TUMEURS DE LA GLANDE SOUS-MAXILLAIRE
en proche par le tissu morbide. Les nerfs déplacés et refoulés par le néoplasme ne sont que tardivement comprimés et infdlrés par les éléments néoplasiques.
Le début de l’affection, comparable en cela à celui de la plupart des tumeurs malignes, est insidieux et lent. Dans son excellent travail, Jouliard renonce à décrire séparément, au point de vue de leurs signes, le sarcome et l’épithélioma de la glande sous-maxillaire.
« Justifiées dans ces deux glandes (mamelle et parotide) par une différence symptomatique sensible, les descriptions distinctes n’ont pas de raison d’être dans la glande sous-maxillaire, dont le sarcome ne présente aucun caractère clinique spécial. »
La tumeur, de volume variable, est habituellement mal limitée, et difficile à isoler, par la palpation, du reste de la glande sous-maxillaire. L’exploration montre que cette glande est le siège d’une induration diffuse, et que sa consistance est ferme et même dure. Dans les premiers stades de l’affection, la peau glisse facilement à la surface de la tumeur. Il est assez délicat d’apprécier sa mobilité absolue, les parties molles se déplaçant en masse sous la pression du doigt. Aussi n’est-il pas toujours possible d’affirmer que la tumeur adhère ou n’adhère pas aux tissus environnants.
Le néoplasme, indolent à sa première période, détermine plus tard de très vives douleurs, dont on trouA^e parfois l’explication dans les rapports de la masse néoplasique avec un nerf qu’elle englobe, ou comprime, ou envahit. Le fait a été constaté en particulier pour le nerf mentonnier, au moment où il sort de la mâchoire.
Le volume de la tumeur, les douleurs dont elle est le siège, la rigidité du plancher buccal entraînée par sa présence, l’obstacle qu’elle apporte au libre abaissement du maxillaire, apportent quelquefois, dans l’alimentation et l’articulation des mots, une gêne assez notable.
Il est intéressant de savoir ce que devient la sécrétion salivaire dans la glande altérée. A cet égard les documents sont peu nombreux.
Talazac pensait que la sécrétion salivaire était diminuée. Il est probable qu’il en est toujours ainsi au bout d’un certain temps. La • dégénérescence de la glande, quand elle est avancée, amène même, on peut le dire, la suppression forcée de la fonction salwaire, puisque l’organe est complètement détruit. Talazac pensait qu’alors du suc cancéreux pouvait sourdre par le canal de Wliarton, simple vue de l’esprit que les faits n’ont pas encore confirmée. Mais au début de l’affection, il semble que, dans certains cas tout au moins, la salive puisse être sécrétée en excès. C’est ce qui était arrivé chez un malade de Prengrueber. Cet homme « était tourmenté par une envie presque continuelle de cracher, qui le tenait en éveil une partie de la nuit... La tumeur, gênante déjà par son volume, l’empêche de travailler à cause de l’expuition continuelle de la salive dont elle est l’origine »
Pour expliquer cette suractivité fonctionnelle, l’auteur se demande s’il ne faut pas invoquer, outre le volume exagéré de l’organe, u Tirritation des filets de la corde du tympan par les éléments de nouvelle formation ».
Quand la tumeur adhère à la peau, elle finit par s’ulcérer. Dans le cas de sarcome, de gros bourgeons viennent faire saillie à travers les pertes de substance de la peau. L'état général s’altère rapidement, et la mort est la terminaison forcée de la maladie abandonnée à ellemême.
Le diagiioslic n’est pas toujours facile. L’observation de Prengrueber montre qu’on peut prendre une tumeur maligne pour une tumeur bénigne. On peut prendre pour tumeur de la glande une adénopathie sous'inaxillaire, et vice versa. Ces confusions ont été souvent commises autrefois, et elles s’expliquent fort bien par la difficulté qu’il y a à séparer, par la palpation, ces organes qui, placés dans la meme loge, sont en contact si intime, qu’au bout d’un certain temps, le cancer, développé dans la glande, pénètre les ganglions, et réciproquement. jMais le cancer ganglionnaire est toujours secondaire, et l’on trouve soit sur la face, soit aux lèvres, soit dans la bouche, l’épithéliome qui a été le point de départ et la raison d’être de l’adénopathie. Cependant les ganglions sont parfois le siège de tumeurs malignes primitives qui ont pu être prises pour des cancers de la glande qu’ils entourent. Ces lymphosarcomes évoluent rapidemenl, s’accompagnent d’engorgements des autres ganglions du cou, et prennent en peu de temps des proportions relativement considérables.
Les adénopathies syphilitiques, dures, froides, volumineuses, pourraient devenir une cause d’erreur, si leur développement n’était bien trop rapide et si l’on ne trouvait toujours l’accident initial dont l’adénopathie est la conséquence obligée.
Certaines tumeurs formées par l’actinomycose sont autrement difficiles à distinguer pour l’observateur non prévenu. Mais les tumeurs actinomycosi(|ues ont un caractère subinflammatoire, adhèrent largement et dès le dél)ut aux téguments et à la muqueuse, s’accompagnent de rougeur et de chaleur à la peau, et cjuaiid elles s'ouvrent, donnent issue à un liquide puriforme, au milieu duquel le microscope révèle facilement le })arasite de l’actinomycose.
Ouand le néoplasme, dépassant les limites de la glande oii il a pris naissance, adhère à la mâchoire, on peut hésiter et se demander s'il ne s’agit pas d’une tumeur du maxillaire, et en particulier d'un ostéosarcome. La confusion est possible, puisqu’elle a été faite par Verneuil lui-même. Cependant on reman^uera ([ue, dans le cas d’adhérence à la mâchoire d’une tumeur primitivement sous-maxillaire, cet os n’est généralement pas entouré complètement par la tumeur, que celle-ci se trouve située en réalité au-dessous, et que son extrémité supérieure tient seule à la mâchoire, que les dents ne sont