le membre du côté atteint. Les signes phgsiques sont faciles à imaginer ; il existe à la partie inférieure de la région sus-claviculaire une tumeur de volume variable, arrondie ou plus ou moins allongée, dure, incompressible, non mobilisable. Dans un cas de Coote (2), la tumeur paraissait pulsatile ; mais en l’examinant avec attention, on reconnaissait que les battements étaient dus à l’artère sous-clavière, qui était repoussée et soulevée par la côte.
Les sgmptômes fonctionnels sont plus importants, et, lorsqu’ils sont très accentués, ils commandent une intervention chirurgicale. Ils résultent presque tous de phénomènes de compression intéressant le paquet vasculo-nerveux, et principalement l’artère sous-clavière.
(J) Blanchard, Rev. scient., 1885.
(2) Coûte, The Lancet, 1861, rapporté in thèse de Janet.