‹ BoucherChapitre 8 sur 10 · LE BIT · texte numérisé non relu

LE BIT

(-Musée du Louvre.)

offrent les belles occasions de revanche avec son Ario?i sauvé des eaux (1748), où il retrouve autour de la jolie fable ses grâces coutumières, les formes rondes de son dauphin, les grâces de son chanteur divin, les courbes blanches des Néréides. Quand, las d'être accusé de n'être plus bon, en dehors de ses modèles de tapisserie, qu'à des tableaux de chevalet, il expose en 1753 son Lever el son Coucher du soleil, larges toiles exécutées spontanément, en effort d'artiste qui veut se démontrer tout entier, c'est jyjme jç, Pompadour qui lui achète ces deux toih^s (1).

Au Lever du soleiL l'Aurore éveille hi lumière dans un efTeuillement de roses et de rayons ; ces clartés tlorah-s vont baigner Apollon : le dieu jeune et puissant se lève parmi la pourpre lumineuse et les perles de l'écume marine. Une déesse aura ce geste, que si souvent Boucher conlie à des Amours, de tenir les rênes du char du soleil, et maintient l'attelage <liviu, el tout un peuple de dieux de

(1) Outi'e les décorations murales, les portraits, le Lever et le Coucher du Soleil, M™« de Pompadour possédait de Boucher : Terpsichore el Polymnie, VEnlèvemenl d'Ori/thie par Borée, Pyr/malion amoureux de la figure qu'il a faite, les Amusements de l'Hiver, le Charme du Printemps, les Plaisirs de l'Été, les Délices de V Automne, la Baigneuse surprise, les Deux Confidentes, le Sommeil interrompu, etc.

]\jme du Barry ne possédait de Boucher que deu.\ dessins. Si Louis XVI ne devait point aimer les peintures légères de Boucher, on trouve parmi les nombreux amateurs du peintre : le ministre Galonné qui possédait Jupiter et Callisto, le Mariage de Psi/ché et de l'Amour ; le prince de Conti a Vénus recevant d'avance la pomme des mains de Paris, Diane et Endi/mion, l'Amour entrouvrant les rideaux d'un lit oit durment ti'ois femmes : Choiseul avait une Bacchante accompagnve d'enfants jouant avec des i-aisins et ornait son château de Chanteloup dos trois belles œuvres qui sont actuellement au Musée de Tours ; le duc de Riclielieu, outre une Clio sur les Nuages,

la ir.er et de nymphes de Tonde, de dauphins et dAmours s'ébroue dans la fraîcheur de cette gloire.

Au Coucher du soleil^ le jour fuit sous le déploiement du manteau de la nuit que tendent des Amours ; le crépuscule se fond, rose et violet dans les vapeurs de la mer, des Amours enguirlandes se nouent et s'entrelacent autour du char du dieu qui, paré de toute cette féerie, s'avance vers Thétys qui vient à lui, dans l'escorte de toute sa cour. Les harmonies des nacres, des coquillages tant consultés aux cabinets de curiosités et dont il s'entoure pour en étudier les reliefs, les harmonies des pyrites, les verts des eaux s'unissent en cette symphonie qui s'apaise en une lutte de la clarté vive et de l'ombre sur les chevaux qui plongent dans la nuit envahissante. L'exécution de cette belle œuvre n'a point empêché Boucher lie donner en même temps des Fêles Vénitiennes (1748), des Fêtes de Thalle, des pastorales, des décorations pour Choisy, des vues chinoises pour Bellevue, des attributs d'agriculture, son gracieux tableau : les Amants surpris dans les blés[\ 750), le Sommeil d' une Berejère ^ et de montrer

avait, un son liùtfl, Vllenreux Pêcheur, le liclour du Marche, le Bonheur au village, la Halle à la fonlaine. L'OlrcIcur de lîaviùrc a aciiiiis dcu.v Bouclier.

A cùté de ces anialeurs illustres, voilà les lerniiers généraux parmi lesquels liergeretqui détient le Voyaye à Cyl/tih'e, la Curiosilé chinoise, VOiseau à bonnes fortunes, quatorze paysages; autour de la cour, Boucher trouve des fervents de son art, tel Jacqmin, joaillier de la couronne. Trudaine avait placé au château de Montigny-Lencoup deux grands panneaux et deux dessus de portes; et les lidùles de Boucher étaient encore Sireul, Randoa de Boisset, l'rousleau, Blomlel de Gagny, liluiidrl d'Azincuurt, etc..

