QUE LA JUSTICE DE CHEIST NOUS EST IMPUTES
DU MOULIN
Pour savoir au vrai notre croyance, il ne faut que prendre tout le rebours de ce que le sieur Arnoux nous attribue ; car il est de serment de ne rapporter jamais véritablement notre croyance.
Pour donc représenter au vrah cejque nous sentons et le pointduditlércnd, nous di&onsquepar l'obéissance que Jésus- Christ a rendue à son Père, nous sommes rendus justes, et que la justice de Jésus-Christ est nôtre, parce qu'elle est imputée et allouée à ceux qui croient en Jésus Christ. Au contraire, TEglise romaine dit que l'homme est Justine par ses œuvres. Bellarmin,au'premier livre de la Justification, chap. II, dit que la forme de ta justification est la charité. Eè de tait, le moi de justification, entre nos adversaires, se
* i)£ LA FOI. 135
prend pour la régénération ou sanctiHcl&tion, et pour l'étude des bonnes œuvres. Dont aussi le concile de Trente, eu la sixième session , met divers accroissements et degrés dé justification.
En cette matière, nous sommes d'accord de deux choses avec DOS adversaires : la première est que les bonnes œuvres sont nécessaires à salut, et que Dieu ne reconnaît point pour justes ceux qui continuent et prennent plaisir à mal faire ; la deuxième est qu'en cette question il s'agit non de la justice par laquelle nous sommes justifiés devant les hommes, mais de celle par laquelle Dieu nous reconnaît justes, et en vertu de laquelle nous subsisterons en son jugement.
La Parole de Dieu nous apprend que cette justice qui nous justifie devant Dieu est la justice de Jésus-Christ, par laquelle il a satisfait pour nous: s'étant rendu coupable afin de nous absoudre» s'étant chargé de nos péchés aHn que sa justice et obéissance nous soit imputée, allouée et mise en compte.
L*apôtre saint Paul (2 Cor. Y, 21): a Dieu a fait celui qui » n'a point connu péché être péché pour nous , afin que » nous soyons justice de Dieu en lui.» Et au cinquième chapitre aux Romains , vers. 19: « Par l'obéissance d'un » homme plusieurs seront rendus justes, d Et au vers. 18 il enseigne que la justice de Jésus-Christ nous justifie, disant que c'est «une seule justice nous justifiant.» Si par justifier il fallait ici entendre sanctifier ou régénérer, TÂpôtre eût attribué cette justification à- l'Esprit de Dieu, et non à l'obéissance de Jésus-Christ, laquelle nous justifie entant que par elle nous sommes renvoyés absous et reconnus justes devant Dieu, comme si nous eussions nous-mêmes accompli cette justice. Car, puisque nos adversaires confessent que nos péchés ont été imputés à Jésus-Christ, pourquoi trouvent-ils étrange que la justice de Jésus-Christ nous soit imputée, vu que nos péchés n'ont été Imputés à Jésus-Christ à autre fin, qu'afin que sa justice nous fût imputée? Ainsi, fis reconnaissent que le péché du premier Adam nous est imputé, et néanmoins trouvent mauvais que la justice du second Adam nous soit imputée ; cependant le second Adam, qui est Jésus-Christ, n'esl; venu i
136 fiOUGUEA
autre fin, qu*afîn de remédier au mal enirèpar le furemier Adam, y apportant un remède contraire. ^
Voici bien plus : c'est que TEgifse romaine par la doeMne des satisfactions snpérabondauti.'S, recueillies au ferésor de l'Eglise, dont le Pape porte les clés, fait que les jeûnes,, bai^ tures et travaux des saints, sont imputés et miseo eoMpto i ceux qui gagnent les pardons, et cependant ils se tempêtent et se trémoussent, quand nous disons que l'obéissance et les souffrances de Jésus-Cbrist nous sont imputées.
Le même Apôtre, aux Romains, cbapitre quatrième» yen. 6, dit que « Dieu impute la justice sans enivres. » Or, il parle d'Abraham déjà régénéré, auquel il dit que la foi a été imputée à justice. Voilà donc Abraham justifié, non par les œuvres de régénération, mais par une autre justice qui lui est imputée. Or, quelle est cette justice? Liu-inéitte le déclare peu après aux vers, i 8 et 19 du chapitre suivant, où il parle « d'une seule justice justifiante,» et dit que par (( l'obéissance d'un seul plusieurs seront rendus justek» ûr, il parle de Tobéissance de Jésus-Christ.
