II. 1.33 à 35, et
L. — « L’âme entre dans une nouvelle existence, enveloppée d’une coque subtile. Elle emporte, dans cette coque, le souflle vital, la chaleur vitale, l’esprit et les facultés des cinq sens, sa mâyâ et son karman. La nature de ce karman détermine le genre de sa nouvelle réincarnation. » Vedanta-Sûtras
III. 1.1. — «Quand la réincarnation est végétale, le cocon-véhicule s’unit à la graine qui germe. Quand la réincarnation est animale ou humaine, il s’insinue dans l’acte de la génération. » Ibid. III. 1 .26 — « Et ainsi, de fois en fois, jusqu’au retrait de l’âme en Brahman, tout karman cessant.» Ibid. IV. 2. 9.
M. — « Le cocou est produit, par les paroles, par les actes de l’esprit et du corps; par les désirs et les volitions, comme celles-ci par exemple: je veux ceci, je ne veux pas cela; je tendrai à ceci, je ferai cela. Cette égoilé propriétaire, qui est pure illusion, construit le cocon.» Vedanta-Sûtras 11.3.51.
N. — « U n’y a pas un atome de réalité, dans tout le rêve cosmique. Il est tout entier illusion. La méditation sur le grand secret ( l’identité de l’âme avec Brahman), dissipe l’illusion. Dans le sommeil si profond que l’illusion a provisoirement cessé, l’âme est retirée en Brahman. — Mais, objecte-t-ou
!. L’âme agit-elle librement ? Voyez la controverse, page 01 ; et ci-dessous K. — L’àmc peut cesser l’agir , elle peut donc se délivrer. — 2. Voyez page 01.
Introduction. IV. Le Vedanta.
(et l'objection est bonne), quand l’àme s’est ainsi retirée de son fourreau, par quoi est-elle distinguée? Est-ce bien la même âme, qui reviendra au réveil? Une autre âme n'ira-t-elle pas se glisser dans un karman qui n’est pas le sien?.. Non, c’est louj-ours la même âme qui revient, l’expérience le prouve; car l’homme éveillé continue au matin le travail du soir précédent. Lésâmes ne sont pas proprement individualisées. Un Brahman est toutes les âmes. Mais, au réveil, Brahmm repousse dans tel ensemble (imaginaire) d'accidents, celui de ses prolongements qui s’y terminait la veille. » Vedanta- Sùtras III. 2. 3 à 9.
O. — « L’illumination détruit tout ce qui n’a pas encore commencé à porter son fruit. Le karman passé est comme un ressort qui pousse Lame. Survenant au moment où le ressort se détend (ou le karman s’épuise), l'illumination empêche la pose de tout nouvel acte, et par conséquent la formation de tout nouveau karman. A la moft, cette âme n’étant plus poussée par rien, ne rentre plus dans l’existence. Elle ne rentre pas en Brahman, à proprement parler; elle y était, elle y est, elle y reste. Délivrée de l’illusion, son deVnier fourreau étant dépouillé, elle reste définitivement en dehors de la mâyâ cosmique. Avec l’illusion, la graine de son samsara est détruite; aucune nouvelle existence ne peut plus germer pour elle. C’est le nirvana. » Vedanta- Sû iras IV. 1.19.
P. — « Le karman passé (te cocon) étant détaché, rien de nouveau ne peut adhérer à l'illuminé. Il renie par la science, ses œuvres faites par nescience. En vérité, se dit-il, je ne suis pas uri être distinct, je ne suis pas un tel, je suis Brahman. Il n’y a, ni je, ni moi. Etant Brahman, je suis essentiellement inactif et impassible Je ne puis, ni jouir, ni pâtir J’ai cru agir, jouir et pâlir, par erreur. Je n’ai jamais été, je ne suis pas, je ne serai jamais, je ne puis pas être agent ou patient... Par cette profession de foi (qui est, non une rétractation, mais une négation de ses actes), l’illuminé est délivré pour l’avenir. La chaîne du samsara, qui le liait de tout temps, de par l’illusion éternelle, est rompue pour toujours. La pose de tout nouvel acte est rendue impossible, par la conviction qu’il ne peut pas agir. Donc celui-là s’identifiera avec Brahman à la mort ( pas avant, car il lui reste à subir le reste de cette vie, prédéterminé parle karman préexistant).» Vedanta-S itras IV. 1.13 à 19. — « Après la mort, celle âme restera heureuse, retirée dans sa propre nature. » Ibid. IV. 3. U.
Q. — «Comme le cheval, en secouant sa crinière, se délivre de la poussière; comme la lune, secouant l’éclipse, se délivre de l’obscurcissement; ainsi l’illuminé se délivre du bien et du mal (de toute imputation, du cocon, du samsara \ par l’acte de foi, qui dissipe la nescience. Toutes les œuvres étant illusion et néant, s’évanouissent au moment de la connaissance. » Vedan ta-Sû Iras 111 .3. *26,27 .
R. - «I; intuition du Brahman, qui est pure intelligence, éternel, simple, libre, lumineux, s’obtient par la foi dans le magistère, lequel reposant sur une tradition infinie et ininterrompue, est irréfragable. — Far l’intuition du Brahman, la délivrance est obtenue. La captivité, la nescience, consiste dans l'imagination irréelle de distinctions et d'individualités qui n’existent
Introduction. TV. Le Vedanta.
pas. — C'est par l'illusion maya, que l’Etre éternel et immuable, pure et une intelligence, absolument indistincte, parait comme divisé en des êtres individuels multiples, sujets qui connaissent, objets qui sont connus, actes de connaissance.» Vedanta-Sutras 1. 1.1.
