LA BELLE \ I L L A G E 0 I S E
C'est peu après, en 1733, qu'il peint cette Naissance et cette Mort d'Adonis^ dont on fit longtemps honneur à Lemoyne ; Vénus commandant à Vukain des armes pour Enée ^ qui se trouve au palais de Fontainebleau, date de 1732. Ce sujet, déjà traité par Wleughels et qu'abordera aussi un camarade d'atelier, Natoire, Boucher le reprendra encore. C'est un de ceux qui lui permettent de faire valoir la jolie chair des déesses et des nymphes par le contraste de ses divins forgerons à la carnation brunâtre. 11 ne faut point chercher d'autres raisons aux sujets que choisit Boucher, que ces raisons purement picturales. Il commença vers ces années, de 1731 à 1733, à trouver sa seconde manière. Il s'y affirma un décorateur habile, un peintre des coquetteries et des élégances de l'amour, amoureux du léger et du joli, subordonnant l'harmonie générale de son tableau au rayonnement d'un corps de femme rose et nacré. Tout son art l'achemine à être le peintre d'apparat et l'ordonnateur de tapisserie qu'il ne tardera pas à devenir.
Les anciens succès de Boucher dans l'imagerie, dans l'estampe ont tenté les libraires, et de son côté Boucher, désireux de se signaler dans tous les genres, est tenté par lillustration. Après ses tâtonnements parmi les sujets bibliques, voilà de quoi séduire sa curiosité des motifs modernes et sa recherche d'une mythologie appropriée à sa nature que de chercher à rendre avec une élé-
gante fulélité l'osprit des maîtres de la littérature. Un Molière [)arnt en 1734 (six volumes in-i"), Oppenord et Blondel étant commis anx fleurons et autres ornements, Boucher à l'illustration. Trente-trois dessins de Boucner olTrent de Molière une interprétation libre, au goût du jour; elle ne se pique ni d'archéologie, ni de reconstilulion du costume, et ne se soucie en rien d'être contemporaine de Molière.
Le Commandeur se présente presque gracieusement à Don Juan cependant que Sganarelle roule sous une draperie ; Alceste, commodément assis dans un lauleuil, gronde et le monde eutier et IMiilinte indulgemment appuyé au dossier de ce fauteuil. L'infortunée Psyché, quand ses malheurs l'ont laissée seule et désolée auprès du Fleuve personnifié par un vieillard à belle barbe, est vêtue d'une robe de cour. Pour Psyché, Boucher a fait deux dessins. Il ne pouvait point laisser passer avec le {)rologuc une occasion de représenter Vénus : il la assise sur un nuage arrondi, qui est suspendu à la hauteur du front de l'Amour. Celui-ci est figuré sous l'espèce d un joli jeune homme portant en sautoir, sur son habit à la fiaiiçaise, une guirlande de fleurs; Vénus caresse de la main son cygne familier. iNicoIe pousse la butte au bourgeois gentilhomme en présence de M"" Jourdain, et croyez-bien que M""' Jourdain est jeunette, faite au tour, et Nicole bien arrangée et accorte. Il n'y a pas de plus avenant garçon que le Scapin qui défend (iéronte contre l'épée de Sil\ estie, et si Boucher n'a pas orné d'élégance
L A BAL A N Ç < l I It K .
(Carton de tapisserie.
et Géronte et Argan , et Tartufe et Arnolphe, et M. de Sottenville iqiiil a montré long, maigre, cuistre, avec quelque intention de caricature), c'est que c'était vraiment impossible ; mais comme il se reprend avec Cathos et Madelon, et Henriette et Philaminte ! comme il retrouve pour elles le charme des ligures tie Watteau qu'il gravait tout à l'heure! 11 jette à la poursuite de Pourceaugnac un matassin blafard qui semble un Pierrot comme on en verra dans la pantomime de Deburau. A peine durcit-il les traits de son Harpagon, en train de tourmenter La Flèche.
