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LÉGENDE DU BOUDDHA

monastique, seuls documents littéraires que nous possédions pour les temps primitifs, marqueraient, non pas le développement de la croyance, mais les conquêtes que la croyance, dés le début très précise, a faites dans les cercles des Presbytres, exclusivement préoccupés de nirvana et de gnose.

Il serait outré de prétendre établir ici une démonstration rigoureuse; mais on peut, on doit envisager l'histoire bouddhique de ce point de vue.

La légende de Çàkyamuni ou, pour mieux dire, du Bouddha, — car la personnalité historique disparaît derrière le type, — n'est pasunelégende à proprement parler, le souvenir magnifié d'un maître très sage et très vénéré : un moine parmi les autres, primas inter pares, tel qu'il apparaît souvent dans le canon, et que la reconnaissance de ses disciples aurait déifié, alors qu'en bonne théologie ils n'avaient plus à s'en occuper, alors que, suivant la tradition, ils s'en occupèrent très peu. Tels étaient d'ailleurs les ordres du Disparu : « Que devrons-nous faire », interroge Ananda, « du corps du Bouddha ?» — « Ne perdez pas votre temps », répond le Bienheureux, «à rendre un culte à mon corps; mais occupez-vous en toute diligence et application de votre bien spirituel : il y a parmi les nobles, les brahmanes et les bourgeois, des hommes

2l8 MYTHOLOGIE ET DÉVOTION

instruits et croyants; ils rendront à mon corps le culte qui lui est dû 1. » Et, par le fait, tandis que les laïcs, ou adorateurs {upàsaka)^ célèbrent les funérailles et se disputent les reliques, les moines organisent le concile et fixent la Loi, la Loi qui est, pour les sages, le « vrai corps du Bouddha ».

Une lente transformation du souvenir de Çâkyamuni, aboutissant au type divin du Bouddha, paraîtrait moins invraisemblable si, dans la geste canonique ou deutérocanonique, « nous avions aflTaire à des données accidentelles ou incohérentes ». Mais, ainsi que M. Senart Ta démontré et dans toute la mesure où ces choseslà se démontrent'^, la légende est formée d'éléments qui sont peut-être solaires, qui, à coup sûr, n'ont rien d'évéhmériste, et qui forment bloc. Elle s'est visiblement alimentée au torrent des sources qui débordent dans les mythologies visnuites, ou, en général, hindoues. — D'autre part, cette souveraineté, jadis partagée entre des saints ou des dieux anonymes et qui, sous l'emprise de la spéculation bouddhisante, constituera la dignité de Bouddha, Çâkyamuni Fa apparemment revêtue en raison de l'impression qu'il fit sur les foules dévotes; et nous sommes

1. Dïgha II, p. 141 (Buddkist Suilas, p. 91), Foiicher, Art du . Gandh&ra, I, p. 573.

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