PLAIES PAR INSTRUMENTS TRANCHANTS OU PIQUANTS
ration fétide se produisit, des escarres s’éliminèrent et le malade succomba à la septicémie.
L’hémorragie, habituellement modérée, peut être très abondante. Des sujets hémophiles ont succombé à la suite de plaies causées par des morsures de la langue (1).
Ces plaies se cicatrisent assez bien et laissent seulement une encoche sur le bord de la langue, encoche plus ou moins profonde, selon le cas. Il peut arriver que le bout de langue, presque détaché, forme une sortede petite tumeur globuleuse, gênante pour le malade. C’est ce qui s’était produit chez unmaladede Maisonneuve, qui en fit l’extirpation.
Quand les plaies sont superficielles, il vaut mieux n’y pas toucher; elles guérissent fort bien toutes seules. Quand elles sont profondes, la réparation peut aussi se faire spontanément ; mais il vaut mieux rapprocher les surfaces , cimentées et les maintenir en contact par quelques points de suture. Pibrac (2) avait autrefois utilisé une sorte de sac de fine toile, maintenu par un bridon attaché derrière la tête. Il vantait beaucoup cet appareil, dont les avantages nous paraissent aujourd’hui plus que discutables. La suture, déjà pratiquée par A. Paré, est sans aucun doute une pratique bien supérieure. Elle arrête tout suintement sanguin, abrège et simplifie les suites de l’accident, et restaure la langue dans sa forme normale.
Plaies par înstriiiiieiits piquants ou tranchants. — Les coups de couteau, les coups de sabre, peuvent diviser les lèvres ou les joues, dans une étendue variable. Quand la lèvre est sectionnée verticalement, les bords de la plaie s’écartent, et il persisterait une encoche, si l’on ne réunissait avec soin les lèvres de cette plaie. Les plaies de la joue, parfois très sérieuses en apparence, guérissent cependant fort bien dans la grande majorité des cas, même quand le coup de couteau, ou le coup de sabre, a largement ouvert le a estibule de la bouche. Cependant les plaies de la joue peuvent intéresser le canal de Sténon. Cet accident n’est pas négligeable, car il peut en résulter une fistule salivaire. Toutefois, ce n’est pas là une conséquence fatale de la division du canal de Sténon. Cette complication peut être évitée, quand on pratique immédiatement une réunion de la plaie, en affrontant autant que possible les deux bouts du conduit sectionné.
Les plaies de la joue peuvent en outre intéresser un certain nombre de filets importants du nerf facial. La section de ces filets entraîne la paralysie des muscles correspondants, et cette paralysie entraîne une asymétrie faciale plus ou moins marquée.
Ces plaies sont parfois complexes. On a vu de terribles coups de sabre trancher les maxillaires, prolonger la bouche jusqu’au pharynx, etc.
(1) WicKH.\M Legg, Hemophilia. London, 1872.
(2) Pibrac, Plaie de la langue [Mém. de VAcad. rou, de chinirqie. Paris, 1757, i. 111, p. 418).
3Ô2 H. MORESTIN. — MALADIES DE LA BOUCHE ET DU PHARYxXX.
Les plaies de la langue, du palais et du voile par instruments tranchants sont assez rares. C’était autrefois un supplice assez répandu que l’amputation plus ou moins sommaire de la partie antérieure de la langue faite par le bourreau. Actuellement, on voit quelquefois des plaies chez des enfants qui tenaient un couteau dans leur bouche.
On peut rapprocher de ces plaies celles que produisent les feuilles minces et rigides de certaines plantes, que les enfants tiennent parfois dans la bouche, et qui peuvent occasionner des plaies absolument identiques à celles des instruments tranchants 1).
Il faut encore rapprocher de ces plaies celles que des opérateurs inexpérimentés ou maladroits peuvent produire, en pratiquant la section du fdet, ou toute autre opération intrabuccale.
L’ablation des amygdales, chez des malades indociles, a plus d’une fois été cause de plaies du voile du palais, de la langue, des parois du pharynx. On cite un cas où le patient se sauva avec un amygdalotome implanté dans l’épaisseur de son voile.
Des corps piquants blessent assez souvent la langue, le voile du , palais et le pharynx. Ainsi les aiguilles et les épingles, que quelques personnes ont la déplorable habitude de tenir dans leur bouche, les soies de sanglier qu’utilisent les cordonniers, les poils de la brosse à dent, et surtout les os de poisson. Une variété de corps piquants peut causer des lésions sérieuses et présenter des difficultés spéciales pour leur extirpation. Ce sont les hameçons, que les enfants trouvent moyen de s’implanter quelquefois dans la langue, les joues, le voile du palais ou le pharynx.
Des coups de couteau, des coups de sabre peuvent blesser toutes les parties profondes de la cavité buccale ou pharyngienne après avoir traversé les parties molles extérieures.
Plaies par armes à feu. — Les plaies par armes à feu, dont il faut rapprocher les plaies par éclats de mine, par explosions, sont des plaies contuses trop spéciales pour qu’on ne leur garde pas une place à part. Quand l’arme est déchargée à distance, les dégâts sont produits seulement par le projectile ; quand l’arme est placée dans la bouche, il faut tenir compte en outre de la puissance d’expansion des gaz.
Nous passerons brièvement en revue les plaies par balles Urées à distance, les plaies par gros projectiles, les plaies par coups de feu tirés dans la bouche.
Les plaies par balles tirées ci distance pem^nt n’intéresser que les parties molles superficielles. Le projectile arrivé au terme de sa course, vient par exemple s’aplatir sur un des maxillaires après avoir traversé la joue, la lèvre ou les parties molles du plancher. Un infirmier militaire était en train d’aider Baudens à panser des blessés,
(1) Le Noël, Maladies chirurg. de la langue, thèse de Paris, 1851.