Op. cit. page
Introduction. JI. Védisme. Brahmanisme.
en cette offrande, ô offrant, t’être favorables le Ciel et la Terre, qui portent bonheur à la maisonnée, qui possèdent et donnent, qui font pleuvoir les nuages et couler les eaux, qui protègent et répandent la sécurité et la paix,
qui accordent la santé et la nourriture Cet offrant vous demande longue
vie, postérité, richesse. Il demande d’avoir le pas sur ses égaux. Il demande d’habiter (un jour) au ciel. Tout ce qui lui tient à cœur, il le demande. Tout ce qu’il demande, par cette offrande, puisse-t-il l’obtenir, puisse-t-il y réussir! Daignent les dieux le lui accorder!»» 1 .. De confiance en une Providence, d’abandon humble à ses dispositions, de grâce, de pureté, de (in suprême, il n’est jamais question. — Les offrants mangent le reste de l’offrande, dont le dieu est censé avoir goûté, et qui s’est imprégnée à son contact d’effluves bienfaisantes. Ils s’incorporent, s’assimilent ainsi la bénédiction qui leur revient de droit, en échange de leur offrande. On ne mange pas des offrandes faites à Rudra ou aux Mânes, car on s’incorporerait des influences malfaisantes.
Le feu joue, dans le culte, un double rôle... Il convoie au destinataire l’offrande brûlée pour lui; la flamme est la bouche des dieux, dit le Rig- Yeda... 11 constitue une barrière infranchissable aux malins esprits, aux mauvaises influences; comme il écarte les serpents et les tigres. — L’allumage du foyer, est le rit qui fonde la famille, le « sacrement domestique » comme on a dit. On tire, à cet effet, du feu nouveau des bois frottés. Une fois allumé, le feu domestique est entretenu jour et nuit, continuellement. A chaque saison, il est renouvelé, le feu nouveau étant toujours tiré des bois frottés2. Pas de famille, sans foyer domestique. On le salue, avant de sortir, et quand on est rentré. En cas de malheurs successifs, on laisse éteindre le foyer qui n’a pas porté bonheur, et on en rallume un nouveau. — Les riches entretiennent trois foyers, un pour les usages domestiques, un pour les offrandes aux dieux, un pour les offrandes aux mânes et aux démons.
Chaque jour, au matin, dans tousles ménages, le foyer est découvert et attisé. En même temps une offrande d’aliments est faite, aux génies protecteurs de la maison, aux défunts, au seuil, au lit, au mortier à écorcer le riz, à la jarre qui renferme l’eau; et quelque chose est jeté aux chiens et aux oiseaux... Le soir venu, le foyer est garni et couvert, avec accompagnement des mêmes offrandes. — Chaque mois, aux deux syzygies, nouvelle et pleine lune, dans tous les ménages, une offrande de gâteaux est faite dans le feu du foyer, à tous les dieux, particuliérement à Indra. — Au commencement des trois saisons * , dans les ménages à trois foyers seulement, offrande solennelle, dans laquelle Varuna et lesMarutsont la place d’honneur; pour l’agriculture, pour la pluie, pour le bétail. A la troisième de ces offrandes, celle de l’hiver, se rattache la grande commémoration des morts. — Enfin, dans tous les ménages, au solstice d’hiver, une offrande pour décider le soleil à revenir. Offrande des prémices, après les diverses récoltes. Offrande aux serpents, au moment de l’année où ces reptiles sont le plus dangereux. Offrande régulière aux morts, durant toute l’année, à chaque nouvelle lune; leur pitance mensuelle, la svadhi; de plus, offrandes moindres, durant le dernier quartier des lunes d’hiver.
i. AAvalâyana-Sraula-Sülral. 9. 1 et 5.— 2. Comparez le rituel delà dynastie chinoiseTclieou. —
3. 11 n’y a, dans l'Inde, que trois saisons, de quatre mois chacune ; la saison chaude, la saison humide, la saison fraîche.
Introduction . II. Védisme. Brahmanisme.
Les victimes immolées dans les sacrifices, sont le bœuf, le bouc, la chèvre, le mouton. Les dons consistent surtout en lait, beurre, gâteaux. La pièce de résistance, offerte dans le feu, est l’épiploon de la victime, chargé dégraissé. «Apporte, ô Agni ( feu), l’épiploon aux Pères (les morts), dans leur lointaine demeure, que tu connais bien. Que pour eux la graisse coule à flots. Que tous nos vœux soient exaucés! 1 * » — Aux morts on offre spécialement des graines de sésame et de l’eau 1 . — Le sang de la victime est répandu pour les rakshas, les sinistres lutins. On leur jette aussi les déchets, pour se débarrasser d’eux. — Mais l’offrande par excellence du culte védique, c'était celle du soma, liqueur fermentée préparée ou aromatisée avec la plante de ce nom ( page 13, note 1 ). Peu d’hommes étaient capables de faire cette offrande, tant elle entraînait de frais. En style védique, dire de quelqu’un qu’il entretient trois foyers et qu'il a fait l’offrande du soma, c’est le désigner comme un homme très riche... L’offrande du soma était une solennité extraordinaire, enserrée dans une liturgie compliquée et rigide, destinée à réjouir tous les dieux en général, et India en particulier. Après des préparatifs laborieux, le jour de la fête venu, parmi les prières et les chants, on faisait troi> pressurages et trois offrandes, en plein air, devant la jonchée siège des dieux, devant les trois foyers.
La foi absolue aux offrandes et aux sacrifices, l’extrême complication de ces offrandes et sacrifices, livrèrent les Indiens à la caste des Brahmanes, constituée par la fusion des anciennes familles lettrées, dépositaires de l’art des cérémonies et des formules de la prière. Il n’y eut jamais, dans l’Inde, de culte public, de sacerdoce officiel. En principe, quiconque ofTrait, devait offrir lui-même, pour son compte particulier. Mais, s’il ignorait les rites et les chants, il devait engager un savant, un Br ïhman, qui officiait et récitait en son nom, en sa présence. L’ignorance et l'incapacité des particuliers augmentant de plus en plus, la caste brahmanique, d’ailleurs dépourvue do tout caractère transcendant, de tout pouvoir surnaturel, gagna en importance de siècle en siècle. Finalement, les Brahmanes seuls sachant la liturgie, la masse des ignorants fut à leur merci3. Car personne n’aurait osé s’abstenir des offrandes; personne aussi n’aurait osé les faire vaille que vaille; la croyance ferme et générale étant, que les offrandes sont indispensables, et que la moindre erreur dans quelqu'une des mille minuties rituelles, en annulait l’efficacité. C’est ainsi que les Brahmanes s’imposèrent, et devinrent les maîtres de la nation4. Pas de bonheur possible, qu’avec leur concours. Chaque roitelet dut entretenir son purohila, son Brahmane, « afin que les dieux consentissent à manger ses oflrandes » et à le bénir ensuite. Le rit par lequel le roi se l’attachait, calqué sur le rit du mariage, exprimait l’union la plus intime, presque
1. À hValâyana-Grihya-Sütra II. 4. 13. — S II Oldenberg up. cil. page 303: «Les rits
mortuaires marquent pout les grains de sésame uue prédilection qu’il m’est impossible de m’expliquer. #
Voici, je pense, l’explication. Les marts sont surtout friands de graisse. Les graines de sésame servent, dans tout l’Orient, à préparer l’huile de choix. En leur en offrant, c’est de l’huile qu’on offre. — 3. J’évite à dessein les termes de prêtres et laïques, employés par nombre d’auteurs. On n’appelle pas prêtre, un homme auquel on ne reconnaît aucun pouvoir transcendant. Où il n’y a pas de prêtres, il n’y a pas de laïques. —
4 A peu près comme les Lettrés chinois, à titre de dépositaires d une science traditionnelle; les Brahmanes, de la tradition rituelle védique ; les Lettrés, de la tradition politique confucéenne. On pourrait même dire tout à fait comme les Lettrés chinois. Car les Brnhmnaes firent aussi de la politique, et c’est leur science des rits anciens qui accrédita d’ahord les Lettrés. La parité est ■ • nplète. Pas de cérémonies bien faites, sans les Brahmanes et les Lettrés. Pas de bonne pililique, sans leurs cmseils.
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l'identification. « Qui je suis, tu es. Qui tu es, je suis. Moi le ciel, toi la terre. Moi l'air, toi les paroles. Faisons donc route ensemble à travers la vie1 * . ».. Une fois ce contrat conclu, toujours on voit le Brahmane du roi, son alter ego, son double, côte à côte avec son maître, reflétant sa splendeur, assis derrière lui sur l’éléphant de parade. On l’appelle le «gardien du royaume ». Sur lui est censée reposer la prospérité royale. C’est lui qui obtient au royaume, la pluie, l’abondance, la victoire. A cause de lui, le roi est obéi par son peuple. «Devant lui consentent à s’incliner les sujets, le roi devant qui marche un Brahmane * . » El l’idée parait bien être, que si le roi n’avait pas son Brahmane, on ne l’accepterait pas comme roi. — Il va de soi, que ces personnages s’imposaient à leurs maîtres, et leur suggéraient leurs décisions. Après la mort d’un roi, si une difficulté s’élevait relativement à la succession, c’est le Brahmane du feu roi qui la tranchait. — Pour consacrer cette institution, née de l’incapacité des roitelets, la poésie védique la transporta dans les cieux. Les dieux eurent leur Brahmane attitré, Brahmanaspati. Invente pour nous, lui disent-ils, un sacrifice, une formule, qui nous donne la victoire sur les démons.
Pour une offrande solennelle, il fallait sept Brahmanes, outre le purohita qui dirigeait sans officier lui-même. Les principales fonctions étaient celles du hot ri déclamateur, qui invitait, fêtait, et finalement congédiait les invités divins. L’udgâtri, chantre des stances liturgiques. L’adhvaryu, qui exprimait les liqueurs et présentait les mets.
Au roi était réservé le sacrifice du cheval. L’animal, choisi entre mille, baigné, consacré, paissait ensuite en liberté durant un an. Puis, l’époque venue, après trois jours de soma et de cérémonies assez obscènes, il était immolé. Rien de plus efficace, que l’eau qui avait servi au bain de ce cheval, disent les Vedas.
Toute oblation solennelle, celle du soma en particulier, était précédée d’une laborieuse dïkshâ préparation, pour l’offrant et son épouse, non pour les Brahmanes officiants3. Préalablement baignés, tondus, oints, habillés de neuf et ceints du cordon, ils se retiraient dans une cabane isolée, préparée à cet effet. Là ils passaient toute la journée, assis sur des peaux d’antilopes noires, près d’un feu allumé pour écarter les démons, la tête voilée, immobiles, silencieux, retenant leur haleine, se gardant de sourire1. Au coucher du soleil, ils prenaient l’unique réfection de la journée, un peu de lait chaud. Puis ils passaient la nuit à veiller, gardant la continence, sous la protection du feu allumé. Et cela jusqu’à épuisement notable ou complet des forces. «Voici ce qui est écrit: Gras il est entré en réclusion, émacié il fera son offrande. Quand sa peau collera à ses os, alors il sera apte à sacrifier. ».. Outre l’épuration, ces macérations tapas, devaient encore produire réchauffement spirituel, l’illumination, la vision, l’extase, les élans orgiastiques. « De l’àme saturée de tapas, naissent la vision et l’inspiration, qui pénètrent jusqu’aux dieux», dit le Rig-Veda VIII. 59. 6. — Après le sacrifice, l’offrant et sa femme descendaient à une eau courante, y jetaient tous leurs vêtements, les vases qui avaient servi à l'offrande, les tiges pressurées du soma. Puis ils se
1. Aitareya-Br&hmana VIH. — 2. Rlfj-Yeda IV. 50. 8. — 3. Comparez le rituel chinois «les
Tcheou. — ï. Le souffle dissipe la force de l’àme. Le sourire est une doper lilion de la lumière intérieure.
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baignaient, et, sortis de l’eau, s’habillaient de neuf. Durant le bain, ils murmuraient une prière à Varuna, pour qu’il leur pardonnât les imperfections rituelles commises peut-être au cours de la cérémonie. « Enlève de dessus nous, toute coulpe, toute dette. La faute que nous aurions commise, détachela de nous! 1 » — Il y avait d’autres ri ts expiatoires. Par exemple, l’offrande de gâteaux dans le feu, avec ces paroles: «Les péchés que j’ai pu commettre par mes sens, dans le village, dans la forêt, dans la maison, je les bannis par cette offrande.».. Ou le pécheur jetait dans le torrent un lien, figure de sa coulpe, en disant: « Disparais avec l’écume de ce torrent. Ou bien il faisait promener autour de sa personne un tison enflammé, tandis qu'il murmurait: « De ma faute daigne Âgni me délivrer. ».. En somme, la purification s’obtenait par l’eau ou par le feu. Cependant le port de certaines amulettes, était aussi censé pouvoir purifier.