Le même Apôtre, au cbap. IV aux Romaiat, viers. 5, dit que a la foi est imputée à justice.» Là-dessiit je demande laquelle de ces deux, à proprement parler, nous est imputée à justice, ou la foi en Jésus-Christ, en tant qu'elle est inhérente en nous, ou bien la justice deJésusrChrist appréhendée par la foi? Il est certain que la fbi^ en tant qu'elle est une vertu inhérente en noust ne nous peut être imputée; car ce ne sont point nos vertus ni nos actions qui nous sont imputées, mais celles d'autrui* quand elles nous sont allouées et mises en compte, comme si nous les avions faites. Joint que croire de f^a nature n'est pas une justice; moins encore croire de la foi de l'Eglise romaine, qui n'est que croire que tout ce que Dieu a dit est véritable: qui est une créance que les diables ont autant et plus certaine que les hommes. Reste donc que la foi nous soit imputée à justice,
^ Bellarm. de Àmiss^gratiœ et Statu peceati, Ub. 5, c. 17. Peccatum Adam! nobis communicatur per gcnerationem, eo modo quo communicari potest id quod transit, nimirum per imputatioDein , omnibus enim imputatur qui in Adamo nascuntur.
OË LA FOI. 137
en tant qu'elle appréhende la justice et le bénéfice de Jésug- Christ, par lequel nous sommes justifiés, c'est-à-dire rendus quittes et absous au jugement de Dieu. Et ainsi, la foi justifie en même façon que la bouche nourrit l'homme, parce qu'elle prend et reçoit la viande, mais à proprement parler, c'est la viande qui nourrit.
Pour ces causes, le prophète Jérémie, au chap. XXIII, appelle le Sauveur «rEternei notre justice; » et l'Apôtre, aux Pbilippiens, chap. III, vers. 9, veut a être sauvé en Jésus- 0 Christ, ayant v (dit-il) » non point ma justice qui est de » la loi, mais celle qui est par la foi de Christ. »
Car aussi, quand il sera question de comparaître devant le jugement de Dieu, pour en vertu de notre justice acquérir la vie éternelle, que présenterons-nous à Dieu? Présenterons-nous notre propre justice qui est comme le drap souillé (Es. LXIV, 6), et nos perfections imparfaites, et nos mérites qui sont plutôt démérites ? Certes Dieu ne reçoit point de paiement s'il n'est parfait; déjà n'advienne qu'il pèse nos bonnes œuvres à la balance exacte de sa justice. Il lui faut donc présenter une justice parfaite qui puisse soutenir l'examen de la justice de Dieu. Telle est la justice trè»-accomplie que JésuS'Cbrist a accomplie pour nous, et le paiement qu'il a payé, afin qu'il soit alloué.
