ANOMALIES DES DIVERS PLANS
connaît que de rares observations cliniques d’absence congénitale d’une ou plusieurs côtes.
La première côte atrophiée peut ne pas arriver jusqu’au sternum : ou bien elle en reste complètement séparée, formant une véritable côte flottante cervicale; ou bien elle lui est rattachée par un simple ligament fibreux.
Les modifications dans le nombre des côtes flottantes et des fausses côtes sont très fréquentes et sans aucun intérêt clinique.
On a signalé quelques cas d’absence congénitale de plusieurs côtes sur le vivant (1). Le thorax est comme désossé sur une certaine partie de son étendue ; la paroi se déprime dans l’inspiration et fait saillie pendant la toux. La hernie congénitale du poumon, étudiée ailleurs, est en rapport avec cet arrêt de développement.
Les anomalies par excès de côtes sont plus fréquentes, et les côtes surnuméraires sont de connaissance banale. L’étude du développement des vertèbres a appris que les côtes sont représentées sur toute la hauteur de la colonne vertébrale. Celles de la colonne dorsale se développent seules à l’état normal, et les côtes cervicales et lombaires restent rudimentaires : on trouvera dans les livres d’anatomie et d’embryologie tous les détails relatifs aux tubercules costiformes des vertèbres cervicales et lombaires. L’apparition de côtes au cou ou aux lombes constitue une anomalie de régression, le retour d’une disposition atavique qu’on retrouve à l’état normal chez certains animaux (poissons, reptiles, etc.).
Les côtes lombaires n’ont guère d’intérêt clinique et tous les cas publiés concernent des découvertes d’amphithéâtre. Il n’en est pas de même des côtes cervicales ; car elles peuvent nécessiter une intervention. Néanmoins elles passent souvent aussi inaperçues pendant la vie, et la plupart des faits de côtes surnuméraires du cou ont été rassemblés par des anatomistes. Ainsi, Gruber a étudié 45 cas post mortem^ et '2 seulement pendant la vie; Pilling en a relevé 92, tous sur les cadavres. Tillmann a pu cependant réunir 26 observations cliniques. Il s’agit toujours de la transformation en côte du tubercule antérieur de l’apophyse transverse de la 7® cervicale : d’où le nom de septième côte cervicale.
L’anomalie est souvent bilatérale, mais il n’y a pas, d’ordinaire, symétrie dans les deux côtes supplémentaires. Parfois flottante, c’està-dire libre dans les parties molles du cou, d’autres fois elle s’unit à la première côte, soit par un ligament, soit par une véritable articulation, ou enfin par synostose. La côte cervicale peut aussi atteindre le sternum et s’y trouver réunie, comme les côtes normales, par un cartilage.
La septième côte cervicale provoque quelquefois pendant la vie des
(1) Sabrèges, Revue de méd., 1894, p. 1010.
CH. SOULIGOUX.
AFFECTIONS DE LA POITRINE
troubles fonctionnels par compression des organes vasculo-nerveux de la base du cou. Dans un cas, l’extirpation a été pratiquée par Périer pour remédier à des troubles de compression du plexus cervical droit. Plus récemment, Tillmann, Fischer, Peyrot, sont intervenus de même, en raison de troubles de l’innervation du membre supérieur; la côte surnuméraire comprimait le plexus brachial. Stephen Paget signale des troubles de la circulation par compression de la sous-clavière : diminution du pouls radial, engourdissement, hypothermie, gangrène et meme anévrysme sous-clavier.
Les anomalies du sternum entraînant des modifications dans l’aspect général du thorax ont été étudiées précédemment. Signalons, en outre, les anomalies de forme et de direction de l’appendice xiphoïde : il peut être ovalaire, triangulaire, former un angle ouvert, en avant ou en arrière, à son union avec le corps du sternum. Peyrot signale un cas de résection de l’appendice qui, dévié en arrière, provoquait des troubles fonctionnels graves de l’estomac.
Les arrêts de développement offrent plus d’intérêt. On sait que le sternum est représenté primitivement par deux bandes cartilagineuses ( hémisternum) que forment en se soudant les extrémités distales des arcs costaux. Si la fusion de ces deux pièces vient à manfpier, il en résulte une malformation connue sous le nom de fissure (lu sternum. La fissure complète du haut en bas de la cage thoracique est rare. Il s’agit, d’ordinaire, d’une division intéressant une partie seulement de la hauteur de l’os, tantôt la portion suj)érieure, tantôt l’inférieure. La bifidité, la perforation de l’appendice xiphoïde, appartiennent à ce groupe de malformations.
Si les deux bords de la fente sternale sont unis par des ligaments^ la fissure est dite simple. La fissure est compliquée si ces ligaments font défaut : on sent alors le cœur battre immédiatement sous la peau et cette disposition a été mise à profit par les physiologistes.
A la fissure sternale compliquée se rattache Vectopie cardiaque antérieure ou préthoracique, difformité comparable à la hernie ombilicale embryonnaire. Cette dénomination n’est applicable qu’aux cas où le cœur, hors de sa position normale, vient faire saillie dans l’intervalle de la fissure, au dehors de la cage thoracique. Les téguments qui recouvrent le cœur ectopié ne sont pas toujours normaux : la peau peut manquer dans une étendue plus ou moins grande, et on trouve à sa place une membrane sans vitalité qui a tendance à se mortifier. Parfois, il n’y a pas de son péricardique et on voit battre le cœur à nu. Lannelongue a publié une remarquable observation de ce genre, rapportée tout au long dans le Traité de chirurgie de Duplay et Reclus. Il s’agissait d'un nouveau-né atteint d’une fissure sternale descendant jusqu’à l’appendice xiphoïde. La peau ulcérée laissait battre la pointe du cœur au dehors, et la face antérieure des ventricules était tout entière exposée sans péricarde. Le cœur fut recou-