Hits du mariage. — Le mariage védique était contractuel. La femme est la compagne de l’homme, et non pas son esclave. Sa prospérité et sa fécondité sont vivement désirées. — La mise de sa main dans celle de l’époux, la met en sa puissance. Il la fait monter sur une pierre. Elle fait sept pas, conduite par lui. puis goûte avec lui à un même mets. Puis, assise sur une peau de taureau, elle reçoit dans son giron un enfant, né d’une mère qui n’a eu que des garçons, dont aucun n’est mort jusque là. Ensuite elle vénère avec son époux Je foyer domestique, Agni, le témoin du contrat nuptial, le surveillant de la vie conjugale, le gardien pour la vie de la maisonnée. Pour dérouler les esprits malins, durant trois joui s les époux couchent sur la dure et gardent la continence. La quatrième nuit, ils s’unissent, après une sorte d’exorcisme, destiné à expulser les influences nocives qui pourraient encore adhérer à l’épousée. i
Hits relatifs à l’enfant, au jeune homme. — Le dixiéme jour après la naissance, imposition du nom. — ■ A trois ans, première coupe des cheveux. — A seize ans, première coupe de la barbe. — Mais le rit par excellence, c’est, pour les enfants qui étudient, l’adoption par leur maître. Elle se fait, selon les castes, à 8, 11 ou iü ans. Debout près d’un feu qui écarte les mauvaises influences, le maître reçoit l’enfant baigné, tondu, habillé de neuf. Il le ceint de trois tours de ceinture 11 le prend par le bras, lui fait faire le tour du foyer, lui pose la main sur le cœur pour s’en emparer, en disant: «Que désormais la pensée adhère à la mienne. Que Hrihaspali l’unisse à moi. » Puis le maître impose au disciple un nom nouveau. La cérémonie se termine par ces mots: «Te voilà brahmacàrin ( élève brahme). Entretiens le feu. Ne bois que de l’eau. Remplis bien ton devoir. Ne dors jamais durant le jour. Ne romps pas le silence (le malin), avant d’avoir attisé le foyer (et dit les prières qui accompagnent ce rit). )j — Le disciple reçu par un maître, est dvijï, deux fois né, de naissance naturelle et spirituelle. Durant les longues années de ses
Âpnslamba-Srauta-Sütra XIII. — 2. «iâiikhfiyana-Grlhya-Sütra 1. I3seq. — Âivalûyana- Grihya-Sülra 1. 1 seq. — Pâraskara-Grlhya-Sütra I. 6seq. — Goblilla-Grlhya-Sülra II. 1 seq. — lliwiyakeiln-Gphya Sùlra I. <>. seq. — Âpastamha-G Ihya-Sülra II. I >eq. — Comparez e.riluel chinois jfJl ff, I.i-ki, chap. Vf ^ llouan-i ; et mon .Morale et l’saijPS, cK.ap. ®I Noce».
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études sur les Vedas, il habitera la maison de son maître, mendiera sa nourriture par le village, gardera une chasteté rigoureuse, s’abstiendra de viande et de miel, alimentera le feu du foyer de son maître matin et soir. — Ses études terminées, après avoir pris un grand bain et avoir mis une dernière bûche au foyer de son maître, il rentrera dans sa famille, eu. attendant qu’il fonde son foyer1 .
Magie. — Elle était généralement crue, à l'époque védique. Etant chose odieuse, elle ne s’affichait pas ouvertement comme partie intégrante du culte, mais se juxtaposait au culte, comme une doublure dissimulée, et se pratiquait secrètement. Honorés comme savants, les Brahmanes étaient redoutés comme magiciens. Les formules magiques ne se comptent pas, dans la littérature védique; l’Atharva-Veda en est plein. Les Brahmanes ayant ces formules, on pensait bien qu’ils s’en servaient. — Voici sur quels principes s’appuyait la magie védique... De tout être émane quelque chose qui est de lui. Dans tout ce qui fut de l'homme, il reste quelque chose de lui. Il reste quelque chose de l’homme, dans les rognures de ses cheveux et de ses- ongles, dans ses excrétions et sécrétions, même dans la trace laissée par son pied dans la poussière, il y a quelque chose de lui, aussi, dans son nom, dans son image, dans son effigie. Ce quelque chose peut donner prise sur lui, au magicien, aux esprits vengeurs, aux lutins malins... De plus, le contact transmet quelque chose de l’homme à l’homme, un fluide faste ou néfaste. Un simple attouchement malveillant, peut transmettre une effluve qui causera mille maux. Le regard, le souffle, la parole, agissent comme le contact. Mais surtout, les influences nocives humaines ou diaboliques, ingérées avec les aliments et les boissons, sont redoutables, car elles pénétrent le corps et se fixent en lui... De là les procédés de nuire par magie, que les Indiens védistes paraissent avoir connus presque tous"2. Incantations, conjurations, exécrations, anathèmes. Attouchements, passes, mauvais œil. Opérations sur des empreintes. Envoûtement au moyen de cheveux, etc. Blessures inlligées à des images. Malédiction du nom. Charmes jetés dans les puits. Philtres et mets ensorcelés. Enfouissement d’un porte-malheur, dans la maison, dans la jonchée sacrilicale, dans le champ d’un ennemi. - Les moyens préventifs, les procédés prophylactiques, les précautions à prendre pour se préserver des maléfices, forment une liste touffue. — Le son du tambour, dugong, les écarte. — L'eau répandue, le feu allumé, la fermeture hermétique de tous les orifices naturels, leur opposent une barrière infranchissable. Une pierre ou une motte dressée, une natte ou une cloison, peuvent aussi leur intercepter le passage. — Frotter ou essuyer les objets, les flamber à la flamme, les enfumer, les fumiger avec du bdellium ou d’autres parfums, secouer les habits et les couvertures, en détache les influences malignes. — Le Brahmane, le disciple brahme, tiennent toujours en main une canne, pour écarter les démons malins. Un archer précède le cortège nuptial, et lire des (lèches contre les endroits suspects de recéler des lutins. — Les ablutions faites avec de l’eau pure, ou mieux avec
1. SSùkhâyana-Gyihya-SüIra II. 1 seq. — Àsvnlflyana-Grlhya-Sulra I 20 seq.— Pâraskara-Gyihya-Sütra II. 2 seq. — GobhIIa-G;lhya-Sülra II. 10 seq. — llira>; yakt^in- G.ihya-Sülra I. 1.1 seq. — Âpasfaniba-G ihya-SûIra IV. 10 seq. — Comparez le u.i; ^ É'ï
îenn lào-eheu chinois, et ce qui s’ensuit. — 2. Comparez mon Folk-lore chinois.
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de l’urine de vache, ont une vertu' préservatrice considérable1 * . — Le jeûne, la continence, la retraite, le silence, la diminution du nombre des inspirations, la veille, rendent l’homme moins vulnérable pour les mauvais influx. Celui qui respire avidement, en inspire au contraire beaucoup. L’homme qui dort, est livré sans défense à leurs agressions occultes. — Un voile qui, cache, un déguisement qui rend méconnaissable, déconcertent les malins esprits. Effacer la trace de ses pas, leur fait perdre la piste. — Il faut ensevelir, on mieux brûler, tout ce qui fut de soi, les cheveux tombés ou coupés, les rognures de la barbe et des ongles. — Il faut éviter le regard, l’haleine, le contact de tout être suspect. — Quand on se sent guetté par quelque être invisible, il ne faut plus passer par les portes par lesquelles on passait ordinairement, car c’est là que les malins esprits attendent leurs victimes. — Quand on a été dans un lieu sinistre, place de crémation ou cimetière, avant de revenir, il faut secouer ses habits, puis rentrer chez soi sans retourner la tête, effaçant la trace de ses pas avec une branche d’arbre qu’on traîne derrière soi, enfin se laver et changer d’habits. — Pour se délivrer d’un maléfice encouru, il y avait deux systèmes; les offrandes, pour décider le démon à déloger à l’amiable; les exorcismes, pour le contraindre à déguerpir par force* .
Les serments des Védistes, étaient plutôt une exécration, qu’un serment proprement dit. Celui qui jurait, dévouait ses mérites, ses biens, sa personne, sa vie, aux esprits vengeurs, s’il avait menti. Le rit consistait en ceci: Après avoir affirmé ce qu’il voulait faire croire, l’homme touchait sa tête ou son cœur, en disant simplement «je me touche», c’est-à-dire «je jure».
Les Védistes connurent et pratiquèrent de nombreuses sortes de divination. Par tirage au sort. Par la course des quadrupèdes. Par le vol des oiseaux. Par la direction que prenait la fumée d'un feu. Par l’ascensiou vers le ciel, ou l’étalement à fleur de terre, du feu ou de la fumée. Etc.
La mort et l’au-delà. — La survivance de l’âme3 était admise sans conteste par les Védistes. — Conçue comme une substance subtile, l’âme était appelée par eux asu (souffle vital, plus lard .itman). ou marias de petit homme, grand comme le pouce, logé dans le cœur, durant la vie). — Quand un malade a perdu connaissance, c’est que son âme est allée se promener. Quand le dormeur rêve d’uu autre lieu, c’est que son âme y est allée; quand il rêve de quelqu’un, c’est que l’àme de ce quelqu'un est venue le visiter. Il ne faut pas secouer brusquement un homme qui rêve, car son âme effrayée pourrait ne pas rentrer. Il ne faut pas bâiller à bouche grande ouverte, ni éternuer violemment, de peur de laisser échapper son âme. — La vie dépend de la
1. On donne deux explications de la vertu de l’urine de vache, l’eau bonite védique. — 1. La vache est le capital principal des nomades, car elle leur donne lait, beurre, veaux, presque tout leur avoir. Elle est donc tenue en haute estime. Tout ce qui vient d’elle, est quasi-sacré, jusqu’à sa bouse et son urine, censées pleines de principes nourriciers et Tortillants, que son contact communique. — 2. Dans la poésie védique, les nuages sont souvent appelés vaches, parce que d’eux découlent les filets de la pluie, comme le filet de lait découle du pis de la vache. L’urine de vache aurait été primitivement l’eau des nuages, l’eau céleste, plus propre que toute autre aux ablutions. Comme on n’avait pas l’eau de pluie à souhait, on se rabattit, pour les ablutions, sur l’urine de vache,
son homologue poétique.
i. Comparez mon Folk-lore chinois. — 3. Survivance au moins temporaire; voyez plus bas.
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présence de l’âme. La mort est causée par son départ définitif. «La mort envoie les asu chez les Pères... Asumli, c’est le voyage des âmes dans l’autre monde. Asumta, c’est leur retour, pour prendre part au banquet qui leur est offert». RV X... Car les âmes sont besogneuses. Elles doivent recevoir des vivants leur subsistance, aliments et vêtements. — Le plus souvent, les textes ne disent, ni asu, ni marias, mais le défunt un tel, tout simplement. Sa personnalité a subsisté. Son âme a revêtu un corps subtil, de même apparence que celui qu’il porta durant sa vie. C’est le même être, Je même individu, affiné, sublimé par Agni la flamme du bûcher. Les pit ris ne sont pas des fantômes stupides, comme les ombres d’Homère. Ils jouissent de leurs facultés intellectuelles, et gardent le caractère qu'ils eurent ici-bas.
Maintenant quel est le lieu où les pères vont, et d’où ils reviennent? Voici ce que nous en dit le Rig-Veda IX. 113, 7... C’est un homme pieux qui parle, en offrant le somai «Le monde où luit l’inépuisable splendeur, où siège le soleil, fais-m’y siéger, ô Soi:'a, dans le monde impérissable de l’immortalité. Que pour Indra coule goutte à goutte la liqueur... Où est le roi Yama, où est la voûte solide du firmament, où sont les eaux courantes, en ce lieu fais que je sois immortel. Que pour Indra coule goutte à goutte la liqueur... Où l’on se meut à son loisir, au triple firmament, au triple ciel du ciel, où sont les mondes de lumière, en ce lieu fais que je sois immortel. Que pour Indra coule goutte à goutte la liqueur... Où sont le désir et la complaisance, où la surface du ciel empourpré, où le banquet des âmes et l’abondance de nourriture, en ce lieu fais que je sois immortel. Que pour Indra coule goutte à goutte la liqueur1 Il s’agit donc d’un séjour, où Yama le premier mort, régne sur les morts, séjour de lumière, où l’on banquette. A première vue, le texte plaît. Mais examinons de plus près. Qu’esl-ce que le banquet des âmes, la svadhâ? Ce n’est pas Dieu qui le sert, puisque les Vedas ne connaissent point Dieu. Ce ne sont pas les dieux védiques qui le servent. An contraire, ces pique-assiettes des vivants, sont aussi les pique-assiettes des morts, et prélèvent sans vergogne leur part du soma, du miel et du beurre des mânes. Le banquet des âmes, âmes mendiantes, est servi par les vivants. Il consiste exclusivement en ce que les vivants offrent aux commémorations périodiques des morts. «De mois en mois vous viendra nourriture ; la svadhâ vous appartiendra. » Sat. Br. IL 4. 2. 2. Aliments, boissons, vêtements, cosmétiques, « tout ce qu’on donne pour les morts, se transforme, se multiplie dans l’autre monde. » AV XVI II.
