Bodhicaryâvatâra, viii
BBANCUES DU GRAND VEHICULE 289
Il y aura donc, à côté des spéculatifs qui restent fidèles, dans sa modération un peu sèche, à l'antique formule du nirvana^ — c'est le Petit Véhicule proprement dit {astângamârga) ; à côté des bonnes gens qui désirent les paradis et remettent à Amitàbha le soin d'achever leur conversion, — c'est la branche purement dévote {bhaktimàrga)^ — des dévots qui aspirent à la dignité de Bouddha par le savoir et le mérite, qui montent dans le véhicule des Bouddhas ou des futurs Bouddhas, dans le Grand Véhicule h proprement parler. Au point de vue logique, ils prennent place entre les purs dévots et les purs rationalistes; comme les premiers, ils attachent une grande importance au culte de latrie {bJiakti) et à la grâce; comme les seconds, ils croient qu'il faut acquérir le divin savoir et pratiquer les méditations. Mais, et ce trait essentiel a été mis en pleine lumière par MM. Rhys Davids^ et Kern, ils différent des uns et des autres par le rang qu'ils assignent, dans la vie spirituelle et dans la pratique, à la charité et à l'apostolat, — don par excellence, puisque c'est le don de la « parole », — et par l'espoir de devenir un jour
1. Lectures on the oripçin and gro<,vth of Religion, p. 254 (Kern, Lotus, p. xxxiii). — Le bouddhiste qui fait vœu de devenir Bouddha : tel est, par définition, le fidèle du Grand Véhicule. Ce vœu est inséparable de la latrie des Bouddhas et des futurs Bouddhas célestes, lesquels sont aussi adorés par des adeptes du Petit Véhicule.
LE BOLDDHIti.ME. H>
2go cariuèhe uu bodhisattva.
des Bouddhas, source d'un enthousiasme très mêlé d'humilité et de saint orgueil. Ces pieux philosophes ont droit à une place, on peut dire à un casier à part dans l'histoire religieuse, non seulement parce que leur rêve de divinisation graduelle, de perfectionnement moral, intellectuel et mythologique au cours d'un nombre infini d'existences, constitue une catégorie curieuse de mysticisme, — mais encore et surtout parce que, chez eux, la piété, la charité et l'effort se concilient, c'est peu dire, se combinent étroitement avec une gnose tantôt nihiliste, tantôt idéaliste et moniste. Cette soudure entre la charité et la dévotion d'une part, la métaphysique la plus outrancière de l'autre, est le chef-d'œuvre de la dialectique hindoue et un objet d'étonnement ou d'admiration pour l'historien'.
En effet, presque tous les documents connus nous représentent les adeptes du Grand Véhicule, les futurs saints qui entrent dans la carrière des Bouddhas, comme des adeptes de la doctrine Madhyamika ou de la doctrine Vijilànavàdin^.