Ainsi parlait Justin, martyr, il y a plus de quatorze cents ans, en l'épttre à Diognettus : « Quelle autre chose a pu 1» couvrir nos péchés que la justice de'Christ? En qui nous » qui sommes iniques et impies pouvons-nous être justifiés » qu'au seul Fils de Dieu? 0 doux échange! 0 artifice » impervestigable ! 0 bénéfices surmontant tout attente, » que l'iniquité de plusieurs soit cachée en un juste, et que » la justice d'un seul fasse que plusieurs sont réputés » justes. » 1
En cela la vérité est si forte, que Bellarmin, après nous avoir tâtés de tous côtés, enfin se range de notre côté ; car voici ses mots au chap. YII du 2« livre de la Justification :
^ I ( dcÀAo T«$ à/iKprfas -^i/xSiv ^^uvi^dv] xocAûtpotc ^ IxcCvou ^ixacovvvv) iv rcvl ^cxaio^vai tous oi.v6ff.o\jç i^/xâ{ xal Mittii ^ sv fiàvta r& vcu roO Bcow iiroc oLvOfuta voXXûv h dixcdoi cyl '^pvjSii, iuuuQav^ Sï ivàç tcoAÀoù$
(( Si les hérétiqnes voulaient seulement que les mérites de » Christ nous fussent imputés, parce qu^îls nous sont donn^, » et les pouvons offrir à Dieu le Père pour nos péchés, parce » que Christ a pris sur soi la charge do satisfeire potnr nous, » et nous réconcilier à Dieu son Père; leur opinion serait 9 droite et véritable, d Or, nous ne disons autre cbose, voilà simplement notre créance. Et auclrap. X, après avoir dit que Christ est notre justice, en tant qu'il a satisfait pour nous, il ajoute : « En cette façon ce ne serait point diose » absurde, si quelqu'un disait que la justice et les mêii- » tes de Christ nous sont imputés, vu qu'ils nous sont » donnés et appliqués comme si nous avions nous-mêmes » satisfait à Dieu. » Tenons-nous donc là, car nous ne disons rien davantage. Par ce moyen Dieu ne sera pas trompé, comme veut le steur Arnoux, et notre justice sera bien plus assurée que si elle était fondée sur nos œurrea ; et cependant Dieu ne laissera pas de nous régénérer et sanctifier au dedans, et nous former à bonnes œuvres. Comme Dieu n'a point été trompé quand il a impoté à Jésus-Christ nos péchés, aussi n'est-il point trompé quand fl noUs impute la justice de Jésus--Christ. Il n'y a ui injustice ni ignorance à lâcher un prisonnier pour dettes, quand on autre a payé pour lui; car comme le péché d^Adam a été imputé à sa postérité, parce qu'il représentait tout le genre humain comme en sa source; aussi la justice de Jfésus-Christ est imputée à tous les croyants, parce qu'en accomplissant toute justice il représentait toute TEglise comme en son origine. Et même la justice de Jésus-Christ est iihpotée aux fidèies avec beaucoup plus forte raison que le péché d^Adam nVst hnputé aux autres hommes, parce qu'Adam no 8*eût pas assujetti soi-même pour autrui à obéir à Dieu (Gd. UI, 13, et IV, 4 et 5); mais Jésus-Christ s'est assujetti vohmtairement i la loi, pour nous délivrer de la malédiction de la loi.
ARNOUX
Sscr. XXXIY. ^ TéSfté eaté. % Piar. U,U: f Lequ9l méiDd M porté noB péché» en son corps gur le bois, ann qur'étiMit moitié 4
péfliié BOUS viviont à jutiiee : par la battu re duquel mâme ¥0118 arez été guéris. » Et au verset suivant : « Car vous éties comme brebis errantes; mais maintenant vous êtes convertis au pasteur et évêque de vos âmes. •
Ces tezteâ, tant s* en faut qu'ils confirment ce pour quoi ils sont tllégués, que plutôt ils le détruisent, puisque l'Apôtre dit que nous sommes, par le moyen de Jésus-Christ , morts à péché, guéris du péché, convertis du péché. Pouvait-il plus clairement dire que le péché ne vit plus en nous , que la maladie mortelle n'y est plus, et que nous ne sommes plus errants? et peut-on de là conclure tout au rebours que nous sommes tenus et réputés justes, eneore q^ue de fait nous ne le soyons pas ?
DU MOULIN
Ce passage de saint Pierre n'est point employé en notre confession, au sens et petiF la fin qiie ce docteur s'imagine. Notre confessîoB dit : que par le sacrifice unique que le Seigaeur Jésus a souffert eii la croix, nous sommes réconciliés à Dieu. Pour preuve de cela, est coté en marge le cfaap«. B de la première Epitre de saint Pierre, vers. 2i : « Christ a porté nos péchi^s en son corps sur le bois, afin 1» qu'étant morts à péché nous vivions à justice : par la » batture même duquel vous avez été guéris. » Peut-on amener rien de plus fort et 4e plus exprès, pour prouver que iésus-Christ, par sa mort en la croix, nous a réconciliés à DiauY Car cela même est porter nos péchés en son corps sur le hois, el nous apporter guértson. Mais U plaît au sieur Arnoux fHê^tt servir ee passage à autre fin contre notre ioteoflon.
