‹ Bouddhisme chinoisChapitre 6 sur 185 · Le murmure du flux artériel · texte numérisé non relu

Le murmure du flux artériel

2. Et pourtant, c’est cet esprit qui rend à l’âme la conscience du soi, dans le syslème des l’pauisliad. (’.’«s! là manifestement le point le plus faible de cette philosophie. Aussi, pour toutes les écoles postérieures, le pm do iv gnosiologique passera au premier plan.

3. Le corps. Les onze portes, ou orifices, sont: I fontanelle, 2 yeux, 2 oreilles, 2 narines, 1 bouche, le mou bril, l’urèthre, l’anus; total onze. Dissertations interminables des Ta listes chinois sur ce thème.

Introduction. III. Les Upanishad.

cela... Kâth.Up. 11.5.1. — 3. Dans le cœur habite le grand Être. En Lui, tout ce qui est, a son centre. Il est l’Adorable, l’Excellent, l’inconnaissable. Etant plus petit que petit, il supporte tous les mondes, lui le Brahman indestructible. C’est Lui qu’il te faut viser, ô mon ami ! Prendscet enseignement sœcret comme arc, ton désir comme flèche; vise à l'Être qui est, et tu l’atteindras Et quand ta flèche sera fichée dans la cible (quand ton désir aura atteint l’être universel ), tu seras un avec Brahman. Le ciel, la terre, l’esprit, les sens, tout est tissu de sa substance. Connais- le et néglige le reste. Pense de ldi, Om, qu’il est, et tu seras sorti des ténèbres... Logé dans la cité de ton cœur, comme esprit ‘il te guide, comme aliments il te nourrit. Tous tes liens seront brisés, tous tes doutes seront résolus, tu renonceras à toutes les œuvres, du moment que tu l’auras atteint. Lui qui est cause et effet en tout. 11 est la lumière, Il est la lumière des lumières, toute lumière vient de Lui... Mund.Up.il. "1.

.1. — 1. Quand l’immatériel (le Brahman) qui habitait dans le corps, a quitté ce corps, que reste-t-il (de l’homme)?.. Ceci est cela (il est rentré dans le tout)1 ... Kâth.Up 11.5. i. — 2. L’âme particulière se fond dans l’âme universelle, comme l’eau pure versée dans l’eau pure (sans trace de distinction)... Kâ h. Up. II. 4. 15. — -3. Quand ils vous demanderont: La cité du Brahman (le corps); et. dans celte cité, le palais, le lotus du cœur; et, dans le cœur, le petit espace intime; que contiennent-ils de remarquable?.. Répondez: Grand comme tous les espaces (infini), est l’espace dans le cœur (que vous appelez petit). 11 contient le ciel et la terre. Il renferme tout ce qui est, tout ce qui fut, tout ce qui sera (car il renferme l’être universel), — - Quand ils diront: Si tout est contenu dans le corps, dans le cœur, que restera-t-il de tout, quand le corps et le cœur auront été détruits par la vieillesse et la mort?.. Répondez: Quand le corps vieillit. Brahman dans le cœur ne vieillit pas. Quand le corps meurt, le Brahman du cœur ne périt pas. Car la vraie cité du Brahman (âme particulière), ce n'est pas le corps; c'est le Brahman (l’âme Universelle). C’est en Lui que réellement tout est contenu. Lui, ni la vieillesse, ni la mort, ne l'atteignent... Cbând.Up.VlII .1.

K. — 1. Le poucet dans le cœur, l’âme vivante, n'est ni masculine, ni féminine, ni neutre. Elle habile, temporairement, dans tel corps (masculin ou féminin )... S et Up. V. K). — 2. En vérité, celui qui connaît l'enfançon, sa maison, sa chambre, sa couche, son lien, celui-là est à Babil des (illusions des) sept ennemis. En vérité, l’enfançon, c’est le vivant intérieur (l’âme particulière). Sa maison, c’est le corps; sa chambre, c’est la tête; sa couche, c’est le souffle vital; le lien qui l’unit au corps, c’est l’alimentation. Les sept ennemis sont les sens (sept orifices de la tète, vue, ouïe, odorat, parler)... Brih.Âr.Up.11.2 — 3. Le seigneur immense, l’auteur de l’existence ( l’âme universelle), habite, grand comme le pouce (âme particulière), danslecœur, et est connu par l'esprit. Il contient tout l'univers, et le déborde de toute part. Il est tout ce qui a été, tout ce qui est, tout ce qui sera. Ses mains, ses pieds, ses yeux, ses oreilles, sont partout; il embrasse tout l’univers, lui le maître et le refuge de tous et de tout. Enfermé dans la cité aux neuf portes

1. Le Brahman particulier immatériel ayant perdu son individualisation par sa rentrée dans le Brahman universel, et la matière réelle des corps étant une sorte de fonds commun qui sert tantôt à l’un tantôt à l’autre transiloiiemeut, il ne reste eu effet, après la mort, aucun individu, ni immatériel, ni matériel.

Introduction. III. Les Upanishad.

(le carps)» l’oiseau (l’âme particulière) voltige au. dehors (durant le sommeil), lui l’auteur de tout ce qui se meut ou repose. Saisissant sans mains, marchant sans pieds, voyant sans yeux, entendant sans oreilles, il connaît tout et n’est connu (entitalivement et adéquatement) par personne. Ou l’appelle, le Premier, le Principe, le grand Etre, la Réalité. Plus petit que petit, plus grand que grand, il est caché dans le cœur de l’homme. Celui qui s’est défait de tout souci, entrevoit son immensité.. Impérissable, l’Un primordial, la réalité de tous les. êtres, est infini et présent partout,, non-né et éternel... Svet. Up. III.

L. — 1. Dans le profond sommeil, le souffle, la parole, l’esprit, tout se ramasse. L’âme particulière est alors concentrée dans le vide du cœur... B ih. Âj.Up.II.1 . — 2. LeRrabman particulier, est comme un oiseau dans le cœur... Ait. Up. 111.1 .6. — 3. Quand l'homme dort profondément, il veille, lui l’oiseau d’or, l’oiseau solitaire... Brih.Âj\Up.lV.3., — 4. Celui qui est dans Je cœur, c’est le Lumineux, le Connaissant. Quand cet être naquit, Lui, en s’unissant à son corps, s’est uni. à toute sorte de maux. A son départ, à la mort, il les laissera tous... L’âme particulière a trois états: son état d’étre retirée définitivement dans l’àme universelle, son état de veille dans l’être éveillé, et son état de concentration dans le profond sommeil.1 . Dans ce dernier état, elle s’illumine de sa. propre lumière. Avec des matériaux pris dans lemondeextérieur, elle construit, elle agence, elle défait. Dans ses visions, il. y a des chars, des chevaux, des plaisirs divers. Tout cela n'est pas réel. C’est elle qui a rêvé tout cela. Les lacs, les rivières qu’elle voit, elle en est l’auteur. Elle plane, dans le sommeil, elle, l’oiseau d’or. N’éveillez pas brusquement un homme qui dort ainsi-2, car son âme pourrait ne pas avoir le temps de rentrer, ce qjui serait irrémédiable... Bçih.Âr.Up.IV.3. — 5. Comme le soleil, à son coucher, ramasse tous ses rayons dans son disque, ainsi l’âme (individuelle) rentre en elle-même toutes ses facultés, durant le sommeil... L’inspiration et l’expiration, sont l’oblation du matin et du soir de l’âme... Chaque nuit, durant le sommeil (profond), elle retourne en Brahman... Draina Up. IV. — 6. Tout ce qui nous concerne et nous touche, ce que nous avons et ce que nous n’avons pas, nos vivants et nos morts, tout cela, nous le trouverons dans le Brahman, dans uoire cœur, si nous savons y. descendre. Pour le grand nombre, cette vérité est voilée. Tels des hommes qui passeraient et repasseraient sur un trésor enfoui, sans jamais se douter de son existence. Ainsi la plupart des hommes se retirent chaque nuit dams le Brahman. ( universel ) durant le sommeil, et en reviennent au réveil, sans le découvrir jamais, parce qu’il est voilé pour leur intelligence par l’illusion de la vie. Le Brahman (particulier) est dans le corps. Il est celui qui habite dans le cœur. Il se retire du corps à la mort. Il ne meurt pas. Il ne craint rien. Son nom est Réalité... Chaud. Up. VIII. 3;

