ÉPITHÉLIOMA DU PLANCHER DE LA BOUCHE
il a fait lui-mome le diagnostic de scorbut, confirmé d’ailleurs par un pharmacien, et, inquiet de cette constatation, il est venu nous demander conseil.
A une période plus tardive, le néoplasme s’étend et se difluse, adhère à tout ce qui l’environne et s’ulcère. L’aspect de cette ulcération à fond creusé et irrégulier, couvert de détritus ichoreux et fétides, ou présentant une surface végétante et mamelonnée, reposant sur une masse indurée, est assez caractéristique pour que le diagnostic ne soit guère hésitant. C’est l’aspect que représente notre figure 27 empruntée à l’atlas de Mikulicz et Miclielson.
Il est plus délicat de savoir au jusle l’exacte étendue de la tumeur et d’être renseigné sur ses connexions précises avec le maxillaire. 11 faut toujours admettre, qu’au delà de la limite tangible du néoplasme, il y a une zone suspecte,
]>rohahlement envahie déjà par des éléments épithéliaux, dont rien encore ne révèle la présence.
Les ganglions sous-maxillaires sont envahis d’une façon précoce, et ceux de la région carotidienne ne tardent pas
eux-mêmes à subir la même dégénéres-
Fi{^. 27. — Cancer du plancher de la lîouche (d’après Mikulicz et
Michelso>) (1).
cence épithéliomateuse.
Peu à peu tout le plancher est transformé en une masse néoplasique. La
peau devient adhérente, envahie par sa face profonde. Elle peut être détruite en certains points, et comme je l’ai vu chez un malade de Gérard Marchant, à Tenon, il existe alors une perforation qui fait communiquer la cavité buccale avec l’extérieur.
Les signes fonctionnels se manifestent d’une façon précoce et avec une intensité qui rend fort pénible la situation de ces malheureux.
Les mouvements de la langue sont, de bonne heure, rendus difficiles et, à un moment donné, deviennent impossibles, en tant que mouvements de déplacement total.
De ce fait la mastication, la déglutition et l’élocution s’exécutent dans les conditions les plus défectueuses, et il arrive un moment où le malade ne peut plus se faire comprendre, et doit renoncer à l’alimentation solide. En outre la tumeur, qui au début était indolente^ devient la source d’horribles douleurs, s’irradiant dans la langue, la face, et revêtant en outre habituellement le caractère des douleurs du cancer de la langue, c’est-à-dire qu’elles se localisent dans l’oreille,.
(1) Mikulicz u. Michelsox, Atlas der Krankheiten dcr Mund und Rachenhdhle. ■ Berlin.
et que cette otalgie peut devenir le plus pénible symptôme dont soullVe le malade.
Enfin vient la cachexie, et le malade succombe dans le marasme, à moins qu’une hémorragie, une pneumonie inlectieuse, un accès de dyspnée ne viennent abréger ses soulTrances.
Marche. — La marche de l’afiection est relativement rapide, et parmi les cancers il n’en est guère dont la malignité soit pire.
Traitement. — Le traitement présente en outre d’assez grandes difficultés.
Dans la plupart des cas il n’est pas possible d’opérer par les voies naturelles. 11 faudrait pour cela que le néoplasme fût tout au début, et malheureusement il est exceptionnel de rencontrer un malade dans des conditions aussi favoraljles. En outre, il nous semble que l’ablation des ganglions sous-maxillaires s’impose, môme quand ils ne présentent cliniquement rien d’anormal. Aussi est-il presque toujours indiqué de s’ouvrir une voie préliminaire. Dans les cas limités, auxquels nous venons de faire allusion, la voie sous-maxillaire nous paraît naturellement indiquée, pour extirper en passant la glande sous-maxillaire et les ganglions plus ou moins suspects logés dans sa capsule. Mais pour peu ({ue le cancer soit un peu étendu, il ne faut pas hésiter à s’ouvrir une large brèche par la seclion du maxillaire. Cette méthode nous paraît ici la méthode de choix. Mais faut-il faire la seclion médiane de Roux, ou faire passer le trait de scie en dehors de la ligne médiane ?
A cel égard j’aurais plutôt tendance à me conformera la pratique de mon ancien maître, Richet, dont le procédé consiste à découvrir le maxillaire par une longue incision partant de la lèvre et descendant dans la région sus-hyoïdienne, à scier oljliquement le maxillaire, au niveau de la canine ou de la première petite molaire, et à écarter comme un lambeau le fragment postérieur du maxillaire et les parties molles ([ui le recouvrent.
Ce j^rocédé donne un jour merveilleux, une grande facilité de manœuvres, permet d'extirper du plancher buccal la quantité nécessaire, sans compromettre l’attache antérieure de la langue, quand celle-ci peut être conservée. Les deux fragments du maxillaire s’appliquent sans effort et se trouvent placés comme dans les fractures ordinaires de cet os.
11 s’agit cependant d’une opération grave, très grave, dont la mortalité est considérable. Ce que nous avons dit à propos des interventions sur la langue nous dispense d’insister plus longuement sur ces questions de médecine opératoire et sur les opérations adjuvantes destinées à améliorer le pronostic.
Quand la tumeur adhère au maxillaire, il faut en réséquer une certaine étendue. On est conduit aussi, dans certaines interventions, à sacrifier une partie des téguments suspects ou franchement envahis.