Le séjour de lumière reçoit-il toutes les âmes?.. Non. Il est réservé à une aristocratie. Les régions lumineuses, la voûte suprême, le monde de la splendeur, sont pour ceux qui ont beaucoup offert aux dieux, et qui ont été généreux envers les brahmanes. Quant aux âmes plébéiennes, à celles qui n’ont pas eu de quoi beaucoup sacrifier et beaucoup donner aux brahmanes, elles flottent dans l’atmosphère, elles errent sur la terre. « Si des trois feux qu’on allume lors de la crémation, c’est l’oriental qui le premier atteint le corps, c’est là un signe que le feu a transporté l’âme au ciel. Si c’est l'occidental, elle flotte dans l’atmosphère. Si celui du sud, elle erre ici-bas*. ».. Le RV X,
i. Traduction Oldenberg-IIenry, op. cit. page 152. — 2. Âsvalfiyana-Grihya-Sûtra IV. i.
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le AV XV11I, et plusieurs Brahmar.as1 , parlent des âmes flottantes dans les airs ou errantes sur la terre, d’ordinaire suppliantes plutôt que malfaisantes, mais se vengeant sur ceux qui les rebutent sans pitié. Car elles ont faim.
« Elles sont là, sur les bornes des champs, aux intersections des chemins, derrière les murs, prés des maisons, adossées aux chambranles des portes. Qui a un cœur compatissant, leur donne à mauger et à boire. Car chez les morts, il n’y a ni labour, ni bétail, ni commerce, ni trafic. De ce qu’on leur envoie de ce monde, de cela vivent les morts, ceux qui sont partis pour l’autre monde. Comme la pluie tombée sur la hauteur se déverse dans la vallée, ainsi ce qui est donné en ce monde profite à ceux de l’autreà. »
Quoique certains textes liturgiques parlent comme si la crémation transportait l’âme aussitôt et directement .dans le séjour des Pères (AV XVIII), l’ensemble des textes et la pratique rituelle apprennent, que l’âme du défunt même incinéré, séjourne encore sur la terre durant uncertain temps, environ un an, à peu prés le temps que le cadavre met à se décomposer naturellement, après inhumation. Durant ce temps, l’àme est prêta revenant, et non encore pi 1 ri père. Elle paraît n'ètre pas encore assez déféquée, pour entrer dans le séjour des mânes. Elle est dans un étal transitoire d’épuration. Durant toute celte période, on lui fait ses offrandes d’après un rituel spécial. On ne l’invite pas, car elle est supposée présente. On ne la congédie pas, maison lui dit: maintenant reste en paix. Le deuil des vivants correspond â celle période, durant laquelle leur mort est supposé être prêta. Quand le corps est décomposé, l’àme s’en va, le deuil cesse, et le rituel des offrandes est modifié. L'incohérence des prières qui accompagnent la crémation a , avec les idées susdites, s’explique aisément. Les Indiens ensevelirent d'abord tous leurs morts, et crurent primitivement à un séjour souterrain pilriloka des âmes. La crémation ne fut introduite que plus lard, et avec elle secondairement le séjour céleste devaloka des âmes. Cependant, même après l'introduction de la crémation, l’inhumation subsista. L'incinération qui coûte fort cher, ne fut jamais le partage que des seuls riches. Les pauvres furent toujours, et sont encore inhumés. L’idée et la pratique populaires, restèrent donc -toujours celles qui se rattachaient à l’inhumation. Si, dans le cas particulier de la crémation, on parlait autrement dans la liturgie, dans la pratique on se gardait d’agir autrement, même pour ces morls-là. Car les textes anciens des Vedas sont explicites: « Toutes les âmes descendent la grande pente... s’en vont par la voie souterraine profonde... par le chemin des Pères... par la route que Yama a suivie le premier, la frayant pour les autres... dans les profondeurs de la terre... par les sentiers où les chiens de Yama les guettent v.» KV X... AV VIII et XVIII. — Ainsi s’explique pourquoi, au retour de la crémation où ils ont acclamé son départ pour le ciel, les vivants prennent toutes les précautions dites plus haut, pour se préserver du mort; et pourquoi, lors de l’ensevelissement des ossements restants, le troisième jour après la crémation, on parle au mort comme s'il était présent: « Va à la mère Terre...
1. Tailtlrlya-Brâhmana VI. 4.. Aiinreya-Brâlimann VII. 5.— 2 II. Oldenburg,
op. cil. page 4 TJ. — 3. Par exemple : 0 Agni, ne le détruis pas! Après l’avoir sublimé, porle-le vers les Pères. Hv X. — 4. C’est contre ces chiens, que li s Chinois arment les morts d’un I àlon, et les pourvoient de boules de pâle. Voir mon Murale et Usages, chap, 23 Funérailles.
Introduction. II. Védisme. Brahmanisme.
dans le vaste sein de la terre amie... douce comme la laine elle est à l'homme... puisse-t-elle te protéger! — Ouvre-toi pour lui, ô Terre!.. Ne l’oppresse pas!.. Permets-lui, pour son repos, de se glisser en toi!.. Comme la mère recouvre son enfant d’un pan de son vêtement ainsi, ô Terre, recouvre-le doucement! » Sat. Br. XIII.
Après que l’âme déféquée est partie pour le monde des Pères, ses rapports avec sa famille ne sont pas interrompus pour cada. L’offrande mensuelle fait partie intégrante de la vie de chaque famille. Les relations continuent indéfiniment, mais combien froides et défiantes. Les Pères sont, pour leurs descendants, des puissances à la fois propices et sinistres. On leur donne ce qui leur revient, puis on les congédie, on se met même contre eux sur une sorte de défensive; on ne leur permet pas d'imposer aux vivants leur inquiétant voisinage, plus longtemps que la durée du rit. Tout en !es traitant, on leur parle de haut, à ces mendiants nus et affamés. On les appelle à heure fixe; on les fait asseoir à une place déterminée; il est bien entendu qu’ils ne prendront aucune liberté. On les sert, en leur disant: Pères pjouissez-vous!.. Tandis qu’ils absorbent la chaleur des mets servis, laissant la substance refroidie 1 * , on leur dit: bénissez- nous, exaucez-nous, donnez-nous la pluie, l’abondance, des enfanls, pour ce que nous venons de vous donner, afin que nous vous donnions encore... Puis, la requête terminée, vient la formule préparatoire: les Pères se sont éjouis; c’est-à-dire, cela suffit... Et, immédiatement après, le congé formel: maintenant allez-vous-en, ô Pères, par vos antiques et profonds chemins. Revenez à notre maison, dans un mois, pour manger l’oblalion... Alors on secoue le pan de son habit, pour les empêcher de s’y cramponner, pour les contraindre au départ. Et l’on rappelle à soi sa propre âme, afin qu’elle ne s’en aille pas, par distraction, en compagnie des âmes des morts *.
Une fois parvenues au séjour de Yarna, les âmes des Pères sont-elles immortelles, durent-elles toujours?.. Grave question, que je reprendrai plus bas. .Ici je me contente de dire provisoirement: il parait que non. Les Yédistes semblent avoir cru à une seconde mort, l’extinction, à laquelle peu d’ànies échappent.
Autre grave question : Les Védistes connurent-ils un jugement après la mort, un lieu d’expiation pour les méchants?.. Il faut répondre que les textes relatifs à ces deux sujets, sont aussi rares et aussi indigents que possible... 1° Un seul rituel 3 nous apprend que «chez le roi Yama, se séparent les hommes qui ici-bas furent vrais, de ceux qui furent menteurs». C’est tout. Rien qui ressemble à la pesée égyptienne «les âmes, au miroir chinois... 2° Aucun texte ancien ne parle clairement d’un enfer. Les passages du RVVII, qui parlent d’un cachot, de la caverne ténébreuse, du dessous des trois terres, de la vaste prison, de la place profonde, peuvent tous s’expliquer autrement. Le AV II et V, n’est guère plus explicite. Tandis que des textes clairs nous
1. Comme les fantômes d’Homère absorbent la vapeur du sang chaud Olyssée XI. — “2. II. Oldenberfl,
op. cit. page 473. — Comparez, dans mes Textes philosophiques, chap. 1, l’offrande aux mânes, anté-
rieure aux Vedas ; et chap. 3, l’offrande contemporaine des Vedas, en Chine. — 3. Talllirïya Â'anyaka VI 5. 13.
Introduction. IL Védisme. Brahmanisme.
apprennent que certains crimes « font errer sur la terre, exclu du monde des Pères1 », dans une condition analogue à celle des rakshas et des pislcas. C’est là probablement le châtiment des méchants, tel que le concevaient les Védistes, en attendant que la seconde mort, l’anéantissement, atteignit le prêta errant. — Ainsi se résolvent les objections courantes: 1° les Védistes ayant une origine commune avec les Mazdéens, et ceux-ci ayant un ciel et un enfer, les Védistes durent avoir aussi leur enfer... 2,J logiquement, les Védistes ayant la notion d’un cielwdurent avoir celle d’un enfer... Réponse: Pourquoi des gens qui ne crurent pas à l’immortalité de toutes les âmes bonnes, auraient-ils cru à l’immortalité des âmes des méchants? Et s’ils n’y crurent point, donc pas d’enfer éternel. Comme sanction temporaire du mal commis, une période d’affreuse misère précédant l'extinction, put satisfaire des esprits qui ne connurent, ni Dieu, ni loi morale... Le Mazdéisme fut un progrès sur le Védisme, nous Tarons dit plus haut. Il n’est donc pas étonnant, mais naturel, que le Védisme soit en déficit sur lui *
Après cette exposition sommaire du système védique, fait de naturalisme et d’animisme, il me faut revenir maintenant, et insister plus au long, sur trois points, indiqués dans les Vedas, développés dans les Br.ihmanas, lesquels forment le point de départ des spéculations qui rempliront les périodes suivantes. Ces trois points, qui constituent la théologie brahmanique, sont: 1 l’origine des êtres; 2 l’action de l'offrande; 3 la survivance par l'offrande et la science.
i) L’origine des êtres. — Dépourvus qu’ils sont d'esprit pratique, les raisonnements précis n'ont jamais intéressé les Indiens. Par contre, les spéculations vagues, celles sur les origines surtout, ont toujours passionné ces grands enfants, questionneurs inlassables, posant pourquoi sur pourquoi sans attendre la réponse; satisfaits d’une solution quelconque, en attendant qu’une autre lpur plaise davantage ; esprits légers, dont l'effort finit par aboutir, non à une conclusion raisonnée, mais à une fiction poétique, qui leur met l’imagination en repos. Tels ils sont maintenant, tels ils furent à l’époque védique. Engendrée dans leurs palabres d’alors, la théologie brahmanique finit par être, je ne dis pas crue, car des esprits pareils n’ont pas la force de croire; mais acceptée, comme une version passab'e, faute de mieux. Je vais essayer de résumer la fiction cosmogonique des auteurs des Brihmanas. J’ai bien peur que mon résumé ne la rende plus claire qu’elle ne fut dans leur esprit. On est difficilement aussi flou qu’eux.
Au commencement fut le non-être asat. Du non-être, l’Un tira adili la matière primordiale, qui est décrite comme un chaos ténébreux, comme un océan immense. Dans ce chaos, l'Un respira d’abord inconscient.
Qu'est-ce que cet Un?.. On lui donne parfois un nom personnel,
I. Talftlrîya-Sjimhilâ II. fi. 10. — 2. Vous verrons quelle précision les Dou.lrlhistcs donnèrent à 1» doctrine de l’expiation, et avec quel luxe d’horreurs ils l’illustrèrent.
Introduction. IT. Védisme. Brahmanisme.
Visvakarman, Prajâpati. Mais on en parle toujours comme d'une entité métaphysique abstraite, Ekam l’Unité, ou Brahman l’Absolu, ou Tad 11 Lui.
L’Un est être et non-être, il est et il n’est pas, sat et asat. Il est ici. il est davantage là. C’est-à-dire qu’il n’est réalisé qu’en moindre partie, sa majeure partie restant dans les possibles. Il n’est réalisé en acte qu’en une minime partie de lui-même, restant irréalisé en puissance quant au reste qui est beaucoup plus considérable. «Les êtres qui existent, sont un quart de Lui. Les trois autres quarts de Lui, sont dans les hauteurs. » RV X. 90.
Un jour, dans l’Un qui respirait inconscient au sein du chaos, naquit, on ne dit pas comment, kâma le désir, première manifestation de manas l’esprit. Il pensa «je veux être», et il fut, quant à sa partie réalisée... Sat. Br. I. 4.