M. — 1. 11 sort du cœur 101 canaux. L’un d’eux communique avec la grande fontanelle. S’élevant parce canal, l’homme ( l’âme particulière) rejoint l’Immortel (l’âme universelle)... Chând.Up.VIlI.6. — 2. Les 1 0 1 vaisseaux

1. D’autres textes distinguent plus nettement la concentration de l’Ame particulière dans le cœur durant le sommeil léger ( alors elle rêve ), et sa rétraction dans l’àmc universelle durant le sommeil profond (alors apathie totale). — 2. Comparez mon Folk-lore chinois 1.

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sortent du cœur, allant dans toutes les directions. L’un d’eux communique avec la fontanelle. C’est par là, qu’à la mort, l’homme monte dans l’immortalité... Le poucet logé dans le cœur, le Brahman interne (l'àme particulière), s’étire (par cette voie) comme la moelle tirée d'un roseau ( le roseau vide est le corps mort)... Kâ.h.Up 11.6.16 seq. — 3. Montant du cœur par la trachéeartère 1 * , l’àme particulière arrive dans le gosier. La langue hermétiquement appuyée contre le palais l’empêchant de sortir par la bouche^, elle s’élève, (sort par la fontanelle), et rentre dans le Brahman, perdant la notion du soi, et, avec cette notion, le sens de la joie et de la peine. Elle obtient ainsi l’état solitaire (ne connaissant plus d’objets distincts)... Maitr.Up.VI.

N. — 1. Pour celui qui a embrassé le Brahman, dans cet embrassement, tous ses désirs sont remplis, il n’en peut plus concevoir d’autres, Brahman étant devenu son désir, auquel aucun désir autre ne peut plus se mêler. Pour lui, plus de père, de mère, de mondes, de dieux, de Vedas. Mus de castes diverses. Plus de bons et de méchants, plus de bien ni de mal. Il est au-dessus de tout ce qui émeut le cœur. Il regarde sans voir, n’ayant plus d’objet à voir. Il pense sans connaître, n'ayant plus d’objet à connaître. Tant qu’on a un objet, on n’est pas uni à celui qui, étant tout en tout, et étant Sujet (de toule connaissance), fie peut pas être Objet (connu). Une immensité une et homogène, sans dualité, sans distinction aucune, voilà le Brahman... Brili. Àr. Up. IV. 3. — 2 Quand le voyant a entrevu l’auteur de tout, alors, devenu sage (illuminé), il secoue le bien et le mal (la distinction du bien et du mal), il atteint l’unité suprême. . La vérité est la voie qui conduit a Lui, à la réalité unique... Il est atteint par la pensée calme, par l'intuition qui l'appréhende comme l’Unité sans parties... Que tout homme qui désire le bonheur, se donne comme disciple au maître qui connaît Brahman, et qui lui apprendra à le connaître. . .Muntl.Up.lll. 1 — 3. Celui qui a connu Brahman, n’est plus inquiété par ces pensées: j'ai commis tel mal! j’ai omis tel bien!.. Il ne craint plus rien. Il est délivré, il est libre3... C’est là l’enseignement secret*... Taitt Up 11.9. — i. Brahman est infini. Il est en bas, en haut, derrière, devant, à droite et à gauche. Il est tout ce qui est. Celui qui, ayant compris cela, met en Brahman toutes ses complaisances, celui-là est devenu son propre maître, celui-là est délivré. Les autres sont captifs, et resteront (renaîtront) dans ce monde changeant... Quand Brahman a été connu, quand cette connaissance est devenue ferme, alors tous les liens sont rompus... Chând Up. VIII. 1. — 5. Quand le Brahmane a connu Celui qui est au-dessus de la faim, de la soif, de la peine, de la passion, de la vieillesse et de la mort; quand il a cessé de désirer des fils, des richesses, le monde des pères et celui des dieux; quand il vise à plus haut que tout cela, alors qu’il se fasse mendiant. Que, renonçant à l’étude, il s’applique à l'intuition de l’être unique. Qu’il se fasse solitaire coutemplatif, et, par l’intuition simple, il deviendra Brahmane parfait (un avec Brahmaoj... Brih Âr. Up. 111. 5.

1. Les Chinois croient encore que la trachée conduit l’air dans le cœur, sans pouvoir expliquer comment, la structure de l’éponge pulmonaire, et la fixation île l'oxygène par l'hémoglobine, leur échappant — 2 Dans la médi ai ion qui doit cum entrer l’âme dans le cœur, la langue est tenue dans celle position, pour empêcher toute esca-

pade de l’âme par la bouche. — 3. Il n’est pas jusliGé, mais unifié. Par suite de celte union, plus de sanction

pour lui. donc plus de crainte. — i. Certains ont osé dire, que le délivré peut tout faire impunément. D’autres lui nmseillent de sc bien conduire, de peur de retomber dans l’illusion. Pour les uns, l'illumination une fois arquise, ne se perd plus, et rend l’homme impeccable Pour les autres, elle peut être perdue, l’homme restant peccable.

Introduction. JIT. Les Upanishad.

O. — Testament de Yâjnavalkya. — « Yajîiavalkya, le célèbre Brahmane, avait deux femmes, Maître) ï et Kâtyâyani. Maitreyi était d'une intelligence supérieure. Kâtyâyani n’avait qu’une intelligence de femme ordinaire. Etant devenu vieux, Yâjnavalkya résolut de quitter sa maison, et d'aller finir ses jours dans la forêt, comme contemplatif solitaire (selon l’usage des Brahmanes supérieurs). Il parla donc à .Maitreyi, en ces termes: Maitreyi, je vais quitter la maison, pour me retirer dans la forêt. Avant de partir, je veux paitager mon avoir entre toi et Kâtyâyani. — Mon seigneur, répondit Maître)!, toutes les richesses de la terre me donneront-elles l’immortalité? — Non, dit Yâjnavalkya ; les richesses donnent l’aisance; elles ne donnent pis l’immortalité. —Alors qu’eu ferais-je? dit Maitreyi. Laissez-moi. pour ma part, votre science de l’immortalité. — Je t’aimais, femme, dit Yâjnavalkya. Je t’aime davantage, pour cette parole. Assieds-toi, écoule, et comprends bien ce que je vais le dire. . Un époux ne doit être cher, que pour le Brahman qui est en lui. Une épouse ne doit être aimée, que pour le Brahman qui est en elle. Des enfants ne sont aimables, que pour le Brahman qui est en eux. Richesses, noblesse (caste noble), tout eela n’est aimable, que pour le Brahman qui est dedans. Les mondes, les dieux, les Vedas, tous les êtres ne sont aimables, que par le Brahman qui est en eux. Il est en tout, sans qu’on le voie, sans qu’on l’entende, Lui qui est tout. On ne saisit pas le son du tambour en lui-même, mais on remonte, par le son et le tambour, à celui qui l’a battu. Ou ne saisit pas le son de la trompette en lui-même, mais ou remonte, par le son et la trompette, à celui qui l’a soufflée. Ainsi de Brahman, Tins isissable ; on remonte, par tous les êtres, ses instruments, à Lui qui fait exister et agir tout ce qui est. Telle une fumée épaisse s’élève d’un combustible humide, ainsi tout ce qui existe est sorti du Brahman ( Brahman est le feu ; la vapeur d’eau, c’est la matière; l’un dans l’autre, c’est la fumée épaisse). Comme les eaux réunies dans la mer n’admettent aucune distinction, comme le sel dissous dan.s l’eau n'admet aucune distinction, ainsi Brahman existant dans tous les êtres n’admet aucune distinction. J’ai fini, Maitreyi, dit Yâjnavalkya. — Ah! dit-elle, je suis toute troublée ; je ne le comprends pas ! — Pourquoi te troubler? ma chérie, dit Yâjnavalkya. On ne le comprend pas, on le conçoit. Comprendre, suppose une dualité. Ou ne comprend, que ce qui n’est pas soi. Or Brahman est un avec notre intelligence. Comment serait-il objet connaissable, Lui qui est sujet connaissant? Il est incompréhensible, il est impérissable, il est sans attaches, il ne souffre ni n’erre. Nous ne pouvons dire de lui que, non, non. Comment, chérie, se comprendrait-il, Lui le comprenant? Te voilà instruite, ô Maitreyi. (Savoir que tu es un avec Brahman), voilà l’immortalité. — Et Yâjnavalkya gagna les forêt.-., pour y finir ses jours. » Brih.Âr.Up.ll.i, et IV. 5.

