TUMEURS MALIGNES PALATINES
différente. Si au début il y a quelques analogies cliniques, les choses ne tardent pas à changer de face, et la tumeur se comporte comme une tumeur maligne, adhère au squelette, perfore ta voûte et envahit les fosses nasales, évolue avec rapidité et entraîne la mort du sujet. Cette marche, qui rappelle si peu révolution lente et torpide des tumeurs mixtes du voile, suffirait à elle seule à les faire considérer comme une variété distincte.
Dépouillant les observations de Volkmann et Eisenmenger,M. Berger trouve que, « parmi les tumeurs de la voûte palatine dont ces auteurs ont rapporté l’histoire, il n’en est pas une qui ait présenté les apparences cliniques et la marche des tumeurs mixtes telles qu’on les observe au voile, aux glandes buccales, à la sous-maxillaire, à la parotide. Deux fois l’ulcération des téguments qui les recouvraient, dans presque tous les cas l’envahissement et -la destruction des parties avoisinantes du squelette, dans un d’eux des récidives multiples et précoces, toujours l’accroissement rapide de la tumeur leur imprimaient un cachet de malignité relative. A côté de ces caractères cliniques, ceux tirés de l’examen histologique prouvaient, s’il faut en croire les observateurs en question, la provenance endothéliale de la tumeur. Mais, de leur propre aveu, cette structure était dans quelques cas celle môme du sarcome, du chondro-sarcome, de l’angio-sarcome, et dans celles (jui présentaient la constitution la plus complexe, à côté de parties rappelant les tumeurs plexiformes, les cylindromes ou même les tumeurs mixtes glandulaires, s’en trouvaient d’autres, oii la nature sarcomateuse des tissus pathologiques ne pouvait faire aucun doute.
« Nous voyons donc qu’il s’agit là .de faits anatomiques et cliniques absolument différents de ceux que nous avons constatés et décrits dans nos observations de tumeurs mixtes du voile, et il nous semble que les auteurs qui les ont publiés ont confondu des choses qui sont et doivent rester distinctes. »
Ces tumeurs palatines sont très variées dans leur structure. Il y a tout d’abord les types bien définis, des sarcomes purs, des sarcomes mélaniques, dont Trêves et Gussenbauer ont fourni des exemples et dont Michelson et Mikulicz figurent un très beau cas, puis des tumeurs qu’on peut, avec les Allemands, considérer comme des angio-sarcomes ou des endothéliomes, mais il est vraisemblable que la phqoart sont d’origine glandulaire, et sont des adéno-sarcomes, des adéno-myxomes, des myxo-sarcomes, des chondro-myxomes.
Ces néoplasmes sont rares ; ils n’apparaissent guère que dans l’age adulte et ne sont pas plus fréquentes dans un sexe que dans l’autre.
Dans un cas de Desmartin et Jeanty, un sarcome de la luette et du voile s’était développé chez une petite fille de cinq ans.
En se développant, ces tumeurs soulèvent d’abord la muqueuse palatine qu’elles semblent décoller du squelette, s’étendant en avant
jusqu’aux incisives. En arrière elles peuvent s’étendre dans le voile ([u’elles dédonblent, comme dans le cas de Trélat. Elles franchissent la ligne médiane quand elles ont acquis un certain volume.
Enfin il arrive un moment où la tumeur, cessant d’étre encapsulée, ■envahit tout ce qui l’entoure, et en particulier la muqueuse ([ui la 'recouvre et le squelette sur lequel elle repose.
Le début, comme celui de tous les néoplasmes, est indolent et graduel, mais la saillie palatine est perçue de bonne heure par le malade.
Avec les progrès de la maladie, cette tumeur remplit la bouche, gène considérablement la mastication et la parole, et oblige le malade à garder la bouche ouverte.
Les douleurs ne tardent pas à survenir, précédant ou accompagnant l’altération de l’état général.
Le diagnostic ne présente pas habituellement de grandes difficultés. Une fois écartés les abcès, qu’on ne saurait confondre avec Tafiection dont il s’agit, la sy})hilis tertiaire, qui n’y ressemble guère, les tumeurs du voile, qui n’envahissent jamais la voûte, les tumeurs du maxillaire et des gencives, qui ne s’étendent sur la voûte que secondairement, sans s’arrêter sérieusement aux tumeurs bénignes, si exceptionnelles à la voûte, on arrive, pour ainsi dire d’emblée, à la notion de tumeur suspecte. Or les épithéliomes, bien rares d’ailleurs, s’accompagnent de lésions de la muqueuse qui sont caractéristiques.
Connaissant la rareté à la voûte des véritables tumeurs mixtes, on n’anra « pas besoin de faire un long diagnostic différentiel pour reconnaître l’adéno-sarcome » (Trélat ).
L ne mollesse ou une dureté plus grande feraient songer à du myxome ou à de l’enchondrome.
Traitement. — Le pronostic, qu’d s’agisse de sarcome ou d’épithélioma, est assez sérieux pour qu'on doive procéder sans hésitation et sans retard à l’extirpation de la tumeur.
Cette opération est en général simple, quand la tumeur est petite; mais son gros volume, comme dans le cas de Trélat, le large envahissement du squelette, dans d’autres circonstances, peuvent rendre l’intervention laborieuse, émouvante et grave.
On est quelquefois conduit à pratiquer le débridement de la joue, ou même, comme l’a fait Kroulein, dans un cas, l’incision des deux joues. Mais habituellement les voies naturelles suffisent pour mener à bien l’extirpation.
.l’ai assisté à l’ablation, par Verneuil, d’un de ces sarcomes palatins, ([ui avait pénétré dans les fosses nasales. L’opération fut pénible ; les artères palatines postérieures donnèrent beaucoup de sang et cette hémorragie fut très difficile à arrêter. De nouvelles hémorragies se reproduisirent pendant la nuit et le jour suivant.
A sa visite du surlendemain, Verneuil, trouvant le malade exsangue, fit la ligature de la carotide externe gauche. L’écoulement du sang
HYPERTROPHIE DES AMYGDALES
s’arrêta immcHliatement, mais il était trop tard, le malade épuisé succomba deux heures après.
Meme quand on opère dans ces mauA aises conditions, de tumeurs étendues, largement adhérentes au maxillaire, on peut obtenir de beaux succès et des succès durables. Je vois souvent à la consultationde Broussais, où il vient se faire panser pour une gangrène sénile des orteils, un ancien malade de M. Le Dentu. Cet homme, opéré en 1871, d’un volumineux chondro -myxome palatin (1), est resté guéri.. Sa tumeur avait envahi la voûte osseuse du palais, la fosse nasale, le rebord alvéolaire, et il a fallu, pour détruire tout le mal, faire de grands sacrifices. La large perle de substance, qui faisait communiquer la bouche et les fosses nasales, s’est rétrécie spontanément, d’une façon considérable. Mais il persiste un trou oii peut passer facilement l’index. On aurait pu tenter l’oblitération de cet orifice, en prenant par exemple un lambeau sur la joue, mais le malade s’y est toujours’ refusé. Satisfait de l’appareil qu’il se confectionne lui-même, chaque jour, avec une boulette de papier, il n’a jamais voulu consentir non plus à porter une pièce prothétique.