Puis l’Un produisit les êtres. Comment?.. Le RV X.S1 nous apprend qu’il en fut la cause efûciente et matérielle tout ensemble. L’Un devint monde. S’insinuant dans la matière primordiale, s'unissant à elle comme son principe de vie, l’Un devint Tout.
C’est là du panthéisme, panthéisme naturaliste, identique à celui d'Heraclite et de Zenon. L’Un est l’âme du monde. 11 y a dans l’univers, dieux, hommes et choses, une unité fondamentale. Le divin est partout, uni à la matière, un avec elle. Il est immanent dans les êtres, comme le principe de leur vie, de leur activité. Etant en tout, il meut tout... Donc pas de distinction absolue entre les êtres. Pas d’individualités multiples. Mais, dans une union universelle, une sorte de circulation, et des transformations*. «Ce monde, en vérité, n'était rien au début. Il n’y avait, ni ciel, ni terre, ni atmosphère. Cet être non-être conçut un désir. II pensa, je veux être. » Sat. Br. I. 4. — « Un est le feu, quoiqu’on l’allume en beaucoup de lieux; un est le soleil, dont la lumière remplit le monde; une est l'aurore, qui illumine l’univers. Un est l’être, qui, en se déployant, est devenu tout. » RV VIII. 58. — «L’être est un. Ce sont les Brahmanes, qui lui donnent des noms multiples.» RV I 161.
Voici quelques textes célèbres exposant le système. Ils montrent les incohérences et les hésitations à travers lesquelles il évolua, pour devenir finalement ce que nous avons dit plus haut.
I. Rig-Veda X. 129 1 2. — Il n’y avait alors, ni l’être, ni le non-être. Il n’y avait, ni l’atmosphère, ni le ciel au-dessus. Y avait-il mouvement? dans quel sens? sous la direction de qui? Y avait-il les eaux et le profond abîme?3 — Ni la mort n’était alors, ni l’immortalité. Le jour n’était pas distinct de la nuit. Seul l’Un respirait, de lui-même, sans qu’il y eût aucun autre souflle. Il n’y avait rien d’autre que Lui. — Alors s’éveilla eu lui le désir, qui fut le
1. En Grèce, quand les philosophes Ioniens conçurent leurs systèmes physiques, ils durent lutter contre une mythologie de dieux personnels bien définis. Les Brahmanes n’eurent pas à se donner beaucoup de mal, avec les dieux naturalistes à peine anthropomorphisés et si ppu tranchés de leur nation. Il teur suffit de développer le panthéisme, latent dans les Vedas comme dans tout naturalisme. L’opération fut facile, et ne créa aucun fondit.
2. D’après Geldner et Kaegi... Oldenbcrg-Foucher, le Bouddha, page 15. — 3. Interrogations équivalant à
une négation. Il n’y avait pas...
Introduction. IL Védisme. Brahmanisme.
germe de l’esprit... La genèse de l’être, ils la découvrirent dans le nonêtre, les sages Brahmanes, par leurs efforts, dans leur cœur. — Qui sait, qui peut nous dire, d’où naquit, d’où vint la création, et si les dieux ne sont nés qu’après elle? Qui le sait, d'où elle est venue? — D’où cette création est venue? Si elle est créée ou incréée? Celui qui la regarde d’en haut (l’Un), celui-là seul le sait, et encore le sait-il?
II. — Rig-Veda X. 121 1 . — Hiranya-garbha (l’embryon d’or)2 vint au commencement. Il naquit, le seul maître de tout ce qui est. Il assit (dans l’espace) la terre et le ciel. A quel dieu, autre que lui, porterions-nous nos offrandes? — C’est lui qui donne le souftle et l’énergie. Lui, que toutes les créatures révèrent; oui toutes, même les dieux. Lui, dont la vie et la mort sont les ombres (les effets). A quel autre dieu porterions-nous nos offrandes? — Il est le puissant et unique seigneur du monde où l’on respire et bouge (signes de vie, le monde des vivants), des bipèdes et des quadrupèdes ( hommes et animaux ). A quel autre dieu porterions-nous nos offrandes? — A lui les montagnes neigeuses. A lui l’océan et les grands fleuves. A lui les régions célestes et les points cardinaux terrestres. A quel autre dieu porterions-nous nos offrandes? — Il a assis le ciel et la terre. Il a établi et mesuré l’espace médian. A quel autre dieu porterions-nous nos offrandes? — Vers lui se lèvent les yeux des deux armées rangées en bataille, et qui vont eu venir aux mains, inquiètes dans leur cœur, au lever du soleil. A quel autre dieu porterions-nous nos offrandes? — Alors que l’océan immense remplissait le monde, portant le germe et le feu (le germe principe de la vie); alors il vint, lui l’àme des dieux. A quel autre dieu porterions-nous nos offrandes? — Dans sa puissance, il contempla les eaux, lesquelles produisirent (en le produisant) l’énergie et le sacrifice (qui est l’énergie par excellence). Il est le dieu des dieux. A quel autre dieu porterions-nous nos offrandes? — Qu’il ne nous lasse pas de mal, lui, qui fil et régla la terre et le ciel, qui produisit les grandes eaux claires. A quel autre dieu porterions-nous nos offrandes? — Prajâpati, toi seul embrasses et gouvernes tous les êtres. Accorde-nous ce pour quoi nous t’implorons! Donne-nous tous les biens!
III. — Satapatha-Brâhmana Vl.l.1.103. — Après avoir produit sa science immanente, Prajâpati produisit les eaux. Puis « il désira: que je naisse de ces eaux!.. Et ce-disant, avec sa science, il se glissa dans les eaux. Et un œuf fut produit. Il toucha l’œuf, en disant: qu’il devienne! qu’il se développe!.. Ainsi fut produit le Yeda (la science exprimée de Prajâpati). Voilà pourquoi l’on dit: le Veda est le premier-né de tout ce qui est. »
IV. — Satapatha-Brâhmana XI. 1. 6. 1 — Au commencement cet uni-
vers était eaux seulement. Les eaux désirèrent produire. Elles se tourmentèrent. Un œuf d’or fut produit, lequel flotta durant un an. — De l’œuf, au bout d’une année, Prajâpati le mâle naquit. Il brisa en deux l’œuf d’or. Il
Traduction de F. Max Müller; retouchée d’après Muir, Peterson, Griffith, Al. Heflin... Le texte se retrouve, en entier ou en partie, avec des variantes insignifiantes, dans Alharva-Veda IV.28; Yfijasaneyi-Sambilà ; Taittirïya-Samhilâ ; etc. — î. D’après Sayana, autorité incontestée, l’embryon d’or e6t Prajâpati, invoqué dans la dernière strophe.
3. D'après J. Muir el J Eggeling. — i. D’après 4. Muir el J. Eggeling.
Introduction. IL Védisme . Brahmanisme.
n’y avait alors aucun lieu; voilà pourquoi il était resté dans l’œuf d’or flottant, durant l’espace d’un an. — Puis il prononça le mot bhfir, qui devint la terre. Ensuite le mot bhuvar, qui devint l’espace médian. Enfm le mot svar, qui devint le ciel 1 .
V. — Manava-dharma-sistra (lois de Manu) I. 5. 1 — Au commencement cet univers fut dans un état obscur, sans notes distinctives qui permis?ent de le connaître par les sens ou par la raison, inconnu et inconnaissable, comme plongé dans un profond sommeil. — Puis le divin existant par lui-même, l’indistinct, rendit distinct cet univers, en commençant par les éléments. Puissant, il se manifesta, en dissipant les ténèbres. — Lui que les sens ne peuvent atteindre, le transcendant, l’indistinct, l’éternel, l’inconcevable, qui est le tout de tous les êtres, lui-même se manifesta. — Y ayant pensé, ayant désiré produire de sa substance des rejetons divers, il émit les eaux tout au commencement, et y mit sa semence. — Cette semence devint un œuf d’or, brillant comme le soleil, dans lequel il naquit, lui Brahm t le mâle (synonyme de PrajJpati), le producteur de tous les mondes. — Ainsi, par la cause (première) indistincte et éternelle (l’être impersonnel), existante (daüs les êtres réels) et non-existante (dans les possibles), fut produit ce Mâle célébré dans le monde comme Brahma. — Après avoir habité dans cet œuf durant un an, le divin Un (Brahma, Prajâpati) lui-même, par sa seule pensée, brisa l'œuf en deux. — Et des deux morceaux de la coquille, il fit le ciel et la terre; puis, entre les deux, le vide médian, les huit régions, et l’éternel lit des eaux. — 11 émit aussi de lui-même l’esprit, réel et irréel (même sens que ci-dessus). Puis, dans l’esprit, il développa la conscience du moi, qui le gouverne. — Ayant émis cet esprit (l’âme universelle), il émit les âmes particulières, tous les êtres doués des trois dimensions, et les facultés perceptives selon leur ordre. — De son corps subtil il émit les corps subtils, et de son âme universelle il émit les âmes particulières3. — Lui, dont la puissance est incompréhensible, ayant émis ainsi un tout et moi (un monde et une humanité), se reconcentre périodiquement en lui -même, détruisant alternativement son expansion par sa rétraction, et sa rétraction par une expansion nouvelle4. — Quand le divin Un veille, le monde se remue; quand il sommeille, l’univers s’assoupit; quand il s’endort, toute action et tout entendement cessent. Quand (à la fin d’une période kalpa) tous les êtres sont à la fois retirés dans l’âme universelle, alors cette âme de tous les êtres repose béate et inactive (délivrée de son précédent corps subtil). — Et quand (au commencement du kalpa nouveau) ayant revêtu un corps subtil nouveau et étant redevenue active, elle s’insinue dans les semences végétales et animales, elle reprend par elles des formes nouvelles. — C’est ainsi que lui, l’impérissable Un, par des éveils et des sommeils successifs, vivifie et mortifie alternativement tout cet univers changeant (en tant que composé de créatures changeantes) et immobile (en tant qu’être universel immuable).
4. Ces mots sanscrits signifient ce qu’ils produisirent. Ils constituent la vyAIiritl-lraj a, triple invocation par laquelle tout Brahmane commence sa journée.
2. Traduction de G. Bühler; retouchée d’après J. Muir et Al. Berlin. Ce texte plus récent, résumé le système. *3. Ces trois derniers versets, si obscurs que les meilleurs sâsiPi modernes ne se gênent pas pour dire que celui qui les écrivit ne savait pas bien ce qu’il voulait dire, ont été interprétés d’après les gloses de Nandana et de Raghavananda. — 4. Il se revêt et se dévêt alternativement de son corps cosmique, disent les Commentateur».
Introduction. IL Védisme. Brahmanisme.
Panthéisme indubitable, et compris comme tel par les Védistes, témoin ce texte choisi entre beaucoup d’autres: « Vénérée soit l’âme universelle. Elle est esprit, feu et vie... Tel un grain d’or, est l’ànie (individuelle) dans le cœur, feu sans fumée... Plus grande que le ciel, que l’espace médian, que la terre, que tous les êtres, l'âme universelle est l’essence de la vie, elle est mon essence ( participée)... Parti d’ici, c’est dans cette âme (universelle), que j’irai me (que mon âme individuelle ira se) dissoudre. » Sat. Br. X. 6.3. 1.
2) Passons au second point de la théologie brahmanique, l’action des offrandes. — Cette action est double. Elle nourrit Pâme individuelle de l’offrant. Elle nourrit aussi l’âme universelle. Donc, valeur particulière et valeur cosmique de l’offrande. L’offrande répare l’usure causée, par l’existence, et dans l’offrant, et dans le macrocosme. Elle entretient l’univers, comme la nourriture entretient le corps de l'homme. Elle rétablit sans cesse en son intégrité, le corps de Prajâpati l’être universel. «Après qu’il eut émis les êtres, Prajâpati se trouva épuisé. Les dieux le refirent avec des offrandes. Maintenant Prajâpati est refait par les offrandes, que nous hommes lui offrons. »Sat. Br. 1. 6. 3... Il en est de même, pour les dieux et les mânes. «Ce que l’offrant verse dans le feu, il le verse dans les dieux, et par cela les dieux subsistent. Ce qu’il essuie de la cuiller, il le verse dans les mânes, et par cela les mânes subsistent. Ce qu’il mange, il l’introduit dans l'humanité, et par cela les hommes subsistent. » Sat. Br. 111. 4. 2. — Donc l’offrande rituelle régulière, est considérée comme un ressort cosmique, agissant sur la nature entière, par sa force intrinsèque; puissance à laquelle rien ne résiste, à laquelle les dieux doivent céder. « L’offrande est puissante. L’offrande est le maître des dieux.» RV.V1.51.8... «Par l’offrande, on trait Indra comme une vache» KV 7. 23. 3; c’est-à-dire qu’on lui arrache ses faveurs, quasi malgré lui. — Cette vertu de l’offrande, du festin de la nature, est exaltée, à la mode indienne, avec les termes les plus ridiculement exagérés. «C’est l’offrande qui a créé le ciel, qui a formé la terre, qui a étendu l’atmosphère, qui entretient l’éclat du soleil.» BV X. XII. XIII... «L’offrande est Pétai qui soutient toutes choses. » AV X.
