CHAPITRE II
BéponM dn near Amouz à ms âmmmnâm.
L'adversaire répond en ces mots : « Premièrement » (ditil) «ce n'est pas à eux de m'enquérir de ma créance, parce » que je suis en possession , et personne ne les a pourvofl » de commission pour arracher de mes mains le titre d« » rhéritage que je^tieus.»
Je réponds que voirement nous n'avons pas la puissance \ de le faire parler, ni de l'obliger à répondre ; mais le commandement de Dieu l'y oblige en la première Epltre de saint Paul, chap. II[, vers. 15 : a Soyez toujours appareillés à ré- » pondre avec douceur et révérence à chacun qui vous de- » mande raison de Tespérance qui est en vous, d Jésus-Chriat répondait de sa doctrine à ceux qui venaient à lui, même à ses ennemis, encore qu'ils n'eussent aucune puissance sur lui. Nous avons répondu au sieur Arnoux sur tout ce qu'il nous a demandé et objecté, encore qu'il n'ait aucune puissance sur nous, et qu'il ne nous ait produit sa commission. Lui-même s'est obligé à nous répondre en nous provoquant; car, nous interrogeant sur notre religion, il devait faire état que nous Tinterrogerions sur la sienne, non par revenge, mais pour mettre la vérité en évidence, et pour montrer que noua «omm<^%\iîvQraaw V^^^%ii^^^ v^.
ou SIEUR ARNOUX 613
}uant à ce qu'il dit qu'il est en possession d'un héritage, lue nous n'avons point de commission pourteluiarracher, par cet héritage il entend des possessions terriennes et' 3 richesses, nous ne lui en portons point envie, et vouons qu'il en eût dix fois davantage , pourvu qu'il se ren- ; défenseur de la vérité. Mais si par cet héritage il enid la possession de la vraie doctrine , c'est présupposer
qui est en question. Nous n'avons garde d'arracher à .glise romaine une chose qu'elle a piéça perdue. N'est hein de commission pour demander à quelqu'un ce qu'il >it, et la raison de sa créance. La charité envers chacun,
le désir de tendre la main aux tomhés, et le zèle que us devons avoir à la défense de la cause de Dieu , nous lige assez à parler et proposer la doctrine de salut à ceux il là demandent. N'est à propos de dire : « Il y a déjà longtemps que je suis en possession de cette doctrine; » car i païens, et les Juifs, et les Turcs en peuvent dire autant^ squels la religion est plus ancienne que le papisme. Nous ) disputons point par années, mais par preuves. L'Eglise t en pays de droit écrit, et non en pays de coutume. Il n*y point de prescription contre la vérité céleste, laquelle est iijours la plus ancienne , parce que le mensonge n'est l'une corruption de la vérité : une opinion ancienne a été itrefois nouvelle. Que si le temps peut autoriser une docine, qu'on me dise combien il faut d'années au moins mr lui donner autorité? Il faut donc revenir à la source et institution contenue en la Parole de Dieu. Et môme sans roir égard à la Parole de Dieu , encore trouvera-t-on que
plupart des erreurs de l'Eglise romaine sont fort nou- 3llcs : comme la déposition des rois par le pape , la comlunion sous une espèce, la défense de lire l'Ecriture-^ îinte, etc. ,
II. Le sieur Arnoux ajoute : « Leur demande serait plus tolérable s'ils la faisaient devant quelque juge qui eût autorité d'accorder nos différends.»
Si cette excuse du sieur Jésuite est recevable, il devait, vant que de nous attaquer, se pourvoir d'un juge qui nous
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p(A accorder. Mais pour cela nous n'avons laissé de lui répondre, parce qu'encore que personne entre les hommes ne soit aujourd'hui juge des controverses avec certitude iofaillible et autorité souveraine , si est-ce que chaque particulier doit avoir le jugement de discrétion pour discerner qui est celui de nous qui prouve mieux son dire par la Parole de Dieu. Cela donc ne le devait empêcher de répondre.