Amphitryon lui a demandé deux dessins. H a voulu boufFonner en peignant un petit Sosie, boulot et hilare, tenant discours à sa lanterne, et interpréter joliment le dialogue de Mercure et de la Nuit. Bref, c'est une belle série d'évocations spirituelles avec un grand soin apporté à décrire les jolies robes, les cassures du satin, l'envol moqueur des petits tabliers des Angéliques décolletées, bien parées, des fleurs dans les cheveux, au maintien alerte, réservé et moqueur, qu'interrogent les Sganarelles dans des jardins riants; une fois, près de la narquoise personne, Boucher a hgùré un joli petit sphinx à minois futé. Il répand là des toilettes de goût, des robes de cérémonie, des robes de scène descendant sur les paniers, en cascatelles de fleurs brodées et d'effilés de soie ; il place les Précieuses dans le plus joli intérieur tout contourné, tout chantourné avec d'harmonieux flambeaux disposés auprès d'une porte à panneaux d'un joli style sous un clair
dessus de porte ; c'est le goût de Meissonler, dit-on : c'était aussi le sien, et ce goût de Bouclier a lait de cette illustration de Molière comme une agréable fantaisie sur une comédie française qui serait un peu une comédie italienne. Son Molière plut inliniment : la critique souhaitait, de lui, un Racine quil ne donna pas ; nous ne le trouverons plus mterprétant la pensée des poètes que dans quelques planches d'après des contes de La Fontaine, le Magnifique^ la Courtisane amoureuse^ le Calendrier des Vieillards; aussi dans un carton de tapisserie il montrera les marmitons du duc pourchassant, jusqu'à un fier et mélancolique Don Quichotte moins maigre ([ue ne l'affirme Cervantes, un Sancho Pança affolé; plus tard. Lien plus tard, il transcrira des imaginations d'Ovide et de Boccace ; mais après son Molière (faut-il citer pour mémoire des personnages turcs pittoresquement dessinés pour des Moeurs et usages des Turcs) (1 ) il revient à ses propres inventions, k
(1) La recherche d"un piUores(]ue île liardes, de turbans, de grosses moustaches liérissées, sans autre souci d'information exacte, c'est la caractéristique des douze illustrations qu'avec quehjues en-têtes de chapitre, Boucher dessine pour les Mœiws etusages de's Turcs, d'un écrivain inconnu, M. Guer.
L'o'uvre d'illuslralioii de liouclicr ciiinplc encore dix grandes vignettes pour le roman de Duelos, Acajou et Zirphile; huit planches pour un volume in-8 intitulé : Tombeau des l'rinces, Gratuls Capitaines et autres Hommes illustres qui ont fleuri ilnns la (iran<le-Breta(jne ; les éiiiteurs Basan et Poignant y avaient réuni un Ironlispicc de Van Loo, des reproductions de peintres italiens modernes, CriMli, Hicci, et ces cartouches de iioucher enguirlandant des inscriptions à la gloire du roi Guillaume III, du chancelier Cowpei', du duc de Mailborough, de Tillotson, Sackville, Godoly)hin, Boyle, Locke et Sydenhaui. Ces cartouches reparurent chez lluipiier débarrassés de leurs inscriptions latines et des noms anglais.
Boucher a donné aussi quehiues titres de livres pour le Conte du Ton-
SCS mises en page faciles et gracieuses de mythologies qui résument le ton littéraire de sa peinture et de ses estampes. 11 a touché au théâtre en illustrant un Molière : quand il y reviendra, ce sera pour y peindre des décors, àrOpéra,etlà il empruntera quelque chose delà mise en scène des ballets pour l'arrangement de ses apparitions et des féeries de son Olympe; aussi s'amusera-t-il, peut-être plus encore qu'à l'Opéra, en travaillant pour le théâtre de M'"' de l*ompadour et surtout, en gai compagnonnage avec son ami Monnet, pour les théâtres de la foire Saint-Laurent et de la foire Saint-Germain.
Et qu'a-t-il besoin de l'illustration pour s'afliruier autrement que par le tableau et tout l'appareil de la peinture; aux beaux jours de sa gloire, il habituera les amateurs à se disputer ses dessins : son graveur Demarleau popularisera ses crayons, les éditeurs d'estampes ne cesseront de publier ses recueils de planches.