3) Ceci posé, le troisième point de la théologie brahmanique, la survivance par l’offrande et la science, sera facile à comprendre. — Les offrandes rapportent à l’offrant, d’abord prospérité et postérité en ce monde. Ensuite, en réparant l’usure de sa vie, elles lui procurent longévité. Enfin, et surtout, elles lui composent un corps subtil, lequel remplacera sou corps grossier détruit par le feu du bûcher funèbre. «Ses offrandes deviendront son moi dans l’autre monde.» Sat. Br. XI. I... «Celui qui sachant, offre, celui-là revivra dans l’autre monde, avec un corps complet. » Sat. Br. XL i... « L’offrant doit aux Brahmanes qui offrent en son nom, sa reconnaissance et des cadeaux. Car ils lui préparent un autre moi, par celte offrande qui deviendra son moi dans l’autre monde. Qu’il sache bien qu’ils l’engendrent à nouveau. » Sat. Br. IV. 3. 4. 3... «L’offrande attend Pâme au seuil de l’autre monde, et lui crie: Viens ici, je suis ici, moi ton nouveau corps. » Sat. Br. XL 2. 2. 5.
Introduction. II. Védisme. Brahmanisme.
Et maintenant nous pouvons résoudre la question de la seconde mort, de punar-mrityu l’anéantissement définitif. «Les Pères sont mortels», dit le texte, catégoriquement. Sat. Br.ll . 1.3.4 et 1.4.9... Le temps continue sur les Pères son action destructrice, et finit par les user, les éteindre. Sont seuls exceptés, deviennent seuls immortels comme les dieux, ceux qui, ayant vécu la « vie pleine» c’est-à-dire cent années, ont régulièrement fait les offrandes durant tout ce temps, en vue d’obtenir l’immortalité. Ou ceux qui, n’ayant pas vécu cent ans, ont construit, dans le même but, l’autel du feu aux cent pierres, symboles des cent années de vie. Sur ceux-là, le temps n’a plus d’action. Ils sont, dit le texte (Sat. Br. X. 5. 1. 4), au-dessus du soleil, c’est-à-dire audessus du cours des astres qui marque les temps. Ils sont donc impérissables. — Textes: «On devient immortel, par l’œuvre et la connaissance. Quiconque sait et fait, arrive à la vie immortelle.» sat. Br. X. 4. 3. 9... «On acquiert l’immortalité de deux manières. Par une vie de cent années, ou en construisant l’autel aux cent pierres. » Sat. Br. X. 2. 6. 7... « Une vie de cent années (employée à faire les offrandes) donne le ciel. Celui qui a vécu cent ans ou plus, obtient l’immortalité, à cause de ses nombreuses offrandes. » Sat. Br. X... «Le feu de l’autel dit à l’homme: Après m’avoir fait naître (en ce jour où tu construis ce foyer), alimente-moi pour me faire durer. Et moi je te ferai naître en l’autre monde (crémation), et je t’y ferai durer (immortalité).» Sat. Br. II. 3. 3. 2... «Tous les mondes, dit Prajâpati, je les ai placés dans mon moi, et mon moi je l’ai placé dans tous les mondes. Celui qui sait cela, passe du périssable à l’impérissable, triomphe de la seconde mort, obtient la pleine vie. » Sat. Br. XII. 3. 4. 11. — Et les Pères qui n’ont p^s vécu centans, qui n’ont pas construit l’autel aux cent pierres, que deviennent-ils?.. Réponse: Les offrandes les alimentent pour un temps; mais ils vieillissent peu à peu, et finissent par s’éteindre. C’est la seconde mort, la mort définitive, l’anéantissemeirt.
Textes.
— liV l. 97. — A Agni, le dieu du feu. — Agni, luis sur nous, pour nous donner la richesse, ô toi dont la lumière écarte tout mal! — Nous te demandons l’abondance et le succès, ô toi dont la lumière écarte tout mal! — Donne-nous une postérité nombreuse, ô Agni. toi dont la lumière écarte tout ruai! — Fais-nous passer sains et saufs à travers tous les dangers, dans ta lumière, toi dont le resplendissement écarte tout mal! — Souliens-nous dans la traversée, de bord à bord, du malheur au bonheur, ô toi dont la lumière écarte tout mal!
B. — BV I. 39. — Aux Maruts, dieux de la tempête. — Dans quelle intention lancez-vous de loin la foudre, votre orgueil? Où allez-vous ainsi, vous qui ébranlez la terre? — Irrésistibles dans l’attaque, invincibles dans la défense, vous passez sur les forêts, à travers les montagnes. — Vous à qui personne n’ose s’opposer, ni au ciel ni sur la terre, car vous le détruiriez à l’instant. — Vous qui faites trembler les durs rochers, et qui déchirez les grands arbres. O Maruts, dieux échevelés, venez à nous en amis. — Fils de Budra, nous implorons votre aide pour notre race. Venez à notre secours. — Puissants et bienveillants, vous qui ébranlez le monde, brisez nos ennemis.
Introduction. II. Védisme. Brahmanisme.
C. — RV I. 114. — A Rudra, le dieu des fléaux. — Nous offrons cette prière à Rudra le fort, pour qu’il traite bien hommes et bêtes, et protège notre village de tout mal. — Sois bienveillant, ô Rudra, et nous t’honorerons. Viens à nous de bonne humeur, et nous te ferons des offrandes. — Nous t’invitons, Rudra le terrible; sois-nous propice! — Ne tue aucun de nous, ni petit ni grand; ne fais pas de mal à nos corps; ne nuis pas à nos bestiaux. — Cesse de tuer vaches et hommes Dépose tout ressentiment. Sois-nous favorable, ô père des Maruts!
D. — Vasishtha-dharma-sâstra VI. — Bonne conduite. — Le premier devoir de l’homme, c’est de se bien conduire. Celui dont l'âme est souillée par une mauvaise conduite, péril en ce monde et en l’autre. — Ni l’étude des Vedas, ni les austérités, ni les offrandes, ni les aumônes, ne sauveront celui qui se conduit mal et qui forfait à ses devoirs. — Celui qui vit mal, sera blâmé des hommes, affligé de plusieurs maux, visité par la maladie; en tin il mourra avant le temps. — Tandis que la bonne conduite gagne des mérites transcendants, enrichit, embellit, écarte les influences malignes. — C’est par la vertu toujours pratiquée, qu’on obtient la vie pleine, la vie de cent ans.
K. — Baudhâyana-dharma-sâstra IL 4. 7. — Prières de l’aube et du crépuscule. — Celui-là n’est pas un Brahmane, qui ne s’acquitte pas de la prière, à l’aube et au crépuscule. Le soir, debout, tourné vers l’ouest, il dira: écoute ma voix, ô Varuna! Le matin, debout, tourné vers l’est, il dira: gloire à loi, ô Mitra! S’il a omis la prière de l’aube, il jeûnera durant ce jour. S’il a omis la prière du crépuscule, il gardera la continence durant cette nuit. Les prières de l’aube et du crépuscule, effacent les manquements de la nuit et du jour. Le Brahmane qui est fidèle à celte pratique, obtiendra l’union au Brahman, les Vedas l’affirment.
F. — Baudhâyana-dharma-sâstra 1.2.3, — Le disciple. — L’enfant de caste brahmanique, deviendra disciple à huit ans. Il mendiera sa nourriture. Chaque jour il coupera, dans la forêt, le bois nécessaire pour entretenir le foyer de son maître. Il s’appliquera surtout à être humble, modeste et véridique. Levé le matin avant son matlre, il se couchera le soir après lui. Il ne désobéira jamais, excepté si son maître lui commandait un crime. Il ne parlera aux femmes, que par nécessité, et le moins longtemps possible. Il s’abstiendra de danser, de chanter, de jouer d’aucun instrument de musique, de se parfumer, de porter des souliers ou un parasol, de s’oindre et de se farder. II saluera son maître, en lui baisant le pied. S’il a encouru quelque souillure, il avalera une gorgée d’eau, pour se purifier, le plus tôt possible. Il aidera son maître, à se vêtir, à se laver. Quand il sortira avec son maître, il marchera derrière lui, en réglant son pas sur le sien.
Àpastamba-dharma-sâstra I. 1.2. — Il n’étudiera pas, sous son maitre, moins de douze années de suite. Il sera chaste, et portera sa chevelure nouée. 11 sera vêtu d’une robe de chanvre, et tiendra en main un bâton. Il rendra compte à son maître, de tout ce qui le concerne. — 1. 2. 6. Il vénérera son maitre comme un dieu.
Introduction. IL Védisme. Brahmanisme.
Gautama-dharma-sâstra XVI. — Il ne récitera pas les Vedas, quand le vent souffle en tempête, quand le tambour résonne, quand les chars roulent, quand un être humain pleure, quand un chien aboie, quand un âne brait. Ni quand il tonne, ni pendant qu’un arc-en-ciel est visible. Ni quand il est pressé d’un besoin naturel... Il n’étudiera pas dans un lieu sinistre, cimetière ou carrefour, ni sur la grande route. Ni quand il est souillé ou indisposé.
Âpastamba-dharma-sastra II. 9. 21. — Le disciple qui a terminé ses études védiques, peut se marier. S’il préfère mener la vie d’ascète ( samnyasin ), voici les règles de cet état... Garder une stricte continence. N’avoir, ni foyer, ni maison, ni repos, ni appui. Silence perpétuel, interrompu seulement par la récitation quotidienne des Vedas. Aumônes acceptées seulement en quantité strictement suffisante pour l'entretien de la vie. Errera l’aventure, sans s'occuper, ni de la terre, ni du ciel. Ne porter que des haillons rejetés par d'autres, ou rester nu. Ainsi tàchera-t-il de s'unir à l’âme universelle.
G. — G. ihya-sfttras ; Asvalâyana IV. 7; Gobhila IV. 3; Hiranyakesin IL 4. 10. — Offrande aux mânes. — Après avoir creusé trois fosses, et les avoir garnies d’herbes, portant le cordon en écharpe, l’offrant allume le feu, en disant: Les Pères qui sont venus et ceux qui ne sont pas venus, ceux que nous connaissons et ceux que nous ne connaissons pas, tu les vois, ô Agni; fais qu'ils jouissent tous de l’offrande ! — Puis il appelle les Pères, en disant: Venez ici, vous Pères, qui aimez le soma; venez par vos anciens et secrets sentiers; apportez-nous postérité, richesse, longévité, une vie de cent ans. — Puis, versant de l’eau dans la première fosse, il dit: Mon père, voici pour les ablutions, pour toi, pour ceux que tu as suivis ici, pour ceux qui t’ont suivi ici... Il répète la même offrande, dans la seconde fosse pourson aïeul, dans la troisième pour son bisaïeul... Ou bien, en versant. l’eau, il dit, sur les trois fosses: Aux Pères qui habitent la terre; aux Pères qui habitent les airs; aux Pères qui habitent au ciel. — Puis, offrant de même, dans les trois fosses, la pâte farcie de viande hachée, il dit: O Pères, éjouissez-vous!.. Alors il se détourne, pour les laisser manger... Après un certain temps, il se retourne, et dit: les Pères se sont éjouis. — Ensuite, ayant déposé un peu de cosmétique sur une feuille, il l’offre, dans la première fosse, à son père, en disant: Mon père, voici du cosmétique pour toi, pour ceux que tu as suivis ici, pour ceux qui t’ont suivi ici... Il fait de même, aux deux autres fosses, pour l’aïeul et le bisaïeul. — Il offre ainsi, successivement, de l’huile, des parfums; enfin un peu de fil, en disant; Mon père, voici des vêtements pour toi... Et il renouvelle la même offrande, pour les deux autres fosses. — Finalement, après leur avoir encore versé de l’eau pour leurs ablutions, il dit: Allez-vous-en. ô Pères qui aimez le soma, par vos anciens et secrets sentiers. Revenez à cette maison dans un mois, pour recevoir l’offrande.
H. — Âsvaldyana-grihya-sûtra IV. 2. 22. — Crémation. — Le cadavre est transporté, à bras, ou sur un chariot, au lieu de la crémation. Une branche d’arbre feuillue, traînée derrière lui, efface la trace du cortège. On asperge d’abord la place, en exorcisant les malins esprits, pour les faire déguerpir. Puis, si le défunt a entretenu trois feux, on établit, autour de son cadavre, trois foyers, allumés chacun avec le feu de l'un de ses trois foyers...
