C. LYOT. — MALADIES DU CORPS THYROÏDE
Suisse, d'après Combes, le nombre des garçons goitreux serait de quatre par rapport à cinq fdles.
État général. — Les anciennes théories qui admettaient une relation entre le goitre et la tuberculose ne méritent aucune créance ; il y aurait meme plutôt antagonisme (Girard). 11 en est de même de ses rapports avec l’impaludisme (Barton, Greco), aussi contestables que les relations admises par certains physiologistes entre la glande thyroïde et la rate. La plupart des cas de goitre cités coïncidant avec d'autres alîections ont d’ailleurs les caractères de goitres aigus, et il s’agissait vraisemblablement de thyroïdites.
Hérédité. — Il est difficile d’apprécier la valeur de ce facteur étiologique dans les régions où le goitre est endémique, puisque les enfants dès leur naissance se trouvent dans les mêmes conditions que leurs parents; mais dans les formes sporadiques, on a parfois constaté son inlluence, non seulement chez l'homme, mais même chez les animaux. Friedreich cite l’observation d’une famille, parmi laquelle le père et ses cinq enfants étaient goitreux dans une contrée dépourvue d'endémie ; il parle encore d’un hameau oii sur 92 individus d’une même famille on pouvait compter 45 goitreux, alors que les autres habitants avaient toujours été indemnes.
Rapports du goitre avec le crétinisme. — L’étude de la distribution géograjihique du crétinisme nous montre, ainsi que l’ont établi Morel, Baillarger, Bischer, Virchow, Kocher, qu’elle est à peu près la même que celle de l’endémie goitreuse avec cette restriction, que le crétinisme frappe des régions plus circonscrites, là précisément où le goitre atteint son maximum de fréquence. Les crétins sont souvent goitreux dans la proportion d’au moins 75 p. 100. Dans les deux tiers des cas, leur goitre apparaît avant deux ans, exceptionnellement après douze ans ; souvent aussi ils ont des goitreux parmi leurs ascendants. Kocher a toujours constaté le goitre chez un des parents et affirmé que l'on peut toujours en trouver des traces par une exploration attentive. Mais inversement on ne peut dire que deux jiarents goitreux soient fatalement exposés à engendrer des crétins. Baillarger, dans les conclusions de la Commission française, se contente d’admettre que U les parents goitreux engendrent des enfants crétins dans une proportion exceptionnelle comparativement aux parents exempts de goitre ».
11 y a donc surtout une coïncidence tenant à ce que crétins et goitreux sont soumis à des conditions étiologiques identiques, agissant sur la glande thyroïde à des âges et à des degrés difiérents. Ne savons-nous pas aujourd’hui que les crétins qui ne sont pas goitreux n’ont pas de glande thyroïde (Bourneville, Kocher)? Nous pouvons donc conclure que dans les contrées à endémie, la glande thyroïde peut dégénérer incomplètement (goitre vulgaire), ou complètement,
GOITRES
d’où alors des accidents d’insuffisance thyroïdienne qui chez l’enfant nouveau-né conduisent au crétinisme, chez le jeune enfant au nanisme et à l’idiotie, chez l’adulte au myxœdème.
Pathogénie. — Nous sommes encore dans l’ignorance absolue au sujet de la véritable cause du goitre. Bien que toutes les influences étiologiques aient été sondées, puisque Saint-Lager n’en énumère pas moins de quarante-deux, malgré les progrès <le l’anatomie pathologique et de la bactériologie à notre époque, la question n’esl pas plus avancée sur ce point qu’il y a vingt ans. Les théories peuvent être rangées sous trois chefs : théorie mécanique^ théorie chimique et théorie parasitaire.
Théorie mécanique. — Elle a pour base rinlluence de l’elToii sur la circulation thyroïdienne. La congestion thyroïdienne produite par l’etïort ne peut pas être mise en doute : tout l'effet de la pression intrathoracique se transmet presque sans obstacle dans cette éponge vasculaire qu’est la glande thyroïde, et de fait on la voit se gonfler pendant les cris, les efforts, les attaques convulsives. Mais ces turgescences répétées peuvent-elles produire un goitre? Bien n’est moins établi, en dépit des cas cités par quelques auteurs, et partout reproduits, tels que les aveugles que Larrey a vus en Egypte et qui deviendraient goitreux à force de chanter, tels aussi les deux officiers du général Morin qui contractèrent un goitre, passager d’ailleurs, en restant de longues heures le cou tendu sur des plans, telles encore les dentellières de Luzarches qui d’après Hahn auraient dû leur goitre à l’attitude penchée de la tête. Dans les cas analogues à celui de Morétin, qui vit se développer subitement un goitre pendant l’accouchement, on peut se demander s’il ne s’est pas agi d’une hémorragie survenue dans un petit goitre préexistant. L’effort est un facteur étiologique trop communément répandu pour pouvoir exercer autre chose qu’une influence occasionnelle tout à fait secondaire.
Théorie chimique. — A une époque où la bactériologie n’était pas encore née, on cherchait volontiers dans l’analyse chimique la clef des phénomènes pathologiques ; aussi, tous les circiwifusa dans les régions goitreuses ont-ils été successivement interrogés.
L’eau a déjà été incriminée par Hippocrate et Galien ; les Béotiens accusaient l’Asopos d’être la cause de la maladie. N’y aurait-il pas quelques propriétés particulières dans ces eaux de montagnes, filtrant à travers des couches géologiques de nature différente, et si abondamment chargées de calcaire? Est-ce l’aération qui leur manque iPiot)? Que dire alors de l’usage de l’eau bouillie? Est-ce l’acide carbonique, les phosphates ? Doivent-elles leur nocuité à une trop forte proportion de magnésie (Grange) ? de pyrites de fer (Saint-Lager) ?de fluorures, etc.?
Toutes ces hypothèses paraissent sans grande valeur, car il résulte des analyses faites des differentes eaux goitrigènes par Blondeau,