Au reste, ce passage ne prouve point que nous soyons déjà entièrement morts à péché, ni que nous soyons exempts de péché. Saint Pierre parlé des fruits que la mo^t de Jésus- Christ nous apporte, mais de ces fruits il y en a quelquesuns auxifuels nous ne parvenons que par degrés, et dont le parfait accomplissement ne sera qu'au royaume des cieux. Mais le sieur Arnoux nous veut persuader qu'il est parfaitement juste, et que le péché ne vit plus en lui ; et néanmoins il va au Jubilé gagner les pardons ; et quand il se confesse» ^il reçoit l'absolution ; en disant son PaUr^ il dit ; «l VaxâiOWTk^-
» nous DOS offenses. » Il croit aller en purgatoire, et fait profession de, douter de son salut. Que si avec les autres jésuites il approuve les équi vocations en justi(^e, et la rébellion des sujets contre l.eur roi, et le secret de la confessionf par laquelle un prêtre aurait apprjs une entreprise contre la vie du roi ; je ne vois point comment cola s'accorde avec une pareille justice.
ARNOUX
Sect. XXXV. — Texte contraire. Rom. V, 5 : < La dilection de Dieu estépandue en nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. » Pesez ces mots : épandue eu nos cœurs. Ce n'est donc pas imputée sans autre effet.
DU MOUUN.
A qui en veut-il ? L'Apôtre dit, et nous avec lui, que Taraour dont Dieu nous aime se fait sentir en nos cœurs par le Saint-Esprit. Que fait cela à propos de la justice de Christ et de son imputation? Et puis, avons-nous jamais dit que cette imputation soit sans autre effet?
ARNOUX
Sect. XXXVl. — Ephes. IV, 23 et 24: « Que vous 80762 renouvelés en l'esprit de votre entendement, et soyez revêtus du nouvel homme créé selon Dieu en justice et vraie sainteté. »
C'est abus de croire que par le nouvel homme il entende Jésus- Christ, puisque Jésus-Christ n'a jamais été le vieil homme, et que saint Paul attribue toujours à un même sujet être le vieil homme, ou homme de péché, et le nouvel homme, ou renouvelé par la grâce de Jésus-Christ. Comme vieil, il est membre du premier Adam; comme nouveau, du second. Il descend du premier par génération naturelle qui lui transmet le péché, et descend du second par la surnaturelle qui le fait enfant de Dieu par le germe de grÂce.
Cela ne touche ni près ni loin à l'imputation delà justice le Christ. Je crois que le sieur Arnoux pensait à autre, ;hose, ou que quelque autre a fourré cette pièce en son livre k floo desçu. Qu'importe à cette question, si iésus-Cbrist »l ou> s'est pas appelé le nouvel homme ?
ARNOUX
Sect. XXXVII. — Ajoutez Rom.-V, 19: a Car, comme parla désobéissance d'un homme plusieurs ont été rendus pécheurs , linai, par l'obéissance d'un, plusieurs seront rendus juste«. »
Et donc, CQn^me il est vrai que nous sommes pécheurs par Adam, et non-seulement réputés tels, ausi»i .sommes-nous justes par Jésus-Christy et non-seulement tenus pour tels.
DU MOULIN
Tout cela est véritable; car par Jésus-Christ les enfants de Dieu sout rendus vraiment justes en deui façons : premièrement, parce qu'ils sont vraiment absous et justifiés au jugement de Dieu; secondement, parce que l'Esprit de lésîia-Cbrlst opérant en eui les régénère vraiment. Mais îette régénération se fiait par degrés, elle s'avance' en terre *i te parfait au ciel.
AANOUX,
Sect. XXXVIII. — Le même article plue hae : < Nous protestons |ue Jétus-Christ est notre lavement «ntier et parfait, et qu'en sa nort nous a^ons entière satisfaction, pour nous acquitter de nos- 'ôrfiûts et iniquités dont nous sommes coupables. >
Ces belles paroles sont pour abolir toute propre satisfaction» arracher du cœur l'esprit de pénitence, éteindre le désir de souffrir quelque chose pour l'amour de Dieu qu'on a offensé, nojer T&me dedans la boile de la paresse et négligence des œuvres: bref, aslurer le plus méchant homme sur la justice du Fils de Dieu, et les rigueurs de son Père en la personne d'icelui, sans obliger le pécheur à punir ses- péchés par soi-même d'une bonne Tolouté.