àu Salon de 17o0 succédant à son exposition de 1749, avec une Toilette de Vénus et les Grâces enchaînaîit C Amour du Louvre, cette claire petite merveille, l'appoint d'un tableau religieux peint pour la chapelle de Bellevue, une Adoration des Bergers d'une pompe et d'une noblesse adroites (1 ). C'est parallèlement à ces travaux, au Lever et au Coucher du soleil, qu'il poursuit sa décoration de Fontainebleau. Une étude de M. Stryenski, Louis XV et le palais de Fontainebleau^ explique les dévastations que fit subir au palais de Fontainebleau Louis XV jetant bas la galerie d'Ulysse enrichie de tant de peintures du Primatice, et les compensations qu'il y apporta avec cette salle du Conseil dont Boucher peignit les plafonds ; l'œuvre fut accomplie en quelques mois; on admire, outre les médaillons, les Amours nus se jouant dans un ciel (où Boucher a différencié par les simples colorations les saisons et les heures, et donné une succincte mais réelle impression de nature), le grand motif central oii Phébus chasse la nuit. Ses chevaux, dans un galop cabré, emportent le char du dieu dont les yeux se lèvent vers l'immen-

(1) Le nombre de tableaux et de dessins religieux que laisse Boucher est considérable. Il s'était livré de très bonne heure à ce genre de composition ; une de ses dernières œuvres est une Présentation au Temple. II y attachait de l'importance, puisque, parmi les tableaux et dessins de lui qu'il gardait, dont il ne voulait point se défaire, on trouve après sa mort : une Adoration des Bergers, une Adoration des Rois, un Repos en Egypte, une Assomption de la Vierge, une Incrédulité de saint Thomas, dessms qu'il prisait très haut; un Samson et Dalila, sujet profane quoique hagiographique qu'on est surpris de ne pas lui avoir vu traiter plus souvent.

Voici quelques titres de tableaux religieux : La Lumière du monde.

.site (lu ciel; la joie dorée de son manteau entraîne un essaim d'Amours, d'autres devant son char se jouent •dans des couronnes florales et pourchassent dans les lividités nocturnes qui se reculent le vol sombre des chauves-souris ; sur des ondes vaporeuses, des Amours sont roulés vers ïliétys qui se réveille ; un Amour tout auprès d'elle porte des poings enfantins à ses yeux gros de sommeil; Thétys étend la main devant ses yeux comme pour filtrer l'éblouissement qui s'approche, (jui la dore et dont les reflets doux viennent caresser sa poitrine. Ici lioucher est en place, ici on peut saisir combien, (le quelle ingéniosité d'arrangement, de quelle souplesse dans l'harmonie des tons que le jeu de ses Amours lui permet comme toujours d'unifier, Boucher est un maître en l'art de la symphonie colorée. Ces peintures du Lever et du Coucher du soleil et cette décoration de Fontainel)leau montrent l'apogée (hi talent de Boucher, c'est la flamme la plus haute de son art; après viendra dans sa vie, avec une facilité toujours grandissante, une virtuosité toujours aussi forte avec nu agran-

Maricifje des enfants de Dieu et des honinirs, l)('/iini de J/icult, la Snmaritaiiie charitable, Sainte Famille, Séparai ion dr l.idian et de .lai-ali. Hehecca recevant les présent s d'un sereileiir (l'Al)ralnnn, Eliczer titrant des bijoux à Rehecca, VAmje se faisant coinniitfe ii la famille de Tnliie. Sacrifice de Jep/tté, l'rédication de saint Jean. Yl-infant Jésus bt'/iissa/it saint Jean, VKducaiion de la Vierge. Jésus-dirist . la. Sainte ]'ier;/e. Saint l'iei-re, Saint Barl/iélenti/. Saiiit Mathias. Saint Jade, Saint Matliieu, Saint Simon, Saint Jean, Saint André, Sain/ T/m/nas, Saint P/iilipj)e, l'Ic. Et cio nombreux fhîssins : Pèlerins d'î-'.nnnaiis. Résurrection de Lazare, Décollation de saint Jean-Rapt iste. Est hcr derant Assuérus, VAssoinptiun de la Vierge ((Jcssiii cijlcljrc <l" l'Allii'iliiia, dt' Viciuie). ' , ■ . • ,

dissement de sa siliiation et dos surcharges d'honneur sur sa personne. Ce sera le déclinée son génie compromis par sa propre fécondité, diminué d'importance parce qu'il n'est plus l'expression de son temps et parce qu'il a longtemps charmé. C'est moins Boucher qui change que l'époque qui évolue, logiquement, eu attendant que les heurts des laits précipitent cette gestation d'un monde nouveau et créent le malentendu môle de progrès social et de réaction esthétique oîi s'éclipsera pour longtemps le peintre des nymphes et des dieux amoureux.

