PLAIES CONTUSES DES LÈVRES, DES JOUES, DU MJZNTON
tuses sont des plus fréquentes aux lèvres et aux joues, aux lèvres principalement, que ce soit la tête qui vienne heurter le sol ou un objet quelconque, solide et résistant, ou que ce soit l’agent vulnérant qui vienne frapper les parties molles périmaxillaires. Dans le pre^ mier cas, pour que les lésions puissent se produire, il faut en général quelques circonstances particulières. Habituellement, dans les chutes sur le sol ou dans les escaliers, les mouvements réflexes des membres supérieurs protègent la tête. Il n’en est pas de même quand il s’agit d’un enfant tout jeune, ou quand il s’agit d’un épileptique, dont une crise a provoqué la chute subite, ou d’un ivrogne. De fait, les ivrognes y sont tout particulièrement sujets.
Dans ces conditions, un caillou, le rebord d’un trottoir, ou d’une marche, peuvent déchirer la lèvre, ou bien les dents peuvent lacérer sa face profonde.
Quand l’agent traumatique vient heurter la lèvre, ces blessures par les dents sont encore des plus communes.
Les chocs violents, par coup de pied de cheval, par coup de bâton, peuvent déchirer profondément les lèvres et les joues et faire de très sérieuses blessures.
Ces lésions des parties molles accompagnent très fréquemment les fractures des maxillaires, et même il n’est guère de solution de continuité de ces os qui ne s’accompagne de déchirure plus ou moins sérieuse des parties molles environnantes.
Ces plaies présentent un aspect variable, avec l’agent vulnérant, son point d’application, et la violence du choc, mais elles sont naturellement toujours très irrégulières.
Il est essentiel de les désinfecter avec beaucoup de soin, pour éviter les complications d’ordre infectieux, puis de les réunir, si cela est possible, pour éviter une cicatrice vicieuse et disgracieuse.
Quand la plaie intéresse seulement la face muqueuse des lèvres ou des joues, il faut se contenter de la laver de temps à autre avec quelque antiseptique, et tout au plus y faire quelque application de pommade iodoformée ou boriquée. Elle se couvre toujours d’une sorte de pellicule d’un blanc grisâtre et s’accompagne d’une tuméfaction assez considérable de la lèvre. Cette tuméfaction rouge et douloureuse cède rapidement, et au bout de quelques jours tout revient à l’état normal.
Plaies contuses du menton. — Très communes chez les enfants, et principalement chez ceux qui commencent à marcher, ces plaies reconnaissent pour cause presque exclusive une chute portant sur la partie inférieure du menton, la tête étant légèrement relevée. La solution de continuité est toujours transversale et siège au niveau du bord inférieur du maxillaire. Elle présente une étendue de 1, 2, 3 centimètres, et s’étend souvent jusqu’au périoste du maxillaire. La plaie paraît assez profonde à cause de l’épaisseur du pannicule adipeux, dans cette région, chez les enfants. Pour éviter autant que possible
une cicatrice disgracieuse, il faut, après un nettoyage rigoureux de la petite plaie, en faire la suture. Les bords en sont assez nets, bien que la plaie ait été produite par le mécanisme de la contusion, et l’on obtient généralement une réunion parfaite. D’ailleurs, avec le temps, la cicatrice dissimulée derrière le menton, devient presque invisible.
Les plaies contiises de la cavité buccale et du pharynx sont assez rares. On les observe surtout chez les enfants qui tombent en tenant dans la bouche un corps étranger, jouet, bâton, clef, etc.
On peut observer alors des lésions plus ou moins étendues et plus ou moins graves de la langue et des joues, mais surtout de la voûte et du voile du palais. Ce dernier en particulier est perforé ou déchiré. La blessure peut n’intéresser que la muqueuse, en détacher un lambeau. J’ai vu deux fois des blessures du voile survenir chez des enfants par ce mécanisme. Dans l’une, une perforation, d’ailleurs fort étroite, guérit spontanément; dans l’autre, il y avait une déchirure siégeant sur la partie gauche du voile du palais. Une sorte de lambeau formé par la muqueuse antérieure du voile flottait appendue à la partie gauche du voile. Je le fixai par un point de suture, placé à l’aide d’une petite aiguille courbe, montée sur une pince. L’enfant guérit en quelques jours.
