C. ‘ LYOT. — MALADIES DU CORPS THYROÏDE
Le contenu oRVe des apparences très variables. Primitivement, c’est un licpiide clair, onctueux, albumineux. S’il s’y produit des hémorragies, on peut'y trouver tous les stades de régression du sang épanché, bouillie noirâtre, cristaux de cholestérine, masses d’apparence athéromateuse, dépôts fibrineux à la face interne de la j)oche comme dans les anévrysmes. Certaines poches paraissent entièrement remplies par une masse rougeâtre molle qui au microscope se montre formée de tissu thyroïdien embryonnaire. Sont-ce là des kystes dont la paroi a végété comme le voulaient Beck, Rokitansky, Millier? Ce serait une erreur d’interprétalion. Virchow en fait des centres de prolifération glandulaire et nous devons y reconnaître avec Wôlfler des noyaux d'adénome fœtal.
Comment se forment les kystes? Wolfler admet deux mécanismes, l’éclatement de la vésicule avec épanchement de son contenu dans le tissu interstitiel, et la fusion de plusieurs vésicules par atrophie des parois qui les séparent. Gutknecht distingue des kystes par dilatation et des kystes par ramollissement, ces derniers provenant d’une dégénérescence du stroma.
A coté de ces grandskystes, il faut en signaler d’autres plus petits constituant deux variétés décrites par Wôlfler sous les noms de cijstoadénome proliféranl et de cijslo-adénome papillaire. Ils sont fréquemment remplis de végétations revêtues de cellules formant une ou plusieurs couches. Ces cellules sont rondes dans la première variété, cubicpies dans la seconde. Dans un cas ^^"ôl^er a observé des végétations recouvertes d’un épithélium nettement cylindrique (adénome cylindro-cellulaire).
Le cysto-adénome papillaire serait susceptible de récidive locale après l’ablation.
6° Goitre vasculaire. — La plupart des goitres sont très riches en vaisseaux sanguins, mais dans certains cas leur nombre, leur augmentation de volume, leurs anastomoses acquièrent une importance considérable, et deviennent un caractère prédominant, du moins au point de vue macroscopique.
Ph. Von Walther en distingua deux variétés, selon que l’ectasie porte principalement sur les artères ou les veines : le goilre anéurijsmalique et le goilre variqueux.
La dilatation artérielle semble alïecter surtout les gros troncs, mais elle s’étend aussi aux dernières ramifications et même aux capillaires, formant entre les alvéoles glandulaires une véritable circulation lacunaire.
Dans la forme variqueuse ce sont surtout les veines superficielles ({Lii sont atteintes, leurs anastomoses se multiplient, des segments veineux entiers forment de véritables ampoules vasculaires et la masse delà tumeur est masquée par tout un lacis de vaisseaux.
Les vaisseaux dilatés peuvent conserver leur structure ; cependant
GOITRES
d’après Houel, les artères perdraient parfois leur tunique moyenne. De plus Friedreich, Virchow, Koclier, ont décrit des cas dans lesquels les tuniques avaient subi la dégénérescence amyloïde. On les a vues aussi envahies dans toute leur étendue par rinfiltration calcaire.
Quant au tissu du goitre vasculaire, qu’est-il? Dans un cas de Pietrzikowsky cité par Wôlfler, il avait complètement disparu et la tumeur avait une apparence caverneuse. Lucke a bien fait voir que la vascularisation n’était qu’une modification accessoire, et cela d'autant plus que chez les individus jeunes elle peut n’être que transitoire. D’après Wôlfler, ce serait le plus ordinairement l’adénome fatal qui prendrait les caractères du goitre vasculaire.
Enfin on a décrit des goitres osseux. La dégénérescence calcaire s’cbserve assez souvent dans les kystes sous forme de bouillie crayeuse, voire même de calculs dans leur intérieur ('Gosselin), ou sous forme de plaques crétacées dans leurs parois, comme on en observe dans tous les kystes en général. Dans certains cas, toute la masse goitreuse peut être transformée en une tumeur ayant absolument l’apparence du tissu osseux parfait. Parsons a signalé un cas de cette matière et nous avons vu enlever par le professeur Le Dentu un goitre sus-claviculaire du volume d’une petite orange, semblable à une ostéome. Ajoutons toutefois qu’aucun examen histologique n’a encore démontré la présence de tissu osseux organisé.
Inflammation et hémorragie dans les goitres. — L’inflammation a déjà été décrite à propos de la thgroïdite iy oj. p. 608). Les lésions anatomiques sont les mêmes et nous la retrouverons à propos de la description symptomatique des complications. La suppuration provoque la formation de foyers multiples ou de poches uniques, des fusées à distance, etc. L’inflammation chronique a pour type celle qui est déterminée par les injections interstitielles, elle a pour conséquence la prolifération du tissu conjonctif, l’atrophie des éléments glandulaires et la sclérose.
Vous avons déjà parlé des hémorragies intra-kgsliqiies. Lorsque le sang s’épanche dans le parenchyme glandulaire, il constitue les apoplexies thyroïdiennes des anciens auteurs. On a admis sans preuves certaines que de véritables hématomes pouvaient ainsi se former et devenir le point de départ de kystes hématiques. Souvent l’hémorragie dans ses transformations ultérieures est remplacée par des noyaux et des travées fibreuses. Elle pourrait donc conduire au goitre fibreux. Mais Wôlfler admet aussi qu’elle sert de substratum à la formation de ce tissu interstitiel myxomateux si abondant dans certains goitres et contribue ainsi à leur accroissement.
Variétés de formes et de sièges. — Nous avons dit que la dégénérescence goitreuse pouvait être générale ou partielle. Lorsqu’elle affecte toute la glande, elle forme souvent ces goitres en colliers ou en besace qui retombent au-devant du sternum sans comprimer les Traité de chirurgie. VI. — 40