C'est de celte période de plénitude que datent (17.j0) cet Apollon et cette l.alone oi^i l'on avait voulu voir (un peu parce qu'ils venaient du château de Chanteloup, qui appartenait aux Choiseul), le portrait du duc et de la duchesse. C'est dans le grand art clair de Boucher, avec une élégance réelle à Uuiuolle ti:)ute la nature est conviée, dans son grand faire d'eau souriante, d'inilexions ingénieuses et caressantes.

C'est à ce moment qu'on l'appelle l'Anacréon de la peinture, comparaison exacte si on ajoute à la grâce d'Anacréon ce velouté de l'élégance, cette puissance dans la clarté, cette rohustesse à dessiner d'un seul trait la mollesse douce et la grâce ingénue qui est la caractéristique de notre peintre. C'est le moment de ses Forges de Vidcdiii (du Louvre), de son Adoration des Bergers (du château de Bellevue), comme de ses Lever et Coucher du Soleil.

Lenormand de Tournehem mourait en ITol. Poisson de Vandières, marquis de Marigny, lui succédait ; c'était pour Boucher un ami particulier. En 1752, Marigny présente Boucher pour succéder à .1. H de Troy dans sa pension de 1000 livres. En 1752, il lui fait donner le logement au Louvre que dès 1746, à la mort de Coustou, Boucher avait demandé, fort de la recommandation de Baciielier, premier valet de chambre du roi, et s'aidant auprès de Lenormand de Tournehem des ressources de la poésie en une spirituelle supplique qu'écrivit pour lui Piron. Il était sans doute alors moins soutenu par la marquise qu'on ne le croit, puisqu'il n'obtint point gain de cause. C'était le logement de Ch. -Antoine Goypel, premier peintre du roi, qui était attribué à Boucher; il sollicitait aussi le titre de premier peintre du roi ; on ajourna la nomination, non que Boucher déplût, mais pour économiser les trois mille livres environ que donnait la cassette royale au titulaire de cet honneur ; tout de même on se décida à nommer Carie Van Loo en donnant à Boucher en compensation l'inspection, la surinspection même des travaux de la manufacture des Gobelins. 11 succédait ainsi à Oudry. Mais, en 1765, Van Loo mourut et Bouclier lui succéda, IMerre le remplaçant lui-môme aux Ciol)elins, et Michel Van Loo étant chargé de la direction des élèves protégés. On craignit (juc Ho iclier, (jU()i(|ue très populaire

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parmi eux, ne mit pas assez de soins à les diriger. Il leùt fait sans rhéioriqne. cet homme aimaljle (jiii disait ne savoir conseiller que le pinceau à la main et métamorphosait heureusement, de quelques touches spirituelles, les esquisses que ses élèves lui apportaient, lui que dans leurs petites émeutes ils avaient soin de séparer des autres professeurs pour lui marquer leur >ympalhie, lui dont la justice et le vif sentiment de sympathie pour le neuf artistique était notoire. Boucher vivait alors dans son logement du Louvre encomhré dohjets précieux. Encore quil n'ait jamais prolité de son succès pour exiger de gros prix de >es œuvres, il avait gagné de helles sommes. Dès 1737, il achetait de la peinture: au Salon, on trouve de sa part la trace de lâchât par lui d'un Oudry. Wille, le graveur, dit de Boucher qu'il avait un magnihque cabinet, porcelaine, minéraux, coquilles, pierres précieuses ; il a des bibliothèques en bois de rose pour loger ses « agathes, onyx, émaux, ruitis, t(jpazes, u?ilsde-chat, cristaux, lapis, albâtre, chalcédoine, jaspe ileuri, cornaline, pierres tines, opales, grenats, émeraudes, coraux, coquilles »: il a des collections ornithologiques, des insectes de forme curieuse, des papillons pour en noter le jeu de diaprures; il aime avoir près de lui pour les consulter les curiosités colorées de la nature. Ses cartons contiennent cent trente-sept dessins de Tiépolo, des dessins à la plume de Bembrandt, quatorze dessins de Rubens; il a accroché à ses murs une esquisse de Rubens, des tableaux de Jordaens, de Teniers, de Pierre

de Cortone, de VaiiGoyen; il a cent trente-cinq dessins

de Carlo Maratla, des estampes de Gainsboroiigh.