P. — Contemplation. — «Assis dans un endroit agréable et solitaire, tenant sa tête élevée et son buste dressé, le sage concentre sa pensée sur son cœur, immobile, réduisant autant que possible le nombre de ses respirations, il inspire et expire lentement et doucement, par les narines, la bouche étant bien close. Surtout il retient son esprit ( imagination ), ce char attelé de chevaux lougueux (les sens)... Dans cette concentration profonde, il éprouvera d’abord des visions sensorielles confuses, de brouillard, de feu, de vent, d’éclairs fulgurants, de lampyres volants, qu d’une lumière douce comme celle qu’émettent le cristal ou la lune. Puis il percevra les impressions supérieures abstraites, correspondantes aux cinq sens; odeur, goût, couleur, son,

Introduction. 111. Les Upanishad.

tact transcendants, n’émanant d’aucun objet distinct. Enfin, comme dans un miroir, jadis poussiéreux, maintenant net, il verra sa vraie nature, son identité avec Brahman. Ayant connu Brahman, le non-né, l’éternel, celui qui dépasse tous les êtres, il est délivré de tout lien (de désir, par la satisfaction de tous ses désirs dans celte unique connaissance). Brahman remplit tous les espaces. Il est le germe originel de tous les êtres, il est le sein d’où ils sont tous sortis. Il est né, il naît, il naîtra sans cesse (dans des êtres successifs). II est derrière tout (caché en tout), non vu, mais voyant tout. A Lui qui est dans le feu, dans l’univers entier, dans les plantes, dans les arbres; à Lui seul soit hommage! » Svet.Up.lî.

Q. — 1. Les hommes croissent comme l’herbe; comme l’herbe ils renaissent... Kalh.Up.I. I . — 2. Ce sont les désirs attachés à autre chose qu’au Brahman, qui causent la succession des existences. Si les désirs de tous les hommes étaient fixés en Brahman, tous seraient délivrés... Mailr.Up. VI. —

3. Après la mort, les uns vont reprendre un corps nouveau dans le sein d’un être organique, les autres vont dans la matière inorganique, selon la nature de leurs œuvres et le degré de leur connaissance... KailuUp.il. 5. 7. —

4. Comme l’ànie retirée et concentrée durant le sommeil, s’étendant de nouveau dans le corps, le réveille... Ainsi, après s’être retirée définitivement de ce corps à la mort, l’àme s’étendra à de nouveaux êtres, les appelant à la vie 1 ... Biih.À»\Up.lV.3.

H. — 1. Quiconque n’a pas connu Brahman avant la dissolution de son corps, celui-là renaîtra dans un nouveau corps... Kâ h. Up. 11.6. — 2. Si un homme connaît le Branman ici-bas, il a atteint ia fixité (ne renaîtra plus). Sinon, il renaîtra encore. Le sage qui, après avoir bien réfléchi sur toutes choses, a reconnu le Brahman, devient immortel, à son départ de ce monde (par sa rentrée en Brahman)... Kena Up. II. —3. Ceux qui quittent ce inonde (sans avoir connu Brahman), vont dans la lune. Ils jouissent d'abord dans la partie éclairée, puis sont renvoyés sur la terre par la partie obscure. Oui, eu vérité, la lune est la porte de rentrée en ce bas monde. Redescendus sur cette terre, selon leur conduite antérieure, selon le degré de la connaissance qu’ils ont acquise précédemment, ils renaissent, vers, insectes, poissons, oiseaux, lion, sanglier, serpent, tigre, enfin homme, successivement, en divers lieux... Kaush.Up.1.3. — 4. Ceux qui auront fait des offrandes, sans arriver à la connaissance du Brahman, iront, après la mort, dans les mondes ténébreux des Asuras... Celui qui considère tous les êtres dans le Brahman, et le Brahman dans tous les êtres, celui-là est un avec Lui. Qu’est-ce qui pourra encore troubler celui qui aura compris que Brahman est toutes choses? Oui, le Brahman renferme tout, lui, le Voyant, le Sage, présent partout, existant par lui-même, il a tout disposé pour des années éternelles... Yâj S.Up. — 5. Celui qui a encore des désirs, renaîtra, à cause de ces désirs, ici et là (diverses fois). Celui dont tous les désirs sont éteints dans la connaissance du Brahman,

1. Elle deviendra l’àme de nouveaux êtres... Ceci s'entend de- Pâme qui, n’ayant pas connu Brahman, n’est pas absorbée après la mort, et reste individuelle, pour renaître. Mais par quoi cette Ame est-elle individualisée, tandis qu’elle jouit de ses mérites, alors qu’elle a déposé la matière du corps précédent, et n’en a. pas encore repris de nouvelle? Par son ignorance? Par ses désirs déréglés? . C’est là un point faible, dans les Upanishad. Par un corps#sublil , une sorte de fourreau fait de matière très ténue, sera-t-il dit dans les systèmes postérieurs.

Introduction. III. Les Ufjanishad.

ne renaîtra plus. L’ayant atteint, Lui qui est en tout, et ne voulant que Lui , le sage se perd en Lui. Comme une rivière qui s’est jetée dans la mer, perd sa forme et son nom. Ainsi celui qui a connu le Brahman suprême, n’est plus lui, mais Brahman... Mund.Up.lll.2. -*• (i. Si un homme quille ce monde sans avoir connu son véritable avenir ( Brahman ), Brahman n’ayant pas été connu par lui, ne le recevra pas, après sa mort. S'il a appris les Vedas et fait des bonnes œuvres, il n’en jouira que pour un temps (puis rentrera dans la roue des métempsycoses). Celui-là seul, qui sait du Brahman qu’il est tout, obtiendra de Lui que son désir (de rentrer en Lui) soit comblé... L’homme est du monde qui répond à ses œuvres. S’il sacrifie, il est du monde des dieux. S'il fait des offrandes, il est du monde des Mânes» S’il travaille pour les hommes, il est du monde des hommes. S'il s’occupe des animaux, il est du monde des animaux. (Si tous ses désirs sont en Brahman, il est Brahman.).. Brih.Âr.Up. 1.4.

