ABCÈS FROIDS
chiirre d’une vingtaine. Dans ee nombre les hommes figurent pour un chiffre plus élevé que les femmes. Tous les malades avaient de trente à cinquante ans.
L’abcès peut survenir chez des tuberculeux avérés, ou chez des individus simplement suspects à ce point de vue, ou meme chez des sujets chez lesquels on ne trouve aucune trace de tuberculose. Bien que l’examen histologique et bactériologique ait fait défaut dans la plupart des cas, il est probable que tous ces cas d’abcès froids, ou presque tous, sont des cas de tuberculose linguale.
On trouve parfois une cause déterminante qui a amené la production de l’abcès. Ainsi, pour un malade de M. P. Reynier, dont l’observation citée dans la thèse de Whitmann est tout particulièrement intéressante. On l’endort pour lui gratter un petit abcès froid dépendant de l’os malaire. Une syncope due à la chloroformisation nécessite la saisie de la langue avec une pince à griffes. Quelques jours après se développe dans la partie de la langue qui avait été pincée un abcès d’allures torpides, dont le pus contient des bacilles.
Dans le cas de llerbel (1) l’abcès était consécutif à une morsure.
L’abcès est généralement unique, mais parfois, comme dans le cas de Barth, il y en a plusieurs. Il peut coexister avec une tuberculose superficielle de la langue ou de la cavité buccale, mais presque toujours il se montre en dehors de pareilles lésions.
Il peut enfin exister des ganglions sous-maxillaires.
Anatomie pathologique. — Les abcès de la langue siègent presque toujours du côté dorsal, ils sont plus ou moins profondément situés, mais généralement immédiatement au-dessous de la muqueuse. Leur volume est très variable, ils sont gros comme des pois, des noisettes, des noix. Dans un cas de Péan, il occupait toute l’étendue antéropostérieure d’une moitié de la langue.
La partie moyenne de la langue est leur lieu d’élection. Cependant, chez le malade cité par Bergmann, un médecin, l’abcès occupait la base de la langue. Il formait là une tumeur d’une exploration assez difficile, qui fut prise pour un cancer par Wetzer. On décida de l’extirper. Mais au premier coup de bistouri il s’écoula du pus qui révéla l’erreur.
Enfin la collection est toujours unilatérale et plus rapprochée d’un des bords que de la ligne médiane.
Le pus qu’ils contiennent est tantôt bien lié, crémeux et verdâtre, tantôt séreux et grisâtre.
L’étude histologique de ces abcès a été faite avec beaucoup de soin par MM. Auché et Carrière. Étudiant un abcès non ouvert, ils ont trouvé que le contenu en était formé par des globules de pus, des éléments cellulaires multinucléés, arrondis ou à peu près au centre
(1) Herbel, Inaugural Dissertation. Wurzbourg-, 1891.
de l’abcès, polygonaux ou en raquette dans une zone exeentricpie, et enfin à la périphérie tout à fait épithélioïdes, en somme des cellules é[)itliélioïdes dissociées et modiüées, par des cellules géantes en pelit nombre, et enfin un réticulum délicat et lâche entre ces divers éléments, réticulum visible surtout à la périphérie. Pour la paroi, dont l’épaisseur n’était pas uniforme et dont la surface interne était irrégulière et tomenteuse, elle était tapissée de cellules épithélioïdes à sa face interne, et son épaisseur contenait descellules de tissu conjonctif plus ou moins modifiées, des leucocytes, des mastzellen et des plasmazellen très abondantes.
11 n’y avait point de bacilles dans le contenu de l'abcès, mais dans l’épaisseur de la paroi on en pouvait déceler un certain nombre.
L’examen d’un abcès déjà ouvert a permis de faire des constatations très analogues au sujet de la structure de la paroi, dont cependant le nombre des couches épiihélioïdes augmentait vers l’orifice fistuleux.
Enfin, l’étude des petits abcès microscopiques a montré qu’il s’agissait de follicules dont le centre était transformé en un petit foyer renfermant quelques globules de pus. Ce petit abcès occupait la place delà cellule géante et des cellules épithélioïdes qui l’entourent immédiatement.
Enfin, au voisinage de l’abcès se trouvaient une foule de petits tubercules aberrants et isolés.
