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lliii-lralioii pour les œuvres île Mr)lièrc.)
FRANÇOIS BOLICIIKR. ' 15
médiocre et qu'il était pauvre. Il parait avoir été un dessinateur industriel. Son unique titre de gloire, c'est son lils François Bouclier, né à Paris, rue de la Verrerie, sur la paroisse de Saint-Jean-en-Grève, le 29 septembre ITOrî. Boucher doit certainement à son père d'avoir travaillé de bonne heure. Ses yeux d'enfant s'accoutumèrent à voir dessiner, ses mains trenfant purent samuser avec des crayons; dès que ses jeux sur le papier cessèrent d'être informes, on peut sup})oser que son père guida ses etTorts incertains. Dans ce milieu artiste, quasi artisan, il obtint insensiblement cette facilité qui est l'obéissance immédiate, presque automati(|ue, de la main à la vision; il apprit à aimer tout de son art, fut pénétré de ce ilexible goût de tout dessiner qui l'achemina par l'imagerie et l'ornementation à la grande décoration, et lui laissa l'habitude heureuse de ne rien dédaigner, pas même le modèle d'un futile bibelot; ce qui le rapproche de notre type de l'artiste moderne, expert en art usuel.
Son père le mena assez loin dans ses études, puis il pensa à le confier à un maître glorieux. Nicolas Boucher était l'ami de Cars le graveur, dont le fils Laurent Cars, plus âgé que François Boucher de quatre ans et son camarade, grava plus lard et Lemoyne et Boucher. Cars était l'ami de Lemoyne ; par lui François Boucher devint l'élève de Lemoyne.
Le choix était heureux. Lemoyne était un grand peintre encore préoccupé de modèles italiens, mais malgré cela libre, créateur. Il n'était point à craindre qu'il restreignît
les aptitudes de son élève. Lemoyne avait de la souplesse et du large génie de l'époque qui allait venir. Grand décorateur, il ne dédaignait pas la fantaisie de son art et il a pi'int au moins une enseigne, pour un perruquier d'Amiens, à laquelle de bons juges ont trouvé dans les personuagcs Ijjen découplés et sveltes quelques traits de Watteau et dans l'atmosphère un peu de ce que réalisa plus tard Chardin. On ne sait point combien de temps Boucher fréquenta l'atelier de Lemoyne. Trois mois, disait Boucher à Mariette (|ui restait iuciM'dule, car Boucher ressenlil Tinlluence de Lemoyne, inlinimenl, et s'appropria même sa manière de peindre. Mais Boucher était déjà quelque j)('u informé quand il entra chez Lemoyne; dès ses dixscj)l ans, il pouvait soumettre à Lemoyne un tableau, le Juiiciiicnt de Suziiiuic. d après lequel le maître Ini pré-
di->ail le plus brillant avenir.
Il avait sans doute déjà regardé et les œuvres de L('uio\ne, et celles des pcinli'es (|ui linnut'ncèrent ; la facilité et le don d'assiinilalion étaient clie/. Ini si grands! Tout en ne l'est.inl che/. Lemoyne que fort j»eii de temps, il put > ini|ir(''gner de sa manière, en apitremlre loiit C(î qui (''tait p<)nr lui souliailable et passer au plus lot la |»lu- L:ianile partie de >on teni|)^ clie/ le ui'aveur Gars, (|iii Ini donna la table, je jd^cinenl el (>'> li\res j)ar mois, à la c<)ndilion de des^iuei" |HMir Ini. l!on<'ber en était eiielianti' : il Ini lallail \i\re. I'enl-('tre le labenr ne 1 i'ni|ièelia-t- i I |MiiMl de recc\(iii' île leni|i> en temps, en v.sitenr ii'n'-nlicr |ilnl<it (ju Cn ejevi', les conseils de
(Les Cris de Paris.)
Lemoyne. Quoi qu'il en soit, Boucher, à une période de ses débuis, s'identifia si bien le faire de Lemoyne que la Naissance Gihx Mort d'Adonis de Boucher furent attribués à Lemoyne jusqu'en 1860 (1).
De bons juges avaient pu s'y tromper, et d'ailleurs, dans bien des Boucher de la première manière, les corps des héros font penser à Lemoyne et à son Hercule et Omphale de la salle La Gaze ; ceci est admis par la critique et les experts du xvni* siècle ; en 1777, le catalogue de la vente de Randon de Boisset indique un Hercule et Omphale accompagnés de deux Amours dont l'un tient une quenouille et l'autre une peau de lion, comme peint par Boucher dans le style de François Lemoyne. Boucher vécut dans l'art de Lemoyne jusqu'à sa pleine maturité esthétique.
A l'atelier de Cars, <■ à l'espèce de manufacture de Cars », disent les Concourt, Boucher besogne beaucoup, gaiement, ce semble, et insouciamment. 11 y fait de tout, du menu métier, de la grande commande, de l'illustration, des fleurons, des culs-de-lampe, des emblèmes, des diplômes, des lettres ornées, des alphabets.
La maison Cars grave des thèses, « sorte de pancartes et cartouches à attribut allégorique, formant comme une imagerie populaire, mais d'un genre très relevé oij
(1) A cette époque, lors de l'exposition de 18G0, qui fut l'occasion du l'article de Thoré, cité plus haut, on y regarda de plus près ; on découvrit sur un vase renversé, au ])remier plan de la Naissance d'Adonis, le monogramme F. B. et l'on restitua à Bouclier ces deux tableaux, dont l'autlienticité se trouvait confirmée d'ailleurs par des textes et des estampes gravées en 1733, date probable de la créalion des deux ouvi'ages.