14â fiOyCLlflR
DES SATISFACTIONS BVMAinS.
DU MOULIN
Notre confession dit que Jésus-Christ est la puFga tière de nos péchés, et que sa mort est une pleine et satisfaction. En cela nous sommes fondés en la P; Dieu, laquelle dit que « Jésus nous a lavés de nos » en son sang » (Apoc. I, 6). a Le sang de Jésui » nous nettoie de tout péché» (1 Jean I). a Par 1 D nous pardonne gratuitement toutes nos offenses, verset 14 : et II a effacé Tobligation qui était conli i> laquelle gisait en ordonnances et nous était co » laquelle il a entièrement abolie, l'ayant ficht 10 croix » (Golos. il, 13;. « Il n'y a point d'autre no » le ciol par lequel il nous faille être sauvés m i Act. « Car le bon plaisir du Père a été de réconcilier » toutes choses à soi, ayant fait la paix par le sai » croix » (Colos. 1, 19 et 20). a 11 est la propitiatic » les péchés de tout le monde » (1 Jean II, 1 et 2). a 1 0 seule oblation il a consacré pour toujours ceux x\ D sanctifiés 9 (Hébr. X, 14). « Car il peut sauver » ceux qui s'approchent de Dieu » (Héb. YII, 25). » sommes justifiés en son sang par la rédemption ei » Christ » ( Rom. III, 25). Bref, c'est le sommaire de gile.
Cette doctrine si sainte, ai claire, si pleine de cons déplaît au sieur Arnoux. Il dit que c'est abolir nos i tiens, et éteindre l'esprit de pénitence, noyer les ftni la boue.
De ces satisfactions humaines, nous disons sommai que si le mot de satisfaction était pris au sens que le pi les anciens, à savoir par humiliation et reconnaisse sa faute, nous n'aurions point de dispute. Mais aujo satisfaction signifie un paiement de dettes, et une pense que l'homme donne à Dieu pour contenter sa Le catéchisme du concile de Trente dit que la « satii » est un entier paiement de la chose due, et une c
t)E tk roL 143
» sation que Thomme paie à Dieu pour ses péchés,» < soit que rhomme se punisse soi-même, comme dit le 5ieur Arnoux ; ce qu'il fait par jeûnes, battures, pèlerinages, et en donnante TKglise ; soit que Dieu le tourmente en purgatoire. Les mots du cardinal Bellarmin sont notables sur ce propos, au livre i des luduigences, chap.IV : a Si l'homme juste par ses œuvres » peut mériter par équivalence la vie éternelle, pourquoi » ne pourra-t-il satisfaire pour la peine temporelle qui est » chose moindre?» Et au chap. Il du même livre : t La D rémission de la peine est due à Tœuvre satisfactoire par » la justice commutative, » qui est la justice qui paie tant pour tant, tellement que Dieu doit se contenter. Â ce compte Dieu serait contre la justice, s'il ne recevait en paiement les peîues sàtisfactoires dont un pécheur se punit soi-même. Même au chapitre X du premier livre du Purgatoire: » Il me semble » (dit-il) « plus probable qu'il n'y a qu'une » satisfaction en effet, à savoir la nAtre. » Quant à celle de Jésus^hrist, il veut seulement qu'elle serve à faire valoir les nôtres. Et est venu l'orgueil jusque-là, qu'en l'Eglise Topiaine on tient que Thomme peut satisfaire à Dieu plus qu'il De doit, tellement qu'ily en a ^e reste; c'est ce qu'où appelle les satisfactions supérabondantes, qui est i'occup»tion dé la vie monastique.
1. Quant à nous, puisqu'en Jésus-Christ nous avons une pleine satisfaction pour tous nos péchés, nous nous contentons de cela, et n'entreprenons pas de payer par nos tourments une dette que Jésus-Christ a entièrement acquittée.