III. La troisième excuse qu'il ajoute ne vaut pas mieux. 0 Puisque t» (dit-il) «ils se sont obligés de redresser TE- » glise qui est tombée , et que je m'offre à eux d'être tiré » des ruines qui à leur avis m'ont accueilli , c'est à eux de 9 me tendre la main, faire voir ces beaux textes, produire » les Ecritur^es. )»
Je réponds qu'il est faux que nous ayons entrepris de réformer l'Eglise, et que nous nous y soyons obligés. Ce nous est assez de nous réformer nous-mêmes. On appelle nos églises réformées, et non réformantes ; et sont appelées réformées, parce que ce sont églises chrétiennes repurgéesdu papisme. Bien est vrai que, comme tout vrai chrétien est touché de compassion envers ceux qui errent, nous désirerions que nos adversaires eussent les yeux ouverts, et voudrions leur pouvoir ôter le bandeau d'ignorance ; mais pour cela nous ne prenons point le titre de réformateurs. Et crois que nos adver^ires, qui croient avoir la vérité de leur côté, voudraient bien nous pouvoir faireie même office; mais ne s'appellent pas réformateurs pour cela. Et quand même nous nous appellerions réformateurs, ne serait-ce pas le devoir du père Ârnoux de nous montrer qu'il n'y a rien à réformer en l'Eglise romaine, en prouvant sa créance par la Parole de Dieu« afin de nous détourner de ce travail inutile, et afin que nous n'apportions plus des emplâtres où il n'y a point de plaie?Cela donc aussi ne le deivait empêcher, de répondre à nos demandes.
IV. Celle qui suit n'est pas meilleure. «Jusqu'à ce » (ditil) a qu'ils aient mis à néant mon papier de confrontation, » contre le<|UQ\ \\& qtA ^c^ût^ cq me serait une espèce de fo-
DU SIEUR ARNOUIL. 615
ie que de leur permettre une si déloyale et firiYole digression. »
i^our réponse, je dis que nous avons tellement réfuté ses
ifrontations, qu'elles en sont devenues ridicules. Ses ac*
sations ne méritaient point notre travail, mais nous avons
égard à la dignité des personnes ea présence desquelles
les avait prononcées. Au reste, quand quelqu'un nous tire
lice pour nous faire rendre compte de notre croyance,
n'est point user de digression de lui faire .aussi rendre
mpte de la sienne. Vouloir toujours interroger sans ja-
ais vouloir répondre de son fait, c'est, outre l'injuste
iurpation, une confession de son ignorance; car celui qui
terroge demande d'être instruit, et celui qui ne veut point
^pondre confesse tacitement ne pouvoir enseigner: et
jand même en lui faisant ces demandes nous aurions usé
à digression, si est-ce que, puisque notre peuple n'est se-
are de l'Eglise romaine que parce qu'on ne lui peut satis-
lire à ces demandes par la Parole de Dieu, c'était au sieur
rnoux à lui subvenir là-dessus et lui donner instruction.
u même que, si sa cause était bonne, -il aurait moins de
«ine à rapporter un passage de l'Ecriture sur chacune de
es dix-sept demandes , qu'à rechercher tant de subterfu-
,es. 11 prend plus de peine à dire les raisons pourquoi il ne
épond point, qu'il n'eût eu de peine à répondre.