20 FHAxXÇOIS BOUCHER.
s'exerçait la fantaisie des artistes et des faiseurs de légendes (1) ». Boucher en fournit de remarquables; on l'emploie à l'illustration et il donne à graver à Baquoy et Mathey, pour une nouvelle édition in-4° de Y Histoire de France du Père Daniel, vingt-cinq vignettes.
Non seulement, chez Cars, Boucher dessine, mais encore il apprend à graver ; non point tant peut-être pour exercer deux métiers que pour interpréter les dessins originaux de ses heures libres. Tout le monde gravait dans cette rue Saint-Jacques oii se trouvèrent au temps de Boucher, outre la maison de Cars et entre autres, le» Pilier d'Or » de Gérard Audran, le « Quis major Carolo » de Charlemagne, le « Au Moecenas » de Tardieu, le magasin « A la Belle Image » de Poilly. Boucher gravait, et lorsque M. de Julienne, l'ami deWatteaii, voulut publier l'œuvre d'Antoine Watleau, il appela à lui Boucher. 11 lui offrit vingt-quatre livres par jour et Boucher reproduisit pour lui cent-vingt-cinq pièces de Watteau, dont cent quatre des Figures de différents caractères. 11 les interprétait, disent les Goncourt, « sans rien leur faire perdre de leur feu et de leur esprit ».
Non seulement ce travail lui est rémunérateur, non seulement il lui est utile en lui donnant « le génie de l'eau-forte spirituelle », mais encore il le fait pénétrer dans l'intelligence du grand devancier dont il continuera le rôle. Boucher a écouté la leçon de Watteau autant que celle de Lemoyne et, même (juand il se sera découvert,
(1) André Mictid.
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L\ BOUQUETIERE.
c'est Watteau qui gardera sur lui l'emprise la plus forte (1). Mais auparavant Boucher n'a pas cessé de remporter des succès de peintre. A vingt ans, avec un Evilmerodach délivrant Joachim^ il obtient le premier prix à l'Académie de peinture (1723). En 1725, il expose le jour de la Fête- Dieu; à cette amusante et brève exposition de la jeunesse qui se faisait place Dauphine sur le parcours de la procession, les tableaux étaient accrochés aux tentures et aux tapisseries tendues par ordonnance de police; comme Watteauet Van Loo, il y obtint quelque succès de presse; les amateurs commencent à le connaître ; un sculpteurmarbrier, Dorbay, à des conditions qu'on sait minimes, se fournissait de tableaux de lui parmi lesquels un bel Enlèvement d'Europe (2). Un collectionneur connu, graveur-amateur, le baron de Thiers, plaça des Boucher dans sa galerie. Boucher travaillait avec ardeur, ambitieux de gloire, très inditlerent au prix de ses œuvres, comme il le fut toute sa vie; il n'arrêtait point de dessiner, et le commerce en 1726 donna de lui, gravées, nombre d'images de piété, des sujets religieux qui plurent énormément, sans beaucoup mériter de plaire.
Boucher devait être curieux de l'Italie. On parlait trop de l'Albane et de Pierre de Cortone, de Luca Giordano et de Benedetto de Castiglione pour qu'il n'ait eu
(1) Quelques œuvres ont gardé évidente Timpression de Watteau ; on cite un Voi/age à Cijthère, composition de plus de trente figures que les Concourt taxent d'être une réminiscence de Watteau.
(2) On cite aussi comme ayant appartenu à Dorbay (ou Dorbais?) le joli tableau de r/l//(CiMr moissonneur.
envie de les admirer chez eux, et puis le voyage d'Italie était moralement de rigueur. Il y alla avec Carie Van Loo et les neveux de celui-ci. Sauf la date de son départ et ce fait que le directeur de l'Académie, Wleughels, le logea (( dans un petit trou de chambre » presque hors du palazzo iMancini où se trouvait l'Académie, on ne sait rien de précis sur ce voyage. Selon les uns, Boucher resta peu de temps en Italie et y fut malade ; selon d'autres, il y demeura trois ans (quatre, d'après une autre source), sans beaucoup travailler, (ju'y lit-il, qu'y regarda-! il? On sait seulement qu'il y prit, el avec raison, le goût de Tiepolo, goût auquel il demeura hdèle puisqu'il avait en son portefeuille, lorsqu'il mourut, cent-trente-sept dessins de ce maître (1). Peut-être l'inlliience de Watteau le tourmentait-elle et le gènait-elle, quoiqu'il s'évertuât «l'après les Italiens, soit en Ilalie, soit dès son retour, à des tableaux d'iiistoire, à des Urncontres de Rachel et de Jacob^ à des Crucifixions de Jésuites, au Japon^ à des Mariages des enfants de Dieu avec lesenfants des hommes] nous ne les connaissons que par la gravure qui permet d'y apprécier une belle ordonnance plutôt assez froide.
(1) C'est sans douto à ce monienf, qu'il flcssine. pour une >^uUe de Costumes de femmes italiennes publiée par Wleugliels, une Paysanne des enviions de Ferrare (1734). Une série de lui, Recueil de diverses figures (i rangères, prùacnlc ii calé dos filles de Palliniosol drs Ceni'iies du Lowmt, une femme de Naples cl deux Contadincs.
Quelques copies d'après l'antique, le Pi'iape «le la galerie Farnèse, l'IIermaplirodile, un Recueil de différents caractères de lêles tirées de la colonne Trajane, figurent parmi ces dessins, à coté de scènes d'iiisloire romaine telles qu'un Sce'vola dans le camp de Porsenna, ou un Marc-Antoine el Ctéojtdlre.