DESCENTE DU FUTUR BOUDDHA
plus anciens Discours, avant même de devenir un Bouddha, Çakya, futur Bouddha, est un être surnaturel, de son vrai nom, un mahâpurusa ou « grand mâle ».
Celui qui devait être notre Bouddha, riche du mérite acquis au cours de nombreuses transmigrations, régnait, depuis plusieurs siècles, dans le ciel sublime des dieux Tusitas, « dieux satisfaits ou sereins » . Quand les temps furent accomplis, il pénétra, pendant son sommeil, dans le sein de Maya, femme du roi des Çakyas. Rien n'indique dans la première tradition, à mon avis du moins, que ^Nlàyà fut vierge*; mais, dans toute la littérature connue, un seul passage semble parler d'une conception d'ordre naturel, et il a toute l'apparence d'un blasphème^. Le dieu des Tusitas, de son plein gré, après mûre délibération sur la caste, le pays, la famille, la mère et l'époque que son
1. C'est seulement après la conception que Mâyâ renonce au meurtre, au vol, à l'amour défendu, etc. (Digha, II, p. 12). LeDigha attribue à tout Bouddha un père et une mère; le Milinda (p. 75) explique comment Çûkyamuni porte les marques, est enveloppé d une auréole d'une coudée, bien que ses parents soient du type normal : de même le lotus naît de la boue. — Voir Windisch, Budd/ia's Geburt. p. 142.
2. Version tibétaine de l'Abhiniskramana, cité par Foucaux, Rgyacher-rol-pa, 11, p. xxi.
24o MYTHOLOGIE ET UÉVOTION
avènement doit illustrer, « descend » sous la forme d'un éléphant à six défenses. — C'est bien, en effet, comme l'observe M. E. Senarl,une « descente », avatar a^ plutôt qu'une renaissance'. — Je ne rappellerai qu'en passant les miracles delà vie utérine; comment le Bienheureux resplendit adoré par tous les dieux réunis; comment il naît du flanc droit de Màyà, sans la blesser; comment celle-ci, ainsi que Latone, tenait en main la branche d'un arbre fleuri. Dans l'histoire d'un autre Bouddha, Dïpamkara, c'est-à-dire «celui qui fait la lumière » et, par un heureux calembour, « celui qui fait une île », la nativité a lieu sur une sorte de Délos, une île magique du Gange ; et la ressemblance avec l'hymne homérique prend un tour très piquant.
Cependant, le point capital, le mieux attesté par les sources, le plus concluant, — car les miracles de la conception et de la naissance n'ont rien de très caractéristique et ils ont rencontré des incrédules, « honte de la Commu-
\. Légende, p. 270. — Je n'ignore pas que la thèse opposée peut être défendue. On considère parfois le futur Bouddha, au moment où il va s'incarner, comme un « être dans l'état intermédiaire » {antara.bhavika) ^ et c'est un problème pourquoi il apparaît à sa mère, en songe, sous la forme d'un éléphant. ■ — Sur la descente sous la forme d'éléphant, voir Rhys Davids, Buddldst Suit as, p. 46; Speyer, Ueber den Bodhisatti'a ah Elcfant mit scchs Hauzdhnen (Z.D. M. G.) et Windisch, Buddhas Geburt, p. 153, 174; Hastings, Encycl. of Religion and Ethics, art. Bodhisattfa in Sanskrit Literature.