S. — 1. 'Ârtabhïga demanda: O Ÿaj naval kya, quand la parole d'un mort est rentrée dans le feu, son haleine dans l’air, son pouvoir visuel dans le soleil, son esprit dans la lune, son corps en terre, ses poils dans les herbes, ses cheveux dans les arbres, ses humeurs dans l’eau; alors, où va sa personne, son âme? — Viens mon ami, dit Yâjnavalkya, en le prenant par la main; je ne puis pas te répondre devant ceux-ci (assistants imbus de la doctrine exotérique, incapables de comprendre l’explication ésotérique ) . Et l’ayant conduit dehors, ils parlèrent des œuvres bonnes et mauvaises, du mérite et du déméiile, qui tiennent l’homme engagé dans la roue des renaissances, et l’empêchent d’arriver à la délivrance (laquelle consiste dans l’intuition du Brahman). Et Ârlabhâga fut satisfait.» Brih.Âr.Up. III. 2. — 2. « Ceux qui ont fait des offrandes, des aumônes, toute sorte de bonnes œuvres, s’élèvent avec la fumée de leur bûcher, dans l’espace, jusqu’à la lune. Là ils jouissent, jusqu’à ce que le mérite de leurs bonnes œuvres soit entièrement consumé. Alors ils redescendent sur la terre, avec la pluie qui tombe du ciel, et renaissent herbes ou arbres. Dans la succession des existences, ceux qui ont été bons, retrouvent bientôt un corps d’homme. Mais ceux qui ont été méchants, renaissent dans des corps de bêtes, chiens, porcs, etc.1 » Chànd Üp.V.lO. — 3. «A la mort» l’âme (qui a acquis des mérites, mais qui n’a pas connu Brahman ' s’élève de cKte terre au vent, qui s’entr’ouvre pour la laisser passer. Elle arrive au soleil, qui s’entr’ouvre pour la laisser passer. Elle arrive à la lune, qui s’entr’ouvre pour la laisser passer. Elle arrive au haut des deux, là où il n’y a point fie peine. Là elle reste de longues années (pour redescendre ensuite dans une nouvelle existence). » Brili Âr.Up.V 10 — 4. «Ceux qui ont connu Brahman parfaitement, montent de la flamme du bûcher, à la lumière, chez les Dieux, au soleil, au monde de Brahman, où ils séjournent glorieux-. Pour ceux-là, il n’y a pas de retour (métempsycose’... Ceux qui ont fait des offrandes, des aumônes et des austérités (sans arriver à la parfaite connaissance), ceux-là montent de la fumée du bûcher, à la nuit, chez les Pères, à la lune. De là, quand ils ont fini de jouir de leurs mérites, ils redescendent sur la terre, à travers l’espace, avec

I; Tout ce texte très ancien, datant du septième siècle au plus tard, cent ans au moins avant Pythagorc, s’entend de ceux qui n’ont pas connu Brahman. — i. Dans ce texte, qui diffère de tousles autres, l’absorption en Brahman fait place à uue sorte d’apothéose ; premier pas vers le théisme a Vec paradis de certaines sectes modernes.

Introduction. III. Les Upanishad.

la pluie, pour renaître hommes; et ainsi de suite, sans fin... Quant à ceux qui n’ont eu de Brahman aucune connaissance, ils renaissent, vers, reptiles ou oiseaux. » Brih Ar.Up.VL2.

T. — 1. «Celui qui met des différences, des distinctions, entre les êtres ( les considérant comme des individus réellement distincts), celui-là roulera de mort en mort (de naissance en naissance... métempsycose... parce qu'il n’a pas encore reconnu l’unité universelle en Brahman). La vérité est, que ceci est cela (chacun est tout, tout est un). Grande comme le pouce, Lame particulière (participation, terminaison de l'âme universelle) est dans le cœur, feu sans fumée, indépendante de la succession des temps, du passé et du futur. (Elle est toujours, comme lïime universelle, dont elle est une terminaison.)» K ah. Up. 11. 4. — 2. «Tout ce qui a été produit sur celle terre, par les efforts des êtres individuels, tout cela périt, y compris les bonnes œuvres et le fruit des offrandes. Tous ceux qui quitteront cette vie, sans avoir découvert le Brahman, sans avoir désiré s'abîmer en Lui, ne trouveront de repos dans aucun monde. Tandis que ceux qui quitteront celte vie après avoir connu le Brahrnan et voulu s'abîmer en Lui. seront délivrés et libres dans tous les mondes... Celte connaissance tient lieu du sacrifice, de l’offrande, du jeûne, du silence, de la solitude, de toutes les formes d’abstinence. Par elle seule on atteint le Brahman, et non par les austérités... Le soleil est la porte du monde du Brahman. Ceux qui le connaissent, y trouvent accès. Ceux qui ne le connaissent pas, en sont exclus. » Ch înrt. Up. VIII. 1.5, G. — 3. «Voilà longtemps qu’on offre les sacrifices, que les poètes ont décrits dans les Vedas. Offrez- les avec soin. Ils vous conduiront au monde où sont rétribuées les bonnes œuvres (voila renseignement exotérique)... Mais, en réalité, pour le grand passage, le sacrifice n’est qu'un bac fragile. Et fous sont ceux qui disent, que c'est là le meilleur moyen. Insensés, ils rouleront de vie en vie, de mort en mort. Aveugles vaniteux, .qui vous offrez à guider d’autres aveugles, alors que vous tâtonnez dans les ténèbres! Enfants inintelligents, contents de vos hochets, parce que vous n'en savez pas plus long!.. Tous ceux qui considèrent les sacrifices et les oblations comme l’œuvre suprême, jouiront il est vrai de leur récompense dans les cieux; mais celle récompense ne sera (jue temporaire. Ils relo nberont ensuite en ce monde, et peut-être plus bas (voilà l’enseignement ésotérique)... Brahmane qui n’as acquis jusqu’ici que le savoir vulgaire, sache que l’éternel ne se gagne pas par des œuvres temporelles. Prends la bûche (redeviens disciple), et cherche un maître qui possède et veuille t'enseigner la science secrète, la réalité éternelle, le Brahman. » Muh.L Up. 1.2.

U. — «L'âme particulière dans le corps, est comme une goutte d’eau sur une feuille de lotus 1 . Elle est prise dans la matière comme dans une gangue. Ainsi prise, elle se trouble, elle perd conscience de son unité avec l’âme universelle, elle s’illusionne jusqu’à dire, je suis un tel, ou. ceci est à moi. Cette illusion l’enveloppe, comme le filet enserre l’oiseau. Le fruit de ce qu'elle a fait dans cette illusion, le bien et le mal, pesant sur elle, elle renaît flans une série de naissances heureuses ou malheureuses, montant et descendant sans cesse.» Maitr.Up.lll.

1. La feuille du lotu» étant couverte d un enduit cireux, l'eau n’y adhère pas L’âme est dans le corps, mais n’y adhère pas.

Introduction. III. Les UpanisJiad.

V. — «Celui qui aura compris l'évolution des êtres, montera lui-même dans l’échelle des êtres. Les minéraux existent seulement. Les végétaux produisent des sucs. Les animaux ne connaissent que la faim et la soif; ils ne peuvent, ni parler, ni prévoir, ils n’en savent pas davantage, étant nés dans le degré de savoir acquis durant leur existence précédente. (C’est seulement durant l’existence humaine, qu’on peut s’élever dans l’échelle). L’homme naît doué de savoir, et eu lui le savoir peut être développé. Il peut parler et prévoir. De ce qui est mortel, il s’élève au désir de l’immortalité. Ainsi est-il fait. » Ait. Up. II. 3. 2.