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Introduction. III. Les Upanishad.
Sa femme s’est couchée sur le bûcher, à côté de lui. Mais un parent qualifié la fait descendre, en lui disant: reviens, ô femme, dans le monde des vivants. Puis on dépose, sur le cadavre, divers ustensiles, et les viscères d’animaux immolés. Enfin on met les trois feux en communication avec le bûcher, et, tandis que celui-ci flambe, les assistants récitent le texte du RV X: Pars, va, par les anciens chemins des Pères. Va voir, au banquet des âmes, Yama et Varuna. Prends du bon côté. Evite les chiens tachetés. Unis-toi aux Pères, à tes offrandes, dans le ciel suprême. — L’àme du mort est censée s’élever d’une petite fosse creusée près du bûcher, et monter au ciel avec la fumée.
Les Upanishad.
Premiers essais de philosophie. Panthéisme réaliste.
Consulter: The Upanishads, translated by F. Max Müller, dans Sacred Books of the East, vols I et XV. — A. E Gough. The philosophy of the Upanishads, third edition, 1903, dans Trübner’s Oriental Series. — P. Deussen. The philosophy of the Upanishads. 1905; et Die Geheimlehre des Veda, 1907. — P. Oltramare. La théosophie brahmanique, 1907.
Les Upanishad 1 sont des traités, qui développent les idées contenues dans les Vedas et les Brahmanas, dans un sens moins formaliste, plus libre; moins littéral, plus allégorique. On en connaît deux cents et plus. Les principaux datent des huitième et septième siècles; d’autres sont plus récents. Leur forme conversée rappelle souvent les dialogues de Platon. Ils contiennent le sentiment intime, la doctrine ésotérique des penseurs brahmaniques anonym s, affranchis de la lettre, en quête de l'esprit. Comme ces penseurs étaient isolés et indépendants les uns des autres, la philosophie des Upanishad n'est une que dans ses grandes lignes, et présente de nombreuses variantes de détail. Les maîtres ordinaires ne donnaient au commun des disciples, que l’enseignement exotérique. Seuls les maîtres d’élite donnaient l’enseignement ésotérique, l’upanishad, le sens secret, à des disciples de choix. « Que personne ne communique la doctrine secrète, à qui n'est pas son fils ou son disciple, à qui n’a pas encore acquis la maîtrise absolue sur ses passions. Qu’elle ne soit communiquée, qu’à celui qui est entièrement dévoué à son maître, et qui est capable de la comprendre. » Maitr. Up. VL 29... svet. Up.
\. On cite les Upanishad He celte manière: Chûnd Up. le Chiin4ogya-lIpnnKh»d. — Kenn. l*p. alins Tâlavakara-Upanishad — Ail. Up. le Ailareya-UpanUh.id. — Kaush Up.leKatishïlakl-Upanlshad. — Yâj.S.Up.le VAjasanpyl-Sanihliü-UpnnlRhad. — Kiüh Up.IcKAthaka-Upanishad. j— Mu ml. Up. le Mundaka-Upanls'had. - Tallt. Up. le Tailllrïya-Upânlshad. — lîrfh. r, t p. le Hrlhad-Âi'niiyaka-Upanishad. — svel. Up. le Sveta>valara- Upanishad. — Mailr. Up. le Malfry on MallrSyany Upanishad. — Man ! Up. le MandAkya-Upanishad. Etc.
Introduction. Ill . Les Upanishad.
VI. 3. 12. — Le texte suivant nous montre un maître ordinaire, indiquant à mots couverts à son disciple dont la formation exotérique est terminée, qu’il y a mieux que ce qu’il lui a appris. « Va maintenant! Fais ton devoir! N’oublie pas les Vedas!.. Il y a des Brahmanes meilleurs que moi Si tu en rencontres, aie de la révérence pour eux... Quand tu éprouveras quelque doute, sur les rits, sur la morale, sur un point de controverse, adressetoi à quelqu’un de ces hommes de bon jugement, de grande sagesse, qu’il soit ou non maître attitré. Voilà la règle de conduite. Voilà le sens secret des Vedas. Fais ainsi! » Taitt.Up.I.l t.1
Omettons d’abord les divergences de détail, pour consacrer notre attention à ce que les divers Upanishad ont de commun. On peut résumer leur philosophie, sous trois chefs, en trois mots, advaita, moksha, samsara.
1) Advaita, la non-dualité. Il existe un être, réel mais indéterminé, Brahman, l’âme universelle. Tous les êtres individuels, réels, individualisés par leur matière, sont un avec l’être infini, quant à leur àme individuelle, laquelle est un avec l’àme universelle. Cela s’exprime par les formules célèbres «U n’y a pas deux. Ceci est cela. Tu es lui. « C’est-à-dire, il n’y a pas d’êtres distincts, il y a identité universelle, tous les êtres sont en Brahman; toi, à qui je parle, tu es Brahman... Cependant l’existence individuelle de l’âme pincée dans la matière, est pour elle un état de soutfrance, nous dirons plus bas pourquoi.
2) Moksha, la délivrance, s’obtient, non par l’étude des V 'das, l'ascétisme, les œuvres morales ou rituelles; mais par la rentrée dans le grand Tout, par la rétraction en Brahman, à la mort, de celui qui, durant sa vie, est arrivé à la connaissance parfaite du Brahman, et de sa propre identité avec Lui. Pour ceux qui n’ont pas atteint à cette connaissance, la mort est suivie d’un état de bonheur passager; ils mangent le fruit de leurs bonnes œuvres, puis rentrent dans
3) Sains ira, la succession des existences, la métempsycose, la chaîne, la roue, inventée par les philosophes des Upanishad La croyance védique luisait s’éteindre les âmes qui n’avaient pas fait assez d’offrandes; qui, n’ayant pas vécu la vie entière, n’étaient pas arrivées à maturité. Les auteurs des Upanishad font renaître celles qui ne sont pas arrivées à la connaissance parfaite, de fois en fois, jusqu’à ce qu’elles Paient atteinte. Le nirvriti (anéantissement ) fut remplacé par le samsara (tournoiement encercle). A ces philosophes «les huitième-septième siècles environ, revient la triste gloire d’avoir inventé cette insanité, qui obtint dans l’Inde un succès colossal. Elle y est restée depuis lors le dogme fondamental de toutes les religions et sectes. Elle fait partie intégrante de la mentalité hindoue.2
1. Dans un curieux passage (B. Jh.Àr.Up. IV. 3. 33), un Brahmane ayant exposé longuement à un rot la doctrine ésotérique, se prend à douter de l’usage que celui-ci pourra en faire. Vite, il vire de bord, et ajoute à son premier point ésotérique, un second point exotérique de même longueur.
2. Pylhagore alla quérir la métempsycose en Orient, et la transporta dans la Grande-Grèce, dans la seconde moitié du sixième siècle. On entrevoit la filiation.
Introduction. III. Les Upanishad.
Développons un peu plus ces notions succinctes, qui résument tout le système. Pour les auteurs des Upanishad, la matière est réelle, objectivement existante1 2 . Sur sa genèse, sa nature, l’ancienne thèse védique, exposée page oJ2, subsiste. Brahman est la cause et la réalité de tout ce qui existe. Brahman est réel. Tous les êtres sont réels. Donc panthéisme réaliste. — L’âme particulière est une terminaison de l'âme universelle, du Brahman; terminaison pincée, par sa fine pointe, dans le corps matériel; terminaison pas proprement individualisée, puisqu’elle lient au Tout, et reste une avec lui. Figuronsnous l’être universel, comme une masse mucilagineuse amorphe, un corps infini fait comme celui des monéres microscopiques. Celte masse immense émet une infinité de prolongements filiformes de sa substance. Le prolongement pénétre dans le corps humain, par la fontanelle, et descend dans le cœur. De là, dans l’état de veille, il pousse des filaments capillaires dans les cent canaux du corps. Dans l'état de sommeil ordinaire, il se rétracte dans le cœur, et rêve. On l’appelle alors le Poucet, parce qu’il est grand comme le pouce (dimensions de la cavité cardiaque). Dans l’état de sommeil très profond, de résolution complète comme on dit en physiologie, il se retire même, par le cent et unième canal, par la fontanelle, dans le Brahman universel. On l’appelle alors « l’oiseau solidaire » ou « l’oiseau d’or *, parce que, sorti du corps, il plane dans l’infini, sans communication avec le inonde physique. — Etant dans le corps, l’âme individuelle communique avec le monde extérieur, par les cinq organes des sens, et par l'esprit organe de la pensée. Les cinq sens et l’esprit, sont six propriétés de la matière, détruites à la mort. Comparaison ordinaire: le corps est le char, l’esprit est le cocher, les cinq sens sont cinq chevaux fougueux ; l’âme individuelle est dans le char, à la merci du cocher et de l’attelage. — On s’attend à voir, à la mort, l’âme particulière retirée dans l’âme universelle, l’état du profond sommeil devenu définitif i . En effet, il en est ainsi, pour ceux qui, durant leur vie, ont connu parfaitement le Brahman universel, et leur identité personnelle aved lui. Pour ceux-là, à la mort, l’âme particulière rentre en Brah mm, et le complexe. corporel (l’esprit y compris) se dissipe en éléments. Le bien qu'ils ont lait, ne leur vaut aucune félicité, le mal qu’ils ont commis n'enlraliie aucun châtiment. — Et les autres, ceux qui, durant la vie, n’ont pas connu parfaitement le Brahman? Ceux-là, leur sort est différent. — Mais d'abord, comment l’âme particulière, une avec le Brahman, peutelle ne pas connaître Brahman, ou ne le pas connaître parfaitement?.. Voici: Comme un oiseau sauvage, mis en cage, est affolé par le fait de cette incarcération; ainsi le houl de ce prolongement de l'être universel, sa terminaison pincée dans ce corps, est hébétée par le fait de son internement. Elle oublie la nature vraie de son être (quoique, dans le sommeil profond, elle retourne chaque nuit en Brahman!). Elle devient le jouet des sens et de l’esprit (facultés corporelles). Il faut que l’esprit, enseigné par un maître, arrive à l’intuition du Brahman, intuition qui est décrite comme un acte de foi aveugle. Les illusions des sens étant déjouées par cet acte de foi de l’esprit, le prolongement de l’âme universelle, l’âme particulière, se ressaisit, se ressouvient, reprend conscience de sa vraie nature. Alors, à la mort, oubliant tous les
1. Ceci est à noter, avec. soin. Bientôt les Vértantlstes idéalistes nieront la réalité de tout, excepté celle de l’èlre universel Sans doute, déjà dans les Upanishad de date plus récente, on relève des expressions hésitantes, des textes ambigus. M.iis l’ensemble des Upanishad est réaliste, à n’en pouvoir douter.
2. Système deTchou-hi,qui n’a rien inventé. Voir mes Textes philosophiques, cnapitres Nil el XIII.
Introduction. III. Les Upanishad.
êtres particuliers qu’elle fut, elle se fond en Brahman l’être universel 1 . Sinon, si l’esprit n’a pas connu Brahman, ou ne l’a pas connu parfaitement, alors, après la dissolution de ce corps, l'àme particulière jouit d’abord, dans les hauteurs célestes, du fruit de ses bonnes oeuvres ( du châtiment des mauvaises, il n’est pas fait mention), puis rentre dans un corps nouveau, minéral, végétal, ou animal, selon le degré, non de ses démérites, mais de sa connaissance du Brahman. — A noter, dans cet étrange système, que les successions d’existences végétales et animales, sont une série cyclique, durant laquelle la délivrance est impossible, la connaissance ne se développant que peu dans ces élats. La connaissance ne peut devenir parfaite, et parlant la délivrance n’est possible, que quand l’ètre est redevenu homme. Alors elle peut être obtenue en un moment, par l’acte de foi aveugle, par lui seul, non par aucune œuvre. C’est l’illumination qui délivre; illumination de l’esprit matériel, qui fait que l’âme transcendante se reconnaît... Insensée, cette théorie du prolongement de l’être universel intelligent, qui est idiot dans t’étre particulier t Aussi serat-elle remaniée et relonchée par les penseurs hindous. — Tel étant leur système, les philosophes des Upanishad lirent naturellement plus ou moins table rase, de bien des Choses considérées comme très importantes par les Yédistes anciens... Les sacrifices ne sont pas condamnés absolument par ces panthéistes rationalistes, mais combien refoulés à l’arrière-plan, diminués, pratiquement discrédités par l’extrême restriction de leur efficace. De la valeur cosmique, qui jouait un si grand rôle dans les Brâhmanas, il n’est plus même question; le macrocosme ne vit plus du sacrifice; Prajâpati n’a plus besoin d’être restauré; le Brahman ne mange ni ne boit. Item, le dévot ne se construit plus, pour l’autre vie, un corps subtil, par les sacrifices ; vu qu’il aspire à se fondre en Brahman, ce pour quoi l’incorporéité absolue est requise. Jtem, les Pères, auxquels il n’est presque pas fait allusion, ne sont plus des affamés, puisqu’ils sont, ou dans les hauteurs célestes repus de leurs mérites, ou rentrés dans la roue de la métempsycose, ou absorbés en Brahman. Alors pourquoi leur ferait-on des offrandes? Tout au plus, peut-être, pour exhiber sa piété filiale. Mais vouloir leur être utile, serait une illusion’2. Pour ce qui est des offrandes aux dieux, celui qui sait que « ceci est cela» s’en moque ; car les dieux sont en Brahman, et lui aussi est en Brahman... Aux questions qui leur sont faites sur les sacrifices et les offrandes, les philosophes des Upanishad répondent, [tour ne pas heurter trop brutalement la croyance populaire encote vive, oui oui, bien bien. Mais aussitôt ils ajoutent, nettement et fermement: cela ne vous rapportera qu’une jouissance passagère, après laquelle vous recommencerez une nouvelle existence. Il y a mieux que cela. Tendez à l’union avec Brahman. Cela seul délivre... Suivent des explications allégoriques, qui tournent le culte ancien dans le sens des théories nouvelles. Considérer Agni, le feu dans lequel on offre, comme Brahman l’âme universelle à laquelle tout revient. Voir dans l’offrande du matin et du soir, le symbole de l’inspiration et de l’expiration, du rythme respiratoire humain, par lequel la vie devient le vrai sacrifice; alternance ininterrompue de descentes du
1. La notion primitive du nirvana. Ni anéantissement, ni permanence, mais cofusion béate, avec conscience générale non particulière. Telle une go’ulte d’eau pure, tombée dans une masse d’eau pure, s’y fond, dit le Texte. Elle est encore, et n’est plus. Elle n’est plus goutte, mais elle est eau.