C'est une des innovations de Boucher, dont tous les peintres lui doivent être reconnaissants (et les amateurs d'art aussi, parce que, depuis, les dessins, ces premières pensées du peintre, ont été beaucoup plus soigneusement gardés), que d'avoir donné cette valeur à des dessins, qui, avant lui, n'étaient considérés que comme des tàton-
neau, l'Abrégé des plus fameux peintres de d'Argen-\nlle ; les Goncourt croient reconnaître dans le frontispice, sans nom d'auteur ni de graveur, de la Lettre sur l'exposition des ouvrages de Peinture de 1747, une gravure d'après un dessin satirique de Boucher, sa seule réponse encoléréc aux acerbités ou admonitions de la critique, où la Peinture, se présentant entourée d'Amours, est accueillie par un âne qui brait.
3fi FRANÇOIS BOUCHER.
nements, des choses incomplètes qu'on montrait à peine, des brouillons ; lui ne perdait rien, et avec raison, car ses études sont de véritables œuvres, et il n"a jamais en rien été plus heureux que dans tous les travaux quil pouvait exécuter rapidement, ceux où l'heureux accord de sa pensée et de sa main, en une seule séance, jetait sur un bout de papier un nu dessiné, pastellé, complet en soi(l). Mais au temps où il illustre son Molière, Boucher n'en est pas encore à cette époque heureuse. Après avoir été agréé à l'Académie, il a obtenu le titre d'académicien avec i?e/^«^^(/eMr??^^(/6' (1734), agréable tableau où près d'un portique d'où s'allonge une colonnade cintrée, d'harmonieuse couleur, Renaud couché auprès d'Armide se regarde en un miroir que soutient un petit Amour. Armide, blonde, blanche, joue avec les perles qui avivent la douce carnation de ses épaules ; elle est presque nue sous des voiles lâches et légers qui sont tombés déjà sous les mains de Renaud, et autour d'eux des Amours tiennent des guirlandes de fleurs.
Cette jolie o'uvre n'atteste pas encore la pleine maîtrise de Boucher : son Renaud est quelconque, et toute la séduction de son œuvre est ihins le joli corps pâle d'Armide. Il y a là pourtant un aimable talent et ceci de |)articulier : Armide oll're le l\ pc i|iii incarnera, dans la plupart de ses œuvres d'imaginutioii, l'idiMl de beauté iV'iiiiiiine de Bouclier, le type de lieiiub'" (|u il s'est choisi dans la vie: celui de sa l'emme, car entre temps Bouclier s'est marié.
(1) Guncourt.
lia épousé, le 21 avril 1733, Marie-Jeanne Buseau, une fine Parisienne de dix-sept ans; il l'a épousée par amour, parce qu'elle réalisait la beauté élégante, malicieuse, souriante qu'il aimait et comprenait.
M""' Boucher était blonde, ses yeux bleus, son sourire spirituel ; elle lisait parfois et, quand elle interrompait sa lecture pour jaser, elle appuyait son livre à son menton. Ainsi l'a gravée son mari (1). Elle avait des talents ou elle en acquit près de lui, car elle copia quelques tableaux de Bouclier, en les réduisant coquettement à la dimension de miniatures, assez séduisantes pour qu'on les ait longtemps attribuées à Boucher ; elle gravait à l'eau-forte (2).
Elle était fort jolie quand il l'épousa ; elle demeura long temps belle ; en 1761, Diderot, l'ennemi de Boucher, le proclamait et Boslin par un portrait le prouvait. On comparait Boucher à l'Albane, non seulement parce que ce fut la mode au xvni^ siècle de comparer les peintres à l'Albane, mais parce que, comme l'Albane, Boucher s'inspirait de la beauté de sa femme pour en parer ses déesses et ses nymphes. On a publié une lettre de Petit de Bachaumont, l'auteur des Mémoires sécrétai paiir servir à l' lùstuire de la République des lettres, oii il répond à Boucher qui le consulte sur le choix des motifs de tableau à prendre
(1) Latour exposait au Salon de 1737 le portrait au pastel de M™*" Boucher; cette œuvre est actuellement dans une collection particulière à Bordeaux, celle de M"« Fozembas.
(2) Les Goncourt signalent une planche où des Amours accrochent un écusson en forme d'œuf portant au-dessus d'une cigogne trois cœurs enflammés. Elle signe Jeanne Boucher. Sur une gravure d'après une œuvre de son mari, elle a écrit fièrement : uxor ejus scitlpsif.