X. — « Quand la mort approche, l’âme se retire dans le cœur. Ayant abandonné les sens corporels, elle cesse de voir, d’entendre, de parler, de penser, de connaître. Eclairée par une sorte d’incandescence intérieure, elle quitte le corps par sa voie 1 . Dès qu’elle est partie, les esprits vitaux se dissipent, et la conscience du moi cesse Quant à elle, l’âme (de celui qui n’a pas connu parfaitement Brahman), elle recommence une nouvelle existence, dans un corps nouveau. Telle une chenille, qui a arpenté une feuille d’un bout à l’autre, passe sur une autre feuille qu’elle arpentera encore d’un bout à l’autre, et ainsi de suite. Tel un orfèvre, qui refond un ancien objet en or, pour en faire un objet en or nouveau. Ainsi l’âme change d’habitat, de forme, selon ses œuvres, les bonnes œuvres lui procurant une forme meilleure, les mauvaises lui en valant une pire. L’acte suit le désir, et la sanction suit l’acte; ce que l’homme a fait, il le récoltera (dans ses existences futures). Après avoir reçu sa récompense temporaire, il reviendra en ce monde des œuvres et du mérite. Ainsi en est-il de celui qui, à sa mort, avait encore divers désirs... Mais celui qui ne désire plus autre chose, celui dont les désirs sont concentrés sur le Brahman unique, celui-là, étant Brahman, retourne à la mort en Brahman. De là l’adage ; quand tous les désirs sont éteints, le mortel devient immortel et atteint le Brahman. Il quitte son corps, comme le serpent se dépouille de sa peau. Sortie du corps, son âme est lumière, est Brahman. Voilà l’étroit et antique sentier, par lequel les sages qui savent, montent vers la délivrance. Celui qui sait qu’il est Lui, pourquoi désirerait-il revivre?... Il faut arriver à cette connaissance durant la vie. Autrement des peines (existences) nouvelles suivront. Lui, lumière de la lumière, autour de qui roulent les temps, les dieux l’adorent comme le Présent éternel. Lui en qui l’espace et tous les êtres sont, lui vie de la vie, œil de l’œil, esprit de l’esprit, il est l’ancien l’originel Brahman. 11 est un, et connaissable par intuition seulement, non par preuve ou raisonnement. Quiconque met en Lui une distinction quelconque, roulera d’existence en existence (car il l’a mal connu). Ne lui donne/, pas de noms divers; vous fatigueriez en vain votre langue. Il est Brahman, le non-né, l’auteur de tout. Les bonnes œuvres ne le grandissent pas, les œuvres mauvaises ne le diminuent pas. On s’achemine vers Lui, par l’étude des Vedas, les sacrifices, les offrandes, les austérités. On l’atteint, par l’intuition, dans la méditation solitaire ( acte de foi). Celui qui l’a connu, ne s’afllige plus du mal qu’il a commis, ni du bien qu’il a omis. Le bien ne l’améliore pas, le mal ne le souille pas. Il est en paix, sachant qu’il est au-dessus de tout, étant un avec Brahman, qui est un avec tout. » Brih.Âr.Up.lV. i.

1. Par la voie qui lui convient, selon son degré, de connaissance; la fontanelle, en cas d'illumination parfaite; sinon, un des orifices naturels. — 2. Les sens et l’esprit, facultés inhérentes a la matière.

Introduction. IV. Le Vedanta.

Résultats pratiques de la philosophie des Upanishad... Discrédit et abandon des sacrifices. Simplification des rils funèbres. Chez beaucoup, renonciation au désir des offrandes après la mort, d’où manque de désir d’avoir les enfants mâles qui feront ces offrandes. Dégoût des liens les plus sacrés; ni père, ni mère, ni femme, ni enfants. Célibat gardé par beaucoup, pour éviter les luttes de la vie, pour vivre dans la paix. Dédain de l'existence finie, d’où, diminution de l’activité individuelle et collective, indifférence et oisiveté. Mépris des opérations normales de l’intelligence; estime et recherche des hallucinations, visions, extases: production artificielle de ces états; d’où augmentation du nombre des fous. La connaissance étant tout, et les œuvres rien ; le bien et le mal n’ayant qu’une sanction insignifiante à laquelle l’illuminé échappe; logiquement, stérilisation de la vie, quiétisme apathique, ruine des mœurs. Enfin et surtout, égoïsme érigé en système. Chacun cherche le Brahman pour soi. On l’indiquera discrètement à de rares privilégiés, qu’on cessera d’éclairer, ou qu’on mystifiera même, dès qu’on jugera qu’ils ne sont pas mûrs pour l’illumination. Quant à la loule, elle est jugée incapable en bloc. On laisse à ces êtres vulgaires, le soin de s’élever par leurs propres efforts, durant leurs réincarnations successives, quitte à leur proposer l’illumination quand ils toucheront au terme. Si quelque chose fit jamais battre le cœur de ces vieux Brahmanes, ce ne fut pas la charité pour les autres, mais l’orgueil de n’Otre pus comme les autres, étant Brahman. En résumé, faillite sociale, intellectuelle et morale, (tue les Védau lins aggraveront encore, provoquant la réaction.

Le Vedanta.

Systématisation. Panthéisme idéaliste.

Consulter: Vedanta-Sutras, with Sankara’s and Ramanuja’s commentaries; translated by G. Thibaut; dans Sacred Books of the East, vols XXXIV, XXXVIII, XLVIII. — Dialogues on the Hindu Philosophy, by K.M.Banerjea, 1861. — A rational Refutation of the Hindu philosophical Systems, by Nehemiah Nilakantha Sastri Gore; translated by Fitzedward Hall, 1862. — P.Regnaud. Matériaux pour servir à l’histoire de la philosophie de l’Inde, 1876- 1878. — P Deussen. Das System des Vedanta, 1883... Vedanta-Sutra, oder die Çariraka-Mimansa des Badarayana, 1887... The philosophy of the Vedanta, 1894.— Panchadasi, by Madhava Acharya ; translated by N. Dhole; second edition, 1900. — A Manual of Hindu Pantheism, the Vedanta-Sara, by Sadananda; translated by G.AJacob; third impression, 1904; dans Triibner’s Oriental Series. — The Sarva-Darsana-Samgraha, by Madhava Acharya; translated by E.B. Cowell and A. E. Gough; third edition, 1908; dans Triibner’s Oriental Series. — P. Oltramare. La théosophie brahmanique, 1907.

Après les débauches poétiques des Vedas, et les tâtonnements philosophiques

Introduction. TV. Le Vedanta.

des Upanishad, voici venir les systématisations. Nous sommes au septièmesixième siècle. Le premier système dont nous devions nous occuper, car il descend en droite ligne des Upanishad, c’est le Vedanta1 . On l’attribue primitivement à Badarâyana. Il prospéra, à travers les siècles, et produisit desmaîtres fameux, comme Samkara et Râmanuja, les plus grands philosophes de l’Inde. Il varia beaucoup, avec le temps; tellement que, oulrancièrement idéaliste d’abord, il poussa des branches modernes réalistes et théistes. Nous ne nous occuperons ici que du Védantisme idéaliste primitif, le seul qui importe pour l’étude du Bouddhisme.

Le monisme idéaliste védantin naquit des efforts faits pour amender certaines données des Upanishad, jugées incongrues. Ces points peuvent se ramener à deux chefs, le Brahman et l’àme.

I. Le Brahman. — 1° l’émission de la matière, par le Brahman immatériel, parut inconvenante, indigne de la pureté du Brahman, essentiellement répugnante. Impossible pourtant de trouver, à la réalité de la matière, un autre principe. Cette réalité fut donc simplement niée.

2° toute mutation parut indigne du Brahman, l’Etre immuable par essence. De l’éternel, rien de contingent ne peut sortir. II est, i! ne devient pas; et hors de lui, rien ne peut devenir; car si quelque chose devenait, son devenir affecterait l’Etre. La réalité de tous les devenir, fut donc absolument niée. Toute mutation n’est, pour les Védantins, qu’un phénomène, une apparence sans réalité, due à une sorte de fourreau vide, dégainé irréelle, kosa.