S. — «La science qui produit la délivrance, n’est pas raisonnement ni acte. Elle est mémoire conservée, continuée, jusqu'à couler ininterrompue, comme un filet d’huile. Après-que l’enseignement traditionnel a révélé la vérité sur Brahman et sur l’univers, il faut se rappeler cette vérité, se la répéter, jusqu’à la foi parfaite, qui est l'illumination. Alors, comme disent les Upanishad, le lien est brisé, l’erreur est vaincue, etc. Cette mémoire devenue constante, est comme une vision. La délivrance est ce souvenir devenu permanent. Sans réflexion ni raisonnement, cette vérité est constamment présente au délivré: Brahman est, et en dehors de Lui rien n’est. Ce n’est, ni par les Vedas, ni par des austérités, ni par des offrandes, ni par des dons, qu’on atteint le Brahman. C'est par la vision sincère et pieuse... Si les sacrifices et les offrandes avaient quelque efficace, ce serait parce qu’ils aident à se souvenir de Lui. Les purifications et les abstinences, la retraite et le silence, n’ont aussi d’efficace, qu’en tant qu’ils aident à entretenir sa mémoire. Tout converge à Lui.» Vedanta-Sutras 1.1.1.
T. — «L’àme n’est, ni une partie, ni un effet de Brahman. Elle est Brahman. — Délivrée de l’illusion, l’âme rentre en possession de sa propre, pure et béate nature. Elle est un avec Brahman. Pas de distinction entre elle et Lui. — Délivrée, l’àme n’a, ni maître, ni seigneur, ni dieu. Elle est absolument libre, car elle est l’être libre. Brahman. — En Brahman, il n’y a, ni corps, ni organes des sens (donc aucune connaissance du monde des phénomènes). Brahman est intelligence et béatitude. L’àme retirée en Lui, est Lui. Elle voit et a, tout ce qu’elle veut, sans aucune connaissance objective, mais subjectivement, en elle-même, par sa pensée. — Elle est seule, elle est heureuse, sans agir, comme dans un profond sommeil qu’aucun rêve ne trouble. — De cet état, il n’y a pas de retour. Il ne cessera jamais. » Vedanta- Sutras IV. 3. 14, et IV. 4. 2 à tî.
U. — L’âme est heureuse «comme l’enfant qui vient de téter, qui dort repu et souriant dans son moelleux berceau. » Pan codas i XI. — De cette félicité apathique, l’illuminé a un avant-goût. «Je suis heureux! je suis heureux! Je connais l’Àtman éternel qui est en moi. La félicité du Brahman m’est manifestée. L’illusion où j’étais s’est évanouie. Désormais je ne ressentirai plus les vicissitudes de l’existence. 11 ne me reste plus rien à faire. J'ai obtenu tout ce qui vaut la peine d’être obtenu. Quel bonheur est semblable au mien? Je suis heureux, deux et trois fois heureux! » Pa dead a si Vil et XIV.
Comparez: le système des Eléates. Xénoplkane-, né vers 620 à Colophon en Lydie, passa, àPâge de 80 ans, à Elée dans la Grande-Grèce. II attaqua la pluralité des dieux anthropomorphiques, et proclama l’existence d’un Dieu unique, immobile, immatériel, sans commencement ni fin. Il ne parait pas avoir enseigné expressément l’unité absolue de l’Etre, mais se montra sceptique à l’égard du monde matériel et du témoignage des sens. — Son élève Parménide,
Introduction. V . Le Samkhya.
né à Elée vers 519, alla à Athènes, à Page de 65 ans, avec son disciple Zénon. Selon lui, l’Etre est absolu, unique, immobile, éternel. Il est la seule réalité. Il est indivisible, et ne peut être multiplié. La pluralité des êtres, est apparence, illusion. En dehors de l’Etre, rien n’existe. Le témoignage des seus, est de nulle valeur. L’Etre absolu, est pensée et félicité. — Zénon, né à Elée vers 490, enseigna le même idéalisme éléatique, identique à celui des Védantins. Confrontez les dates. — Comparez aussi les systèmes apparentés, de Spinoza et de Fichte. — Pour Kant aussi, toute connaissance part de l’affirmation du moi. L’existence du moi, le fait que j'existe, est une donnée immédiate, directe, subjective. Toute connaissance médiale, indirecte, objective, s’exerçant sur le toi, est illégitime. Le moi s’imagine le toi. Toute connaissance objective est nescience. En réalité, on ne connaît rien, ou ce que l'on connaît n’est rien. Idéalisme védanlin.
Le Sfunkliya.
Multi animisme alliée.
Consulter: The Sankhya Aphorisms of Kapila, translated by J. R. Ballantyne, third edition, 1885. Dans Trübner’s Oriental Series. — The Sankhya Karika, by Iswara Krishna; translated by ILT.Colebrooke, 1887. — Hindu Philosophy. An exposition of the system of Kapila, by J. Davies ; second edition, 1894; dans Trübner’s Oriental Series. — R.Garbe. Die Samkhya Philosophie. Eine Darstellung des indischen Rationalismus, 1894. — H. Jacobi. Der Ursprung des Buddhismus aus dem Samkhya-Yoga, 1896. — J.Dahlmann. Nirvana, 1896. — P.Martinetti. 11 sistema Samkhya, 1897. — La Samkhya Karika, par J. Takakusu ; dans Bulletin de l’Ecole Française d’Extrême-Orient, 1904. — P.Oltramare. La théosophie brahmanique, 1907. — The Sarvadarsana-saragraha by Madhava Acharya, translated by E.B. Cowell and A.E. Gough, third edition, 1908. Dans Trübner’s Oriental Series. — P.C Ray et B.N.Seal. Introduction et dissertations, dans A History of Hindu chemistry; second edition, 1901-1909.
Le monisme idéaliste védanlin, avec son Etre unique et son univers irréel, choqua trop les esprits raisonnables, pour qu'une réaction ne s’ensuivit pas. La réaction vint, radicale, sous la forme du système réaliste athée, appelé Sâmkhya 1 , attribué au philosophe Kapila, qui enseigna probablement à la fin du septième siècle, ou vers le milieu du sixième siècle au plus tard. Ce système est d’une importance capitale, car il abrogea pratiquement le Védisme ancien *, appela le Yogisme et le Bouddhisme.
\. Samkhya, les calculateurs, le» raisonneurs positivistes; par opposition aux Védantins, spéculateurs idéalistes. — 2. Le Védisme eut un renouveau, quelques siècles plus lard, sous forme de Sivaïsme. Il dégénéra enfin en un amalgame confus de mythologie poésie magie et folie, qu’on appelle souvent Hindouisme (Siva-Rudra, Vishnu. Brahma, Krishna, etc ), religion du bas peuple, tandis que les intellectuels sont Védantins. Du Sivaism# combiné avec le Yogisme, sortit le Tantrisme, que nous retrouverons en Chine.