D’ailleurs ces plaies se réparent assez bien, d'une façon générale, même quand elles sont étendues et compliquées, souvent même quand on n’a pas pris la précaution d’en rapprocher les bords par la suture. Les chutes, ou les coups reçus sur la bouche, par des individus qui étaient en train de fumer, ont pu déterminer des plaies contuses assez sérieuses. Le bout de la pipe ou des fragments du tuyau ont pu s’enfoncer dans la joue, la langue, le voile du palais, ou la paroi du pharynx. Dans un cas que rapporte Clarke, un matelot tomba par terre, au moment où il fumait sa pipe. Il entra à London’s Hospital, avec du trismus, de la gêne respiratoire, et n'avalant qu’avec la plus grande difficulté. La langue était tuméfiée. On y fit une incision, qui amena l’évacuation d’un abcès et procura quelque soulagement. Le retour des accidents conduisit le chirurgien à explorer de nouveau la plaie. Il y trouva un corps étranger, lequel n'était autre qu’un long fragment de tuyau de pipe. Il en fit l’extraction. Mais aussitôt se produisit une hémorragie torrentielle. Le sang sortit à flot par la bouche et les narines, et le blessé succomba en moins d’une minute. L’autopsie montra que le corps étranger avait traversé, de part en part, la base de la langue, et perforé la paroi du pharynx, immédiatement au-dessous de l’amygdale, pour aller finalement embrocher la carotide et la jugulaire interne. Le corps étranger servait de bouchon, son extraction avait laissé béantes les plaies des deux vaisseaux.
Plaies eoiitiises du plancher de la bouche. — Ces plaies, d’ailleurs fort rares, reconnaissent pour cause une chute sur un
MORSURES DE LA LANGUE
échalas, sur une pierre aiguë, sur un morceau de bois, un crochet de fer, ou bien un coup de poing, armé de l’instrument dit coup de poing américain, etc. Dans un cas de Holmden (1), un coup de corne de bœuf traversa le plancher de la bouche et, rejetant la langue du côté droit, vint blesser la voûte palatine.
Plaies par morsures des lèvres et des joues. — Dans une chute, une des lèvres peut être saisie entre les arcades dentaires et mordue, parfois profondément.
De même, la muqueuse de la joue peut être pincée entre les dents. Ce sont là des lésions assez peu importantes. Des plaies autrement sérieuses peuvent être produites par des morsures d’animaux ou même par des morsures humaines. Ces dernières sont relativement rares, et généralement peu importantes. En voici toutefois un exemple, dont j’ai été témoin à la Martinique. Deux négresses se battaient. L’une d’elles, d’un coup de dent, détacha plus de la moitié de la lèvre inférieure de son adversaire. La section avait eu lieu suivant une ligne courbe qui commençait au niveau de la commissure gauche, et s’étendait jusqu’au sillon mento-labial à droite delà ligne médiane. La lèvre détachée pendait retenue à la commissure droite. Les surfaces de section étaient à peine le siège d’un léger suintement sanguin.
Les morsures de chien ou de chat sont fréquentes, et peuvent labourer profondément les joues et les lèvres. Les morsures de chien sont parfois par elles-mêmes des lésions sérieuses. En outre, il s’y joint le danger spécial de la rage, quand l’animal en est atteint.
Les morsures de cheval peuvent être fort graves. Dans un cas de Saint-Germain, la lèvre inférieure avait été enlevée en totalité; dans un autre que rapporte Gillette, c’était la lèvre supérieure. Chez un malade de Serre, c’était une morsure de cochon qui avait emporté la lèvre inférieure.
