C. LYOT. — MALADIES DU CORPS THYROÏDE
Hislologi(iueinenl elles sont formées de tissu thyroïdien toujours embryonnaire, soit sons forme d'amas cellulaires, soit sous forme de tubes glandulaires. Une grande quantité de larges vaisseaux les parcourt, formant entre les cellules une véritable circulation lacunaire, c'est ce qui expli(jue la fréquence des infdtrations héniorragi- (jues, et sous leur inlUience la transformation fdjreuse ou myxomateuse du tissu conjonctif interstitiel (Wolller).
3® Goitre colloïde (adénome gélatineux de Wolller). — Il forme des tumeurs volumineuses, occupant un lobe entier, et il n’est pas rare de le voir envahir la glande dans sa totalité, en lui conservant à peu ))rès sa forme. Ici peu de bosselures, ou pas de nodosités, ou si on en rencontre, elles di lièrent peu en apparence du tissu normal.
('/est lui qui atteint les plus grandes dimensions, formant ces énormes colliers (|ue l’on voit descendre quehjuefois jus([ue sur l'abdomen. Sa coupe est régulière, lisse, translucide. Le tissu conjonctif y est rare. 11 s'écrase facilement comme une gelée épaisse en laissant entre les doigts de petites masses transparentes, d’un jaune rosé, et poisseuses comme de la colle. C’est la matière colloïde. Au point de vue microscopique, ce goitre se compose de grosses vésicules glandulaires serrées les unes contre les autres, ayant pris par pression réciproque une forme polygonale et remplies de matière colloïde, ('/est là du moins l'aspect le plus général, mais dans les points oi'i la prolifération est en activité, les vésicules gardent leur forme arrondie, un tissu conjonctif d’aspect muqueux les sépare; des proliférations cellulaires diffuses, provenant de ces amas embryonnaires anx(|uels Wcdtler attache tant d’im[)ortance, se répandent entre les vésicnles glandulaires et jus([ue dans leur intérieur. Il en résulte l'apparence d’une multiplication cellulaire dilfuse, comparable à ce (|u’on observe dans les cancers. Et de fait nous décrirons parmi les cancers des adénomes malins ([ui récidivent et donnent des métastases. La distinction histologiciue en est impossible à faire.
Quant à la matière colloïde, la plupart des auteurs la regardent comme résultant de la sécrétion même des cellules et non de leur destruction (Millier). Contrairement à ceiju’on observe dans la glande normale, sa présence dans les vaisseaux lymphatiques n’a jamais été constatée, si ce n’est par Podbelsky (1).
Goitre tihreiix. — 11 est certain qu’il ne s’agit pas là d’une forme primitive mais d’une transformation qui appartient en général aux goitresanciens. Rokitansky, Virchow la considèrent comme le résultat d’un processus de thyroïdite chronique, et de fait les injections interstitielles dans les goitres ne font pas autre chose que de provoquer
(1) Podbelsky. Ueber clas Volkomnien des colloïdes in dem Lympligefiisse der strunia erkrankLen menschlichen Schilddrüse {Prager med. Woch., 19 et 20, 1892). — Mulleb, Beitrage zur Ilist. der norm. u. der erkrankten Schilddrüse [Ziegler's Baitr. zur patli. Anal. u. allgemeiii Path..^ 1890, p. 126).
GOITRES
une sclérose d’origine intlanimatoire. Le goitre fibreux a souvent pour point de départ les noyaux de l’adénome fœtal et la sclérose succède sans doute aux hémorragies dont celui-ci est souvent le siège. On trouve un ou plusieurs centres fibreux dont partent des travées rayonnantes n atteignant pas la périphérie de la tumeur qui montre encore du tissu thyroïdien normal. Parfois on reconnaît un noyau adénomateux circonscrit par une barrière conjonctive épaisse et sillonné de rayons qui donnent à la coupe l’apparence d’une orange.
5° Goitre kystique. — Les petits kystes ne sont pas rares dans le goitre colloïde, c’est le cysto-adénome de Wolller. Dans certains cas leur volume devient considérable, le kyste représente alors la lésion prépondérante, et le reste des altérations goitreuses passe à l’arrièreplan. C’est ainsi que l’on a décrit à part les goitres kystiques. Bien observés par Maunoir de Genève en 1815, ils ont encore été étudiés par Bonnet, Velpeau, qui les distingua avec soin des kystes séreux du cou. Les kystes peuvent être uniques ou multiples, mais ordinairement, il y en a un qui l’emporte par son volume sur tous les autres. La tumeur, Iranchement ronde à son origine, devient irrégulière et bosselée dans les anciens kystes; petite, elle peut occuper le centre d’une glande thyroïde à peu près intacte ; mais, lorsque son volume augmente, elle fait peu à peu saillie hors de la glande, s’en énuclée, se pédiculise même (Beck). Aussi comprend-on qu’elle puisse acquérir un volume considérable sans déterminer de troubles graves de compression. On a vu ainsi des kystes descendre jusqu’à l’om- Inlic.
La paroi kystique est d’épaisseur variable; quelquefois elle est mince au point d’être impossible à disséquer ; d’autres fois, elle se montre plus ferme, fibreuse, se laissant séparer du reste de la glande suivant l’expression de Poucet à la façon d’un kyste sébacé. Dans les kystes très volumineux, elle peut atteindre une épaisseur de plusieurs centimètres et contenir des plaques calcaires. Sur sa face interne se voient des cloisons, des crêtes ou des dépressions correspondant à la fusion de plusieurs kystes. L’existence d’un épithélium à la face interne des poches kystiques, du moins de celles qui sont jeunes, n’est plus guère mise en doute. C’est un épithélium cubique. Dans quelques cas, il se présente sous la forme de franges ou de végétations dendritiques comparables à celles que l’on voit dans certains kystes de l’ovaire. Ces végétations contiennent des vaisseaux à parois minces, embryonnaires, éminemment fragiles. Ils contribuent avec d’autres vaisseaux variqueux d’apparence lacunaire que l’on voit saillir par place à la face interne de la poche, à donner lieu aux hémorragies si fréquentes dans les kystes. Exceptionnellement, on a vu le sang provenir directement de grosses veines dont la paroi s’est laissée perforer par des bourgeons de tissu glandulaire.