XV. Cas choisis des deux formulaires
moines de K’oang-ye, se sont aliéné tous leurs anciens bienfaiteurs.
Ecoutez encore cette histoire: Lai-t’ouo-pouo-louo, issu d’une riche et noble famille, la quitta pour se faire moine. Quand il rencontrait son père ou sa mère, jamais il ne leur demandait rien. — Un jour son père lui dit: C’est étrange, le seul homme qui ne m’ait jamais rien demandé, c’est toi, mon tils; pourquoi cela? — Lai-t’ouo-pouo-louo répondit à la question paternelle, par cette strophe: Celui qui demande trop, offense les gens... et quand il n'obtient pas ce qu’il a demandé, il s’afflige lui-même... voilà pourquoi moi je ne demande rien à personne... pour avoir la paix, en moi, et avee les autres. — Le Bouddha conclut: Ce Lai-t’ouo-pouo-louo craignait d’importuner ceux qui étaient ses parents. Combien plus devez-vous craindre d’importuner des bienfaiteurs, qui ne vous sont rien. — Enfin le Bouddha invectiva vigoureusement contre les moines qui demandent à contretemps, effrontément, malhonnêtement. Puis il loua les moines réservés et modestes. Enfin il déblatéra une fois encore sur «ces imbéciles de moines de K’oang-ye», puis dicta le sixième cas de pénitence, ainsi conçu: Si un moine veut se construire une petite case, au moyen de matériaux obtenus en quêtant, il doit s’en tenir aux mesures suivantes, 12 empans du Bouddha en longueur, et 7 en largeur, mesurés à l’intérieur. Avant de construire, il doit montrer aux autres moines l’emplacement qu’on lui a concédé, pour leur faire constater qu’il n’y a ni danger ni inconvenance. S’il bâtit sans cette constatation préalable, s’il excède les dimensions susdites, il devra confesser sa faute devant le chapitre, et sera soumis à la pénitence canonique.
1 1) En ce temps-lâ, comme le Bouddha séjournait dans le pays de Kausâmbi, au couvent de Kusinagara, le roi You-tien ( Udayana-râja), très lié avec le moine Tch’an-t’ouo, offrit de lui bâtir une maison. Choisis un site à ta convenance, lui dit-il ; je bâtirai où tu voudras. — Or il y avait alors, près de Kausâmb], un arbre magnifique et réputé transcendant1 . Le peuple y allait en pèlerinage. 11 était toujours entouré d’éléphants, de chevaux, de chars et de palanquins. — Le site ayant plu au moine Tch’an-t’ouo, il fit abattre l’arbre. — Indignés, les notables du pays dirent: Vraiment ces moines, disciples du Bouddha, sont sans pudeur! Quel dommage pour ce bel arbre! Et ces gens-là veulent nous apprendre à distinguer ce qui convient, de ce qui ne convient pas! — Les moines morigénés ayant appris cet événement, firent I à Tch’an-t’ouo de vifs reproches, puis portèrent son cas à la connaissance du Bouddha. — Celui-ci convoqua le chapitre, et interrogea Tch’an-t’ouo, qui confessa sa faute. — Il reçut un savon de première force. Ce que tu as fait là, c’est mal, c’est contre la règle, c’est contraire à l’esprit monastique, c’est une chose que jamais un homme pur et réglé n’aurait faite. Abattre un si bel arbre, un arbre transcendant, pour se loger à sa place, est-ce assez inconvenant?! — Enfin, quand le torrent fut écoulé, le Bouddha dicta le septième cas de pénitence, conçu en ces termes: Quand un moine a trouvé
1. Un être supérieur l’habitant. Ces arbres sont l'objet d'un culte, en Chine également On leur demande des faveurs. On y colle ou suspend des ex-voto.