MALADIES DU CORPS THYROÏDE
Finot et d’autres, qu’il n’exisle aucune relation entre la fréquence des goitres et la plus grande abondance dans l’eau de l’un ou l’autre de ces principes. Comme le fait remarquer Kocher, la constitution géologique du sol reste la meme, tandis que l’on voit varier l’intensité de l’endémie dans beaucoup de régions.
Il faut attacher une ])lus grande importance aux opinions qui font jouer un rôle à l’absence de l’iode dans l’eau des montagnes, si l’on tient compte des bons elTets que produit dans le goitre la médication iodée et de la richesse en iode du corps thyroïde lui-même, comme l’a démontré Baumann.
Clialin en 185:2 établit par des analyses minutieusement faites que l’eau, comme l’air d’ailleurs, dans les pays de montagne et les vallées, contient des proportions de ce métalloïde infiniment moindres que l’eau des plaines. Cette insuffisance d’iode ne pourrait-elle amener la dégénérescence de la glande thyroïde ? Mais ici encore se présentent des objections. Le goitre disparaît sur les hauts plateaux et les sommets élevés et pourtant l’iode ne pourrait y être encore que })lus rare. Les goitres sont fréquents autour de Trieste, région que le voisinage de la mer devrait imprégner d’iode. Les iodures que contient l’eau de l’Ailier n’empêchent pas le développement du goitre sur les rives de ce cours d’eau. Il faut doue reconnaître l’insuffisance des théories chinii(jues.
Tiiéoiue PARASiTAiiŒ. — Émisepourla première fois par Ilumboidt, elle ne repose (pie sur des hypothèses. Le parasite a été cherché inutilement dans le sang, dans le goitre, mais on a pensé qu’il avait l’eau pour véhicule. L’inlluence nocive des eaux des boissons semble du moins nettement établie (Sainl-Lager, Klebs, Bircher, Kocher) (1), Wagner citait en 1800 des puits de certaines contrées de la Suisse dont l’eau donnait le goitre. Aujourd’hui encore, au dire de Combes, il existe dans quelques villages des cantons de Vaud et de Berne, des fontaines où les autorités et les instituteurs interdisent aux enfants de boire, et oîi, pour échapper au service militaire, vont parfois s’abreuver les conscrits. Que dire du fait rapporté par Bircher : une commune tellement atteinte qu’elle avait 59 p. 100 d’enfants goitreux à l’école, et 25 p. 100 d’exemptions annuelles du service militaire pour goitre se décide à amener l’eau d’une autre source. Le nombre des écoliers malades descend l’année suivante à 37 p. 100, puis quelques années après à 25 p. 100. Mêmes considérations dans les faits de Saint-Lager, de Boussingault, de llanke. Le goitre qui était fré- ({uent à Reims il y a cent ans, disparut lorsque l’on remplaça l’eau des puits par une eau de source.
On pourrait s’étonner qu’une eau pure comme celle des montagnes ne soit pas stérile. Or Kocher a fait examiner par Tavel une eau
(1) Kocher, Festsclirift für prof, Thiersch [Deutsche Zeitschrift für Chir., 1892).
GOITRES
pure et limpide en apparence, qui était accusée de donner le goitre : elle renfermait trente-trois espèces de microbes ; une autre eau, légèrement trouble, provenant d'une région indemne de goitre, examinée par comparaison, ne contenait que neuf espèces. Mais quels sont ceux de ces micro-organismes qui ont une action nuisible? Bircher, Klebs, Lantz, n’ont jamais pu ni cultiver, ni même constater un microbe dans le goitre. Pour Baumann, les micro-organismes agiraient en s’opposant à l’assimilation des traces d’iode contenues dans les aliments.
Ces incertitudes ont permis de supposer que l’air pouvait servir de véhicule, Virchow l’admettait. Combes le soutient en s'appuyant sur l’étude d’une épidémie qu’il a observée à Ouchy près Lausanne et qui a sévi sur l’école des filles, y compris leur maîtresse, sans atteindre l’école des garerons, bien que l’eau fût commune.
Comme on le voit, la théorie parasitaire en est encore à attendre les premiers éléments d’une démonstration rigoureuse.
Anatomie pathologique. — Les lésions du goitre peuvent être générales, je veux dire porter sur la glande tout entière, ou parlielles, affectant dans ce cas un des lobes seulement ou l’isthme ; de là nous pouvons induire des différences dans la forme et la situation de ia tumeur. En second lieu, on peut se trouver en présence d’altérations diffuses, mal limitées au milieu d’un parenchyme glandulaire avec lequel elles se fusionnent intimement, ou au contraire, bien circonscrites, nucléaires, voire même encapsulées. Ces goitres nucléaires sur lesquels a insisté Gutknecht (1) ont mérité une place à part depuis que l’on s’est attaché aux thyroïdectomies partielles et aux énucléations intra-glandulaires qui leur sont particulièrement applicables. Lorsque la nodosité siège dans les couches périphériques de la glande, non seulement elle émerge au dehors de celleci, mais elle s’énuclée à la façon de certains fd3romes de la mamelle et de l’utérus, et peut n’être plus rattachée à la glande que par un étroit pédicule. Enfin il est des cas où le tissu malade est encore plus indépendant, mais alors le goitre n’est plus originellement développé dans la glande thyroïde elle-même, il a pour point de départ les glandes thyroïdes accessoires : nous y reviendrons.
Ce n’est pas seulement dans leur forme et dans leur siège, mais aussi dans leur aspect sur une coupe que les goitres peuvent afiecter les apparences les plus variables. Ici, ils montrent une surface rappelant celle d’une tranche de la glande normale, là des travées conjonctives épaisses, ailleurs des foyers ramollis ou hémorragiques, des kystes, des vaisseaux en abondance.
Ces variétés d’aspect rendent difficile une description générale ou une classification basée sur la structure macroscopique. Virchow a
(1) Gutknecht, Die histolof^ie der Stnima aus dem path. Inslit. in Bcrn {Virchow' s Arch. fur paihol. Anat. Bd. 99.