Quant à la muqueuse sus-jacente à la lésion, son épithélium était aplati et aminci comme au niveau d’une cicatrice dans les parties centrales, en meme temps qu’on notait la disparition des papilles, au lieu qu’à la périphérie il y avait allongement des papilles et infiltration de l’épithélium par des cellules migratrices.
Signes. — L’abcès froid de la langue évolue avec une lenteur insidieuse qui empêche qu’on en puisse observer les premiers stades. C’est toujours en effet à la période d’abcès constitué qu’on a l’occasion de voir les malades, et toute la période préparatoire pendant laquelle s’effectue à froid le dépôt des tubercules dans l’épaisseur de la langue et leur ramollissement échappe à notre examen. Ce travail s’effectue lentcmienl, sans douleur, et ne se révèle par aucun signe bien manifeste ni bien pénible pour le malade. Mais très souvent survient une sorte de poussée aiguë, tenant peut-être à une surinfection, qui rend la marche de l’affection plus rapide et plus sérieuse- Ou bien la tumeur, devenue perceptible pour le malade, grossit lentement et vient se dessiner à la surface de la langue dont elle soulève la muqueuse.
Quand on examine ces malades, on voit que leur langue est déformée par une saillie qui occupe un des côtés de la langue, sur sa partie moyenne, et fait saillie du côté de la face dorsale. Celte saillie est arrondie et mousse, et souvent au niveau de cette voussure la
ABCES FROIDS.
langue est d’un rouge plus intense, et paraît dépouillée de son revêtement papillaire. Elle est plus lisse et semble parfois comme vernissée.
La palpation montre dans l’épaisseur du corps charnu une tumeur arrondie ou ovoïde, enchâssée dans les tissus environnants, et d’une consistance ferme. On a au premier abord la sensation d’un noyau solide, mais en étudiant avec plus de soin la résistance de la tumeur, on perçoit assez souvent une fluctuation parfois obscure, parfois très nette. Celte exploration peut être complètement indolente, ou déterminer une douleur notable.
Abandonné à lui-même l’abcès s’ouvre à l’extérieur en ulcérant la muqueuse qui le recouvre et demeure fistuleux. La paroi de l’abcès vide peut même bourgeonner, et ce bourgeon fongueux et mollasse vient faire issue à travers l’orifice, et s’étaler à l’extérieur comme un champignon dont le pédicule serait caché.
Diagnostic. — Le diagnostic de l’atrection n’est pas sans présenter parfois de notables difficultés. On peut en présence d’une tumeur intra-musculaire linguale songer à tous les néoplasmes de la langue, kystes, sarcomes, lipomes, fibromes, et aussi et surtout à une gomme syphilitique qui revêt un aspect identique.
En pareil cas on peut être guidé par les antécédents, à moins qu’ils nè soient eux-mêmes une cause d’erreur, comme chez le malade de GhautTard, qui était à la fois tuberculeux et syphilitique. Les signes de tuberculose pulmonaire constituent toutefois un élément précieux de diagnostic et a priori feront songer à la glossite tuberculeuse.
En présence de gommes tuberculeuses multiples, on sera plus embarrassé encore, si l’on manque du renseignement précieux que •donne la constatation d’une lésion pulmonaire indubitable.
Enfin, le traitement spécifique qui modifie si rapidement les glossites gommeuses syphilitiques tranchera en dernier ressort.
L’évolution différente et l’aspect bien différent aussi empêcheront ■de confondre ces abcès avec les tumeurs malignes, mais certains cas de glossites aiguës partielles peuvent être confondus jusqu’à l’examen bactériologique exclusivement avec les abcès tuberculeux.
On peut dire que jusqu’à présent le pronostic de ces abcès froids de la langue s’est montré peu grave. C’est évidemment de toutes les variétés de tuberculose buccale celle qui s’est montrée la plus favorable et qui a donné les plus rapides succès.
Traitement. — Ces suppurations peuvent à la rigueur guérir par une incision suivie d’applications topiques. Mais c’est là une thérapeutique longue et incertaine dans ses résultats. Aussi est-il préférable d’imiter la conduite de Péan, Le Dentu, Brun, etc., c’est-àdire de faire suivre l’incision de l’abcès et l’évacuation de son contenu, de l’extirpation de ses parois. La suture delà plaie complétera
cette opération, qui dans la grande majorité des cas doit être suivie de réunion par première intention.