‹ BouddhismeChapitre 123 sur 192 · Aussi le titre de Mahâpurisa est-il accordé à des Arhats · texte numérisé non relu

Aussi le titre de Mahâpurisa est-il accordé à des Arhats

2. Voir nos Conciles Bouddhiques, I, p. 29 (Muséon, 1905, p. 241).

SECTFS SUPRANATURALISTES 25 I

rieures au monde » les connaissances et les méditations qui aboutissent au nirvana.

Cette exégèse, adoptée par la plupart des savants européens, paraît justifiée, en effet, lorsqu'on s'en tient au canon pâli; mais ce canon ne représente, de son aveu, qu'une des branches de la tradition qui se réclame des Presbytres, la branche dite de la « distinction^ » : « Le Bouddha, disent les Pères du concile de Patna, était partisan de la distinction. » Nous n'en sommes pas convaincus ou du moins doutons-nous que la tendance rationaliste ait exclusivement prédominé dans la plus archaïque communauté, celle qui inaugura les compilations scripturaires. Dans cette hypothèse, on s'expliquerait mal qu'eussent été canonisés des textes comme les discours sur la vie immortelle, sur les marques, sur les funérailles, sur les anciens Bouddhas et leur conception, et beaucoup d'autres*^.

Quoi qu'il en soit, à côté des sectes résolues à considérer le fondateur comme un maître humain, dans la mesure où cela est possible à

1. Il est difficile de dire en quoi consiste, au plus juste, la « distinction » [yibhajjavZxda) : on peut seulement signaler quelques passages du commentaire du Kathâvatthu. Ad xix, 2, les Andhakas ne distinguent pas le sens du mot k vide » et concluent à l'inexistence des choses ; ad xi, 5, les Mahâsânighikas ne discernent pas le sens du mot kappa ; ailleurs, il s'agit de 1 existence du passé et de lavenir. L'école de langue pâlie attribue au Bouddha les diverses interprétations exégétiques qu'elle défend contre les écoles rivales.

2. Il est cependant digne de remarque que presque toutes ces déclarations se trouvent dans le « livre du Nirvana ».

des orientaux', il en est plusieurs qui prennent à la lettre les textes magnifiant le Bouddha, qui attachent un sens très réaliste et prégnant à l'expression « supérieur au monde » : elles en font leur devise; elles prennent et reçoivent le nom de « supranatiiralistes- ». Ce sont des écoles savantes; leur activité porte sur la donnée essentielle, la nature du Bouddha.

L'école dite orthodoxe distinguait, à la suite des brahmanes, deux nirvanas ou, plus exactement, deux degrés de nirvana : le nirvana complet oii s'abîme Çâkyamuni lorsqu'il a rendu le dernier soupir; \e nirvana incomplet, ou sainteté, dont Çâkyamuni prit possession sous l'Arbre en devenant un Bouddha : mais, et ceci est fort important, aux termes mêmes de l'Ecriture le processus spéculatif par lequel Çâkyamuni devient un Bouddha ne se distingue pas de celui par lequel il s'évade dans le complet nirvana. Dès l'origine, la qualité de Bouddha tendait donc à se confondre avec le nirvana.

1. Windisch admet « dass das Mylhologische mit zum Wesen des Buddhismus gehort und von diesem nicht getrennt werden kann. Denn wenn auch der historische Buddha ein einfacher Mensch gewesen ist, so liât es docli wahrscheinlich nie einen Buddhismus vollig ohne Mythologie gogeben ». (MC\ra, p. 182.)

■J. Nous ne sommes pas très bien renseignés sur les sectes « supranaturalistes » Elles semblent constituer le groupe dit les Mahâsâmghilcas. Voir surtout le Mahâvaslu articles de Bartli dans /. des Savants, août-octobre 1899), les sommaires de Vasumitra, de Bhavya et de Vinïtadeva fWassilieff et Bockhill) et le Kathâvatthu ''Andliaka, .\paraseliya, Pubbaseliya, Mahâsamghika, VetuUaka).

SECTES SUPRANATURAI-ISTES 253

Dès lors on se demande si un Bouddha, exempt de désir et de pitié *, plongé dans de suprêmes extases, au-dessus de la conscience et de la non-conscience, peut boire, manger, souffrir, prêcher la loi ? Quelques-uns le croient et soutiennent qu'on peut parler en état de méditation; d'autres le nient : toute activité disparaît avec le désir, avecla pensée discursive^. Un texte canonique assure que, depuis la nuit de l'illumination jusqu'à la nuit du nirvana, le Maître n'a rien dit d'inexact; mais, d'après une autre version, le Bouddha n'a pas, durant cet intervalle, prononcé une seule syllabe^. La gnose suprême qui fait un Bouddha laisse peut-être subsister le corps, — on dit que « l'odeur des excréments de Çâkyamuni surpasse infiniment tout parfum^ », — mais elle est incompatible avec la parole : ce n'est pas le Bouddha, c'est Ananda qui a prêché ^. Ou bien encore les disciples entendent la Loi, chacun telle qu'il la peut

1. Kalhâvatthu, xviii, 3 : natthi buddhassa bhagavato karunâ (Doctrine des Uttarâpathakas).

2. C'est dans ce sens que je comprends Katliâvattliu, ii, 3, xviii, 8 et un des « points » de Mahâdeva.

3. Awguttara, II, 2'i, Itivuttaka, §112, SumangalavilâsinT, I, p. 16, et Aryatathâgataguhyasùtra cité Bodliicaryâvatâra, ix, 3G, et Madhyaraakavrtti, p. 366.

4. Kathavatthu, xviii, h : buddhassa bhagavato uccârapassâvo ativiya aùiie gandhajâte adhiganhâti (Doctrine de quelques Ândhakas et des Uttarâpatliakas).

Page 1