‹ Bouclier de la foiChapitre 2 sur 68 · A MESSIEURS DE L'É&LISE ROMAINE · texte numérisé non relu

A MESSIEURS DE L'É&LISE ROMAINE

Messieurs,

Les choses quej'aî à vous représenter seraient peutêtre mieux reçues si elles vous étaient présentées par une autre main. Si est-ce que j'p^ dire que jamais personne n'a parlé à vous qui fût ou plus vide de \ haine, ou plus désireDx de votre bien et salut. La Parole de Dieu, dont i^ous puisons notre religion, nous commande d*aimer ceux qui nous haïssent, et de croire que ceux qui nous ont persécutés ont pensé, en ce faisant, faire service à Dieu. Tout esprit qui cherche la vérité doit être ainsi disposé, sans cela il est impossible de tirer aucun fruit de notre communication. Car j.imais une plaie ne se rejoint pendant que dure l'inflammation. Et tout ainsi qu'en une maison qui brûle ceux qui parlent ne sont point entendus^ ainsi jamais nous ne nous entendrons l'un l'autre pendant que nos esprits seront embrasés de haine et d'animosité. L'é« tude de la vérité sacrée demande un esprit tranquille, ^'\ qui pèse mûrement les choses sans s'aheurter aux personnes : car quelle apparence de haïr quelqu'un parce qu'il se fourvoie, ou parce que nous pensons voir plus clair que lui?

Or, comme les aveugles sont ordinairenienlmuUm

et colères, aussi ceux-là ont plus de violence qui on moins d'inslruciion. Tellement que celui qui remâ diera à cette ignorance, apaisera aussi cette impétuo silé. Mais le mal est sans remède en celui qui s'éiiidi< à ignorer et craint de savoir la volonté de Dieu, de peu d'être obi igé à i'en'suivre. C'est là. Messieurs, la nialadi< de ce siècle, auquel le peuple fait profession de suivr sans connaître, et de croire son Eglise, sans savok o que l'Eglisedoiicroire^fl se repose sur la foi il'autruisan savoir la règle de foi, qui est la Parole de Dieu ; camm si ceux qui nous conduisent devaient être nos garant au jugement de Dieu, ou comme si c'était une verti que croire en Dieu par procureur.

Le peuple voiremem doit obéir à ses conducieuVi pourvu que Dieu soit le leur, et croire ce qu'ils ensei gnem, pourvu que ce qu'ils enseignent soit tiré d<; 1 Parole de Dieu : laquelle s'ils cachent au peuple et ei empêchent la lecture,' c'esl signe ou qu'ils se senten coupables, ou qu'au lieu de s'assujettir à celte règle, il veulent que la refile souveraine soit leur autorité. Ci pourquoi la Parole de Dieu contenue es Saintes-li^cri tures nous scrait-elte suspecte comme un livre dangt reux? Pourquoi ne sera-i-îl permis aux enfants de vt>i le Testament de leur père? L'apôtre saint l'aul a écri ses Epitres au peuple de Rome, deCorinlhe et d'Eph^ se, afin qu'il les \ùi ; pourquoi donc le peuple chrélie aujourd'hui sera-t-il privé de cette lecture? Les Epiira

* Indei librorum prohibltorum cnm regulis confuctis per Tain i tridentiDa Synodo delectoa, Régula t. «Cùm experimenlo manife (um lit, tl Mcn Btbiia vulgut lingua pauim doe dbcrimine pei mituniar, pli» Inde ub hominum tameritatem detrimenli quïin ni litads orlri.

• Qui absqne UU bcnltate ea ie^ere sen habere prxsumpserll n\à prina BiblItH Ordinarlo redditis peccatarum absoIutioDem pa ciperanoDposdl.D— Oùfaul noter que là il est parlé de Bibles tn duilet par mteius catboUques iwnaiiu.

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caibollques de sainl JacquBS, de saint Pierre et de saint Jean sont écrites à tous fidèles en général ; pourquoi donc le peuple chrétien ne lira-t-il point les lettres qui expressément s'adressent à lui et sont écrites pour son instruction? Pourquoi ne pourra-t-il lire les écrits des Prophètes, aussi bien que le peuple de Béroé (Act. Wll, 14), qui sortant, de la prédication de saint Paul, allait la conTérer avec les Ecritures? A quel propos alléguer dans les^ sermons des passages de TËcriture, s'il n'est permis à Tauditeur d'aller consulter l'Ecriture, pour voir s'ils ont été tidèlement allégués? Chose horrible» que dans les pays où règne l'inquisition, ce soit un cri» me brûlable que d*avoir une Bible en langue vulgaire, pendant que non-seulement la lecture des fables est tolérée, mais aussi la paillardise y est établie par lois et par règlements publics? Que si c'est la version qui déplaît à Sa Sainteté, au moins devrait-il donner ordre qu'il y en eût une à son gré.