Introduction. V. Le Samkhya.
Le système de Kapila est un dualisme, âmes et matière.
Plus de Brahman. L’Etre central des anciens systèmes, est simplement supprimé. Une infinité d’âmes spirituelles, réelles, individuelles, appelées purusha. Ces âmes n’ont pas eu de commencement. Aucune théorie sur leur provenance. Elles sont, passent par des transformations successives, et tendent à une délivrance. Le terme multi animisme athée, caractérise le mieux ce système.
Le monde est réel. Il est composé d’une infinité d’êtres, âmes enfermées dans des corps matériels.
D’où provient la matière? Pas de réponse. Elle est, comme les âmes, depuis toujours, de toute éternité.
La matière a deux états d’être, l’état subtil et l’état grossier, l’état causal et l’état effectué, l’état latent et l’état manifesté (toutes ces expressions sont synonymes, eu terminologie sâmkhya). La cause et l’effet, l’être latent et l’être manifesté, sont une même chose. Dans le monde objectif, les mêmes individus, en nombre infini, passent et repassent sans cesse, de l’état latent à l’état manifesté, et de l’état manifesté à l’état latent; de la coulisse sur la scène, et de la scène dans la coulisse. L’êlre est le même, dans ces deux états; seulement, nos yeux ne perçoivent que l'état grossier, l’état subtil étant trop ténu pour eux ; mais l’état subtil est perceptible pour le regard transcendant de l’extase.
La matière, prakriti, substance primordiale indéterminée, renferme en puissance tout devenir, toute détermination, toute évolution. — Elle est composée de trois éléments inséparables, les trois guna,sattva rajas lamas, en proportion variable. Quand le sattva domine dans sa matière, l’être particulier est aimable; quand le rajas domine, il est haïssable; quand le tamas domine, il laisse indifférent. — De plus, la matière a 23 qualités ou énergies, les tattva, principes des diverses formes d’activité ou de passivité.
Dans l’être humain, le système consiste pratiquement en cinq éléments; plus cinq sens correspondant aux cinq éléments; plus dix puissances, cinq pour la connaissance et cinq pour l’action; plus l’organe interne antahkarana, composé de trois facultés, manas, ahamkira, buddhi, qu’il me faut expliquer plus au long.
Manas, est la faculté qui convertit les impressions reçues parles sens, en idées (intelligence abstractive spéculative). Il forme les désirs (volonté imparfaite). Il conserve les résidus des événements passés (mémoire).
Ahamkara, est la faculté par laquelle l’individu se distingue des autres (principe d’individualisation subjectif). Elle produit le sens du moi, le discernement du moi et du non-moi, du mien et du tien. Elle particularise et s’applique les notions générales.
Introduction. V. Le Samkhija.
Buddhi, est l’intelligence pratique, la volonté. Dans le doute spéculatif, elle produit la certitude. Dans le doute pratique, son diclamen tranche, et décide l’action. On l’appelle aussi mahat, le grand, la grande faculté, parce qu’elle est la faculté maîtresse de l’homme.
Exemple du fonctionnement des trois facultés de l’organe interne. Dans l’obscurité, l’œil (sens) perçoit un homme. Ce doit être un voleur, pense le manas. Il est venu pour me voler, applique l’ahaiiikâra. Je vais le saisir, décide le buddhi.
Rappelons-nous, que l’organe interne tout entier, appartient à prak.iti la matière.
Cet organe interne triple, est un Comme principe de la vie. C’est lui qui cause et entretient la vie, en produisant les cinq souilles vitaux prana.
Dans le corps grossier sthüla-sanra, se forme le corps subtil sûkshmasarïra, dit aussi linga-sarira corps caractéristique ou déterminant, parce qu’il caractérise à la naissance l’être nouveau, et détermine à la mort son sort futur. C’est le cocon des Védantins perfectionné. Le corps subtil des Védanlins était illusoire. Le corps subtil des Sâmkhya est fait de matière, mais d’une matière si ténue, qu’elle est imperceptible à nos sens. Il est fait de la quintessence de la nourriture assimilée (cinq éléments), plus la concrétion des pensées déterminations et actions de l’homme. Eu lui, les cinq sens, les dix puissances, et l’organe interne, ont leur racine. En lui réside le karman, qui est pour les Sâmkhya la même loi fatale que pour les Védanlins. Dans cette chrysalide, l’âme passe, à la mort, avec les 18 éléments subtils que nous venons de dire, à une existence nouvelle, restant elle-même, et par le fait de l’identité de l’âme immuable, et par l’identité du corps subtil matériel avec tout ce qu’il contient. Renaître consiste simplement à reloger son corps subtil, dans un nouveau corps grossier fourni par père et mère.
Toute connaissance suppose, dans le système Sâmkhya, une modification substantielle de l’organe interne; l’impression, dans l’organe interne, d’une empreinte physique subsistante vâsanâ. Cette empreinte est comparée, par les Sâmkhya, à celle que donne le moulage au moyen de cuivre en fusion. Une comparaison plus modernev rend mieux leur pensée. L’organe interne, spécialement le manas, étant impressionné, reçoit comme un positif photographique (pas un négatif), lequel est matériel et inconscient. Nous verrons, tout à l’heure, l’usage de ce cliché.
Parlons maintenant de l'âme, purusha ou âtman. On ne discute pas son existence, qui est un fait de conscience. Voici sa très singulière définition... L’âme est spirituelle, éternelle, simple, libre, dépourvue de qualités, essentiellement inactive et improductive, abstrayant du temps et de l’espace. Elle est pensée et lumière, c’est tout ce qu’ou peut dire d’elle. Pensée, elle se pense elle- même. Lumière, elle éclaire l’organe interne. C’est là son senl
Introduction. V. Le Samkhya.
rapport avec l’univers matér'fel. C’est dans l’organe interne, que se noue le lien bandha de l’âme avec le corps, si tant est qu’on puisse appeler lien, ce qui paraît plutôt n’ètre qu’une simple location, une inhabitation, avec influence sur l’organisme matériel (organe interne compris, comme nous avons dit plus haut).