3°. Mais, protestent les Réalistes, le monde existe, c’est un fait d’expérience! — Non, répliquent les Védantins, le monde n’existe pas. Acosmisme absolu! — Des âmes seules existent, terminaisons du Brahman, non distinctes du Brahman. Monisme absolu! — La conscience ne révéle que l’existence de l’âme. Croire qu’on est un individu, distinguer hors de soi des individus, c’est maya, illusion, rêve. Tout ce que les sens et l’esprit croient percevoir et connaître, tout cela, c’est mâyâ, illusion, rêve. En dehors du Brahman, et des âmes ses terminaisons, il n’y a rien de réel, mais de creuses apparences seulement. Idéalisme absolu!

Brahman rêve, pour se distraire. Son rêve projeté au dehors, c’est le monde. Les âmes, ses terminaisons, rêvent, et leurs rêves, pris par erreur pour des réalités, constituent le moi personnel, la diversité, la multiplicité, les plaisirs et les peines, etc. — Le monde entier ira pas plus de réalité, que ces jeux de couleurs qui diaprent les nuages au moment où le soleil se couche, changeant pendant quelques instants, puis s’éteignant dans la nuit. — Ou mieux, il en est du monde et des individus, comme d’une agglomération de bulles de savon. Quand on insuflle de l’air dans de l’eau savonneuse, des

1. On en trouve le germe, déjà assez développé, dans les derniers Upanishad, surtout dans lu Svelasvalnra et le Maitrayany. Exemple: «Au. commencement de cet univers, il n’y avait que Brahman. Il était unique, infini, illimité dans tous les sens, non-né, inconcevable. A la fin de cet univers, Lui seul restera Bans l’espace, Il crée les mondes, qui consistent en sa pensée seulement. Tout est, en tant que pensé par Lui ; tout rentre en Lui ( quand 11 cesse de le penser ).» Maitr.Up. VI.

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bulles naissent, s’élèvent, s’irisent. L’expiration les développe, l’inspiration les rétracte. Mettons que le souffle soit un prolongement du Brahman, la pellicule de la bulle le fourreau creux, et nous aurons à peu prés un être contingent, comme les Védanlins le conçoivent. — Pour eux, le Brahman lève. Le monde, projeté par son rêve, est éteint par son éveil, qui marque la fin de la période kalpa. Il n’existe qu’une seule réalité, le Brahman. Tout le reste est maya, illusion changeante, jeu d’apparences fugaces, irréalité. Tous les phénomènes étant irréels, le témoignage de tous les sens, et celui de l’esprit, sont naturellement aussi mâyâ irréalité, puisqu’ils ne répondent à rien de réel. Il n’y a de réel, que l'Etre transcendant, que le Brahman. Subjectivisme idéaliste absolu !— Toute connaissance de l'être contingent, est avidya connaissance illusoire, son objet étant irréel; c’est une illusion subjective, qu’on a appelée nescience, mot inventé pour exprimer cette entité védantine. Car les Védantins n’admettent pas qu'on l’appelle ignorance ou erreur. Ignorer, disent-ils, c’est ne pas connaître ce qui est. Errer, c’est attribuer à un être ce qu’il n'a pas, ou lui dénier ce qu'il a. Or, dans le Vedanta, hors du Brahman, rien n’est, il n’y a pas d’êtres. Donc toute connaissance est nescience, science d’un mirage qui paraît, mais qui n’est pas. — Par suite de cette conception fondamentale, toute activité, est déclarée mauvaise, car l’action produit et multiplie l’illusion iniyâ. Or l’illusion, c’est le mal, le seul que les Védantins admettent. Ne pas agir, voilà le bien; car c’est la suppression du mirage, et de la nescience qui s'ensuit.

4°. Certains Védanlins trouvant que le fait de réver est un acte, et par conséquent une mutation indigne du pur Brahman, distinguèrent, du Brahman supérieur immobile et impassible, un Brahman inférieur rêvant, auteur des phénomènes, qu’ils appelèrent isvara. La distinction est de pure raison, fiction d’imagination inintelligible, mais qu’il me fallait citer, car elle influa sur le Yogisme, et produisit le Védantisme réaliste et théiste. Pour passer de l’ Isvara rêveur, auteur d’un univers imaginaire, à un Isvara démiurge, auteur d’un univers réel, il n’y avait qu’un pas à faire. Le pas fut fait.

Ces principes étant posés, dans le débit courant, les Védantins parlent à peu près comme les Upanishad, du Brahman et du monde. A l'auditeur, au lecteur, de se tenir pour avertis, et de toujours sous-entendre, que Biahmau seul est sat réel, que le monde tout entier est mâyâ illusion.

11. L’âme. — Nous avons vu combien est faible, dans les Upanishad, la théorie du moi ; imagination de l’âme, ce bout réel du Brahman, emprisonné dans le corps; affolement de l’oiseau par sa cage, au point d’oublier sa vraie nature, et de se livrer aux duperies des sens. — Plus faible, si possible, est la théorie du moi des Védantins, puisque la terminaison du Brahman qu’est l’âme, n’est plus mémo pincée dans une matière réelle, mais dans un fourreau illusoire, dans une gaine irréelle1 . Du fait de celte gaine, l’âme qui est infinie, s’imagine être circonscrite, par illusion mâyâ. Sa corporalité, est

1 . On distingue cinq sortes de gaines, qui font l’apparence diverse des classes d’êtres. Gaine de substance, de souffle, d’intelligence, de conscience (homme). Enfin gaine de félicité, appartenant au Brahman -Isvara... Puncadnsl VI.

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une fausse appréhension, nescience. Donc fausse aussi, l’idée qu’elle est liée au temps et au lieu, agissante ou souffrante. Illusoire aussi, l'imagination qu’elle fait le bien ou le mal. Rien de tout cela n’est. L’âme est Brahman, immobile, immuable, inactive, impassible. Elle s’imagine faussement tout le reste. Quand son fourreau irréel tombe, il ne reste que sa réalité éternelle. Si elle est libre alors de toute entrave, elle se retire dans le Brahman. Sinon, elle recommence une nouvelle existence, un rêve nouveau.

