C. LYOT. — MALADIES DU CORPS THYROÏDE
la glande, à étudier les produits de sa sécrétion, leur nombre est si grand que nous ne pourrions les citer ici.
Étiologie. — Distribution géographique. — La notion qui domine Pétiologie du goitre, c’est celle de l’endémicité. Ce caractère ne saurait tenir qu’à des conditions locales, inhérentes à certaines contrées, car de tous temps, les memes régions sont restées les berceaux de la maladie. D’une façon générale, ce sont les pays montagneux. La Suisse fournit le plus fort contingent de goitreux.
On en rencontre aussi dans les montagnes de l’Angleterre, en Picosse, dans le Tyrol; de même en Afrique dans l’Atlas, en Amérique dans les Cordillères des Andes, en Asie dans les vallées hautes du Thibet.
En France on trouve les goitreux principalement dans la Savoie et le Dauplîiné(l),dansle Plateau Central, les Pyrénées,les Vosges. Dans la statistique de Du Cazal (2), le chiffre des exemptions pour goitre est, dans la plupart des départements, de 0,30 à 2 p. 1000, tandis que la Savoie et la Haute-Savoie donnent une proportion de 15,60 et de 20,38 p. 1000, proportion bien différente de ce qu’elle était autrefois, 183,58 p. 1000, d’après Chervin.
Dans les régions goitrigènes, les animaux eux-mêmes n’échappent pas à l’endémie : les chiens, les brebis, les chevaux, les mulets peuvent être atteints.
Les étrangers qui viennent y demeurer sont susceptibles de contracter la maladie.
A vrai dire, ce ne sont pas les hauts plateaux où gîtent les goitreux, mais les vallées profondes, encaissées entre de hautes montagnes, mal pénétrées par la lumière, humides, voire même marécageuses. Les habitants, en général, s’y nourrissent mal et vivent dans la malpropreté.
Mais à côté de cette distribution géographique bien définie du goitre endémique^ il faut reconnaître que l’on voit la maladie se montrera Vétat sporadique chez des sujets n’ayant jamais quitté leur pays natal, plaine éloignée des montagnes, ou même bord de la mer. Toutefois, on rencontrera un certain nombre de cas de goître qui ne sont sporadiques qu’en apparence, les malades ayant fait pendant leur enfance un séjour de quelques années ou même de quelques mois dans un pays à goitre, et y ayant vraisemblablement contracté le germe de la maladie, alors même que celle-ci ne s’est développée que beaucoup plus tard.
Enfin, dans les contrées où le goitre existe à Létat endémique.
(1) Jacques, Contribution à l’étucle du goitre dans les Hautes-Alpes. Th, de Lyon,
(2) Du Gazai., Répartition en France des infirmités susceptibles d’entraîner l'exemption du service militaire [Biilt. de la Soc. d'anlhropol. de Paris, 1896,
GOITRES
on voit parfois survenir dans les collèges, les casernes, les prisons, de véritables épidémies atteignant la moitié ou les deux tiers des individus. Sont-ce bien là des goitres ou de simples congestions thyroïdiennes, des thyroïdites épidémiques comparables aux oreillons? Si, chez un grand nombre de sujets, ces accidents ne sont que passagers, chez d'autres, ils persistent bien à l’état de goitre permanent. Cette considération, jointe à la notion du développement de la maladie dans une contrée infestée par l’endémie, doit faire admettre qu’il y a entre le goitre épidémique et le goitre endémique un lien étroit dont, il est vrai, la nature intime nous échappe.
Age. — Le goitre peut exister à la naissance avec un volume déjà très développé. Ces faits sont connus depuis le mémoire de Betz sur la bronchocèle congénitale, ils sont d’ailleurs extrêmement rares. Nous allons en dire quelques mots pour n’y plus revenir :
On cite comme les plus curieux, le cas deDemme, quia trait à un goitre de 102 grammes chez un fœtusde Skilogrammes, et celui décrit par Mondini, qui s’étendait du menton au sternum. Un certain nombre sont des goitres kystiques, tels les faits de Friedreich, Boucher, Bednar, Adelmann, Demme. Demme a observé un goitre fibreux. Beaucoup n’ont qu'un petit volume et sont des hypertrophies vasculaires qui tendent à disparaître. Quelques-uns sont peut-être aussi de véritables angiomes congénitaux.
Un grand nombre de goitres apparaissent à l’époque de la puberté, de sept à douze ans. Dans certaines écoles de la Savoie, le nombre des enfants atteints de goitre est parfois plus grand que le nombre de ceux qui sont indemnes. Wôlfler, sur 90 cas de goitre examinés au point de vue de l’àge, a trouvé que 46 p. 100 étaient apparus à la naissance ou à la puberté. Il admet d’ailleurs que tous ces goitres proviennent d’ébauches goitreuses existant déjà à la naissance et méritent par conséquent d’être considérés comme congénitaux.
La grossesse est une seconde époque de prédilection pour l’apparition des goitres (1). D’après Lawson, ce serait, dans 66 p. 100 des cas, à l’occasion du premier accouchement, et dans 34 p. 100, lors des accouchements ultérieurs. Il n’y a là, comme dans la puberté, qu’une cause prédisposante. Enfin, exceptionnellement, on peut voir la tumeur apparaître ou grossir à l’époque de la ménopause. Passé cet âge, elle ne se montre plus.
Sexe. — La plupart des auteurs sont d’accord pour admettre une grande prédominance du goitre chez la femme. Baillarger sur 13090 cas a trouvé 4 606 hommes contre 8 484 femmes. Dans les écoles de la
(1) Mangin, Contribution à rétucle du goitre puerpéral. Th. de Paris, 1S94, — Tailhefer, Le goitre génital de la femme. Th. Toulouse, 1895. — Odeye. Influence des modifications utéro-ovariennes sur la glande thyroïde. Th. Paris, 1895.