Dire que quelques-uns abusent de cette lecture, c'est accuser les apôtres d'imprudence, d'avoir écrit leurs Ëpitres au peuple chrétien, sans prévoir qu'il en pourrait abuser. Par même raison on devrait )aussi défendre la prédication, parce que plusieurs en abusent. On abuse même de la bonté de Dieu. Qui plus est, ne se trouvera jamais qu'aucun peuple ait forgé des hérésies par la lecture de l'Ecriture: tous les hérésiarques ont été personnes qui avaient charge en l'Eglise. Que si, pour lire l'Ecriture-Sainte, il faut avoir permission spéciale, n'est-ce pas une Chose misérable qu'on ne puisse obéir à Dieu sans congé? et que Dieu ne puisse avoir des serviteurs. sans permission de l'Evèque romain? Ou si on dit que ce n'est point aux ignorants de la lire, }e réponds que tout homme est ignorant en la religion avant que l'avoir lue, et qu'on ne peut sans impiété mettre un savoir en la religion, avant et sans l'Ecriture.

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Secouez donc, Messieurs, cette crainte scrupuleuse par laquelle Dieu est outragé, comme si sa Parole était contagieuse et un pié^'elendu aux consciences infirmes. De peur qu'envers vous ne soit accomplie la prophétie d'Esaïe: ■ Mon peuple est captif, parce qu'il est sans * science • (Esa. V, 13); et le dire du Sauveur: tVoua 1 errez ne sacliant pas les Ecritures* (Hailti. XXII, 29). Ne vous laissez point arracher des mains ce trésor précieux, ce contrat de notre mariage spirituel avec le Fils de Dieu. Ayez pour suspects ceux qui durant la nuit de l'ignorance cachent cette lumière célesie et cependant allument des chandelles en plein midi. N'espérez point Être sauvés par la Toi d'autrui, car Dieu nous déclare que « le juste vivra de sa Toi > (Habac. Il, 4). Et que < si un aveugle mène un aveugle, ils tombe* >ront tous deux en la Tossa ■ (Uaith. XV, 14).

Or, pour reconnaître qu'on vous ôte l'Ecriture, non pour vous contenir en sobriété, mais pour vous détenir en i(,'norance, considérez qu'en l'Eglise romaine on vous lit publiquement quelques chapitres de l'Ecriture-Sainte en une langue que vous n'entendez pas. Si en ces chapitres il était parlé à Dieu, on dirait pour excuse que Dieu entend toutes langues; mais ces chapitres sont enseignements divins esquels Dieu parle aux hommes. En conscience, pourquoi faut-il que Dieu nous soit barbare, et qu'il parle à nous en langue non entendue? Pourquoi parle-t-il auxhlimmes, sinon afin qu'ils l'en Lendcntî Pourquoi les choses, qui partout ailleurs seraient estimées ridicules et contre le sens commun, sont-elles estimées bonnes et bienséantes en la religion? Ainsi, u'est-ce pas unA invention de l'ennemi de notre salut, afin d'exposer le christianisme en risée et empêcher que la Parole de Dieu ne vous soit intelligible? a6ii aussi que soil accomplie la menace que Dieu fait à son peuple, contre lequel il est cour^

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roucéy disant : «Je parlerai à ce peuple par gens d'autre langage, et en langue étrange, et ainsi ils ne m'entendront point » (1 Cor. XIV, 21).

Ce mal en a produit un autre, car en tous Atant l'Ecriture-Sainte, qui est le livre qui rend les hommes savants, on vous a donné des images qu'on appelle livres des ignorants, parce qu'elles entretiennent l'ignorance. Par là on amuse le peuple au lieude l'enseigner; m lieu de l'instruction on lui donne de la récréation. Mais parce que contre cela le deuxième commandement de la Loi de Dieu est formel, qui défend, en matière ^u service de Dieu, de faire aucune image, et se [>ro8terner devdnt aucune représentation des choses |uîsont au ciel ou sur la terre; et que cette loi proloncée avec foudres foudroie encore aujourd'hui cette superstition ; ces docteurs ont imposé silence à la loi de Dieu et osé rayer ce commandement des heures et offices qu'on vous met entre les mains. Chose où nous avons nos yeux pour suspects et qu'à peine peuton croire quand on la voit: que des vermisseaux de terre aient osé corriger la loi que Dieu a prononcée de sa bouche: voire cette loi par laquelle ils seront jugés au dernier jour.