De quelle entrave est-il question ici?.. Du corps subtil, du cocon moral de l’ame, qui la tient individualisée et l’empêche de rentrer en Brahman, s’il existe, et tant qu’il existe. — Ceci est le trait le plus original du Védantisme, l’invention capitale des Védantins. Leur idéalisme fut rejeté par beaucoup; mais leur conception du cocon, du karman, fut acceptée avec enthousiasme, et devint, diversement retouchée, article fondamental des systèmes indiens postérieurs. — La conscience révèle à l’homme, qu’il est responsable de ses actes, que ses actes lui sont imputés, et auront une sanction. Impossible de se nier à soi-même cette responsabilité, l’imputation morale, le karman. Mais où le loger, dans le système védantique?.. Dans l’àme? impossible! elle est Brahman... Dans le corps? impossible! il n’existe pas... Alors, dans quelque chose qui n’est, ni l'àme, ni le corps; dans le corps subtil, le cocon. Ce corps subtil, ce cocon, est le précipité solide et permanent, des pensées désirs volitions et actes de l’àme, durant les périodes passées dans ses fourreaux successifs; durant la vie présente et les vies précédentes. Cette croûte, cette gangue, s’amasse, s’agglomère, s’épaissit. Elle est faite d’actes, qui se sont concrétés; elle est à l’activité, ce que la glace est à l’eau, l’état solide, disent les textes. — L’àme conserve son karman, de vie en vie. L’action l’augmente, l’inaction le diminue. Dans ce sens, la vie présente fait la vie future; ou plutôt, le karman détermine la chaîne des vies successives; car celui de la vie précédente, ne s’épuise pas nécessairement durant la vie suivante, mais influera peut-être sur de multiples existences. — Tout désir ou vouloir conçu, produit, non un fruit, mais un résidu anusaya, quelque chose d’ajouté au cocon, dont la conséquence sera subie. Ce résidu réincarne les âmes, et les réincarne selon sa nature, sa modalilé. Elles seront réincarnées, tant qu’elles en auront un. Le jour où, à la fin d’une existence, une àme se trouvera n’avoir pas de cocon, elle se fondra immédiatement en Brahman. Voilà le samsara, la métempsycose des Védantins. — Et voilà aussi, que l’Européen curieux, qui demande toujours pourquoi? comment?, interroge. Ce cocon, ce karman qui a de telles conséquences, est-il réel?.. Non! doit répondre le Védantin, s’il est lidèle à son système; il est maya; il n’y a de réel que le Brahman. — Mais quand a-t-il commencé, et comment? Quand et comment, une terminaison du Brahman éternel, a-t-elle, en agissant, causé la condensation du premier cocon, et par suite la mise en train de la métempsycose?.. Brahman, les âmes, mâyâ, le karman et le sanisâra, tout cela est éternel, sans commencement et sans cause, répond le Védantin. — Mais alors, les actes des âmes illusionnées n’étant pas libres, leur imputer ces actes est injustice, le samsara est une iniquité!.. Que les âmes soient libres ou non, répond le Védantin, il n’y a pas d’injustice. Nos maîtres l'expliquent de deux manières. Brahman, disent les uns, rêve les fourreaux, les actes, les cocons et leurs suites, tout absolument; ses terminaisons ne sont pas libres; leur sanisâra est nécessaire; mais, comme c’est lui-même qui est réincarné, il n’y a pas

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d’injustice; il l’a voulu ainsi... Brahman, disent les autres, rêve son rêve, d’après les actes de ses terminaisons libres, et d’après leur karman volontaire prévu; la conclusion est la même; il l’a voulu ainsi, donc pas d’injustice.

( Vedanta-Sûtras. 11.3.41,42, et III. 2.41.)

La cause du samsara étant, pour les Védantins, l’activité, suite et cause de l’illusion, le mode du moksha, de la délivrance, est pour eux à peu près ce qu’il est pour les auteurs des Upanishad, l’inactivité. Les œuvres, les offrandes, ne procurent pas la délivrance; au contraire, en tant qu’actes, elles sont plutôt nuisibles, car elles ajoutent au cocon. — Le point de départ de la délivrance, est un acte de foi dans la vérité de son identité avec Brahman, vérité dont l’âme avait perdu conscience par suite de l’illusion, vérité conservée dans le dépôt de la tradition, et qui lui est révélée par un maître. Quand cet acte de foi n’est pas parfait, l’illumination n’est que partielle. Quand l’acte de foi est absolu, l’illumination complète dissipe mjyâ l’illusion, la nescience. Alors l’âme est délivrée. Elle cesse de croire qu’elle est quelqu’un. Elle cesse de dire, je et mien, toi et tien. Elle sait, que ceci est cela; qu’elle est Brahman, qui est tout; qu’en dehors du Brahman, il n’y a rien, aucune réalité, aucune distinction. Abîmée dans l’Etre-pensée-félicité, elle oublie les noms et les formes, ces vains mirages, ces apparences creuses. Plus elle les oublie, plus sa vision du Brahman devient intense. (Paîicadasï XIII. 80.) — Notons bien que l’illumination, la délivrance, ne crée pas dans le délivré un état positif nouveau, comme fait la grâce dans l’élu chrétien. Elle est seulement, ce que la guérison est à la maladie, quelque chose de négatif, la cessation d’un état anormal, le retour à l’état normal, le retrait de l’illusion dans la vérité, dans son être Brahman. Avant l’illumination, l’âme était Brahman, mais enserrée dans la nescience. L’illumination l’a délivrée de l'illusion. Elle est libre désormais, et se fondra en Brahman à la fin de cette existence, qu'il lui faut encore achever, de par un reste de karman, de cocon, qui adhère encore à elle, et qu’il lui faut encore subir. En attendant, le délivré s’abstiendra de désirer, de vouloir, d’agir, pour ne pas reformer de karman. Calme de l’esprit, maîtrise des sens, extinction de toutes les émotions, cessation de toutes les o*.uvres, inactivité absolue, indifférence à l’égard de tous les contrastes, concentration graduelle de la pensée jusqu’à perte de la notion du moi, voilà quelle sera sa vie. Ainsi développera-t-il de plus en plus en lui-même, l’intelligence transcendante, la conscience de son identité avec Brahman. Les Védantins appellent huddhi, cette sur-intelligence et surconscience, acquise par la concentration. C’est une faculté nouvelle, distincte de l’esprit ordinaire manas. C’est l’intuition, la vision extatique, qui se développe à mesure que l’esprit vulgaire est supprimé.

Textes.

A. — «Il n’y a de réel que Brahman, être, pensée, félicité, éternel, sans second. Tout le reste est irréel, non-existant, et a pour cause mâyâ l’illusion. Cette illusion (en elle-même ) est-elle existante ou non-existante, je ne saurais le dire.» Vedanta-Sâra 111.

F*. — « Toute existence, est de Brahman, est par Brahman, est en Brahman. On la conçoit comme sortant et rentrant en Lui. C’est là une fiction mentale. —

Introduction. IV. Le Vedanta.

Brahman dans les êtres, Brahman en lui-même, est vu par la même vision, car il est un en tout. » Vedanta-Sûtras 111.2.32,35.

C. — « Le mot. âme désigne Brahman en tant que terminé par des accidents upadhi illusoires. En réali Lé Tame est Brahman... Les âmes ne sont pas multiples, distinctes. Elles sont toutes un Brahman... Mais alors Brahman soutire!.. Non! L’âme illusionnée ne souffre pas; elle s’imagine souffrir ; effet de son illusion, et non réalité... Aussitôt qu’elle est délivrée, l’âme est Brahman. » Vedanta-Sûtras J. 1.10 à 13. ..1.3.22. — « isvara et son fourreau de félicité, les âmes et leurs gaines de conscience, sont des productions de la maya. De vrai, il y a identité... Il y a unité aussi. Les âmes ne sont pas multiples, elles le paraissent seulement; comme dans le miroir des eaux on voit des lunes multiples, alors qu’il n’y a qu’une lune unique. » Pancadasi VI et XV.

D. — « Brahman est dépourvu de toute forme et apparence.» Vedanta- Sntras III. 2.1 4. — «Quand on parle de lui comme d’un être ayant une forme, c’est pour des raisons de culte, par fiction liturgique. Les textes de cette seconde sorte, ne contredisent donc pas ceux de la première espèce. C’est ainsi qu’il faut entendre la distinction, entre Brahman supérieur et Brahmau inférieur (Brahman et Isvara). L’intuition ne connaît que le Brahman supérieur; la piété se figure le Brahman inférieur.» Ibid. IV. 3. 14. — «Comme la lumière émanée du soleil, prend quasi corps dans les corps multiples qu’elle éclaire, restant une pourtant en réalité; ainsi Brahman paraît se multiplier dans les êtres divers, en apparence seulement, par l’illusion de la nescience. Etant un, il paraît multiple. Il n’y a en réalité que Lui. » Ibid. III. 2.15.

« Brahman est une intelligence, dans laquelle on ne peut rien distinguer. Comme on ne peut rien distinguer dans un bloc de sel gemme. De quelque côté qu’on l’envisage, ce bloc est sel. Ainsi Brahman. C’est par l’effet de la rn.ïyâ, qu’on lui attribue des parties, des qualités. Il n’est pas ainsi fait. » Ibid. III. 2. 16, 17.