y. La cinquième raison est de bonue grâce. «Quand»
dit-il) «c ils auront confessé hautement et librement qu'ils
> n'ont plus à se vanter de la Parole de Dieu, et que leur
9 confession est entièrement abolie, et qu'il n'en faut plus
» parler, je ne ferai alors aucune difficulté de les instruire
D de ma créance, et ce ne sera plus pour leur en rendre
x> compte, mais pour les gagner à Dieu. »
11 veut que je quitte ma religion avant que de m'instruire en la sienne. Mais de quelle religion serai-je cependant en attendant son instruction? Ce conseil est excellent, de vouloir que je quitte ma religion sans en prendre une autre que quelque temps après, et que je renonce à ma confession de foi avant que de savoir si celui qui m'induit à ce faire aune bonne religion ; que si, après avoir quitté ma religion sans en prendre une autre , \à N'\eu% ^w %\^^ Kwsss^^i:^
ann d'apprendre de lui sa créance, et que là-dessus il ne me contente pas, demeurerai-je sans religion, ou repreodrai-Je celle que j'ai laissée? Cela, c'est vouloir qu'an bommo quitte sa religion sans savoir pourquoi ; car je ne puis savoir que ma religion est fausse sans savoir que la contraire est véritable. Ce docteur a pris tout cela du père Gontier, qui en a publié divers petits écrits, où se trouvent ctïs mêmes finesses et conceptions puériles., tondant à s'exempter de répondre, et à toujours interroger, et à nous obliger à prouver notre dire en autant de iiiots et de syllabes de TEcriture-Sainte.
Yl. Enfin, après tant de tergiversations, la vérité donne un coup de géhenne au sieur Ârnoux, et iui arrache cette confession : a Telles demandes o ( dit-il ) a ne peuvent être » faites par ceux qui savent bien que nous n'avons jamais » jiromis comme eux, ni protesté par aucun de nos articles )> que nous ne devions rien croire que ce qui est formel » dedans l'Ecriture, et en termes exprès; au contraire, nous » tenons la tradition qu'ils reprennent.»
C'est ainsi qu'i\ devait parler dès le commencement, sans chercher tant de subterfuges. Il confesse donc qu'à nos demandes il ne peut satisfaire par l'Ecriture, et que ces points dont nous demandons la preuve ne se prouvent point par la Parole de Dieu, contenue dans les écrits des Prophètes et Apôtres, mais par la tradition et par la parole non écrite; c'est-à-dire que ces doctrines ne sont ni de la loi de Dieu, ni de l'Evangile; car en l'Ecriture-Sainte se trouve la loi de Dieu tout entière, et l'Evangile y est entier , et non à demi, si ce n'est que le titre soit faux ; et toutefois ces dix-sept points sont les principaux points de la religion romaine, et qu'on tient nécessaires à salut, et qui sont cause de notre séparation i
Ceci donc soit connu à toute la France, que le sieur Ârnoux, perché aujourd'hui en un lieu tant émiuent, apcès nous avoir défiés par un défi si solennel, à la vue de sa majesté et des plus grands de ce royaume , a saigné du nez et confessé son impuissance, et reconnu que sa religion n'est point fondée en la Parole de Dieu, contenue dans les saintes Ecritures, mais en uue v^toV^ uqu €ml<&^ «t en la tradition, la*
DU SIEU^l ARNOtJX. 617
uelle n'a autre règle ni certitude que l'autorité de ceux qui
I proposent, et qui par cette tradition ont amassé inOnios
icbesses, et bâti un empire en la terre, cependant que TE-
riture-Sainte, qui « nous peut rendre sages à salut,» est ca-
bée et soustraite des yeux du pauvre peuple ; et que nous
u contraire avons. satisfait de point en point à toutes ses
lemandes et objections. Béni soit le nom de Dieu, qui fait
riompber sa vérité, et qui arracbe de la bouche de sres ad-
rersaires leur propre condamnation. C'est donc avec bonne
aison qu*il ajoute ces mots : « Ils ont bien deviné que je
» n'entreprendrais jamais une chose impertinente. » Comme
lussi ce qu'il dit que nous voudrions « qu'il perdît les jours
> et les nuits, et enfonçât sa poitrine à force d'écrire , et
) abandonnât sa charge, et fit attendre longtemps la réponse,
» et frappant à notre guise, il perdît ses coups. » Certes, il
n'y a point d'impertinence à défendre sa cause par la Parbte
de Dieu ; le travail n'eût pas effondré ni enfoncé sa poitrine ;
car est-ce chose tant malaisée d'apporter sur chacun de ces
dix-sept points un passage de l'Ecriture, sinon formel, au
moins qui ait quelque apparence?