2. Aussi ne croyons-nous pas que Jésus-Christ soit mort pour faire valoir nos tourments, mais pour nous exempter de tourments ; car le bénéfice de Jésus-Christ ne consiste pas à nous faire payer, mais à payer et satisfaire pour nous envers Dieu. Saint Paul, en la première Epttre à Timothée, chap. H, vers. 6, dit que « Jésus-Christ s'est donné soi* » même en rançon pour nous; a mais il ne dit pas qu'il nous donne la vertu de payer nous-mêmes notre rançon. Et TApô-
1 Cap, de Sacramento pœnitentiœ. Satisfactio est rei débit» intégra solutio. Est compensatio cùm homo pro peccatis commissls Dec aliquid persolvit.
tre, aux Hébreux, chap. I, dit que «leFila dei>iea« fiit y> purgation de nosl)éché8 par soi-inéme; i» dod donc par nos satisfactioos.
3. Que si c'est un honneur que Dieu nous fiiH que de satisfaire nous-mêmes par nos tourments (comnoe Teiilent ces messieurs), et si nos peines saiisfactoîres sont comptées entre les grâces de Dieu, les diables et les damnés cnront plus de part à ces grâces, puisque Dieu leur feii l'honneur de les faire payer tout du long, et tire d'eux une eotière satisfaction.
4. Jà n'advienne que nous croyons que Dîea prenne deux paiements d'une dette , quand le premier paiement est suffisant. Dieu, qui est souverainement juste , après nom aToir pardonné toutes nos offenses, punirait-il de peines satisfactoires des péchés pardonnes?
5. Et puisque TEglise romaine croit que par la mort de Jésus-Christ toute notre coulpe est ôtée. Dieu puniraîl-il en un feu ardent des personnes sans coulpe? La cause qui seule produit un effet étant ôtée, l'effet cesse par nécessité. Or, la coulpe est la cause qui seule produit la punition aatisfiictoire. Donc la coulpe étant ôtée, nécessairement est 6tée la punition satisfactoire. Comme dit Tertnllien au Hvre du Baptême, chap. Y : d La coulpe étant ôtée, aussi e^i ôtée la » peine.w^
6. Joint que Dieu n'est pas moqueur. Or, il se H«oq«mit apertement de nous s'il nous disait : Je te pardonne, mais je te punirai ; je t'acquitte ta dette, mais tu paieras ; car nos péchés sont dettes dont le paiement est la punition.
7. N'est point croyable que Dieu veuille que nous soyons plus miséricordieux que lui. Or, il veut que nous pardon- ' nions entièrement â ceux qui nous ont offensés. Il ne nous permet pas de tirer aucune vengeance après leur avoir pardonné ; car aussi qu'est-ce que pardonner, sinon ne punir point? Si donc Dieu remet le péché, mais non la peine du péché, voiU le chemin frayé aux conciliations < "iuduleuses, et celui qui aura pardonné une inj«!re se réservera en son cœur d'en faire porter la^peine ; car il dira : « Voulez-
^ Exempta reatu remittitur et pœwaL.
DE Là foi. 143
»lez-voiis que je sois pins miséricordieux que Dieu? J'ai I en cela suivi son exemple. » Nous sommes assez enclins aux vices, sans vouloir que Dieu nous y pousse par son eïcmple.
8. Je voudrais aussi qu'on me dit comment et en quelle façon Jésus-Christ a porté notre coulpe : n'a-ce pas été en supportant la peine? et s'il a porté la peine, n'a-ce pas été pour nous en exempter? C'est ce qtie dit saint Augustin au Sermon 47 des paroles du Seigneur*: «Christ, en prenant » sur soi la peine d; non la coulpe, a aboli et la coulpe et la » peine. » *
9. Par cela aussi appert combien cette doctrine est inepte,* que la coulpe soit remise et non la punition, en ce qu'il n'y a criminel qui ne fût bien conlent que le roi ne lui pardonnât point sa faute, pourvu seulement qu'il lui remît entièrement la peine et ne lui fît souffrir aucune punition.