K. — «La lumière une, parait multipliée, en tant que diversement réfléchie. L’être un, paraît multiplié, en tant que diversement terminé. Ces terminaisons, les âmes, sont un avec l’être Brahman. Elles ne diffèrent en rien de Lui. C’est la nescience, l'illusion, qui leur fait croire qu’elles sont distinctes. Aussitôt que la nescience est éteinte par la science, elles prennent conscience de leur identité avec l’unité seule réelle. — Quand les textes parlent de distinction entre Brahman et les âmes, cette distinction est â entendre comme celle qui est, entre le serpent roulé et ses anneaux. Les anneaux sont le serpent. Les âmes sont le Brahman. — Ou bien eucore, comme la distinction qui est, entre le soleil et les rayons qu’il parait émettre (mais qui en réalité sont ses prolongements, ne sortant pas de lui). Bayons et soleil sont une lumière. — Réfléchie dans l’eau, l’image du soleil se multiplie, selon les facettes de l’eau. Elle grandit ou diminue, selon la forme du plan qui la réllécliit. Elle tremble quand l’eau se ride. Tandis que le vrai soleil est unique et immobile. — Ainsi en est-il du Brahman unique, et des êtres divers irréels, effets de la maya. » Vedanta-Sûtras ill. 2. 20 à 28.

F. — « Brahman, c’est la Personne suprême, libre de toute imperfection... 11 est sans second, sans un autre (fui lui soit semblable, ou qui soit différent

Introduction. IV. Le Vedanta.

de lui (il est l’être unique)... 11 est la seule réalité. Tout le reste, qui parait distinct et multiple, est pure imagination, illusion... Toute conception d’un objet réel, est une illusion. Prendre une corde pour un serpent, c’est une illusion. Prendre le monde, les dieux, les hommes, les animaux, la matière inanimée, pour quelque chose de réel, c’est illusion. Car l’Etre, le Brahman, est simple, et pure intelligence. En dehors de Lui, il n’y a rien de réel. La cause de ces illusions, c’est la nescience, qui est depuis le commencement, faisant voir des distinctions là où il n’y en a pas. Celte nescience, en ellemême, est-elle, n’est-elle pas? je ne sais. — Rien n’a existé, n’existera jamais, en dehors de l’intelligence suprême, de l'être unique, lequel étant seul, parait multiple, par l’effet de l’illusion. L’intelligence pure, libre, sans joie ni peine, sans désir et sans affection, éternelle, voilà Brahman, en dehors duquel rien n’est réel. Voilà la vérité sur l’Etre, et sur Mâyâ la cause de l’univers. — La connaissance de l’unité essentielle du Brahman, met fin à la nescience. Celui qui a cette connaissance, celui-là est délivré. — La délivrance consiste dans la cessation de la nescience. Elle n’est pas un acte, mais la fin d’une illusion, de l’imagination des différences et des individualités. Les œuvres n’y aident pas; au contraire, elles retardent la délivrance, étant des actes. La délivrance est produite par la cessation de l’erreur, après l’enseignement reçu et la foi conçue. Elle est le retour à l’état normal. La réapparition de la lune éclipsée, n’est pas un acte de la lune, mais la cessation de son occultation. » Vedanla- Sûtras 1.1.1.

G. — « Brahman, l’intelligence suprême, est, en tant qu’àme, dans tous les êtres, lesquels sont si ténus (gaines illusoires) qu’ils n’existent pas. Ils sont son rêve, ses jouets. Il les émet, pour s’amuser. De là la fantasmagorie de ce monde, dieux, hommes, animaux, plantes et minéraux. Les âmes et lui sont un; le reste n’est rien. Ainsi faut-il dire, car tous les textes affirment qu’il n’y a aucune imperfection en Brahman (or il y en aurait, s’il y avait, en dehors de lui, un devenir réel ). » Vedanta-Sfitras I.i.27. — «Si le monde est illusion, les âmes ne le sont pas. Elles sont Brahman. Brahman est âme dans tous les êtres (apparents). Il est une âme en tout. Les âmes sont autant de refiels de Lui; comme les reflets d’une flamme qui se mire dans des milliers de facettes. Eu réalité elles ne sont pas distinctes, mais un Brahman multiplié par mille illusions. L'illusion les enserre, mais elles sont pures, étant Brahman. — Tout ce monde, jusqu'au plus petit brin d’herbe, vient de l’illusion éternelle et iufinie, qui met des distinctions là où il n’y en a pas. Egoïlé, plaisir et peine, autant de rêves, pas des réalités. Brahman l’intelligence éternelle unique, rêve ce monde, qui n’est pas distinct de Lui, puisqu’il n’existe pas1 . » Vedanta-S.îtras 11.1.15.

II. — «Les âmes sont comme des reflets du Brahman. Dans un lac, le soleil produit des reflets de soi multiples. Quand l’un tremblote, l’autre est immobile. Ainsi en est-il des âmes. Tel karman pèse sur l’une, tel karman adhère à l’autre, tandis qu'une troisième est délivrée. Or tout cela est illusion, suite de la mâyâ, effet «le la nescience. Celle-ci cessant, il ne reste que Brahman. » Vedanta-Sütras 11.3.50.

1. Cette manière île tlirc est à noter. Pour les Yèdantins, Brahman n'est pas distinct du monde, l'Aine n'est pas ilislineU; du corps, dans ce sens que, le monde et le corps u 'existant pas, il n’y a pas deux tenues, donc pas de distinction.

Introduction . IV. Le Vedanta.

I. — «Le soi vivant, l’âme, gouverne le corps et les sens, et est lié au fruit de ses actes (à son karman). L’âme est-elle produite par Brahman, ou est-elle Brahman lui-même?.. Produite, disent les réalistes, car on la compare à une étincelle jaillie d’un loyer ( page44 B2)... Non, disons-nous. Car elle est réelle. Or l’être réel est un et indivisible. Donc elle est Lui. Etant Lui, elle n’a pas eu d’origine, et n’aura pas de fin... Elle est aussi essentiellement intelligente, puisque Brahman est intelligence. Elle n’a pas d’étendue définie, étant un avec Brahman spirituel et infini... Elle agit; pas essentiellement, car alors pas de salut possible pour elle, le salut exigeant la cessation des actes; mais accidentellement, par suite de l’illusion, à l’occasion de son fourreau (irréel, dont les sens et l’esprit font partie; 1 .» Vedanta-Sûtras IL 3. 17, 19, 41, VI.

K. — « Brahman joue, comme un roi joue parfois à la balle ou à la paume, uniquement pour s’amuser. Il fait et il défait. On ne peut pas lui en vouloir, ni le taxer d'injustice ou 'de cruauté. S’il créait en réalité, il encourrait ces reproches. Mais il rêve seulement, et les suites, s’il y en a, tiennent non à lui, mais au karman. C’est le karman qui cause la continuation de l’illusion, la succession des existences. Le Brahman, les àrnes, la maya et le karman, sont de toute éternité; jaillissement perpétuel, flot éternel. — Brahman rêve son rêve universel, conformément au karman des âmes, lesquelles ne sont pas réellement particulières ( mais par illusion seulement). La loi éternelle du karman est partie intégrante du rêve cosmique éternel3. — Ce sont les actes posés par les âmes illusionnées, qui déterminent leur avenir, leurs existences futures. Par l’effet de ces actes, il se forme autour d’elles quelque chose de ténu (un précipité, le cocon), qui les fait passer dans un nouvel état de plaisir ou de peine (nouvelle existence, nouvelle illusion ).» Vedanta-Sûtras

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