I/O même Apôtre en l'onzième épitre aux Romains
* Cap, 9, de Gratia et lib. Arbit, Cùm posset dicere, et rectè dicere, stipendium juslilise vita acterna, maluit dicere , gralia auteiu Dei vitae xterna, ut bine intelligeremus non pro merilis nostris Demn nos ad xlernam vitam, scd pro sua miseratione, perducere.
« Si c'est par grâce, ce n'est plus par œuvres, autrement « grâce n*esl plus grâce ; mais si c'est par les œuvres, ce » n'est plus grâce, autrement œuvre n'est plus œuvre. » Avoir donc la vie éternelle par la grâce de Dieu, el l'avoir par nos œuvres, sont choses incompatibles. Les m^TÎtes de nos adversaires ne sont-ils pas œuvres? Si donc ils acquièrent le salut par leurs mérites, le sahit n'est plus une grâce de Dieu. L'excuse de quelques-uns est que nous méritons par j'aide de la grâce de Dieu, et que nos mérites ne lui sont agréables qu'étant teints au sang de Jésus-Christ, et que le mérite de Jésus-Christ fait valoir les nôtres.
6. Par cela ils n'amendent point leur marché, car puisque la grâce de Dieu exclut les méfites, comment mériterionsnous par sa grâce? Comment Jésus-Christ aurait-il mérité que je méritasse, vu que c'est le mérite de Jésus-Christ qui rend superflus mes mérites? Car il a mérité exprès, afin que nous ne soyons plus obligés d'acquérir le salut par nos mérites. L'Apôtre, pour exclure le mérite des œuvres, met en avant la grâce de Dieu, disant que « si c'est par grâce, » ce n'est point por œuvres; » comment donc veut-on qu'on mér te par grâce ? Mériter par grâce est chose autant accordante qu'être gelé de chaleur, ou mouillé de sécheresse ; car grâee présuppose un don, et mérite est une espèce d'achat; ainsi mériter par grâce est acheter en pur don, qui est une conception ridicule.
7. Au reste Dieu ne donne à personne la grâce de déroger à sa grâce, ni la vertu d'acquérir par mérites une chose déjà pleinement acquise par le mérite de Jésus-Christ. Quant à cette teinture imaginaire au sang de Christ, je dis que Jésus-Christ ne teint point nos œuvres à une si haute couleur. Apprenons plutôt à déteindre nos âmes d'orgueil, qu'à farder cette idole de déguisements sans couleur, inventés par les hommes, faux, yoire contre la Parole de Dieu. Et ayons la ruse de Satan suspecte, lequel enfle les hommes pour les crever, et les hausse pour les précipiter ; il leur persuade qu'ils sont justifiés par leurs œuvres, aOn qu'ils soient condamnés de Dieu pour leurs péchés; il les instruit à se fiër en leurs mérites, afln qu'ils se défient de la promesse de Dieu.
8. L'exemple des petits enfants morts peu après le baptême est merveilleusement clair à ce propos ; car nos adversaires nous accordent que ces enfants sont possesseon de la vie éternelle sans mérite, en vertu de l'adoption gratuite en' Jésus-Christ. Or, il n'y a point divers moyens de salut selon la diversité de personnes, en sorte que l'uo soit sauvé sans les mérites, Tautre par les mérites.
9. L'élection gratuite est une preuve invincible contre les mérites. L'Ecriture nous parle d'élus et prédestinés et préor donnés à la vie éternelle (Ephés. L Rom. VIII et IX. Act. Xlil, 48), et dit que cette élection est gratuite. Saint Paul l'appelle ce élection de grâce » (Rom. X, 5). Or, comment elle est de grâce, il l'expose, ajoutant que ce n'est point par œuvre. (( Il y a (dit-il) du résidu selon Télection de grâce : que y> si c'est par grâce, ce n'est plus par œuvre. » Et au chap. IX, vers. 11 : «Le propos arrêté selon l'élection demeure, » non point par les œuvres, mais par celui qui appelle. » Puis ajoute : a Ce n'est donc point du voulant ni du cou- » rant, mais de Dieu qui fait miséricorde. » Pour parvenir à ce salut auquel ils sont prédestinés, Dieu leur donne gratuitement son Saint-Esprit, qui imprime en eux la foi et les forme à bonnes œuvres. «Dieu nous a élus en Jésus- » Cbrist devant la fondation du monde, afin que nous soyons 9 saints» (Ephés. 1, 4). « Dieu fait en nous avec efficace le » vouloir et le parfaire selon son bon plaisir » (Philipp. II , 13). « Car hors lui nous ne pouvons rien faire )> (Jean XY, 5). (X Mais toute notre suffisance est de Dieu » (2 Gorinlb.