2. C’est là, exactement, le sens que Confucius, et les Lettrés confuci.anistes, donnent aux offrandes faites aux Mânes. Voir mes Textes Philosophiques, Mânes; spécialement les pages 133, 137, 155, de l’édition de 1906.
Introduction. Ilf. Les Upanishad.
Brahman en l’homme, et d’ascensions de l’homme en Brahman. Etc... La lettre s’efface, pour faire place à l’esprit, à un esprit nouveau, inconnu des Anciens. — On ne croitplusaux démons, donc plus de magie. On ne croit plus aux rîts, donc plus de tapas préparations laboiieuses, plus de pénitences pour les fautes rituelles vraies ou supposées; mais, en fait de mortifications, celleslà seulement qui rendent l’homme apte à la contemplation, à l’extase, à l’union au Brahman. Dans la caste brahmanique, les Brahmanes qui officient, qui donnent l’enseignement exolérique. sont une catégorie inférieure, parce qu’ils pratiquent des œuvres inférieures; le vrai Brahmane, c’est celui qui possède l’enseignement ésotérique, le sens secret, l'Upanishad; celui qui, sachant que «ceci est cela», est un avec Brahman... Changements profonds, comme on voit. Une révolution, dans les idées d'abord, et bientôt dans la pratique. — Maintenant laissons parler les Textes. Ils confirmeront, je pense, toutes ces assertions, et au-delà.
A. — Au commencement, l’étre était indéfini.dl fut de lui-méme. Il produisit tous les êtres, en cette manière: Il désira se multiplier. Il se couva. Il émit tout ce qui est. Puis il entra dans tous les êtres. Il devint ainsi sat (manifesté, dans les êtres réels), et tyat (non manifesté, dans les possibles); défini et indéfini, réel et irréel tout ensemble. Comme il est la réalité de tout ce qui est, les sages l’appellent la Réalité... Taitt.Up.il. 6, 7. — 2. Au commencement, Prajapali était seul. Elant seul, il ne se sentit pas heureux. Méditant sur lui-même, il produisit les êtres. Il les considéra, et vit qu'ils étaient sans vie et sans intelligence. Il ne se sentit pas heureux. Il se dit, je vais entrer en eux, et les éveiller (à la vie, à la connaissance). Et il entra en eux... Maitr. Up. 11. — 3. Au commencement. Brahman était seul. Regardant autour de lui, il ne vit que lui, et dit en se désignant: C’est moi (je suis unique)... Puis il s’ennuya d’être seul et unique. Il devint homme et femme, et procréa le genre humain. Il devint taureau et vache, et procréa les bestiaux. Etc... Alors il dit; Tous ces êtres, c’est moi; car c'est moi, qui les ai produits... Au commencement, l’être était un et indéterminé. Maintenant il semble qu'il y ait des êtres multiples, auxquels on donne beaucoup de noms. (C’est là une illusion. ) Tous ces êtres. Brahman les pénètre tous, jusqu’au bout de leurs ongles, comme le feu pénètre sou foyer. C’est Lui qui rrspire, parle, voit, entend, pense. Ne distinguez pas eu lui, tel ou tel être. Ne distinguez, ni dieux, ni hommes. Brahman est un dans tous les êtres, et tous les êtres sont un en Lui. Ils sont comme les empreintes de ses pas, ses vestiges, par lesquels nous pouvons le trouver, le connaître. Il est plus près de nous, que quoi que ce soit (étant dans notre cœur . Il est la seul objet aimable. Celui qui n’aime que Lui, ne verra jamais périr l’objet de son amour... B ri h. Âr. Up. 1.4.
B. — 1. Celui qui habite dans tous les êtres, dont les êtres sont le corps, que les êtres ne connaissent pas, et qui pourtant les fait tous mouvoir par son impulsion intérieure, c’est lui le Brahman, le moteur universel, l’immortel... Brih.Ar.Up.III.7. — 2. Comme le lil sort de l’araignée, comme les étincelles sortent du feu, ainsi tous les souffles de vie, tous les mondes, tous les dieux, tous les êtres, sortent du Brahman. Son nom secret est, réalité de
Introduction. III. Les Upanishad.
la réalité; car Brahman est réel, et il est leur réalité à tous... Brih.Ar.Up. 11. t. — 3. Brahman s’enseigne par, non, non. On ne peut dire de lui, que, il n’est pas ainsi. Il est la réalité de la réalité. Car les objets perçus par les sens sont réels, et Brahman est leur réalité... Brih.Ar.Up. Il 3. — 4. Elle (l'àme universelle) ne peut être définie que par, non, non. Elle est incompréhensible, indestructible. Elle n’est point attachée, elle ne soutire de rien. Elle est, et ne peut pas périr... Brih.Ar.Up. IV .2.
C. — 1. U y a deux manières de connaître, l’élude et l’intuition. (Le Brahman ne peut être connu que par intuition.) Lui, qui ne peut être, ni vu, ni saisi; qui n’a, ni genre, ni espèce; ni yeux, ni oreilles, ni mains, ni pieds. Lui l’éternel, présent en tout, infini, impérissable; c’est Lui que les sages considèrent comme la source de tous les êtres. Comme le fil sort de l’araignée, comme les plantes sortent de la terre, comme les poils sortent du corps, ainsi tout sort de Lui qui est toujours. Par son effort, il produisit la matière primordiale, le germe, l’esprit, tout ce qui est réel dans tous les mondes... RI a ml. Up. 1. 1 . — 2. En vérité, comme des milliers d’étincelles jaillissent d’un grand feu et y retombent, ainsi tous les êtres sortent de Lui qui est toujours, et retournent en Lui... Il n’a pas de corps. Il est dedans et dehors. Il n’a pas été produit. Il n’a ni souffle, ni esprit. 11 est absolument pur (sans composition, sans distinction), et au-dessus de tout... De Lui sont sortis tous les souffles, tous les esprits, les facultés de percevoir et de connaître, l’espace, l’air, la lumière, l’eau, la terre qui porte tout... Il est la réalité intime de tout ce qui existe... De Lui sont sortis tous les dieux, les hommes, les animaux, les oiseaux, les souffles vitaux supérieurs et inférieurs. De Lui, les mers, les monts, les fleuves, les plantes... Lui est tout cela... Celui qui a compris, ô ami, que Lui est caché dans le creux de son cœur, celui-là a dénoué le nœud de l’ignorance... Muu d. Up. 11.1. — 3. Lui Brahman est la Personne suprême, qui veille en nous quand nous dormons... Tous les mondes sont contenus en Lui. Ceci est cela (tout est un)... Comme le feu un, est multiplié en apparence, par la multiplication des foyers; comme l’air un, paraît multiplié, en tant que souffle d’êtres innombrables; ainsi le Brahman un, qui est dans tous les êtres, paraît multiplié en eux i mais ne l’est pas en réalité)... Il n’est pas non plus souillé par leurs misères, pas plus que le soleil n’est souillé par les boues qu’il éclaire, parce que (tout en leur étant intérieur à tous en tant qu’àme particulière), il est extérieur à tous (en tant qu’àme universelle)... Il n’v a qu’un penseur absolu, lequel pense des pensées contingentes, dans des êtres multiples... A celui qui a compris cela, à celui-là la délivrance, à celui-là la paix éternelle, pas aux autres. La félicité consiste à savoir, que ceci est cela. Quant au mode de celle identité, il est incompréhensible. Dirai-je que les êtres sont Brahman la lumière, ou diraije qu’ils sont les rayons réfléchis de Brahman? je ne sais. Ce que je sais, c’est que toute lumière est sa lumière. Ceci est cela... Kdlh.Up.il. 5. 8. — 4. Qu’estce que Brahman? C’est ce qui, en nous, voit, entend, parle, pense, perçoit, connaît, veut, se souvient, aime, désire. Voilà Brahman... Or Brahman est Indra, est Prajâpati. Brahman est tous les dieux, les éléments, l’espace, les êtres innombrables, tout ce qui respire, tout ce qui est... Ait. Up. 11.6. 1 .
D. — Initiation ésotérique du jeune Brahme Svelaketu, par son père Uddâiaka (résumé). — Svetaketu ayant étudié sous un maître (ordinaire)
Introduction. III. Les Upanishad.
durant douze années, revint à la maison paternelle, et montra quelque vanité. Son père (Brahmane supérieur) lui demanda: Svetaketu, mon cher, que sais-tu de l’inconnaissable par lequel tout nous est connu? — Qu’est-ce que cela? fit le jeune homme. — Le père reprit: Par une motte d’argile, on connaît tout ce qui est en argile, car l’argile est la réalité commune de tous ces objets. Par un lingot d’or, on connaît tout ce qui est en or, car l’or est la réalité commune de tous ces objets. L'individualisation n’est qu’un nom, un effet du langage. Chaque être rentre dans une catégorie. Que sais-tu de Celui en qui tout est? — Rien, dit le jeune homme (qui n’avait reçu que l’enseignement exotérique ). Apparemment que. mon maître ignorait cette doctrine, car il ne m’en a rien appris. Veuillez me l’enseigner. — Le père dit: S^etaketu, mon cher, au commencement, il n’y avait que ce qui est, l’être unique, sans second. Certains disent que cet être sortit du non-être. Cela est impossible, le néant ne pouvant rien produire. Donc, au commencement, il y eut l’être, l’être unique, sans second. Il se dit, je veux me multiplier; et il produisit le feu, puis l’eau, puis la terre. Ensuite il s'introduisit dans ces trois éléments, lui l’âme vivante, et produisit les formes et les noms multiples 1 . Dans l'homme, un prolongement de l’âme universelle, est âme particulière; la terre, sous forme d’aliments, devient esprit; l’eau devient souffle; le feu devient faculté de parler^. Le lien vital retient l’âme particulière dans le corps, comme un oiseau attaché par un fil. Durant le sommeil profond, l’âme particulière se rétracte provisoirement dans l’âme universelle. A la mort, elle s’y retire définitivement. — Dans l’être universel, les êtres particuliers ne sont pas distincts. Tel du miel, recueilli atome par atome, par beaucoup d’abeilles, sur beaucoup de fleurs. Aucune molécule de ce miel ne peut dire, moi je suis tel miel. Mais toutes les molécules sont un miel. Ainsi, dans l’être universel, les êtres n’ont plus, ni individualité, ni connaissance particulière. Mais tous ont en Lui leur réalité. Car lui seul est toute réalité. Il est cela, et toi mon fils tu es cela (tu es un avec Lui)... Telle l’eau de tous les fleuves, qui conflue dans l’océan, s’évapore, se condense, et retourne à l’océan par tous les fleuves. Aucune molécule d’eau ne peut dire, moi je suis telle eau, tel fleuve. Mais toutes les molécules sont uue eau, un océan. Ainsi tous les êtres ont leur réalité commune dans l'être universel. Aucun n'existe séparément. Lui seul est toute réalité. Il est Lui, et toi mon fils tu es Lui .. Tel ce grand arbre. Tu peux le frapper, sans qu'il s'en ressente. Mais si Lui se relire d’une feuille, cette feuille sera morte S'il se retire «l’une branche, celle branche sera morte. S'il se relire «le l’arbre, l’arbre sera mort. Car l’arbre tout entier vit par Lui, qui est en lui. Lui ne meurt pas, mais l'être qu'il quitte meurt. Car Il est toute réalité. Il est cela, et toi mon fils tu es cela... Cherche, dans cette graine de figuier, ce qui la fera germer et croître. Cherche, dans cette eau, ce qui la rend salée. Tes yeux ne peuvent le voir. C’est Lui «jui, invisible, est dans la graine, dans l’eau, principe de la vie, cause de la salure. Lui, la réalité de tout. Il est cela, et toi mon fils tu es cela. — Par le réel, tout subsiste; sans lui, tout périrait. Soit un homme inculpé de vol. Il nie. On rougit au feu un fer de hache. Il doit le saisir. S'il a dit la vérité (qui est la réalité), la
1. Le Brahmane illuminé ne dit pas les êtres, mais les formes et les noms ; non qu’il nie la réalité entilative des êtres ( idéalisme); ce qu’il nie, c’est leur distinction réelle (advaila). — 2. Preuves: Le jeune prolongé hébète, donc les aliments produisant l’esprit. La vapeur s'élève de l’eau, donc l'haleine hnmide vient de l'eau. La parole est ag-ile, ardente, comme le feu.