10. Bref, Dieu en sa loi déclare a qu'il ne tiendra point vpour innocent celui qui aura pris son nom en vain. » Qu'est-ce que ne tenir point pour innocent, sinon tenir pour coupable et ne laisser point impuni? Tenir donc pour coupable en Dieu vaut autant que punir; car où il n'y a point de coulpe, il n'y peut avoir de juste punition.
11. Que si par notre tourment il nous fallait satisfaire à la jostice do Dieu, quand aurions-nous satisfait pour la moindre partie de nos péchés? vu que, par le jugement du Fils de Dieu (Matth. chap. Y, vers. t2) appeler son frère fou, est un péché punissable de la géhenne; et que saint Paul (1 Cor. 71) dit que a les médisants n'hériteront point le royaume » de Dieu, n péchés toutefois qui aviennent aux plus justes.
12. Ajoutez que par cette doctrine les afflictions des fidèles sont rendues amères, et leur pointe est trempée dana le fiel; car le fidèle qui croit que Dieu le châtie pour son salut, et que même ce serait une grande punition que de D'être point châtié, se console aisément en ses afflictions, lesquelles il reçoit comme cures spirituelles. Les maladies du corps lui sont médecines de l'âme; la pauvreté lui est
Suscipiendo pœnam et non suscipiendoculpam, etculpam deluit
nmnom
une diète et une discipline d'abstinence; le bannissement, une fuite du monde, et un avertissement qn'il est étranger en la terre. Ou si ce sont afflictions pour l'Evangile, il s'en glorifiera comme de flétrissures honorables, d'écharpes de notre guerre, de conformités à la croix de Christ ; mais où sera la consolation des fldèles en leurs maux, s'il faut qu'ils croient que Dieu les afflige pour contenter sa justice? et que leur tourment lui est une satisfaction ? Là ne leur reste autre consolation que celle des païens, qui est de céder à la nécessité, et s'armer d'une dureté contre* les coups par une patience sans consolation.
13. Puis, quand ce vient à peser ces satisfactions, on les trouve fort légères, et on reconnaît que ces messieurs veulent payer la justice de Dieu en monnaie de bas aloi. Ces satisfactions sont s'abstenir de chair quelques Jours , courir en pèlerinage, et ainsi mener une vie oisive, se ceindre d'une corde , se faire de la confrérie du Gordon , se fouetter en public comme font les pénitents à Rome en la semaine avant Pâques, quelques-uns pour leurs péchés, d'autres étant loués à gages et se fouettant pour les péchés d'autrui , quelques-uns même par amour et pour satisfaire à Dieu pour les péchés de leurs maîtresses. Voilà de quoi on veut que Dieu se contente ; car on l'estime être de fort facile composition. Accoupler ces choses avec la satisfaction infinie du Fils de Dieu, c'est accoupler chose autant inégale que qui coudrait un haillon de bélître à un manteau royal.
14. Certainement ces gens, avec leurs œuvres pénales, battures et tourments volontaires, me semblent dire à Dieu : « Je te veux satisfaire. Tu me veux remettre entièrement mon péché , mais je ne te veux pas être tant obligé. » H est donc raisonnable qu'ils paient tout du long. Que si là-dessus, par une pénitence capricieuse ou par une humilité orgueilleuse ils se déchiquettent de coups, je trouve qu'ils l'ont bien mérité. Et puisque pour satisfaire à Dieu ils s'obstinent à vouloir être brûlés après cette vie en un feu si long et si ardent, il est raisonnable qu'ils trempent au feu, et qu'en leur endroit soit pratiquée la semence de Jésus- Christ qu'eux-mêmes nous allèguent : « En vérité je te dis
» que tu n'en sortiras point tant que tu aies payé le dernier » denier (Matth. y, 26).
15. Mais au jour du jugement , quand il faudra rendre compte de ses actions, et que leurs péchés leur seront représentés, quelle Sera leur défense? Ils diront : a Seigneur, » j'ai voirement commis tels ou tels péchés, mais aussi je » f ai satisfait; car je me suis fouetté, je me suis abstenu de » manger chair par tant de jours, j'ai couru en pèlerinage, » je me suis mis de la confrérie du Gordon, v Là j'ai peur que ces choses, mises à la balance de la justice de Dieu, ne se trouvent légères de plusieurs grains, et que même ce qu'on baille pour satisfaction ne se trouve être un péché, puisque ce sont choses que Dieu n'a point requises. J'ai peur que ces satisfaiseurs ne se trouvent coupables nonteuiement d'avoir voulu payer Dieu en fausse monnaie, mais aussi d'avoir voulu trouver une autre satislaction'que ceiie du Fils auquel le Père prend son bon plaisir, et le sang dnquei nous nettoie de tout péché (Matth. XVII, 5. 1 Jean 1,7.)