Quant aux passages de l'Ecriture allégués par le pape Boniface VIII et par le concile dernier de Latran , en un sens si prodigieux et profane, le sieur Arnoux n'ose pas soutenir telles citations de l'Ecriture, ni aussi les rejeter de peur do condamner les papes et leurs conciles, mais trouve un chemin entre deux, disant^ que telles preuves sont amenées non au ^ens littéral, mais en un sens approprié et accommodatif, nullement contraire au sens littéral. Je fais juges nos plus grands ennemis s'ils pourraient endurer que notre Confession se servît de passages non au sens littéral, mais en un sens accommodatif et fait à notre poste , et tiré à notre profit; car ces passages sont interprétés à l'avantage du pape, voire en un sens impie, pour persuader qu'il doit être adoré parles rois, et qu'il a toute-puissance au ciel et en la terre. Sont-ce là ces messieurs qui nous veulent obliger à trouver en l'Ecriture tout ce que nous disons en autant de mots et de syllabes ; lesquels cependant se permettent.de se
' Amoujf p. ii%. , ' ^
jouer de l'Ecriture avec une licence si profkne, et pensent échapper en disant que c'est un sens accommodatif et non littéral? Lequel sens accommodatif néanmoins ils reçoifent pour bon et très-certain , puisqu'ils tiennent que le pape et ses conciles ne peuvent errer en la foi.
Après que ce docteur s'est si pauvrement aciquîtté, il parle comme touché de compassion envers nous , et nous donne un conseil plein de prudence : a Rendez-vous « (dit-il) « à » TEglise, et elle vous dira tout; » comme sMI disait : Rangez-vous à l'Eglise romaine, et lors on satisfera tout à loisir à vos demandes; car par l'Eglise il entend la romaine, laquelle il veut qu'on croie être la vraie Eglise avant qu'on sache ce qu'elle doit croire afin qu'elle soit la vraie et pure Eglise. Mats pourquoi sera-t-elle plutôt la vraie Eglise que la grecque ou que la syrienne, qui sont plus anciennes que la romaine, et plus pures, et que Jésus-Christ et les Apôtres ont plantées, et où sont les chaires de saint Pierre et des autres Apôtres?
Là-dessus le sieur Amoux veut que donc on lui montre évidemment quelle est la vraie Eglise, si la romaine ne l'est point. Mais il dit cela pour se moquer ; car il parle comme s'il disait : Montrez-nous cela ; mais pendant que vous le montrerez nous fermerons les yeux. Car la vraie Eglise est celle qui suit et enseigne la vraie doctrine contenue dans les saintes Ecritures : c'est par là qu'il la faut connattre, comme dit saint Augustin : a Cherchons TEIglise dans les saintes » Ecritures canoniques, n ^ Or c'est cette sainte Ecriture qu'on cache au peuple. Ces messieurs donc veulent que nous montrions la vraie Eglise , mais ne veulent pas qu'on voie ce qui seul fait connattre TEglise; comme qui voudrait qu'on lui montrât la meilleure république, sans connattre les règles qui font une bonne république.
Il veut aussi que nous* produisions notre commission et l'envoi que nous avons de cette Eglise. A quoi nous avons
^ Jug.^ lib. dé Unitate Eccles., cap, 16. Utrum ipsi Ecclesiain tenestnt nonni&i âm\\^t\\mSm\\>\'^x>\^ canonicis libris ostendatur. Et Eodem lib.» cap. ^. ^t%Q V^ «savwàsàs» ^*2w^v^B^&. ^sijss^ toqjii-
ramus.