A telles entreprises leâaint et sacré nom d'Eglise sert de couverture. On dit que l'Eglise ne peut errer, qu'elle est juge souveraine des points et doutes de la foi, qu'elle est interprète infaillible de l'Ecriture. Par laquelle Eglise on entend non la grecque, ni la syrienne, ni l'africaine, quoique plus anciennes et plus pures que la romaine, mais seulement l'Eglise romaine, laquelle,' n'ayant jamais été qu'une Eglise particulière, se dit être Eglise universelle. Par ce moyen l'Eglise romaine est devenue juge en sa propre cause. L'Eglise grecque, plus ancienne que la romaine , se plaint que la romaine s^est révoltée et séparée d'avec elle, ^^îQàxûX

PBÉFAÇE. 13

ce témoignage peut être rendu par une Eglise corrompue et désobéissante à celte Ecriture? Qui sera plutôt juge: ou l'Ecriture qui est une el qui juge sans passion, on bien l'Eglise qui est divisée eu EglisiîS contraires que Ton ne peut assembler, et dont les pasteurs sont sujets â être poussés d'ambition el menés par l'avarice, ei qui doivent être jugés suspects, quand il y va de leur profit et de leur autorité?

Ici, Messieurs, il m'est aisé de vous faire loucher au doigt qu'on vous mène par un chemin par lequel il est eotièrement impossible que vous soyez sauvés. Car vous êtes appris à croire simplement à l'Eglise romaine, et sans autre enquête dépendre entièrement de son autorité. Et toutefois tout moyen vous est ôlé de pouvoir connaître si cette Eglise, laquelle vous croyez, est pure et enseigne la vraie doctrine. Car comment le pourriezvous connaître? Serait-ce par TEcriture-Sainte? mais ce livre ne vous est point permis. A Home et en Espagne y lire, c'est pour être brûlé: Ou le connaîtriez- Yous par l'antiquité? mais ce sont livres grecs et latins où le peuple n'entend rien. Que sait un artisan, ou une femme, ou un laboureur parmi vous, si son Eglise enseigne conformément à l'Ecriture; ou si son Eglise est telle qu'elle était il y a douze ou quinze cents ans; ou si, d'une longue liste de papes en peinture, les premiers ont cru comme les derniers, et si le temps n'y a rien altéré? Bref, vous n'avez autre preuve de la pureté de votre Eglise, sinon le témoignage de votre Eglise même, dont les prélats, se vantant dç ne pouvoir errer, cependant vous ôtent tout moyen de discerner l'erreur d'avec la vérité, en vous cachant la règle de vérité, qui est l'Ecrilure-Sainte. Mais pourquoi l'Eglise romaine aura-l-elle plutôt cette perfection que la grecque, ou que la syrienne, plus anciennes et plus pures que la romaine , fondées par Jésus-Christ même et

H PRÉpiCE.

par les Apôtres, el qui aussi se vantent d'avoir lu chaire do saint Pierre? L'Ecriiure donne-t-elle à l'Eglise romaine quelque prérogative p;ir-dcssu3 les autres? ou lui donne-t-eile le privilège de ne pouvoir errer?

Ue tout cela s'ensuivent deux choses claires comme le jour : l'une,' que votre foi est fondée seulement sur Tautorilé des hommes, et par conséquent que votre religion est une religion humaine, Bt non divine. Quiconque dit : je crois l'Evangile et la Parole de Dieu parce que l'Eglise l'ordonne, fait l'Eglise plus croyable que Dieu. Douter delà vérité de Dieu est un moindre crime que de la faire dépendre des hommes. L'autre est, que de tous les témoignages humains vous vous fondez sur le pire de tous et le plus incertain. Car vous croyez que voire Eglise est bonne parce qu'elle . le dit, et la faites juge en sa cause, ne considérant pas que par ce mot a d'Eglise » on n'entend pas le peuple des chrétiens, ni même le général des pasteurs, mais ; le pape et quelque peu de prélats, dont les règlements sont appelés règlements d'Eglise, quoiqu'ils buttent tous au profit du clergé, et à hausser l'empire de l'Evèquerpmain.

Et vous, âmes que Dieu a formées à son image, qu'il a rachetées par le sang de son Fils, que Dieu sollicite par sa Parole, croupi rez-vou s toujours en cette captivité? Accumulerez-vous l'ire et l'indignation de Dieu sur vos tètes, en rejetant le salut qui vous est proposé?

Je confesse que l'Eglise romaine en certains points allègue l'Ecriture, et qu'entre nous et elle, il y a da'i l'estrif sur l'interprétation ; mais nous nous servont'î de l'Ecriture en tout autre façon que ceux qui vous f enseignent.

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