38 FRA.NÇOIS BOUCHER.
dans la fable de Psyché : « Relisez La Fontaine et surtout regardez bien M"' Boucher », ce qui prouve qu'elle avait les candeurs, les airs de tète, les naïvetés malicieuses, les joliesses, les réticences. Tair honnête et engageant, la douceur, la suavité, la vivacité que le xviii' siècle pouvait réclamer d'une héroïne destinée à être aimée par l'Amour môme. Elle lui donna trois enfants ; elle fut très admirée, très désirée.
La vie nouvelle que crée autour d'un liomme le mariage, les mille (h'^tails d'ambiance souriante dont ientoure linlimité familiale ont-ils inlluencé Boucher.'' Simpleaient à son retour à Paris, n'ayant plus à son gré rien à apprendre de l'art italien, a-t-il étudié les petits-maîtres Hamands (^t tent('' de traduire un peu dans leur manière et dans son style propre des scènes dintérieur et des évocations familii'res?
Voici qu'il brosse et grave des épisodes de vie simple et familière d'un réalisme coquet et orné. Son tableau de la Belle Cuisinière donne une note de séduction anacréonti([ue et de liberté joyeuse dans une pimpante cuisine où ne mancjuent au décor, à coté de la marmite suspendue sui' un l'eu clair, ni les bassines, ni les choux, ni les légumes, ni même un matou accroupi sur un [loulet et prêta mettre à profit la distraction de labelle cuisinière (jiii se défend encore un peu des caresses de r.iuioun'ux, du gars (bduré et j'uilllu, type fréquent des galants de ses scènes familières, comme des bergers de ses pastorales, pas tout à fait (ditiunlre, un tantinet plus âgé
que le page Chérubin. Il publie (1737, gravé par Ravenet et Le Bas) la plus jolie série d'estampes populaires, les Cris de Paris^ la petite vie matinale et ambulante (les vendeurs de menuailles, des marchands qui renouvellent les petites provisions des ménagères. C'est le type des vendeurs qu'il a voulu donner et non l'esprit de la rue. Il n'y a pas de fonds dans ces dessins légers, où passent les crieurs de ces cris divers : « Charbon, charbon! Balais, balais! Au vinaigre! Des radis, des raves! A la crème! A ramoner de haut en bas ! Des noisettes! Au citron! Leraccommodeur de vieux soufllets ! Le laitier! des talmouses toutes chaudes! » Et voilà un gagne-petit maigriot et pauvret, ses longs cheveux rares tombant sur son collet, qui aiguise ses couteaux avec application. Un gars alerte trottine allègrement sous sa hotte pleine au chargement hérissé : c'est le raccommodeur de soufllets. Une jeunemèreà mine respectable vend ses noisettes, accompagnée d'un enfant qui arrive juste à la hauteur de son éventaire portatif. Le marchand de balais traîne une brouette encombrée et regarde d'un œil méliant et fascinateur un chien bien tranquille, mais qui pourrait avoir la velléité de s'opposer à sa marche. Le déchargeur de charbon résume dans sa face naïve toute la placidité, et derrière lui d'autres déchargeurs s'avancent, arrivent lentement du port de Seine oii l'on amarra le bateau (c'est le seul de ces dessins où Boucher ait quelque peu songé à l'ambiance de ses personnages). Le petit ramoneur semble gai comme un pinson ; on croirait qu'il va
danser. A la marchande de crème, Boucher a fait l'honneur d'une jolie ligure, d'une taille élancée, que fait valoir la jupe bouffante; elle porte les petits pots de crème dans une manne, sur la tèle, et un linge couvre la précieuse friandise; à côté d'elle, un petit acheteur s'empresse de vider à la cuiller un petit pot de ce délice. Le marchand de talmouses est agenouillé devant un jeune client qui choisit dans le plateau alléchant, d'un grand air de compétence. Le chaudronnier est hirsute ; c'est peut-être pour cela qu'une accorte cliente entre-btiille seulement sa porte pour lui parler; on conte fleurette à la marchande de raves et de radis; la brouette du vinaigrier est attendue par une jeune femme qui se penche à son seuil, un flacon à la main.