§pondu en la section 1231; où nous avons traité delà Yocaion des pasteurs. La somme est que combien que chaque asteur de nos églises soit dûment appelé, et selon les for-aes requises, avec Timposition des mains d'autres fidèles »asteurs, après examen de ses mœurs et de sa capacité et loctrine, néanmoins il n'est pas toujours nécessaire d'avoir a commission et envoi d'une Eglise pure et sans erreur, uelui qui est admis en la charge de pasteur en une Eglise hérétique , comme en une église arienne ou nestorienne , 3t qui a été reçu avec serment d'enseigner la vérité , doit nécessairement accomplir ce serment, et en la même chaire changer de langage, et proposer la vraie doctrine de salut, tant parae que la charge de pasteur, en quelque Eglise que ce soit, est, de sa nature et par sa première institution, faite exprès, et instituée pour enseigner la vérité, que parce que tout serment fait à Dieu de chose bonne, juste et néces* saire, et auquel on, ne s'est point ingéré, doit être nécessairement accompli. Que s'il advient que quelques pasteurs d'une église hérétique et idolâtre, comme la romaine, chan* géant ainsi de langage, et se mettant à prêcher la vérité , ramenant uiie partie de leur troupeau au droit chemin, et que là-dessus l'autre partie obstinée à errer les déchassà et excommunie; je dis qu'ils doivent tenir bon, et n'abandcm<> ner point la cause de Dieu ; et qu'ils ne peuvent perdre leur charge pour avoir accompli leur serment, et converti leur charge à leur droit usage , vu qu'ils doivent avoir plutlVt égard à Tintention de Dieu, pour laquelle il a institué la charge de pasteur , qu'à Fiutention de ceux qui leur ont imposé les mains , quand elle est contraire à l'intention de Dieu. Car un homme n'est pas établi pasteur pour faire la volonté des hommes, mais 1a volonté de Dieu. L'obligation à garder son serment ne vient pas de celui entre les mains duquel on jure, ou qui nous fait jurer, mais de Dieu, auquel nous jurons, et qui seul a en main les dignes punitions du parjure. Telle a été la commission et la procédure de ceux desquels Dieu s'est servi pour combattre le papisme dans l'Eglise romaine, et remettre en vue l'Ecriture-Sainte que le pape avait supprimée, lesquels ayant été élus prèlres et docteurs en ÏEgUse romaine , çout i^to^^^^x vâi \|^>3^\^
doctrine de l'Evangile, et, pour être sacrificateurs du corps de Christ, so sont crus être obligés à accomplir le premier, parce qu'il est de l'institution de Dieu, et à laisser le second, parce qu'il est de l'invention des hommes.
Le siour Ârnoux ajoute une conception, laquelle il dit être . puissante, dont la substance est : qu'il ne se fait point de testament sans héritier; que le testament est l'Evangile; que l'Eglise est l'héritière perpétuelle désignée par ce testament, laquelle par conséquent ne peut errer, comme étant héritière perpétuelle de la vérité infaillible. Je réponds que l'héritage que Jésus-Christ par son Testament (Ephés. I, H et 18. Héb. IX) a laissé aux vrais fidèles est le royaume des cieux, et non point le don de ne pouvoir errer. Et quand même la vérité de Dieu infaillible pourrait être appelée l'héritage de l'Eglise, si est-ce qu'il ne s'ensuivrait pas que l'Eglise ne peut errer ni pécher contre la vérité. Ainsi la loi qui est la règle entière de justice est donnée à l'Eglise, laquelle ne laisse de pécher contre cette loi. Comment l'Eglise universelle serait-elle sans erreur, vu qu'elle est composée de pièces et Eglises particulières discordantes? Entre lesquelles pourquoi l'Eglise romaine aura-t-elle plutôt le don de ne pouvoir errer que l'Eglise grecque, plus ancienne que la romaine , ou que la syrienne , plus ancienne que la grecque? Et où est la chaire de saint Pierre , et que Jésus- Christ lui-même a plantée? Joint que les autres Apôtres n'ayant point laissé de successeurs en leur apostolat, pourquoi saint Pierre seul en aura-t-il eu au sien ? Jésus-Christ a-t-il jamais déclaré que saint Pierre seul entre les Apôtres aurait un successeur en son apostolat? Où saint Pierre a-t-il jamais déclaré que Tévéque de Rome serait son successeur en la qualité de chef de l'Eglise universelle? Où est de cette succession un seul mot en la Parole de Dieu ? Joint que les hérésies de plusieurs papes, reconnues par les papes mêmes, et les schismes qui ont déchiré ce siége,^ et qui souvent ont fait que de plusieurs antipapes contondants le plus mé-
* Léon II se plaint de Honorius, son prédécesseur, de ce que, par son hérésie, il a souillé le siège romain. En V Action IS du 6» concile.
