ULCÉRATIONS D’ORIGINE DENTAIRE
(luancl l’antisepsie bien comprise de la bouche reste impuissante à borner le processus destructeur, on est quelquefois obligé d’avoir recours à d’énergiques cautérisations avec le fer rouge.
Ulcérations d’orig-ine dentaire (1). — Le contact des dents est généralement inoffensif pour les organes avoisinants, bien que ce contact soit intime, permanent, et en dépit des frottements perpétuels qui ont lieu entre les dents et ces parties molles, cette bonne harmonie persiste tant que les uns et les autres conservent leur intégrité. La perte ou l’altération d’une ou plusieurs dents n’a généralement pas de conséquences fâcheuses, mais parfois les parties molles sont lésées d’une façon sérieuse ou légère, et cela exclusivement à cause du voisinage des dents. Il s’y produit des ulcérations qui ne relèvent d’aucune autre cause que d’un rapport anormal des parties molles avec une dent déviée ou irrégulière.
Quand la langue ou les joues sont déjà le siège d’une inllammation ou d’une tumeur qui en modifient la consistance et le volume, le contact des dents devient une cause d’ulcérations plus ou moins étendues, plus ou moins graves ; elles favorisent l’ulcération d’un cancer ou d’un sarcome, créent une cause d'appel pour les syphilides, un lieu de moindre résistance oü se développent plus volontiers les ulcérations tuberculeuses; leur contact prolongé creuse des ulcérations sur une langue qui est le siège d’une hypertrophie congénitale et fait saillie hors de la bouche. Mais dans tout cela l’ulcération reconnaît pour cause principale une maladie antérieure de la langue. Les ulcérations dentaires dont nous voulons nous occuper ont une existence isolée, et surviennent indépendamment des états morbides classés dont la langue et les joues peuvent être le siège. Ce sont des accidents qui semblent reconnaître uniquement pour cause le contact prolongé de dents irrégulières, déviées ou malades.
Ainsi définis, ces accidents sont connus depuis fort longtemps, puisqu’ils auraient été signalés par Hippocrate en son livre Des Prédictions^ et que Celse leur consacre la meilleure partie de son chapitre des ulcérations de la langue. Elles peuvent être dans certains cas malaisés confondues avec d’autres lésions ulcéreuses de la bouche. C’est là leur principal intérêt. En outre, par elles-mêmes, elles sont la source de pénibles symptômes dont la disparition suit avec une rapidité merveilleuse la suppression de la cause. 11 suffit pour cela qu’un diagnostic exact ait conduit au traitement voulu.
Étiologie. — Suivant que les dents déviées, brisées, cariées, feront saillie en dehors ou en dedans, elles pourront déterminer des ulcérations, soit sur les lèvres et les joues, soit sur la langue. Ce dernier organe est bien plus fréquemment que les autres le siège d’ulcérations dentaires. Cependant ces lésions ne sont pas d’une extrême
(1) Tuichet, thèse de Paris, 1883-1884,
rareté sur les joues. Au niveau des lèvres elles sont plus rares. Elles s’observent parfois chez des gens âgés qui n’ont plus qu’une ou deux dents à une des mâchoires. Ce sont quelquefois les dents de la mâchoire opposée qui viennent ulcérer la lèvre. Quand les arcades dentaires sont conservées, cela n’est guère possible que pour la lèvre inférieure, les incisives supérieures venant se placer au-devant des inférieures quand la lèvre est fermée. Dans un cas d’Hartmann, trois petites ulcérations développées sur la lèvre inférieure reconnaissaient pour cause ce mécanisme.
Elles répondaient rigoureusement aux points de contact de trois des incisives supérieures.
C’est le plus souvent à la langue que nous avons à nous préoccuper des ulcérations dentaires. Une première variété nous est fournie par l’ulcération que portent à la face inférieure de la langue les enfants qui ont la coqueluche. On a beaucoup discuté autrefois sur cette ulcération. Tout le monde paraît être d’accord aujourd’hui sur la manière dont il faut l’interpréter. Elle se développe sur la ligne médiane, au niveau du frein, et présente une largeur de 5 à 10 millimètres. Elle se montre précisément au point qui entre en contact avec les incisives médianes inférieures quand la langue, chassée par les quintes de toux, vient faire saillie hors de la bouche. Quand les enfants n’ont pas de dents, il n'y a pas d’ulcération.
La dent de sagesse déviée en dedans est une autre cause, rare il est vrai, mais bien connue. On peut voir aussi des ulcérations dentaires se développer dans les cas de luxation unilatérale de la mâchoire non réduite, ou de résection d'une moitié de la mâchoire, ou bien encore au niveau de dents artificielles, mais tout cela ne vise que des cas tout à fait rares. La règle est que fulcération dentaire reconnaisse simplement pour cause quelque chicot plus ou moins pointu ou tranchant en saillie du côté de la cavité buccale. Parfois, c’est simplement un amas tartreux dont le frottement mal toléré par la langue amène fulcération.
Mais cette dent déviée, ce chicot, cet amas tartreux existe parfois depuis longtemps dans les memes rapports avec la langue. Pourquoi, à ce moment donné, ce voisinage devient-il une source d’accidents? Il y a là, en effet, un point assez délicat à expliquer. D’après Paget, la production de ces ulcères dépend pour beaucoup de la santé générale. Tant qu'elle sera satisfaisante, la langue pourra tolérer sans dommage le contact des dents altérées. Il est certain que la diminution dans la résistance des tissus, que peut apporter un trouble de l’état général, constitue une prédisposition efficace. Un cas de Halle est très démonstratif à cet égard. Chez un typhique, une dent déviée détermina très rapidement dans la langue une ulcération très profonde. Mais chez la plupart des sujets, les lésions, non seulement se montrent indé})endamment de toute maladie sérieuse, mais