MIL — TUMEURS
Au point de vue clini(pie, les tumeurs du corps thyroïde peuvent être divisées en trois groupes :
1° Les goitres, tumeurs épithétiates de nature t>énigne.
*2® Les épithétiomas, avec cette remarque toutefois, qu’il existe entre les premiers et les seconds des formes de transition, adénomes malins dont la structure histologique est celle des goitres, mais ((ue leur malignité doit faire rattacher aux cancers.
3° Les tumeurs conjonctives, beaucoup plus rares d’ailleurs.
U UOITRES
Les goitres sont des dégénérescences de la glande thyroïde, sous forme de lésions circonscrites ou ditfuses et caractérisées clinique-
(1) ViTHAC, Kystes hydatiques du corps thyroïde. Rev. de chir., 1897.
GOITRES
ment par la tuméfaction de l’organe et une évolution bénigne.
Autrefois confondus avec les tumeurs lymphatiques ou striimæ, ils étaient encore regardés au xvii® siècle comme en relation directe avec la trachée et comme produits par la pénétration de l’air dans le •corps thyroïde sous l’influence des efforts. En 1817, Ph. von Walther donne déjà une bonne classification anatomique, mais c’est à Virchow que revient le mérite d’avoir montré que l’origine des différentes espèces de goitre est une et que leur point de départ commun est la prolifération de l’épithélium thyroïdien.
Enfin Wolfler (1), sebasantsur une étude histologique approfondie, introduit une conception nouvelle : la plupart des goitres naîtraient aux dépens de vestiges de tissu thyroïdien embryonnaire qui sommeillent dans la glande normale, et qui entrent en prolifération pour former la néoplasie.
Entre temps, les descriptions cliniques des diverses variétés de tumeurs étaient l’objet des travaux de Lucke, Demme ; Maunoir de Genève étudiait les kystes, et Gruber, Madelung, Gley, et d’autres nous apprenaient à connaître les thyi'oïdes accessoires, leurs fonctions ni les tumeurs qui peuvent en provenir. Les néoplasmes malins, cependant, malgré les études de Cornil, Eppinger, Kauffman, Braun, Bircher, Eiselberg, comportent encore bien des obscurités, et se présentent, tant au point de vue histologique que dans leur marche nlinique, avec une physionomie singulière qui leur assigne une place à part parmi les cancers.
Les progrès les plus importants ont été surtout réalisés au point de vue thérapeutique dans ces vingt dernières années. Depuis longtemps, on connaissait l’influence heureuse des préparations iodées, mais l’ablation chirurgicale était envisagée comme une témérité blâmable pour des opérateurs hardis tels que Roux, Velpeau, Dielfenbach.
L’amélioration des procédés d’hémostase a évidemment contribué à rendre les chirurgiens plus audacieux. Les opérations se multiplièrent dans les pays où l’endémie goitreuse en fournissait l’occasion, à Vienne, entre les mains de Billroth, Wolfler en Suisse, de Beverdin, de Kocher, de .lulliard, de Roux. En France, il faut faire une large place à l’école lyonnaise et aux travaux de Poucet, .laboulay, dont les thèses de Bérard (*2) et de Rivière (3) nous donnent le retlet.
Quant aux travaux des physiologistes qui, à la suite de Schitf, Ilorsley, Gley, Baumann, ont cherché à approfondir les fonctions de
(1) Wolfler, Eutwickelung Bau der Schilddrüse, [Arch. f. klin. Ch., 1883). — Die chirurgïsche Behandlung de Kropfes {Arch. f. klin. Ch., 1891).
(2) L. Berard, Thérapeutique chirurgicale du goitre, tli. de Lyon, 1896,
(3j A. Rivière, La glande thyroïde et les goitres. Paris, J. B. Baillière et fils, 1893, et Gaz. des hop., 1896.