Les morsures des animaux venimeux comportent un intérêt spécial, et sont d’une gravité variable avec l’espèce de l’animal. Ici, en effet, la blessure n’est rien par elle-même. Ce qui fait son importance, c’est le venin laissé dans la plaie. Ces morsures sont communes dans les pays chauds ; celles de scorpions, de mille-pieds, sont fréquentes. Celles des serpents s’observent quelquefois et s’accompagnent des accidents habituels en pareil cas. Elles peuvent être presque immédiatement mortelles, ou s’accompagner d’un gonflement énorme, de gangrène, etc.
Morsures de la lang*ue. — Montagne Makuna (2) a publié une curieuse observation de morsure de la langue. Un vieillard, victime d’une tentative de strangulation, fut serré si fort à la gorge, pendant qu’il était couché dans son lit, que sa langue vint faire issue hors de la bouche. L’assaillant, qui était ivre, en profita pour mordre profon-
(1) Holmden, The Lancet, 1894.
(2) Montague Makuna, Brit. med. Jonrn., 1890.
dément la partie de cet organe qui se montrait en dehors. 11 en résulta une blessure à bords déchiquetés et dentelés, ayant la forme des arcades dentaires.
On cite aussi des morsures et des piqûres de la langue par des animaux venimeux ; dans rimmense majorité des cas, il s’agit de morsure par le sujet lui-même. Ces morsures se produisent quelquefois pendant la mastication. Elles sont alors insignifiantes. Une vive douleur résulte du pincement de l’organe entre les arcades dentaires, parfois une légère éraillure de la muqueuse donne issue à quelques gouttes de sang.
Presque toujours ces légers accidents n’ont aucune suite, la douleur est éphémère, la petite plaie se referme.
Parfois elle s’infecte et donne lieu à des glossites plus ou moins ■sérieuses, mais ces complications sont très rarement notées.
Des plaies plus sérieuses peuvent résulter d'une chute ou d’un choc sur le menton, la langue étant entre les arcades dentaires.
Le bout de la langue étreint par les dénis peut être presque complètement séparé.
Mais habituellement, pour qu'il y ait des lésions sérieuses de la langue, il faut des conditions spéciales. On cite le cas de cet homme qui, ayant perdu complètement la sensibilité dans le domaine de la cinquième paire, des deux côtés, mâchait la partie antérieure de sa langue et y faisait d’énormes plaies. Ce cas est une curiosité. La cause commune des morsures de la langue est l’épilepsie. Elles sont à ce point fréquentes dans celte maladie, que les cicatrices de morsures de la langue sont recherchées comme stigmates de l’épilepsie. Et en effet, il n’est guère de crise où il n'y ait de morsure de la langue, sérieuse ou légère. Dans certains cas, la pointe de la langue est presque entièrement sectionnée, surtout quand il y a des crises violentes et subintrantes.
D’autres maladies convulsives peuvent occasionner la même lésion. Ainsi l’éclampsie. Dans un cas de Malthaï (1), on ne s'aperçut pas tout d’abord de la plaie de la langue. Il s'agissait d’une éclampli(iue, qui fut apportée dans le coma. C’est seulement (piand elle sortit de -cet état comateux, deux jours après raccouchemenl, ([u’on Ait l’extrémité de la langue presque détachée par une profonde morsure. ‘Cette pavlie de la langue se mortifia et fut éliminée le septième jour.
Le bout delà langue peut être complètement détaché dans une crise «d’épilepsie. D’après Clarke (’2), au musée de King's College, existe une préparation provenant d’un idiot épileptique de seize ans, qui,
• dans une grave attaque, se coupa le bout de la langue. L’hémorragie continua pendant deux jours, car il fut impossible d’ouvrir la .bouche pour agir directement sur la surface saignante. Une suppu-
(1) M.vttii.xi, Soc. c/ijnéc. et obst. Berlin, 1891.
(2) Clakke, Diseuses of the Tongue. London, 1873,