TUMEURS OSSEUSES DU COU
Il y a de la faiblesse, de rengourdissement de tout le meml^re supérieur avec sensation de fourmillements et de crampes; quebpiefois, le membre est notablement plus faible que celui du côté sain, comme cela est bien net dans l’observation de Janet; la compression artérielle explique aussi la faiblesse du pouls comparé au pouls radial opposé et la sensation de froid qui est parfois assez accentuée pour ([lie les malades éprouvent le besoin de couvrir d'une façon particulière le membre atteint; enfin, la compression de la sous-clavière explique l’œdème, que l’on peut observer au coude et à l’avant-bras.
Les compressions nerveuses produisent des douleurs vives, lancinantes, irradiées dans ditférentes directions ; tantôt c’est du côté de l'oreille, quelquefois dans la région postérieure de l’épaule, le plus souvent dans la direction du membre supérieur ; elles siègent alors sur le trajet du circonflexe et du musculo-cutané, vers le coude et fréquemment aussi vers le bord cubital de l’avant-bras et dans les deux derniers doigts, surtout l’auriculaire. On comprend que la position des membres ait une certaine influence sur la production de la douleur, et, d’après Mesnard, certains malades, pour dormir, sont obligés de mettre le bras dans l’abduction. Enfin on constate assez fréquemment une atrophie musculaire parfois très accentuée et étendue à tout le bras, comme dans l’observation (Je Janet. Notons encore l’enrouement et la gêne de la déglutition qui existaient chez une malade de Tillmann.
Tous ces phénomènes sont, bien entendu, inconstants et essentiellement variables suivant les malades.
Diagnostic. — Le diagnostic est en général facile; on pourra cependant confondre ce genre de tumeur avec une exostose ostéogénique, et plusieurs cas de cette dernière affection paraissent bien se rapporter à l’existence d’une côte cervicale. Les lésions syphilitiques des os, l’enchondrome, le carcinome, se reconnaîtront facilement aux antécédents et à la marche de l’alïection ; enfin Mesnard cite un cas où la côte de la septième cervicale avait été confondue avec une luxation de l’extrémité sternale de la clavicule.
Traitement. — Le traitement est purement chirurgical ; mais on ne doit recourir à l’extirpation que lorsqu’il se produit des symptômes fonctionnels gênants; la zone opératoire est en effet particulièrement dangereuse en raison de la présence du gros paquet vasculo-nerveux, et l’on n’oubliera pas que Périer et Tillmann ont ouvert le cul-de-sac de la plèvre qui adhérait à la côte supplémentaire.
Périer pratiqua une incision par laquelle il arriva sur la rangée des apophyses transverses cervicales ; il décolla alors les insertions musculaires en avant et en arrière de la lame apophysaire et réséqua 1 centimètre de côte ; le malade sortit guéri au bout de quelques jours, mais l’atrophie musculaire persista encore longtemps. Bardeleben suivit un procédé analogue. Après avoir détaché les insertions
J. ARROU. — MALADIES DU COU
musculaires, il résé([ua toute la partie accessible de la côte; les douleurs disparurent, mais, ({uatre mois après riiitervention, l’atrophie musculaire persistait sans amélioration. Du reste, l’opération n’esl pas toujours curative et Verneuil fut obligé d'intervenir quatre fois pour un cas de ce genre (1).
Tiiiiieiirs malig-iies. — Ce sont des sarcomes ou des carcinomes desquels il faut séparer les tumeurs analogues développées aux dépens des glandes et des autres organes de la région.
On peut rencontrer ces productions partout, mais elles sont particulièrement fréquentes au niveau du paquet vasculo-nerveux, et l’on verra que leur origine peut expliquer dans une certaine mesure leur localisation.
Les sarcomes sont plus frétjuents ; Cari Régnault en compte quatorze contre six carcinomes ['2); leur siège périvasculaire est noté dans la plupart des cas, et l’on admet qu’ils se développent soit dans les ganglions, soit dans le tissu conjonctif de la gaine des vaisseaux. Une variété de sarcome a été particulièrement étudiée par Paltauf : ce sont les endothéliomes développés dans cet organe situé à la bifurcation de la carotide primitive et formé d’un lacis vasculaire entouré de tissu réticulé, qu’on appelle glande carotidienne. Paltaul en a réuni cim[ cas dans lesquels l’examen histologique a fait reconnaître « un réticulum contenant des cellules volumineuses à protoplasma large et clair, à gros noyau ; une capsule conjonctive les entoure; un important lacis vasculaire les irrigue » (3); leur volume ne dépasse pas celui d'un œuf de poule.
Ouant aux carcinomes, moins nombreux, ils paraissent se développer dans les glandes lymphatiques, dans des lobules thyroïdiens aberrants et dans les débris épithéliaux provenant des fentes branchiales (carcinomes branchiogènes de \*olkmann, de Kœnig).
Ces tumeurs ont l’évolution ordinaire des tumeurs malignes, elles ne gênent pas d’ordinaire la circulation artérielle, mais peuvent comprimer et thromboser les veines. En ce qui concerne les tumeurs de la glande carotidienne, Paltauf note qu’elles se développent de vingt-huit à trente-cinq ans et que leur évolution assez lente varie de six mois àcim{ ans; elles peuvent amener la mort par hémorragie.
Les récidives sont fréquentes après l'intervention chirurgicale; enfin Litten (4) a rapporté un cas de généralisation, à l’humérus droit et au foie, d’un sarcome de la carotide.
L’extirpation est des plus délicates en raison de la proximité de gros vaisseaux dont la lésion est presque inévitable.
(1) Veuneuil, Soc. de chir., 1890.
(2) Carl Uegnault, Arch. für kliii. Chir., Bd. XXXV, 1887, p. 51, anai. in Gaz. hebdom.., 1887.
(3) Paltauf, Zieylers, Beilr. z. path. Anat., 1892, anal, in Revue des sc. méd. de Hayem, t. XLI, p. 641.
(4) Litten, Soc. de méd. int. de Berlin, 29 mai 1893, et Sem. méd., 1894, p. 205.
KYSTES DU COU