Autour de cette publication, en des estampes, en des dessins essaimes, Boucher a repris les types de la rue, a abordé encore la description réaliste des petites gens et a transcrit de la vie quotidienne. Et nous trouverons dans son œuvre le Savoyard et sa marmotte, des vendeurs de céleri, des gardours do chèvres et des bouquetières, car Boucher n'aurait garde d'oublier de portraire quelques belles Hlles aux fleurs fraîches, à la figure fine; autour d'elles il évoque des atours jolis et légers, les embellit de la grâce d'un décor (k- jardin. Il a repris aussi le type du marchand de talmouses et il a inslaHé parmi (h^ jeunes clients admiratifs un garçon un peu plus grand (ju'eux et d'un art très délicat; il nimbe de mollesse et d'indécision le petit air pauvre et gracile de son mitronnct. 11
LE riKJ KU.NER.
(Musée du Louvre.)
FKANÇOIS BOUCHER. ^3
y a un charme autour de ces petites ligures d'enfant que dessine Boucher; il y a même, peut-on croire, ([iiel(|ue discrète émotion, quelque rappel des sensations de jeunesse, car Boucher est peuple parfois, et précieux sont dans son œuvre les dessins qui le laissent sentir.
La Belle Bouquetière^ la Bouquetière galajite, la Bouquetière de l'Opéra^ la. Belle Jardinière, la Marchande d' Oiseaux, la Belle Villageoise, la Fanchonnetle, le Marchand d'œu/s, la Jeune Ménagère, la Souffleuse de bulles de sacon, la Vendangeuse, la Quêteuse de grand chemin, le Pêcheur: voici les titres de quelques-uns de ces dessins de Boucher que tout de suite la gravure va populariser et qui mettront aux murailles, avant réclusion du sentiment de la ntilure et du pittoresque, l'évocation de ce goût pour les plaisirs champêtres et la promenade villageoise qui peut en être le prélude, et encore, parmi ses dessins, on rencoutre une Ecole de filles, une École de garçons, un Marchand de chansons parmi les spectateurs ; mais la meilleure et la plus complète de ces séries, celle où revit comme une bouffée de sa jeunesse d'écolier et d'apprenti graveur, c'est celle des Cris de Paris.
Quand il publie les Cris de Paris, il vient d'être père; il a dû observer inhniment ses enfants et les dessiner, et les peindre et les dessiner encore, car voici cet exquis tableau de V Heureuse Mère, si fin, si menuement joli, où la grâce molle de l'enfance, si heureusement saisie dans les joues potelées des petits, le pli libre de leurs cheveux, la pesanteur ronde de l'inllexion de leur corps, se mire
dans la jeunesse légère si souplement modelée, avec un tel respect de la douceur des lignes, de la figure de la mère.
Il publie chez Huquier dix Livres de groupes d'enfants^ et son livre des Fontaines (1736) c'est, avec le prétexte de rornementation architecturale, un album où l'enfant joue son rôle; comme le dit M. André Michel, c'est Je commencement de cette innombrable série d'Amours jouftlus et potelés qu'il devait répandre à travers son œuvre avec l'abondance et l'ampleur « d'un bâtard de Rubens ». On peut noter que cette étude approfondie du corps de l'enfant coïncide avec ses premières paternités et que le sentiment l'a guidé dans cette série d'études. Cette présence des Amours dans les tableaux mythologiques n'est pas de son fait ; Walteau avait jolé des Amours-papillons dans Y Embarquement pour Cythère^ et d'autres avant lui et Lemoyneavaient joué de ce gracieux motit : l'enfant-amour. Boucher s'est borné à le pro fusionner pour ainsi dire, mais il a su le faire mieux que personne et traduire le mélange de jolie lourdeur et de finesse nacrée, de pesanteur et de souplesse, de mollesse jolie et d'agilité cabrioleuse de l'enfant ; et il semble que l'étudier fut, pendant ces quelques années d'après son mariage, une de ses préoccupations principales.
Principale, mais non unique, car Boucher mène tous les travaux de front, art et besogne. Ces années-là, outre ses Livres d'enfants^ ses Fontaines, ses Livres de vases, il donne en gravures un Bréviaire de Paris, des Pas-