‹ Bouche, pharynx, œsophage, larynx, trachée, corps thyroide, cou, poitrineChapitre 39 sur 194 · PLAIES PAR ARMES A FEU · texte numérisé non relu

PLAIES PAR ARMES A FEU

quand il reçut à la face une balle en lingot. Celle-ci traversa incomplètement la joue, si bien qu’une partie du projectile était encore visible à l’extérieur.

Les comptes rendus de la guerre de Sécession rapportent un cas où une balle vint s’aplatir sur la face postérieure de la symphyse du menton, après avoir traversé le plancher de la bouche. Elle était entrée au côté droit du cou et avait blessé la carotide primitive.

Baudens (1) cite un cas où la balle traversa la joue, et tomba dans la cavité buccale. « M. S..., officier au 30® régiment, était allé, cigare à la bouche, sabre au poing, soutenir la retraite de l’armée à la descente de l’Atlas, le 3 juillet 1831... » Une balle morte vint le frapper à la joue droite. <( Il chassa de sa bouche le projectile et la fumée de tabac en même temps. »

Dans d’autres circonstances la balle, bien qu’animée encore d’une grande vitesse, peut cependant ne blesser que les parties molles.

A. Broca rappelle, dans son article du Traité de chirurgie^ t. V, la curieuse observation de cet officier qui eut les deux joues traversées par la même balle, sans autre lésion, alors que, la bouche largement ouverte, il criait hourra !

Les blessures du pharnyx ne sont sans doute pas rares, mais elles s’accompagnent fréquemment de lésions des organes voisins, et en particulier des vaisseaux qui rendent la plaie immédiatement mortelle. Cependant on peut voir des coups de feu n’intéresser d’autre organe important que le pharynx. Baudens en rapporte un exemple, recueilli sur un soldat blessé au col de l’Atlas.

Dans un nombre de cas considérable, les lésions sont beaucoup plus complexes ; la balle ne pénètre dans la cavité buccale qu’après avoir brisé les dents, les maxillaires. Il y a alors plaie des parties molles superficielles, fracture des maxillaires, lésions des parties profondes, causées à la fois par le projectile et par les fragments d’os, que dans sa course il a détachés des os rencontrés sur son passage.

Le maxillaire supérieur, qui est mince, se laisse assez nettement perforer, mais l’inférieur dur, épais, compact, se brise irrégulièrement et comminutivement. Les dents sont souvent entraînées; elles pénètrent dans la langue, la joue. On a vu des fragments de maxillaire aller déchirer le pharynx et les organes importants qui l’entourent. Ces lésions échappent à toute description régulière, tant sont variées les circonstances qui peuvent se présenter.

Il est fréquent que la balle tirée de haut en bas pénètre dans la bouche en traversant la voûte palatine. Dans un cas de Baudens elle s’arrêta sur la langue, l’eflleurant à peine. Mais il est habituel de la voir s’enfoncer profondément dans cet organe ou le traverser com-

(1) Baudens, Clinique des plaies d’armes à feu. Paris, 1836,

plètement, pour venir sortir dans la région sus-hyoïdienne, ou vers les parties latérales du cou. On en a vu qui ont cheminé sous les téguments jusqu’au-devant dusternum (1). Avec les armes modernes, les dégâts causés par les projectiles peuvent être effrayants et effroyablement complexes.

Les plaies par gros projectiles^ boulets, éclats d’obus, sont pires encore. On voit des blessés dont une partie de la mâchoire inférieure, parfois toute la mâchoire inférieure, est emportée avec les parties molles qui la recouvrent. D’autres ont eu pour ainsi dire toute la face enlevée. Ces terribles blessures laissent de hideuses mutilations. Par la large baie que laisse la perte de substance, on peut voir à nu le pharynx, les fosses nasales. La langue, ou les débris de cet organe, pendent au-devant du cou. La mort est parfois la conséquence immédiate de ces blessures, mais en général, quand elle doit survenir, elle se fait attendre quelques jours, et résulte surtout de l’infection des plaies, de la difficulté de l’alimentation. Souvent même on voit guérir ces grands blessés. Tous les chirurgiens militaires ont été surpris de constater que la gravité des traumatismes, même étendus, de la face, était moins grande qu’on n’aurait pu le croire (2).

En particulier, on voit souvent des malades survivre malgré la destruction d’une grande partie du maxillaire inférieur, des lèvres, des joues et du plancher de la bouche. Mais ils conservent une horrible difformité. Non seulement leur vue est repoussante, mais ils ne peuvent parler et s’alimenter qu’avec beaucoup de peine. La salive s’écoule constamment au dehors. Cette pénible situation peut, il est vrai, être très améliorée, soit par des opérations réparatrices, soit par le port d’appareils de prothèse, plus ou moins compliqués.

Coups de feu tirés dans la bouche. — Les dégâts varient beaucoup avec l’arme employée, et sa direction. Le coup peut dévier et les dégâts porter seulement sur les lèvres et les joues. C’est ce qui était arrivé dans un cas que rapporte Serre. Un ancien sousofticier de l’Empire avait été tellement désolé du retour des Bourbons, qu’il résolut de se tuer, ne pouvant consenlir à être le sujet de Louis X\TII. Il se tira un coup de pistolet dans la bouche, croyant mourir immédiatement. Il fut déçu. Le coup de feu détruisit les deux lèvres, et le laissa horriblement défiguré. Mais Serre lui restaura ingénieusement les parties détruites.

Les lésions sont même parfois complètement insignifiantes. Jobert rapporte qu'un homme, s’étant tiré dans la bouche un coup de pistolet chargé de petit plomb, ne conserva d’autre trace de l’accident

(1) IIiîNNEN, Chirurgie d'armée. — Legouest, Traité de chirurgie d'armée. Paris, 1872. — Delohme, Traité de cliirurgie de guerre. Paris, 1893, t. IL

(2) liuTiN, Acad, de méd., 18 i3. — Legouest, Chirurgie d’armée. — J. Dardigxag, plaies de la l’ace (plaies d’armes à l’eu), thèse de Paris, 28 décembre 1871, avec Planches. — Delorme, Traité de chii urgie de guerre. Paris, 1893, t. II.

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