Il a l'aisance, le luxe et la gloire; il reçoit tous les jours après dîner, tout en travaillant, ses amis, ses amateurs, ses curieux, les peintres étrangers qui viennent le saluer, comme Reynolils, qui s'étonna de le voir faire éclore si vite un grand tableau, tout chargé de personnages, sans modèle auprès de lui, car Bouclier, d'assez bonne heure, cessa de travailler d'après nature. Sa mémoire n'était-elle pas un prodigieux enregistreur des formes féminines et du ton des belles carnations, et cette mémoire ne lui fournissait-elle pas à toute sollicitation la vision de ces vifs résumés, de ces images synthétiques qui suffisent à des peintres non réalistes? Ses jours s'écoulaient heureux avec une famille heureuse : M™" Boucher fut longtemps belle; de ses deux biles, l'une qu'il a représentée jolie, aimable, un peu courtaude, était la femme de Baudouin, le subtil gouacheur, le plus joli des annalistes intimes du xviu° siècle, cet artiste souple qui exécutait si bien des miniatures sur le bréviaire de M""" de Pompadour, et détaillait si finement le Coucher de la Mariée^ Baudouin en qui Boucher devait retrouver paternellement plusieurs de ses propres qualités les plus éminentes et les plus développées, de souplesse et de fécondité. L'autre fille de Boucher était la femme de Deshays, un des jeunes peintres d'histoire classés, reconnus, à qui Diderot promettait le plus bel avenir, qu'il eût rempli peut-être sans la mort prématurée. Le fils de Boucher, Juste-Nathan

Cliché Bai-bicr ,:■! l'.uiliii^

L AURORE ET ('. É l> Il A L E .

(Musée de Nancy.)

FP.ANÇOIS BOUCHER. 111

Boucher, né en 1736, n'était point un esprit brillant : c'était un correct architecte qui a laissé des cahiers de Modèles cl ameublements, décorations extérieures et intérieures. Il paraît avoir été médiocre, mais Boucher avait comme fils spirituels ses gendres.

Boucher eût été pleinement heureux si la réaction naissante ne s"était point un peu manifestée par des aigreurs de critique ; il n'en connaissait point les plus acerbes, mais il sentait venir un goût nouveau. Il ne s'y opposait d'ailleurs nullement, et presque le favorisait, ayant patronné et défendu Vien.

C'est lui-même qui facilita à David, son petit parent, les abords de la carrière artistique, et précisément il l'envoyait à Vien. Il semble avoir vu avec sérénité le retour du goût classique s'annoncer et la sensibilité envahir le tableau de chevalet. 11 avait raréfié ses envois au Salon; on a coutume d'en accuser la critique; n'y faut-il point voir un besoin moindre de remporter des succès de Salon et quelque diminution dans sa production? Ce serait plus probable que de s'exagérer une sorte de timidité de Boucher à montrer ses ceuvres. Encore une fois, les plus ardentes et les plus encolérées des pages qu'on écrivit contre lui, il ne les lut pas. Les Salons de Diderot n'allaient point au public ni aux intéressés.

Diderot importe beaucoup à tous les modernes écrivains d'art en tant que précurseur. Ses Salons très curieux, très vivants, très ornés, sont les ancêtres d'une belle littérature ; l'admiration qu'on porte à l'initiateur >: ({ui fut

initiateur d'ailleurs en tant de chemins) nous éloigne un peu de Texanien attentif de ces Salons.