lant et le plus injustement intrus l'a emporté, ont pieça »mpu le ûl de cette succession imaginaire. Car que sert de liller une liste d'hommes en peinture depuis saint Pierre iscfues à nous, si on ne montre que le deuxième a enûgné comme le premier, et le troisième comme le suxième, et ainsi de degré en degré? Plusieurs Eglises Lexiques déduisent ainsi leur successiop, et; n'en valent pas lieux pour cela : car une succession de chaires sans sucession de doctrine est plutôt une expulsion qu'une succèsion.
Mais, dit lesieurArnoux(p. 120), legrandlrénéedit, «qu'il est du tout nécessaire que toute l'Eglifsé contienne et adhère à celle de Rome, en laquelle réside la première principauté. » N'ayant en tout son livre allégué aucun massage qui ne soit tronqué et falsifié, il n'a voulu commencer par la fin de son œuvre à alléguer fidèlement. Premiènent il ajoute ce mot «d'adhérer» qui. n'est point en Irélée, et le mot convenire, il le traduit par « convenir. » au lieu qu'il signifie « aborder» ou «venir de divers endroits
9 en un lieu. » A ces deux faussetés le sieur Arnoux ajoute une insigne corruption de sens ; car [renée, par cette prééminente principauté, entend la puissance de la ville de Rome, à cause du siège de l'empire, et non la primauté de l'évoque ou de son égliâe. Car les chrétiens de toutes les églises abordaient à Rome à cause du siège ' de l'empire et du sénat où chacun avait affaire. Gomme si je disais que de toutes les églises de France on vient à celle de Paris, à cause de la puissance souveraine. Voici donc comme il fallait traduire Irénée : « A cette Eglise il faut nécessairement x> que toutes les églises abordent, à cause de la souveraine
10 puissance,»^ qui est la puissance de l'empire. Sur la même raison le concile d'Antioche, au neuvième canon, fonde la supériorité des évéques des grandes villes. « Parce » (dit le
1 Ad hanc ecclesiam propter potentiam principalem necesse est omnem convenire Ecclesiam.
ixx^Yjvlocv ruvtXdtïv,
622 FriTES ET ÉVASIONS
concile) « que tous ceux qui ont des affaires abordent à la » ville métropolitaine , pourtant il a été ordonné que son » évAque ait prééminence en honneur, i» C'est pourquoi l'église d'Alexandrie marchait devant Antioche, encore que l'église d'Ântiocbe fût la plus ancienne et fondée (comme on dit) par saint Pierre, parce qu'entre les villes de l'empire romain, Alexandrie, selon l'ordre civil, était la seconde après Rome, et était devant \ntioche. Le dix-septième canon du concile de Ghalcédoine y est exprès, où est ordonné que « Tordre des diocèses ecclésiastiques soit accommodé à la y> forme civile et publique. )>^
Pour clôture, l'adversaire imitant, ce dit-il, l'exemple de saint Augustin, nous renvoie aux Pères, qui ne sont point partiaux en cette cause.
Je m'ébahis qu'il ne nous renvoie pUitôt à la Parole de Dieu, laquelle n'est non plus partiale que les anciens docteurs, et qui parle avec tout autre autorité : et encore plus de ce qu'il renvoie le peuple à la lecture des Pères grecs et latins , dont la lecture est infinie et l'intelligence obscure, et où il sait bien que le peuple n'entend rien, et desquels on n'allègue guère de passages sur le sens et interprétation desquels il n'y ait de la contestation. Et encore plus suis étonné de ce qu*il renvoie le peuple à la lecture des Pères pour se résoudre en la religion, vu qu'il n'y a Père que les docteurs de l'Eglise romaine ne censurent et ne reprennent fort souvent. Ces messieurs se rendent juges des Pères, au lieu de recevoir les Pères pour juges. En leurs livres de controverses vous ne voyez autres choses que diverses opinions de Pères, dont ils choisissent celle qui leur plait, et rejettent les autres, et bien souvent les rejettent toutes pour établir leur propre opinion.