JII, 5). Si donc iious n'avons point mérité d'être élus â salut, aussi n'avons-nous point mérité le salut. Si ni l'élection à salut, ni les biehs donnés pour parvenir à ce salut ne sont point mérités, comment ce salut sera-Nl mérité ? Dire que Dieu nous a prédestinés gratuitement à mériter le salut, c'est se contredire; car c'est dire que Dieu nous prédestine gratuitement à être sauvés non gratuitement. Si quelqu'un me donnait en pur don une maison ou héritage â deux cents lieues d'ici, à condition d'y aller pour en prendre possession, et que même il me conduisît par le chemin, me nourrît, me relevât^quand je tomberais, me redressât quand je me fourvoierais I me donnât force pour marcher jusqu'à ce quMl
n'en mit en possession , pourrais-je dire avoir acquis cet léritage par mes mérites? mes pas séraieut-ils le prix de 'acquisition? Ce donateur c'est Dieu , les donataii'essont les ^lus ; rhéritage donné c'est le royaume des cieux ; le chenin pour y parvenir sont les commandements de Dieu. Chaîne bonne œuvre est un pas en ce chemin; auquel chemin, à nous bronchons ou nous égarons, Dieu nous soutient et 'edrease, et nous donne force pour avancer ; et au bout ierioDS-nous d'une présomption si brutale que de compter iips pas pour mérites , voire pour mérites de condiguité et d'équipollence, et de croire que Dieu nous est debteur? E.t que peut devoir le Créateur à la créature? ou que nous peut devoir celui auquel nous nous devons nous-mêmes?
10. Ceux qui ne veulent pas que Dieu ait élu ceux-ci plutôt que ceux-là, à cause et en considération de leurs bonnes oeuvres, mais d'autant qu'il a prévu qu'ils croiraieot en Jésus-Christ, tombent en mêmes inconvénients, puisqu'ils parlent de cette foi comme d'une espèce d'œuvre ; et d*une vertu du fidèle , laquelle ils (but marcher devant Télection de Dieu ; et ne voient point pourquoi ils ne veulent que les t>onnes œuvres soient aussi une condition qui précède l'élection de Dieu, puisque Dieu n'élit que ceux qui feront des bonnes œuvres, et que les bonnes œuvres sont autant né- L-essaires ^ salut que la foi. Faut donc dire que Dieu a élu gratuitement ceux qu'il lui a plu, et qu'à ceux-là il donne s;ratuitement, et sans qu'ils l'aient mérité, son Saint-Esprit, lui imprime en leurs cœurs une foi vive , opérante par charité.
li. Que si on voulait comprendre ce qu'emporte ce mot de MÉRITER , la difficulté serait incontinent vidée. Pour mériter, six choses sont requises.
I. Il faut que l'œuvre qu'on fait ne soit point due ; car il n'y a point de mérites à payer ses dettes.
ll.'ll faut qu'on oOfre du sien ; car, à présenter au roi quelque chose qui appartienne au roi, il n'y a point de mérite.
III. Item il faut que l'œuvre qu'on fait pour mériter envers quelqu'un lui serve ; car on ne peut mériter envers quelqu'un par une œuvre qui lui soit inutile.
IV. Faut aussi que rœnvre qu'on fait pour mériter ne soit point défectueuse, et qu'il n'y ait rien à pardonnen
Y. D'abondant, il faut qu'il y ait quoique proportioD entre rœuvre et le salaire qu'on veut mériter par l'œuvre.
VI. Finalement il faut que la chose que nous voulons acquérir par œuvros méritoires; ne nous soit point déjà acquise par un autre moyen; car, de propriétaire ou possesseur , vouloir devenir acquéreur, c'est se démettre de la propriété. Pour ces six raisons, la Parole de Dieu nous apprend que nous ne pouvons mériter envers Dieu.
I. Car, premièrement, tout le bien que nous faisons est chose due, comme dit Jésus-Christ en saint Luc XVII, 10 : u Quand vous aurez fait toutes les choses qui vous sont coin- » mandées, dites : Nous sommes serviteurs inutiles , d'au- » tant que ce que nous étions tenus.de faire ndus l'avons » fait. »
II. Tout le bien que nous faisons vient de Dieu , et par conséquent ne peut mériter envers Dieu. «Nous ne som • » mes point sufGsants, de penser quelque chose de nous, )) comme de nous-mêmes; mais notre sulfisance est de » Dieu» (2 Cor. ill, 5). «Dieu donne le vouloir et le par- » faire » (Phil. Il, 15). Il couronne ses dons et ne paie point nos mérites. .
III. Item nos œuvres ne lui profitent de rien. « Mon bien » ne vient point jusques à toi » (Ps. XVI, 2). Elles sont voiremeht agréables à Dieu , car Dieu aime ce qu'il fait ; mais pour cela elles ne sont point méritoires; car, si elles méritaient, ce serait Dieu qui mériterait, et non pas l'homme. La mère. Thérèse, traduite par le sieur de Berulle, qui se qualifie confesseur des bienheureuses, a bonne grâce de dire que « les serviteurs de Dieu ont pris taixt de peine pour ai- » der noire Seigneur » (chap. III, fol. 11).
IV. D'abondant nos bonnes œuvres sont imparfaites, et il y a toujours de l'infirmité (Rom. VU). «L'e?prit combat con- V tre la chair» (Galat.V). 'Tellement qu'il y a toujours moyen de profiter', toujours sujet de demander pardon. L'amour d'une chose est selon qu'on la connaît ; or, nous ne connaissons maintenant qu'en partie et obscurément, dit saint
DE LA FOI. âOl
Paul (1 Cor. XIII, 9 et 12). Nous n'aimonâ donc qu'en partie et imparfaitement.
V. Que si on compare l'œuvre avec fe salaire qu'on prétend mériter, quelle comparaison des œuvres imparfaites, et qui passent en un moment , avec un royaume céleste et éternel? Le martyre est une œuvre des plus excellentes; néanmoins l'Apôtre dit : a Que toutes les souffrances du
^ » temps présent ne sont à contrepcser à la gloire à venir)) (Rom. VIII). « Notre légère affliction produit en nous un » poids éternel de gloire excellemment excellente» (2 Cor.