Cette influence sur la matière, qu’on peut comparer à une électrisation, fait produire à l’organe interne les souffles de vie, met en jeu tout le système intellectuel et physique, sans contact direct, sans action positive, par une sorte d’effluve; moins que cela; par un acte de voisinage, de présence seulement, disent les Sârrikhya. Quanta l’évolution qui s’ensuit de cette mise en train, elle ne dépend pas de l’àme, mais du karman précédent, attaché au corps subtil. L’âme lumière illuminant le cliché photographique figé dans l’organe interne, dans le manas, elle connaît. Mais ne dites pas qu’elle regarde le cliché. Ne dites pas que le cliché imprime quoi que ce soit en elle. Les Sâmkhya vous traiteraient d’hérétique. Ils n’admetient qu’un mirage, sans modification réelle. Soit, disent-ils, un cristal qui émet naturellement une lueur blanche. Si vous en approchez une fleur rouge, un reflet rouge paraîtra dans le cristal. Un reflet seulement, pas une réalité. Le cristal n’a pas regardé la fleur, la rougeur de la fleur n’a pas passé dans le cristal. Le cristal a lui seulement, et la rougeur de la fleur s’est réflétée sur lui, sans le modifier en rien. Ainsi, du purusha lumineux, et du cliché terne, dans le manas. L’àme est témoin sakshin seulement, disent les Samkhya.
Et pourtant, ce reflet produit dans fame, l’erreur, l’illusion, aviveka le non-discernement. Sous l’influence de ce mirage, elle, esprit immortel, s’identifie avec ce corps subtil et le reste; elle ne se distingue plus de lui; elle se confond avec lui; elle dit, je suis un tel, je jouis, je souffre, etc... Et nous voilà revenus à l’oiseau affolé par sa cage, des Upânishad et du Vedanta.
Et nous voilà revenus aussi au sam.fâra, à la roue, au roulement d’existence en existence, sous l’impulsion fatale du karman; avec cette différence seulement, que la délivrance n’est plus l’absorption en Brahman (puisque Brahman est supprimé), mais l’extraction définitive de l’âme de ce monde phénoménal. Le jour où, son karman étant épuisé, son dernier corps subtil se sera dissipé avec toutes ses annexes, l’âme restera absolument isolée dans l’univers, sans aucune connaissance distincte. Ne dites pas qu’elle sera alors heureuse, disent les Samkhya; on parle ainsi au vulgaire. En réalité, elle sera une flamme, brûlant sans vaciller, et n’éclairant rien. Elle sera, comme on est dans le sommeil sans rêve, dans l’extase profonde. Elle sera éternellement existante et somnolente, sans conscience du moi, sans connaissance de rien. Voilà le nirvana, le but!
Et la préparation à cet état, quelle est-elle?.. Logiquement (les Sârakhyas sont très logiques), le but étant l’isolement, la préparation doit être aussi l’isolement. Supprimer les reflets projetés sur l’âme par l’organe interne. Pour cela, supprimer l’action des sens, le penser, le vouloir, l’agir; apathie, ataraxie, insensibilité, poussées jusqu’à ne plus distinguer le plaisir de la douleur, l’affeclion de l’aversion. Aucun souci, aucun zèle; car il n’y a ni bien ni mal, il n’y a pas d’œuvres efficaces. L’état d’incarnation étant pour
Introduction. V. Le Samkhya.
l’âme une maladie, il faut la désincarner. Pour *cela, il n’y a qu’à empêcher radicalement la reproduction du corps subtil et du karman, par la suppression de toute action. Ensuite il faudra attendre que l’ancien karman soit épuisé, et l’ancien corps subtil dissous. A la mort qui terminera cette dernière existence, Pâme entrera dans son nirvana.
Pour terminer, je relève les deux points les plus faibles du système, ses vices radicaux... 1° Dans ce multi animisme athée, tournoiement d’âmes plongées dans le samsara, comment expliquer le commencement du karman qui les y plongea? Comment la maladie ou la peine de l'incarnation a-t-elle commencé?.. Si l’on n’admet pas une déchéance originelle, le fait est inexplicable. Aussi les Samkhya ne tentent-ils pas de l’expliquer. C’est ainsi, disent-ils. Les âmes ont toujours été, le karman et le samsara de même. — 2° Puisque des âmes se délivrent et obtiennent le nirvana, un jour viendra où toutes étant délivrées, c’en sera fait du monde phénoménal... Non, disent les Sâmkhya. Le nombre des âmes n’est pas fini. Il y aura donc toujours des âmes non libérées, toujours un monde, toujours un samsara. — Inutile, je pense, de réfuter -ces erreurs classiques. Inutile aussi de montrer, que le résultat moral du Sâmkhya, est un égoïsme pire, si possible, que celui des Védantins. Chaque âme pour soi! Le souci du prochain, la charité, étant des actes, seraient des empêchements à la délivrance.
En résumé: Plus de Drahman, être suprême. Des âmes individuelles, sans Dieu, sans maître. Ni bien, ni mal, ni sanction. Agir, voilà ce qui fait tournoyer dans la roue. L’action concrète forme, dans le corps subtil, le karman, poids ou loi physique qui entretient ce mouvement. L’idiotisme artificiel temporaire, meneau nirvana, idiotisme naturel éternel; isolement stupide, et non félicité. 1
Comparer, par certains côtés, les éons des Gnosliques, et les âmes précréées des Origénistes.
Sâmkhya-Kârika (J. Davies). — «La cause matérielle universelle, la matière première praki/iti est éternelle. Non-produite, elle existe par elle-même. D’elle émanent toutes les facultés (y compris manas l’esprit), tout, excepté purusha l’âme individu die, laquelle existant indépendamment de la matière, est éternelle et impérissable. » page 3. — « La matière première est imperceptible aux sens, à cause de sa ténuité. Mais elle est connue par ses effets. Tout dérive d’elle, par voie d’évolution.» pp. 1 ,8,10. — » La matière première admet trois modes (les trois gunas), le désirable, l’odieux, l’obscur ou indifférent. D’elle avyakta la cachée, tout procède. »pp. 11,12. — «L’âme purusha existe, car il faut à la matière un guide, comme au char un cocher. ( Mais toute action lui est déniée. ) »p. 17. — «La simultanéité de naissances et de morts multiples, démontre la multiplicité des âmes, et leur distinction. »
1. «Pour l’Indien, le souverain bien, quel esl-il?.. De même que l'ardeur du soleil de l'Inde fail apparailre. au corps fatigué le repos à la fraicheur de l’ombre comme le bien suprême, de même, pour l'Ame lassée, le repos, l’éierncl repos, est l’unique objel de ses désirs. « Oldeuberg-Foucher, le Bouddha, page —17... Ilepos, à prendre dans le sens d'apathie somuoleulc, un éternel coma.