Or, pour montrer que ce que ces messieurs renvoient le peuple à la lecture des Pères, m'est pas parce que les Pères leur favorisent, mais seulement povir éviter la Sainte- Ecriture, laquelle ils redoutent, et pour mener les esprits du pauvre peuple par un cheniin où il ne peut rien voir ni
«xoJlouOcîTM.
mnaitre , je voudrais qu'on me dit si nos adversaires re- )ivent les Pères pour juges en toutes nos controverses, ils ne les reçoivent pour juges qu'en certains points, pouruoi non aussi bien dans les autres? Mais Vils les reçoivent our juges en toutes choses, il faut qu'ils entrent en cette ce, et que quelqu'un d'entre eux nous fasse voir dans tes ères ces dix-sept points, sur lesquels, après avoir été iaat e fois pressés, ils ont encore à répondre.
T. Car je maintiens quMls ne peuvent montrer qa^aucaae Eglise neienne ait célébré reucharistie sans communiants , comme il se ait ordinairement en TEglise romaine, et quelquefois même sans issisiants.
II. Ils ne peuvent montrer qu'aucune Église ancienne ait exclu le )euple de la communion du calice.
III. Ou qu'en aucune Église ancienne le service public et la leelure de TÉcriture-Sainte se soit faite en langue non entendue du peuple.
ly. Ou qu'aucune Église ancienne ait empêché le peuple de lire rÉcriture-Sainte, comme cela n'est aucunement permis sans pr^ vilége spécial dans les pays où le pape est absolument obéi.
y. Ou qu'en aucune Église ancienne on ait fait des images de Dieu et des représentations de la Trinité en pierre ou en peinture.
yi. Aussi ne nous peut-on montrer qu'en aucune Église ancienne le peuple ait été instruit à prier sans entendre ce qu'il dit, et à être barbare à soi-même. '
yil. Ou qu'aucune ancienne Eglise ait rendu service aux images des créatures, les baisant, les vêtant, s'agenouillant devant elles, Içur portant offrandes.
yill. On que l'ancienne Église ait cru que la Vierge Marie est couronnée reine des cieui, et dame du monde, comme cela est peint par toutes les églises.
IX. Ou que l'ancienne Église ait donné aux saints diverses cbar* ges« à l'un sur un pays, à l'autre sur une maladie, à l'autre sur ua métier.
X. Ou que l'ancienne ]Êglise ait cru qne le pape peut donner et ôter les royaumes, et dispenser les sujets du serment de fidélité , canoniser les saints, dispenser des vœux et serments faits à Dieu.
XI. Ou qu'en l'ancienne Église le pape par ses pardons distribuât les satisÊactions supérérogatoires des saints pour la réviissiis de la peine des péchés des autres.
62( FUITES BT ÉVASIONS
Xn. Ou que le pape alors posât les pardons en une Église 'et non en nne autre, en un autel et non en un autre, faisant des autels privilégiés, où il met quelquefois deux ou trois cent mille ans de pardon.
XIII. Ou que Fancienne Église ait cru le limbe des peiils-enfaDts.
XIV. Ou qu*elle ait adoré Thoslie que tient le prêtre du ci^lte de latrie, et qu*à cette fin le prêtre ait fait élévation d'hostie en la messe.
XV. Ou que Tancienne Eglise ait tenu les livres des Macchabées pour canoniques.
XVI. Ou qu'elle ait cru que Tévêque de Rome ne peut errer en la foi.
XVII. Ou que Tancienne Église ait cru que Jésus-Christ par sa mort et souffrance a bien satisfait pour la coulpe et pour la peine des péchés de devant le baptême, mais que, pour les péchés commis après le baptême, c'est à nous de sartisfaire ou en cette vie, on au feu de purgatoire.
Sur chacun de ces points je me contenterai de deux passages des quatre premiers siècles.