Maitri
2. Sur la tentation, voir Senart, Légende; Kern, Geschiedenii, I, 66; Mâra = Kâma; arbre = immortalité. Oldenberg-Foucher^, p. 86; Windisch, Mî\ra iind Bouddha,
LA TENTATION SSQ
Irons ici plusieurs traits propres à la légende du Bouddha, héros solaire; nous constatons sa souveraine puissance.
Mâra a vainement espionné pendant six ans le grand ascète ; mais l'heure approche où la partie sera décidément perdue. Çâkya a rompu le jeûne; il s'est réconforté d'un breuvage ambrosiaque, — du lait de mille vaches qu'elle faisait paître dans un bois plein de réglisse, la pieuse Sujâtâ, « Eugénie » , avait nourri cinq cents vaches ; le lait des cinq cents avait suffi à deux cent cinquante, et ainsi de suite jusqu'au moment où, en dépit de l'arithmétique et peut-être de la zoologie, le lait de huit dernières vaches eût donné une crème très épaisse, très douce et très forte ; Brahmà, par surcroît, y versa le miel de la grande ruche cosmique de la force vitale. Réconforté par ce beurre merveilleux, Gâkyamuni se dirige vers l'arbre sous lequel il doit devenir un Bouddha, l'Arbre de l'illumination ou de la science; c'est alors que Màra tente le suprême effort. Tous les dieux se sont enfuis, car Mâra leurfait peur : l'homme, — est-ce un homme? — reste seul en face du dieu-démon, du princeps mundi, assis sur un éléphant gigantesque et qui excite ses hordes. Les traits et les projectiles, hideux ou fantastiques, retombent autour de Çâkya en couronnes de fleurs. Mais ce ne sont là que des préliminaires emprun-
tés au locus classicus du combat des bons et des méchants dieux; la lutte qui met en conflit le pouvoir temporel de Mâra, sur son déclin, et la force, temporelle et spirituelle à la fois, de Çàkya, se précise quand Mâra revendique le droit de s'asseoir sous l'Arbre fatidique, droit que lui ont acquis, prétend-il, ses charités. — ■ Si méchant que soit Mara, il fut bon jadis, puisqu'il est puissant, et ses compagnons affirment en effet ses mérites. — Mais Çàkyamuni invoque le témoignage de la terre : « Tu as ici des personnes vivantes pour te servir de témoins : je n'en ai pas. C'est pourquoi j'invoquerai la terre encore qu'elle soit inconsciente. » Des mille noms que Çàkyamuni a portés au cours de mille existences héroïques, un seul suffira pour confondre le Mauvais. « La terre », dit le Saint, « sera témoin que dans ma dernière existence humaine, quand on me nommait Yiçvamtara,j'ai distribué sept cents dons extraordinaires. » Et aussitôt, quand le doigt de Çàkyamuni touche le sol, la voix de la terre se fait entendre ; Mâra et ses acolytes sont dispersés. Dès lors, l'Arbre et la bodhi, c'est-à-dire la science qui fait les Bouddhas, appartiennent au grand solitaire, et comme pour affirmer clairement le caractère mythique de cette lutte et de cette conquête, le serpent Mucilinda, dans le récit pâli comme dans les deutérocanoniques,