‹ Bouche, pharynx, œsophage, larynx, trachée, corps thyroide, cou, poitrineChapitre 164 sur 194 · PLAIES PÉNÉTRANTES DE POITRLNE · texte numérisé non relu

PLAIES PÉNÉTRANTES DE POITRLNE

Étant donnée la grande vitesse dont ils sont animés, les projectiles lancés par les armes de guerre traversent la poitrine de part en part. Les orifices d’entrée et de sortie sont généralement étroits. Ainsi, sur un blessé hova, observé par Béchard (1), l’orifice d’entrée était d’un centimètre et demi, l’orifice de sortie de 2 centimètres dans son plus grand diamètre. La guérison survint sans incident notable. A sa sortie, la balle peut rencontrer des côtes, et surtout l’omoplate ; dans ce cas, les débris osseux, poussés par le projectile, agrandissent considérablement la plaie.

Les balles des fusils de guerre se comportent, à l’égard du poumon, comme des instruments piquants ou tranchants, et comme ceuxci déterminent des accidents d’autant plus graves qu’elles ont intéressé des vaisseaux et des bronches de calibre plus grand. Mais, d’une façon générale, l’exiguité du calibre de la balle entraîne l’étroitesse de l'orifice d’entrée, sa vitesse fait qu’elle perfore les vêtements, sans en emporter avec elle des débris. Après le passage du projectile, les tissus se rapprochent et s’opposent ainsi à la pénétration de l’air extérieur dans la cavité pleurale. Aussi la gravité de ces blessures est-elle beaucoup moindre qu’autrefois. Il s’agit, bien entendu, des cas où le blessé n’a pas été tué sur le coup par le passage de la balle à travers un gros vaisseau.

Dans les plaies par balle de revolver, observées à la suite de suicide, l’orifice d’entrée est généralement noirâtre, les bords et les environs sont plus ou moins brûlés par la poudre. Il est rare que le trajet de la balle soit direct. Comme, dans la plupart des cas, le suicidé cherche à atteindre le cœur, la blessure siège à gauche et la balle chemine obliquement à travers les parois, de droite à gauche et d'avant en arrière. Les tissus qui avoisinent son trajet sont, généralement, infiltrés de sang sur une petite étendue.

De la cicatrisation des plaies du poumon. — Dans la grande majo rité des cas, la guérison des plaies du poumon s’obtient assez rapidement, et cette cicatrisation se fait vite, comme le prouve l’observation rapportée par Nélaton. Au bout de cinq jours, il fallut un examen attentif pour découvrir la plaie pulmonaire, et ce ne fut possible que grâce à une très légère ecchymose du tissu pulmonaire. En décollant avec un stylet les bords réunis de la plèvre viscérale, on constata qu’il y avait réunion exacte des bords de la plaie pulmonaire.

Depuis longtemps, les auteurs se sont attachés à en étudier le mécanisme. Reybard (2) fit sur le chien un certain nombre d’expériences. Mais, à part un cas où, au cinquième jour, il trouva la plaie pulmonaire réunie, il constata, dans tous les autres, que les plaies encore ouvertes laissaient échapper l’air et que la plèvre était remplie d’air et de liquide à odeur infecte. Il est évident que Reybard infectait à

(1) Béchard, Arch. de mêd. et de pharm. mîlit., 1896.

(2) Reybard, Mémoire sur les plaies pénétrantes de poitrine, 1827.

chaque fois les animaux en expérience. C’est aussi ce que l’on rencontre chez riiomme quand l’instrument, les débris de vêtement ou tous autres corps étrangers, introduits au moment du traumatisme, sont septicjues, ou encore lorsque des micro-organismes, venus des gros rameaux bronchiques, infectent la plaie. Dans d’autres circonstances, le caillot (jui obture la plaie pulmonaire se désorganise, sous l’intluence de l’infection, des hémorragies secondaires se produisent, analogues à celles qu’on observe dans les plaies septiques de la paume de la main ; la pleurésie purulente est alors presque fatale. Cependant, si la plaie fermée, le poumon est revenu se mettre au contact de la paroi thoracique, des adhérences le fixent, et, si la plaie pulmonaire vient à suppurer, les parties mortifiées s’élimineront par la plaie cutanée. La fistule ainsi formée se fermera peu à peu et se comblera par du tissu fibreux. De tout cela, il ne restera qu’une adhérence pleuro-pulmonaire et une sclérose partielle du poumon. L’ouverture d’une grosse bronche pourrait amener la production d’une fistule broncho-cutanée persistante. Mais cetle dernière est rare, et, le plus souvenl, si la cicatrisation d’une plaie pulmonaire importante ne se fait pas, s’il existe un corps étranger infecté, la plaie pulmonaire suppure, les parties du poumon sont frappées de gangrène, un abcès du poumon se forme, et f hémothorax se transforme en pyothorax.

A côté des plaies intéressant la jilèvre et le poumon d’un seul côté, nous devons citer celles qui siègent sur les deux côtés de la poitrine, qui peut être traversée transversalement de part en part. Ordinairement la mort est la terminaison fatale de ces sortes de plaies. On cite cependant des cas de guérison. Kœnig rapporte l’observation d’un soldat traversé départ en part par un bfiton pointu, et qui guérit. Nimier (1) a observé un Chinois ayant reçu une balle entrée au niveau de la pointe de l’épaule gauche. Le trou d’entrée, petit, siégeait sur la face externe du deltoïde, à 6 centimètres au-dessous de l’acromion, le trou de sortie, plus ouvert, se trouvait à la partie inférieure de faisselle droite. Le rachis avait été lésé, il existait une paralysie des deux membres inférieurs. Le blessé mourut trois jours après du fait de la lésion médullaire.

Ces plaies peuvent intéresser à la fois la plèvre, le cœur, ou d’autres organes contenus dans le médiastin. De même celles qui siègent au niveau des culs-de-sac inférieurs peuvent blesser le diaphragme, le foie, le rein, la rate. Ces cas seront étudiés avec les blessures de ces organes. Elles peuvent s’accompagner de blessures de l’estomac, de l’intestin. J’ai vu à la Société anatomique des pièces provenant d’un •sujet qui s’était tiré un coup de revolver. La balle, après avoir traversé le poumon, avait perforé le diaphragme et l’estomac, sectionnant sur son passage l’artère coronaire stomachique,

1) Nimier, Congrès de chirurgie, 1888,

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