TUMEURS MALIGNES PALATINES
rien à voir avec raffeclion qui nous occupe. Ce sont des tumeurs mixtes. Les tumeurs malignes dont il est question ici sont des épithéliomas véritables, du groupe des épithéliomas pavimenteux lobulés. Ils prennent généralement naissance au voisinage du bord libre du voile, au pourtour de la luette ou sur la luette elle-même. De là ils gagnent de proche en proche, envahissent en avant le corps du voile, mais progressent surtout latéralement le long de l’arc palatin.
Quand l’épithélioma a pris naissance au niveau de la voûte palatine proprement dite, ce qui est encore plus rare qu’au niveau du voile (Trélat, Verneuil, Kronecker, Lejars, etc.), il envahit rapidement le squelette et peut pénétrer dans le sinus maxillaire ou les fosses nasales.
Dans un cas de Brissaud l’épithélioma s’était développé au niveau d’une plaque palatine de leucoplasie buccale.
Le diagnostic ne présente aucune difficulté sérieuse. La tumeur s’offre avec une grande netteté à l’examen par la vue et le toucher. Sur la voûte ou sur la face inférieure du voile et plus souvent à la partie postérieure de ce dernier, existe une masse irrégulière, bourgeonnante, mamelonnée, en forme de champignon ou de plaque irrégulière.
C’est, en elfet, presque toujours l’aspect végétant que revêt d’abord l’épithélioma en cette région. Quand l’alfection a débuté par la luette, la tumeur l’englobe rapidement et se substitue à elle, et prend la forme d’un chou-fleur.
Chez le vieillard dont j’ai recueilli l’observation, le néoplasme, du volume d’une noix, ayant envahi la luette dans sa totalité, était appendu comme un lustre au bord postérieur du voile du palais.
Seuls les papillomes, qui ne sont pas rares à ce niveau (1), pourraient, à un examen très sommaire, prêter à confusion. Mais ils sont souvent multiples, nettement pédiculés ; leur surface est papillaire, couverte de petites saillies, bien plus régulières et bien moins volumineuses que dans le cas d’épithélioma (fig. 31), leur couleur est rosée, ou légèrement grisâtre, ils reposent sur des tissus parfaitement souples, on les voit habituellement chez des sujets jeunes. Ils ont, en définitive, une physionomie propre très différente de celle de la tumeur épithéliale, et celle-ci présente un aspect assez caractéristique pour qu’on la reconnaisse d’emblée, sans avoir besoin de recourir à la méthode des diagnostics par exclusion.
L’affection est par elle-même indolente, au début, du moins. Mais elle détermine une gêne mécanique des mouvements du voile du palais.
Fig. 31. — Papillome de la luette (d'après Mikulicz
et Michelson)-
(1) G. CouuTADE, thèse de Paris, 1886. — Boursier, Clin.chir. de Bordeaux, 1887. Traité de chirurgie. VI. — 20
La déglutition s’exécute d’une façon imparfaite et devient rorigine de quintes de toux par chute dans le larynx de parcelles alimentaires.
En outre, les traumatismes insignifiants, mais répétés, que cause le passage des aliments solides, déterminent parfois de légères hémorragies.
En outre, la tumeur entrant en contact avec la base de la langue et l’épiglotte, détermine des sensations de chatouillement, de picotement dans la gorge, ou encore des quintes de toux et des nausées.
On conçoit que les choses ne restent que peu de temps en cet état. Le cancer gagnant de proche en proche, l’isthme du gosier est bientôt envahi, et cette extension du néoplasme augmente progressivement la dysphagie. Puis surviennent les douleurs, l’engorgement ganglionnaire, l’amaigrissement, cortège habituel des tumeurs malignes, et aussi la terminaison obligée, la mort après une période de cachexie plus ou moins longue.
L’envahissement des ganglions peut être précoce et prendre des proportions considérables, alors que la lésion palatine est encore très limitée.
C’est par exemple ce qui se produisit chez le malade de Katzenstein (1), qui présentait, avec un tout petit cancer de la luette, une volumineuse adénopathie sous-maxillaire. Cette tumeur ganglionnaire avait été le premier symptôme observé, la tumeur de la luette n’ayant encore révélé sa présence par aucune douleur ni par des troubles fonctionnels notables.
Le contrairement à l’épithélioma, paraît se développer plus
volontiers au niveau de la voûte palatine osseuse. Il est probable que ces sarcomes ne sont pas tous absolument comparables.
Un bon nombre doivent être des adéno-sarcomes, ayant pour point de départ les glandes de la région.
D’autres sans doute naissent directement du tissu conjonctif et des fentes lymphaticjues. Ces tumeurs sont rares et leur interprétation est assez délicate. Le professeur Berger fait remarquer que cette difficulté est précisément une des causes du désaccord qui règne au sujet des tumeurs mixtes et de leur origine.
Dans plusieurs travaux importants parus sur ce sujet, il a relevé une certaine confusion entre les tumeurs dont le siège constant est le voile et celles qu’on ne rencontre habituellement qu'à la voûte, confusion qui conduisait à étendre aux tumeurs mixtes du voile des considérations anatomo-pathologiques applicables seulement aux tumeurs de la voûte. Ce qu’on appelle des tumeurs mixtes peut à la rigueur se rencontrer à la voûte, avec leur caractère habituel de bénignité, quelques rares exemples paraissent le démontrer. Mais les tumeurs qu’on y rencontre ordinairement ont une évolution toute
(1; Katzensteix, Berlin, medic. Gesellschaft, 1852.