16. Mais entre les peines satisfaçtoires il y en a une sorte fui me semble pleine d'impiété. L'Eglise romaine met les oraisons et les aumômes entre les œuvres pénales et pei^ Ms Mtisfactoires. <}uelle est cette religion qui met les bon- Bes œuvres entre les peines? lesquelles, au contraire, ^i on ivail défendues à un homme craignant Dieu , ce lui ferait une peine insupportable ; ils veulent donc qu'on serve Dieu |Mr punition. Par ce moyen les bonnes œuvres sont rendues odieuses, et l'exercice de piété devient un supplice. Toute-* fois ils ont quelque raison de mettre la prière telle qu'ils la jpratiqueDt, entre les peines ; car être condamné à répéter anquanteibis une même oraison en mots non entendus, et dire chaque jour ses sept Psaumes sans y rien entendre, en 16 rongeant les pouces à cause de la longueur , me semble use grande punition.
17. L'ignorance superstitieuse ayant jeté les semences de eet âbuft, l'avarice et l'ambition des clercs les a fomentées ; car il n^y a rien qu'ils ne fassent pour le gain. Etant fort leoaibles par le ventre, ils s'émeuvent grandement quand an loQclie à. leurs profits pour en diminuer; car ces satis-
factions leur sont fort fructueuses, puisqne le pnrgafoire leur est si lucratif, et par les satisractions que les prêtres imposent, ils prennent autorité d'imposer au pécheur des peines corporelles, lesquelles, par les règlements de TEglise romaine, sepeuventécbangerenpécviniaires; et que même par ce moyen les papes osent châtier les rois et leur faire recevoir des coups de fouet, comme fit Alexandre III à Henri II, roi d'Angleterre , et comme de nouveau Clément VIK a fait à notre grand roi Henri IV, en la personne de M. l'évéque d'Evrcux son ambassadeur» auquel, pros- , terne à ses pieds, le pape fit donner des coups de gaule pour , satisfaction. Le pape Innocent III imposa à Jean, roi d'Angleterre, pour satisfaction, qu'il lui résignât son royaume , et . rendît sa couronne et son royaume tributaire au pape : ce ! qui fut exécuté.
18. Jésus-Christ n'a pas fait ainsi; car au cbap. XVIII de [ saint Jean , ayant pardonné à la femme surprise en adultère, il ne lui impose aucune peine satisfactoire, mais il lui dit seulement : «Va et ne pèche plus.» L'apôtre saint Paul, en la deuxième Epitre aux Corinth. cbap. II, dit qu'il a pardonné
à l'incestueux, auquel toutefois il n'a imposé aucune peine satisfactoire après le pardon.
19. Que si ces satisfactions sont mauvaises , pourquoi les enjoignent-ils? si elles sont bonnes , pourquoi en disposentils par les indulgences? pourquoi empêchent- ils que le pécheur ne satisfasse à Dieu ?
L'abus akisi découvert, ces messieurs accourent au secours, et tâchent d'étayer leur cause ruineuse avec des fétus.
ï. Ils allèguent le conseil de Daniel, au cbap. IV^ vers. 27, donné au roi Nébucadnetzar : « Rachète tes péchés par jus- » tice, et tes iniquités en faisant miséricorde aux pauvres.» Mais ils s'abusent de penser que Daniel parle du rachat envers Dieu; car il parle du rachat et satisfaction envers les hommes que ce roi avait pillés, lesquels il devait récompenser par libéralité. Joint que les aumônes sonit bonnes œuvres, et non punitions ni peines satisfactoires. Qui plus est, nos adversaires veulent que les aumônes et autres satisfac- Éi'oas servent à satisfaire, non pour les péchés, mais pour la *