Introduction. V. Le Samkhya.
lô
p.18. — «L’àme n’est pas liée au corps. Elle est isolée. Elle est spectatrice. Son rellet sur le corps subtil, rend celui-ci comme intelligent. Et les actes du corps subtil, font dire que l’âme agit (deux erreurs).» pp. 19,20. — « L’âme habite dans le corps, et tend à obtenir sa séparation d’avec le corps. Le corps et lame sont comme un aveugle qui porte un paralytique. La matière ne voit pas, et l’âme n’agit pas. » p.2l. — « L’organe interne est triple. » p.33. — «Le corps subtil sert de véhicule à l’àme, dans les transmigrations. » p.40. — «Par la vertu, l’homme s’élève; par le vice, il s’abaisse (action sur le cocon, qui épaissit ou s’amincit). La délivrance est le fruit de la connaissance. L’esclavage est le fruit de l’erreur. » p.44. — « La cessation de toute action, dissout le cocon, et met fin aux transmigrations. » p.45. — « Dans les dieux, le sattva prédomine. Dans les hommés, le rajas est prépondérant. Dans les êtres inférieurs (animaux, végétaux, minéraux), c’est le tamas qui prévaut. » p.54. — « L’àme est réincarnée et souffre, autant que son li iga corps subtil dure Donc la souffrance lient au li 'ga. » p.55. — «Quand l’âme comprend qu’elle n'est pas la matière, c’est là l’illumination. Quand elle a vu clair, c’est là la délivrance. » p.66. — «Cependant cette vie devra être achevée, sous l’impulsion du reste de karman précédent. Telle une roue de potier (nous dirions un volant de machine) continue encore à tourner pendant un certain temps, par l’effet de la vitesse acquise, alors qu’on a cessé de la mouvoir» p.67. — «Ensuite, après la dernière mort, séparée pour toujours de tout corps, Pâme reste sans connaissance, et la matière reste en repos. Cet état est éternel. » p.68.
Sâinkhya Aphorisms (J. R. Ballantyne). — « Le lien qui joint l’âme au corps, n’est pas inhérent. 11 consiste en une relation, qui cesse par la séparation. Comme le reflet d’une fleur d’hibiscus rouge dans un cristal incolore, cesse quand on éloigne la fleur du cristal. La coloration apparente du cristal, tenait au voisinage de la fleur; son éloignement la fait cesser. Ainsi le corps projette sur l’àme une iutluence, laquelle cesse à la mort, par la séparation. Les ignorants attribueut faussement au cristal d’être ro’ugi. Les mêmes imputent faussement à l’âme d’être liée. » 1.19. — « La réalité n’est pas que pensée seulement ( contre les Védantins ). Les objets extérieurs sont réels, l’expérience le prouve. Ils ne sont pas imaginés seulement.» 1.43. — « Le lien consiste en ce que l’àme se confond, s’identifie avec la matière. C’est par le discernement de sa différence d’avec elle, que Pâme se libère.» L56. — «La matière est éternelle, car elle est la racine de tout. Or il n’y a pas de racine d’une racine, il n’y a rien avant la racine.» 1.68. — «La matière se présente sous trois aspects (guna), plaisante, déplaisante, indifl'érente. Ainsi une femme est plaçante pour son mari, si elle est sage; déplaisante, si elle est volage ; indifférente, quand elle est absente.» 1.65. — «La délivrance ne saurait être obtenue par des rits, des cérémonies, des austérités.» 1.82,83.— «La vraie délivrance, n’est pas un état de jouissance temporaire, mais un état de repos définitif. » 1.86. — «L’existence d’un Seigneur ( isvara, Dieu) ne peut pas êtr i démontrée. Ceux qui l’affirment, le font gratuitement. » I 92. — « L’àme n’agit sur le corps, que par un influx, dans l’état de voisinage. Comme l’aimant approché du fer, influence le fer, sans le toucher. L’aimant restant inerte, le fer se meut. Ainsi le corps influencé par l’âme, vitet agit. » 1.96. — «Illuminé par l’àme, l’organe interne ressemble à l’âme. Comme le fer devient aimanté, par le voisinage de l’aimant. » 1.99. — « L’àme est immatérielle etéternelle. Elle est une lumière. « 1 139 m:>.145. — « Les âmes sont multiples
Introduction. VI. Le Yoga.
(contre les Védantins). La simultanéité de naissances et de morts multiples, le prouve. » 1.449. — «Tel le flux des réincarnations a été depuis Féternité, tel il sera pour l’éternité. Car le nombre des âmes est infini. Il y en aura toujours de non-délivrées. » 1.158,159. — « La matière évolue, agit, produit, pour la délivrance des âmes. Les âmes n’agissent ni ne produisent.» 11.2,8,11. — «Le corps grossier, fait des cinq éléments, est issu de père et mère. Le corps subtil est le produit, le résidu des antécédents. En lui tout est fixé. C’est lui qui détermine l’avenir.» 111.7 à 10. — «Le corps subtil ne peut rester sans un corps grossier, pas plus qu’une ombre ne peut exister sans un objet opaque. Aussi y a-t-il transmigration, au moment de la mort.» 111. 12. — «C’est dans le corps subtil, que Fame transmigre. C’est la dissolution du corps subtil, qui la libère définitivement. La délivrante consiste, dans la séparation de l’âme d’avec la matière, dans son isolement.» 111.65. — «Quand la délivrance est obtenue par l’illumination, la vie continue jusqu’à son terme; comme la roue du potier épuise le mouvement, qui lui a été imprimé.» 111.82.