Très curieux, très intéressants comme morceaux d'écriture, les Salons de Diderot n'ont pas du tout la même valeur comme étude réelle et juste de la peinture au xviii' siècle. Pour tout dire, emporté, vibrant, sincère, Diderot ne laisse pas que de vêtir d'emportement et de passion des avis qui ne sont pas originairement les siens etque l'obligeance parfois tendancieuse d'un artiste ami lui a suggérés. Diderot est le critique de Greuze. Greuze, admirable sur quelques points de l'art, a des défauts; ses partis pris entraînaient des incompréhensions légitimes chez lui, inutiles chez son admirateur. C'est avec sincérité qu'il attaque Boucher et qu'il dit à propos de lui des choses énormes ; ce qui prouve cette sincérité, ce sont ses variations mêmes à propos de Boucher; il se défendait contre un goût instinctif qu'il avait pour cette peinture, et qu'il se reprochait amèrement. Il aimait le joli, il en avait le goût inné, il voulait préférer le grandiose et le pathétique. Il est de l'heure où l'homme devint sensible., désireux de l'émotion, des larmes. Il était moraliste, et Boucher souriant. Jamais, en peignant ses bergères et ses déesses. Boucher ne pensa à la morale ; il travaillait pour des intelligents : ils pouvaient être immorauXj pourvu qu'ils fussent raflinés. Il ne voulait point innover en eux les douces larmes que fait verse?' la vertu., il n'en avait cure, et Diih-rol, ([ui le reinai'([uait bien, fulmina. Faut-il cruire que liinlipalhie initiale que por-

FRANÇOIS BOUCHER. llo

tait à Boucher, Grimm, à qui Diderot envoyait ses Salons, Grimm qui était un brin lourd et peu sensitif aux nuances, influa sur Diderot? son indication fut écoutée, Greuze fit le reste, et Diderot, en lui-même, plaida contre eux et contre sa propre philosophie pour Boucher et le traita toujours avec un emportement qui n'est point sans déceler quelque conflit intérieur.

« Je ne sais que dire de cet homme-ci ; la dégradation du goût de la couleur a suivi les dégradations des mœurs... C'est un faux bon peintre, comme on est faux bel esprit. »

Pourtant, à ce même Salon oi^i il s'indigne ainsi, Diderot voit quatre pastorales de Boucher et s'écrie : « Je suis juste ! je suis bon ! je ne demande pas mieux qu'à louer ; ces quatre morceaux forment un petit poème charmant ».

Le Salon de 1761 contint quelques pages de Diderot sur Boucher, oîi il est assez curieux de constater que les défauts que Diderot reproche à Boucher, son trop-plein, son fouillis, apparaissentjustement comme en un miroir dans la prose agile et rutilante de l'écrivain. 11 s'agit de paysages et de pastorales :

« Quelles couleurs! quelles variétés! quelle richesse d'objets et d'idées ! Cet homme a tout, excepté la vérité; il n'y a aucune partie de ses compositions qui, séparée des autres, ne vous plaise! l'ensemble même vous séduit. On se demande : Mais oii a-t-on vu des bergers vêtus avec cette élégance et ce luxe ? Quel sujet a jamais rassemblé dans un même endroit, en pleine campagne, sous les

liO FRANÇOIS BOUCHER.

arches d'im pont, loin de toute habitation, des femmes, des hommes, des enfants, des vaches, des montons, des chiens, des bottes de paille, de l'eau, du feu, une lanterne, (les réchauds, des cruches, des chaudrons ? Oue fait là cette femme charmante, si bien vêtue, si propre, si voluptueuse, et ces enfants qui jouent et dorment ? sont-ce les siens? Et cet homme qui porte du feu qu'il va renverser sur sa tète, est-ce son époux? que veut-il faire de ces charbons allumés? quel tapage d'objets disparates. Avec tout cela on ne saurait quitter ce tableau, on y revient: c'est une vie si agréable, c'est une extravagance si inimitable et si rare. Il y a tant d'imagination, d'effet de magie, de facilité.... » Et ailleurs: « Cet homme est le mortel ennemi du silence.... Approchez, messieurs, c'est ici qu'on voit le grand tapageur.... »

Les œuvres de la flernière période, de la féconde vieillesse de Boucher? Un nombre infini d'estampes paraissent sous son nom, gravées par Duflos (avec qui il eut des discussions, car Duflos gravait mal et semble avoir mis sous le nom de Boucher des croquis d'élèves du maître), par Daullé, Chedel, Gaillard (1); des cartons de tapisserie

(1) Kniinn'rer les graveurs <le Liomlior serait donner la liste de tous les graveurs de son temps.

A côté de Deniarteau, Laurent Gars, Daullé, Gaillard, Chedel (([ui a gravé bonne moitié de ses paysages), citons jiarini ses plus fréipienis intinprètes : Lempereur fds, Elisabeth Cousinel Irmiiie Liiniiereur, lliif|uicr, Fessard, Scotin, Perronneau, Tardieu ; beaucoup de ses tableaux religieux

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