Introduction. III. Les Upanishad.
réalité de sou dire le protégeant, il n’est pas brûlé, sa vie est sauve. S’il a menti, la non-réalité de son dire ne le protégeant pas, il est brûlé, convaincu et mis à mort (ordalie ). Ainsi, dans le réel et par le réel tout subsiste. Il est tout, et toi mon fils tu es un avec Lui. Tu as compris, je pense ... Chaud. Up. VI.
E. — Indra disciple (résumé). — Prajâpali dit: Celui qui a connu Brahman, celui-là a tout obtenu. — Les Devaset les Asuras entendirent cette parole. Teuant chacun une bûche 1 , le Deva Indra, et l’Asura Virocana, se présentèrent devant Prajàpati. Celui-ci les fit attendre durant trente-deux années, puis leur demanda: Pourquoi êtes-vous venus? — Ils dirent: On nous a rapporté de vous cette parole: celui qui a connu Brahman, celui-là a tout obtenu. Nous sommes venus, pour connaître Brahman. — Bien, dit Prajâpali, je vais vous le faire voir ; regardez dans ce bassin plein d’eau... Et, tandis que tous deux y regardaient l’image de leur corps: c’est là Brahman, leur dit Prajàpati. — Tous les deux s’en allèrent contents. De là vient que, jusqu’à ce jour, les Asuras (aborigènes dravidiens) n’estiment que le corps, et n’ont de soins que pour lui. — Cependant, avant qu’Indra eût rejoint les Devas, cette idée traversa son esprit: Si le corps est Brahman, donc, à la mort. Brahman péril; cela ne peut pas être... Il reprit une bûche, et retourna chez Prajàpati — Pourquoi es-tu revenu? lui demanda celui-ci. — Indra répéta son raisonnement. — Bien pensé, dit Prajàpati; dans trente-deux ans, je t’en dirai davantage. — Quand le temps fut venu, Prajàpati dit à India: Celui qui s’ébat dans les rêves, voilà Brahman (l’âme particulière, dans le cœur). — Indra partit joyeux. Mais, avant qu’il eût rejoint les Devas, cette pensée traversa son esprit: Celui qui s’ébat dans les rêves, éprouve parfois du plaisir, mais souvent aussi des craintes, des angoisses. Brahman souffrirait donc? Cela ne peut pas être .. Il reprit une bûche, et retourna chez Praj î pâli . — Pourquoi es-tu revenu? lui demanda celui-ci. — Indra répéta son raisonnement. — Bien pensé, dit Prajàpati; dans trente-deux ans, je t’en dirai plus long. — Quand le temps fut venu, Prajàpati dit à Indra: Le sommeil profond, sans images, sans rêves, voilà Brahman (rentrée provisoire, définitive après la mort). — Indra partit joyeux. Mais, avant qu’il eût rejoint les Devas, cette idée traversa son esprit: Cet état, ce n’est pas être; c’est ne plus être; c’est '.’anéantissement; comment serait-ce Brahman?.. Il reprit une bûche, et retourna chez Prajâpali. — Pourquoi es-tu revenu? lui demanda celui-ci. — Indra dit sa pensée. — Tu n’as pas bien compris, dit Prajâpali; reste ici cinq années encore. — Enfin Prajâpali dit à Indra: Le corps matériel est mortel. Dans ce corps habite le Brahman, qui est immatériel et immortel. Habitant dans le corps (comme âme particulière), il jouit et soutire, parce qu’il s’identifie mentalement avec le corps qui jouit et qui souffre. Dés qu’il est délivré de ce corps (redevenu ùme universelle), il ne jouit ni ne souffre plus, mais n’est pas anéanti pour cela. Au contraire, être paisible et indifférent, il est la Personne Suprême (utlama purusha). — Voilà comment Indra mit 101 années à connaître Brahman. Prajâpali le lui fit connaître, et Indra le fit connaître aux autres dieux'2... Chând.Up.VlIl 7 à 12.
4. Le disciple hindou doit entretenir le feu du foyer de son maitre. La bûche est l’insigne de son état. Au jour de son entrée sous le toit de son maitre. il se présente, tenant une bûche.
2. Le sens premier et précis du uirvûna, est clairement formulé dans ce texte.
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F. — Entrevue de Naciketas et de Yama (résumé). — Lejeune Brahmane Naciketas est allé au séjour des morts. Yama est absent. Personne ne le reçoit. Après trois jours, Yama rentre, s’excuse d’avoir fait attendre un Brahmane, et, par manière de réparation, promet de lui accorder trois demandes. Naciketas demande: 1° de revenir en vie auprès de son père. Accordé... 2° la manière exacte de construire l'autel du feu, qui donne l’immortalilé ( page 37).. Yama la lui enseigne. ..;3Ü de savoir au juste ce que devient l’homme après sa mort. «Car, sur ce point, les hommes discutent, les uns disant que le mort existe encore, les autres disant qu’il a cessé d'exister.» — Yama regimbe. «Ce sujet est difficile. N’insiste pas. Demande autre chose.» — Naciketas insiste. «Je ne demanderai pas autre chose. Je veux savoir ce qu’il y a dans l’au-delà, dans le monde caché. Tu as promis. Tiens ta parole! » — Yama admire d’abord que ce jeune homme se préoccupe tant de l’au-delà, alors que tant d’adultes et de vieillards ne songent qu’à la vie présente. Puis il le félicite de ne s'être pas tenu à la science exotérique du sacrifice. Enfin il lui révèle la doctrine ésotérique, et l'initie au Brahman. «Celui qui, en méditant sur son être présent, a reconnu l’être ancien, l’invisible, le Caché; celui-là est affranchi de la joie et de la douleur. Voilà que la porte est ouverte devant toi. Entre, ô Naciketas!.. Voilà le sommaire des Vedas, qui se résume dans l’invocation Orn!.. Celle syllabe désigne Brahman le Suprême. Celui qui la possède, possède le Tout... Brahman n’est pas né. Brahman ne meurt pas. Il est sorti de lien, et lien n’est sorti de lui (comme réalité distincte). Il a toujours été. Il est. Il sera toujours. ( En tant qu'àme particulière), il ne périt pas, quand le corps est tué. Quand celui qui lue, pense, je tue; quand celui qui est tué, pense, je suis tué; ils se trompent tous les deux. Personne ne tue, personne n’est tué (car le Brahman de tous les êtres est immortel). Plus petit que petit ( imperceptible), plus grand que grand ( infini ), le Brahman est caché dans le cœur de chaque être. Incorporel, il est dans tous les corps; immuable, il est dans tous les êtres changeants; infini, il est présent partout. Celui qui le connaît ainsi, celui-là a cessé de soufirir. On n’apprend à le connaître ainsi, ni par les Vedas, ni par l’étude, ni par le raisonnement. Car, étant un avec le sujet qui connaît, il n’est pas connaissable comme objet. Il est connu et atteint par cet acte de foi. je suis un avec lui (lequel acte de foi du disciple, s’appuie sur l'assertion indiscutée du maître, qui lui a révélé la doctrine ésotérique, le Brahman et l’advaila). — Il siège dans le corps, comme dans un char, dont l’esprit (faculté corporelle) est le cocher, dont les sens sont les chevaux, et qui court sur les sensations et les perceptions comme sur des chemins. A l’esprit, de guider l’attelage. S’il le guide bien, l’être obtiendra de ne plus renaître. — Au-dessus des sens, est l’esprit; audessus de l’esprit, est l’ûme particulière ; au-dessus de l'âme particulière, est l’âme universelle. Elle est l'Être, elle est Brahman, au-dessus duquel il n'y a rien. Il est l’apogée. Il est caché dans tous les êtres, invisible aux yeux du vulgaire, mais découvert par le regard perçant du sage. Celui qui l’a atteint, celui-là est délivré de la mort (car il sait que la mort n’est que la rétraction du particulier dans l’universel, qu'il n’avait jamais quitté). * Hath. Up. I. là 3.
G. — I Agni, le feu (chaleur animale), digère dans l’homme, consume la nourriture ingérée. Le son qu’on entend, quand on couvre ses oreilles, c’oit
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le ronflement du feu intérieur1 . Il se tait, aux approches de la mort... Brili. Ar.Up.V.9. — 2. A la mort, le corps se dissout. La parole rentre dans le feu, l’haleine dans l’air, la vue dans le soleil, l’esprit dans la lune; chair et os rentrent en terre, poils et cheveux dans les végétaux, les humeurs dans l’eau. Etc... Brih.Âr.Up.lII.2. — 3. Quand le sage a compris <|ue les sens ne sont pas l’âme, et que leurs opérations sont corporelles, alors il ne se préoccupe plus de leurs divagations. Ni de celles de l’esprit, supérieur aux sens (mais lui aussi corporel )... KJth.Up.il. 6. — 4. L’esprit (faculté corporelle) est produit par Brahman (l’âme particulière) comme son ombre, (dans la matière)'2... Prasna Up. III. — 5. Comme un cheval est atte!é à un char, ainsi l’âme particulière est attachée au corps (par le souffle vital). Chând.Up.Vlll.12. — 6. L’immortel est uni au mortel. Le corps est mortel, mais le Brahman ( particulier, l’âme particulière) est immortel... Ait. Up. II. 1.8. — 7. La lumière pénètre par l’œil, mais celui qui voit, c’est Brahman. Les odeurs pénètrent par le nez, mais celui qui sent, c’est Brahman. La parole retentit aux oreilles, mais celui qui entend, c’est Brahman. Celui qui comprend, qui pense, c’est Brahman ; l'esprit est son organe... Chaud. Up. VIII. 12. — 8. Les hommes ne vivent pas par le souffle supérieur et inférieur. C’est Brahman qui émet ces souffles. Nous vivons par un autre, qui vit en nous... Kath.Up.il. 5. 3,5. — 9. Le corps, que les sens tirent de côté et d’autre, comme cinq chevaux attelés à un char; le corps dans lequel la réalité de toute réalité [ Brahman ) réside, est un (quant à cette réalité) avec les dieux, avec l’univers entier... Ait. Up. 11. 3. 8.
H. — 1. Il y a deux Brahmans, celui qui est pris dans la matière, et celui qui est immatériel (libre de toute matière); celui qui est dans 1rs mortels, et celui qui est immortel; celui qui est (sat), et l’autre (tyad, ce qui n’est pas réalisé, les possibles)... Brih.Âr.Up.11.3. — 2. Om, c’est Brahman. Om, c’est tout. Om, c’est la profession de foi (au Brahman, équivalente à la formule: ceci est cela)... Taitt.Up.1.8. — 3. Le Brahman de l’homme, le Brahman du soleil, sont un seul et même Brahman. Celui qui sait cela, quand il (qui tte ce monde, entre dans le Brahman, qui est aliment, souffle, esprit, bonheur universel... Taitt.Up.II.8.
I. — 1. L’âme universelle est comparable à l’espace infini. L'âme particulière est comparable à l’espace contenu dans un pot. Le pot, c’est le corps. Cette comparaison montre ce qu’il faut entendre par naître et mourir. Quand le pot est brisé, que devient l’espace contenu dans le pot? Il rentre dans l’espace infini (dont il n’avait été distingué qu’accidentellement ). Ainsi, à la mort, l’âme particulière rentre dans l’âme universelle (dont, à proprement parler, elle n’était pas sortie, par son individualisation accidentelle, à la naissance'... Mandfikya-Kârikâ III. 3. — 2. Le non-né (Brahman) habite dans la ville aux onze portes 3 . Pour celui qui l’a atteint, il n'est plus de souffrance (dès en cette vie). Il est délivré, il est libre. Car il sait que ceci est