Le Yorja.
Ascétisme théiste.
Consulter: H. Jacobi. Jaïna Sutras, dans Sacred Books of the East, vols XXIIKXLV. — W. Miles. On the Ja'fnas of Gujerat and Marwar, 1832; — J. Klatt. Extracts from the historical records of the Ja'inas, 1882. — L Pullé. Bella letteratura dei Giaina, 1881-1886. — L.de MiUoué et E.Senathi. Essai sur le Jaïnisme, 1885. E.Leumann. Beziehungen der Jaïna-Llteratur zu andern Literaturkreisen Indiens, 1885. — S. Warren. Les idées philosophiques et religieuses des Jafnas, 1886. — A. Barth. Jaïnisme, Hindouisme, 1902. — F.Hœrnle. Origine et premiers développements du Jaïnisme. 1906. — H. Jacobi. Eine Jaïna-Dogmatik, 1906. — R. Schmidt. Fakire und Fakirtum iin alten und modernen Indien. Yoga-Lehre nach den Indlschen Originalquellen dargestellt, 1907. — A.Guérinot. Essai de bibliographie Jaïna, 1907. — P.Oltramare. La théosophie brahmanique, 1907. — The Sarva-darsanasamgraha, édition de 1908. Dans Triibner’s Oriental Series.
Le Yoga fut inventé vers le milieu du sixième siècle, peu après le Sâinkhya, pour suppléer aux déficits de ce système, semble-t-il. Son auteur fut probablement un certain Nataputta1 *. Plus tard Pataujali le mit en forme *. Les adeptes du Yoga portent divers noms: Yogis, Nirgranthas, Arhatas, Jafnas, etc. 3 La secte s’étendit très rapidement. Elle était nombreuse et organisée,
1. En pAli Nafaputfa, en sanscrit Jnilllputra. Alias Mahnvïra, nu VardhantAna, nu Mrqrantliu jnâtl, personnage historique. Tandis que les patriarches Arlshtaneml, Itisliahha, l'Areva,
paraissent Être légendaires. — Vers 500-150 avant J. C. — 3. Uyninosophiule» des auteurs grecs ; l»icn
connus eu Occident, depuis l’expédition d'Alexandre, au quatrième siècle.
Introduction. VI. Le Yoga.
avant l’apparition du Bouddhisme. Plusieurs des meilleurs disciples du Bouddha, Sariputra, Maudgalyâvana, passèrent à lui du Yogisme.
Premier point fondamental du système: Les Yogis ajoutèrent au Sâmkhya fa tô'te qui lui manquait. Au-dessus de la masse des âmes qui tourbillonnent dans le samsara, ils mirent une âme immense, un être spirituel àpart, qu’ils nommèrent lsvara ( page 60, 4°*), et auquel ils-assignèrenttous les attributs de la divinité. Dieu unique sans égal ni pareil, éternel, omnipotent, omniscient, immuable, incapable de toute modification même apparente, tout-bon et secourable à l’homme qui désire sa délivrance. C’est lui qui créa tout ce qui est, âmes et matière, par un simple acte de sa volonté. C’est lui qu’on invoque, par la syllabe Omf Il aide l’homme qui se fie en lui, à se tirer du samsara. — Tout ceci paraît fort beau. Le progrès, sur le Sâmkhya, est notable. Mais hélas, si le Sâmkhya n’eut pas de tète, le Yoga n’eut pas de queue. Qu’obtiendra finalement l’homme qui aura adhéré avec dévotion à lsvara?.. Il obtiendra, non l’union avec lui, non la félicité, rien qui ressemble à une vision béatifique, à une vie éternelle; mais de brûler, dans les régions supérieures, flamme solitaire inconsciente et n’éclairant rien; exactement comme les Sâmkhya. Voilà à quoi se réduit le salut par lsvara. Encore ne dit-on pas de quelle manière lsvara aide l’homme à atteindre ce salut, tandis qu’on formule bien clairement tout le mal que l’homme doit se donner pour l’obtenir.
Car le Yoga exige le travail, la peine, la souffrance, comme moyen nécessaire de la délivrance. C’est le second point fondamental du système, beaucoup plus important que le premier. L’ancien tapas védique (page 25), la préparation échauffante et exténuante au sacrifice, fut reprise par les Yogis, comme méthode préparatoire à la délivrance. C’est à force d’actes positifs, actes mentaux énergiques, actes physiques violents, que le Yogi atteindra son but. Quel but? La rupture du lien de son âme avec le monde extérieur ( lien entendu à la manière du SJmkhya). L’isolement absolu de l’àme, par la suppression de toute communication avec le monde phénoménal. Llmmobilité absolue du principe pensant, assujetti, garrotté, ligoté. Yoga veut dire subjuguer, dompter, lier 1 . L’âme sera délivrée, quand on lui aura désappris de force, à éclairer le miroir de l’organe intern?, et à laisser celui-ci réfléter ses clichés sur elle. Cette rupture de l’âme spirituelle, avec tout son appareil (entendu à la manière des S.unkhya, y compris l’intelligence et la volonté), ce détachement absolu, ce vide de toute connaissance, est conçu par les Y’ogis comme une intégration de l’âme ; comme la perfection, la délivrance provisoire, eu attendant la délivrance définitive à la mort.
Si le résultat est le même que dans le Sâmkhya, en fait de procédés pour l’obtenir, les Yrogis y vont plus vigoureusement. Ce n’est pas par le seul isolement, pratique négative des Sâmkhya, que les Yogis se délivrent, mais par des actes positifs. Cesser d’agir pour ne pas reformer de cocon, et laisser l’ancien karman s’éteindre avec le temps, leur parut trop lent, trop long. Ils pensèrent qu’en faisant violemment revenir sur lui-même l’organe interne qui. engendra le cocon et le karman, on broierait ce cocon, on pulvériserait
1. Racine du latin jugum, du français joug, de l’allemand joch, de l’anglais yoke, etc.
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le karman, on obtiendrait le salut plus vite, immédiatement, de haute lutte, par des actes contraires. De là des auslérilés, qui ne sont pas proprement une expiation, un rachat. Elles sont une thérapeutique héroïque substituée à la méthode expectante; un traitement violent physico-mental. Toute l’énergie du corps, est appliquée à dompter le corps. Toute l’énergie de l’esprit, est appliquée à mater l’esprit. La cure doit aboutir à éteindre l’illusion, la sympathie et l’antipathie, l’attachement à la vie et l’horreur de la mort, toute connaissance, même la conscience du moi. En somme, le suicide positif de tout ce qui, en soi, n’est pas l’âme ut sic.
