Le monisme védantiquc présente des problèmes analogues
2. Le Madhyamakiivatâra (p. 22.15) veut que le Grand Véhicule comporte deux éléments : 1° la science du vide, 2° le vœu ou carrière de futur Bouddha. Il observe que des sectes du Petit Véhicule connaissent le vide (voir V.'assilieff, 26i) ; il aurait pu ajouter que les Sautrântikas, qui n'admettent pas le « vide » (du moins au sens des docteurs attitrés du Grand Véhiciilei, adlièrentà la sainte carrière (voir W'assiliell", p. 274} : leur Bouddha d'ailleurs est surnaturel, il possède les dix forces (ibid., 285), comme dans Milinda, et un corps de «jouissance » ou céleste. — Comparer Sùtrâlanikc.ra, i, 15.
VÉRITÉ d'apparence 2g 1
On se rappelle les théorèmes professés par les écoles qui portent ces noms. La première enseigne la « vacuité » absolue, l'impossibilité de la connaissance, l'absurdité des concepts cause et effet, la « non-production de quoi que ce soit»; elle nie non seulement la substance, mais le devenir. La seconde soutient que la pensée seule existe, contenant sans contenu, exempte de sujet, d'objet et de connaissance même. Par quel artifice la piété et la charité peuvent-elles s'accommoder de semblables métaphysiques?
La distinction des deux vérités donne le mot de l'énigme. Pour les deux écoles, offusquant la réalité vraie, la vérité de droit que soupçonne la raison pure, il y a une vérité de fait, une illusion irrésistible en vertu de laquelle, d'existence en existence et depuis toute éternité, nous croyons penser, faire de bonnes et de mauvaises actions, jouir des paradis, rôtir ou geler dans les enfers. — Tout se passe comme si causes et effets s'enchaînaient en une indissoluble série ; comme si la pensée vierge était réellement souillée ; comme si le moi était un être permanent et individuel; comme s'il y avait autour de nous d'autres « moi », soufiVants et souillés, et, — ceci accuse le contraste entre les deux Véhicules, — comme s'il y avait, au-dessus de nous, de grandes divinités propices qui sont les Bouddhas
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el les Boclhisattvas célestes, des « futurs bouddhas » déjà fort avancés dans la carrière.
Toute pensée et tout objet de pensée ne sont qu'illusion : rien n'arrive dans l'ordre absolu; mais, comme telle, l'illusion se continue indéfiniment. Comment pourra-t-elle prendre fin? Par l'influence, par « l'action de présence » de plus en plus efficace de la vérité.
Cette vérité n'est pas celle du Petit Véhicule. Les anciens bouddhistes, incapables de discerner le profond enseignement du Maître, prônent et à juste titre l'abandon du désir ou « renoncement » ; mais ils ne combattent pas la pensée, aliment du désir; ils ont compris l'inexistence de la « personne », la non-substantialité du « moi » psychologique {padgalanairàtmya)^ mais ils admettent la réalité des éléments du moi [skandha). Insensés en effet! car on ne peut penser sans désirer, on ne peut se convaincre de l'inexistence du moi aussi longtemps qu'on croit à la pensée et à la douleur. — Pour éliminer le désir, il faut abolir la pensée, et, pour cela, méditer le « vide ». Les sens fournissent des impressions, l'intellect élabore des idées : si persuadé que soit l'ascète du double et éternel néant, néant du moi, néant des phénomènes, il ne lui est pas donné de se soustraire à l'illusion : du moins peut-il se répéter que les sensations ne sont pas senties, que les pensées ne sont pas pensées, et