Accessoirement, cette préparation si dure, donne, disent les Yogis, à celui qui s’y applique consciencieusement, des riddhi (ou siddhi ), pouvoirs transcendants remarquables. Ces pouvoirs ne sont pas le but. Le Yogi ne doit pas y tendre. Ils sont seulement la preuve, quand ils se manifestent, que le traitement produit son effet, que la grande œuvre progresse. Le Yogi qui en constate l’éclosion en lui ( ! ), peut se consoler eu se disant, qu’il ne peine pas en vain, qu'il avance vers le terme. Mais il ne doit pas s’en enorgueillir; encore moins doit-il exhiber par vanité ses facultés transcendantes, car il les perdrait sur-le-champ. — Il est assez clair que l’objet de cescontes, est l°de donner du courage aux novices, “2" d’en imposer au peuple. La défense d’exhiber ces pouvoirs imaginaires, est un chef-d'œuvre d’habile politique. 1
L’amour ne jouant aucun role dans le système Yoga, il ne faut pas lui attribuer l’endurance des Yogis. Le désir du nirvana, sous la forme peu passionnante promise, ne suffit pas non plus à expliquer leurs tortures volontaires. Celles-ci eurent un autre motif, motif nouveau, la peur de l’enter, ajoutée à la peur du samsara. C'est là le troisième point fondamental du système. Désormais, après chaque existence, avant la suivante, une période de supplices, pour l'homme qui a joui de la vie. — D'où les Yogis tirèrent-ils les tableaux, qu’eux et les Bouddhistes développèrent avec un luxe d'horreurs qui tait honneur à leur imagination? Comme nous l'avons vu, les Vedas parlent peu ou pas de châtiments après la mort. Bien non plus, ou du moins rien de clair, dans les systèmes postérieurs. On a émis l’opinion, que les Yogis ont emprunté les éléments de leur enfer classique, aux peuples dravidiens de l’Inde. Je suis plus disposé à croire que, pour créer celte eirroyable fantasmagorie, ils amplifièrent simplement ce qui se passait dans les prétoires de leur pays, en celemps-là.
Voici, dans ses grandes lignes, la méthode ordinaire des Yogis... Sont présupposés les points suivants: Ne tuer aucun être vivant, même végétal, même une graine . Ne s'approprier quoi que ce soit. Ne jamais mentir. Garder
1. Résumé de ces facultés transcendantes; Se faire instantanément léger ou lourd, jusqu’à être emporté par le vent, jusqu'à ne pouvoir être bougé tie place. — Se faire petit ou grand, à volonté, j asqu’a devenir imperceptible, jusqu'à pouvoir toucher la lune. — Traverser l’espace, sur un rayon de soleil, sur un nuage, avec la vitesse propre à ces véhicules. — Disparaître et reparaître à volonté. Revêtir, à volonté, n’iinporte quelle forme. — Domaine absolu sur son corps et sur tous ses organes; sur les éléments et tous leurs composés. — Faire jarllir de son corps l’eau et le feu, abcrnalivenienl ou simultanément. — Pouvoir de pénétrer et de changer le» coeurs. — Pouv »ir de transformer toutes les substances, par exemple du poison en sucre. — Intelligence du langage de tous les animaux. — Vision de tous les êtres, passés, présents, futurs; et des absents, à quelque distance, dans quelque inonde qu’ils se trouvent. — Connaissance de la carrière précédente, des existences passées de tous les êtres ; i l de leur destinée future, de l’heure de leur mort, de la nature de leur réincarnation, etc. — Pouvoir d’évoquer tous les êtres, excepté ceux qui ont atteint le nirvana. — Pouvoir de faire entrer son âme dans le corps d'un autre, pour le posséder ; ou simultanément dans plusieurs corps à la fois. Etc. — 2. Le Yogi peut user île re qui a été lue par autrui. Il vit donc des crimes d'autrui. Nous verrons les Bouddhistes dire cl faire de même.
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une stricte continence. Bonne volonté courageuse, résignation entière «à Jsvara, oubli de tout intérêt, suppression de tout désir. Errer en mendiant, sans feu ni lieu, et, autant que possible, tout nu. Jeûne gradué, jusqu’à l’inanition. — La quête finie, ietraite dans un lieu isolé, cimetière, ruine ou forêt. Pose spéciale, assis en tailleur, les jambes tordues croisées, le cou-depied reposant sur le dessus de la cuisse opposée, la plante du pied tournée en haut (position des Bouddhas assis, voyez le frontispice). Les mains croisées tenant chacune le grand orteil d’un pied. Le menton fortement appuyé sur la poitrine, les yeux convergents fixés sur le bout du nez. Buste, cou et tète, sont tenus raides, les vertèbres formant une ligne droite verticale. — Dans cette position, le Yogi s’applique systématiquement à régler sa respiration. Le souffle étant le principe de la vie, le support du moi, le lien vital (système Sâmkhya), sa réglementation se répercute sur tout l'être. Déréglé, il trouble l’ordre. Béglé, il harmonise l'ensemble. Digéré et assimilé, il nourrit le corps. Il purifie aussi et rafraîchit l’intérieur, en l’aérant, en le ventilant. Il évapore insensiblement le résidu moral, le karman. De plus, le souf- 11e rythmé est considéré comme la prière continuelle à Isvara, qui remplace toutes les pratiques rituelles... L’unité de mesure pour la respiration réglée, est matra le temps que prend un clignement d’œil normal. L’inspiration doit durer Ifi mâtrâ. la rétention de l’air 6i mâtrâ, l’expiration 32 mâtrâ. Trois fois par jour, le Yogi s’exerce, jusqu’à ce qu’il ait fait 80 respirations de suite, suivant ce métronome naturel. — Viennent ensuite d’autres exercices, qui ont pour but la rétraction des sens, la suppression active de leurs témoignages. — Puis la fixation de la pensée sur son âme. Comme celle-ci est difficile à saisir, on fixe des yeux le cœur ou le nombril, la pointe ou la racine du nez, ce qui aide la pensée à saisir Pâme1 . — Puis, ce qu’on appelle souvent improprement méditation, dhyina, l'unification de la pensée ( Patanjali ), la contemplation soutenue de l’être dépourvu d’accidents. Poussée jusqu'à l'inconscience et jointe à la ventilation interne, cette concentration anéantit le cocon passé, et la possibilité d’un cocon futur. Pas>ager d’abord, atteint par intervalles puis reperdu, cet état devient de plus en plus durable, et définitif à la mort.
De bonne heure les Yogis ajoutèrent à leurs exercices, certaines formules dépourvues de sens (tantra, mantra), certains gestes des doigts ( mudrâ ), auxquels ils attribuèrent une vertu supranalurelle. La chose suivant son cours, eut pour résultat la résurrection graduelle de toute l’ancienne magie védique ( page 27 ), avec addition d’abominations nouvelles empruntées au Sivaïsme. On appelle cet ensemble Tantrisme. Nous aurons à en reparler en son temps.
Partant de leurs théories et pratiques respiratoires, les Yogis scrutèrent aussi le corps humain, en s’appuyant sur les notions anatomiques et physio-
\. Comparer les Ilésychiastes ou Omphnlopsyques «lu mont Athos: a Etant «cul dans ta cellule, assieds-toi en un coin. EÏève ton esprit au-dessus de toutes les rlioses vaines et passagères. Ensuite appuie ta barbe sur ta poitrine, tourne tes yeux avec toute ta pensée au milieu de ton ventre, c’est-à-dire au nombril. Retiens encore ta respiration, même par le nez. Cherche dans tes entrailles la place du cœur, où habitent les puissances de l’âme. D’abord lu y trouveras des ténèbres épaisses ; mais si tu persévères, continuant celle pratique jour et nuit, tu trouveras une joie sans interruption. Car sitôt que l’esprit a trouvé la place du cœur, il voit le souffle qui est dans le cœur, il se voit lui-même (son àme) lumineux et plein de discernement. > .Nil novi sub sole.
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logiques de leur pays et de leur temps. Ils ajoutèrent ainsi à leur thérapeutique spirituelle, une thérapeutique corporelle, qui eut dans l'Inde d’abord, puis en Chine, un succès inimaginable. C’est du Yoga indien, que sont sortis, la médecine chinoise en bonne partie, le taoïsme diététique et magique presque en entier. Voici, en peu de mots, le résumé de l’anatomie et de la physiologie imaginaires des Yogis, inventées sans dissection ni expérimentation... Nous avons entendu les auteurs des Upanishad parler de 101 canaux (page 51 M). Les Yogis en connaissent trois principaux, qui font communiquer l’extérieur avec le cœur selon les uns, avec la région ombilicale selon les autres. Le premier et le plus important (sushumna), monte du cœur à la grande fontanelle1 2 . Le second canal conduit l’air de l’extérieur, par la narine droite, dans le cœur. Le troisième reconduit à l’extérieur, par la narine gauche, l’air qui n’a pas été assimilé. La gymnastique respiratoire que j’ai dite plus haut, est censée agglomérer le souffle, et le forcer, du cœur, par le premier canal, dans la cavité crânienne. L'ouverture interne (imaginaire) de ce canal, est censée fermée par un obturateur en serpent enroulé, un ressort à boudin, dont il faut vaincre la résistance par la tension du souffle. La ventilation du cerveau ainsi obtenue, rafraîchit, purifie, évapore le moi. — Aux trois canaux principaux, correspondent trois esprits vitaux propres, le supérieur, l’inférieur, et le médian ou central ; éléments mal définis, maisqui jouent dans les théories physiologiques et morales, un rôle immense*. — La santé et la sanctification dépendent du libre fonctionnement des esprits vitaux dans leurs tuyaux. Or tout tuyau est sujet à s’encrasser. Il n’est donc pas surprenant, que des opérations de ramonage soient prévues dans le système. Une mèche passée dans chaque narine et retirée par la bouche, nettoie les deux conduites d’air. Une longue bande, lentement avalée, puis retirée de l’estomac, nettoie pratiquement l’œsophage, et théoriquement les orifices du cœur3. Certaines contorsions et pirouettes, sont censées exprimer les autres canaux par torsion, ou les vider par la force centrifuge. — La bouche étant un évent par lequel les esprits vitaux s’échappent facilement, les Yogis se sont préoccupés de son occlusion. Le filet de la langue est coupé, et cet organe est soumis à des tractions fréquentes, pour l’allonger, jusqu’à ce que sa pointe puisse atteindre l’entre-deux des sourcils, au haut du nez. Il a alors la longueur et la liberté nécessaires pour pouvoir être retourné dans le gosier, durant l’exercice de la méditation. -- Les progrès du Yogi dans la voie de la perfection, lui sont prouvés par des hallucinations d’abord visuelles; taches jaunes, blanches, rouges ou bleues, symboles des éléments. — Puis viennent les hallucinations auditives, plus estimées, car elles sont la résonnance des tuyaux internes, et prouvent la perméabilité de ceux-ci. Il y en a de diverses sortes, roulement de tambour, mugissement des flots, tintement de cloches, bourdonnement d’abeilles, doux murmure de la brise. — Enfin se produisent, dit-on, l’hypnose profonde, le coma cataleptique, l’état de mort apparente, rarement constaté par des Européens, mais constaté pourtant4. Quant aux cas de folie produits par le Yoga, la difficulté est moins de les constater, que de les compter. Mais aussi, quelle vie, et pour quel idéal ! « Les beaux jours viendront-ils pour moi, où assis, les jambes croisées, sur un roc au bord du Gange, je serai absorbé dans le sommeil
1. D’après les figures chinoises, c’est le canal rachidien, contenant la moelle épinière.
2. Les trois ^ k’i chinois. — 3 Les ^ slnn-yen-lzeu orifices du cœur; yogisme pur.