‹ BouddhismeChapitre 139 sur 192 · INSUFFISANCE DU SAVOIR · texte numérisé non relu

INSUFFISANCE DU SAVOIR

combattre la notion d'existence par celle de non-existence. L'idée de non-existence s'insinuera dans ce tissu toujours renouvelé qu'est la pensée, source de l'illusion et l'illusion même; fausse, par le fait même qu'elle est une idée, l'idée de non-existence est cependant indispensable, car de sa nature elle élimine l'idée d'existence, et disparaîtra spontanément lorsqu'elle aura rempli cette mission. Par cette voie seulement on parvient au nirvana. Sans la méditation du vide, on ne peut déraciner les passions, obtenir le « renoncement » .

Mais, à considérer le mécanisme du salut, la méditation dti vide, pour en être la pièce maitresse, en est aussi la plus difficile, la plus dangereuse à manier. Les Anciens se sont fait, sur ce point, de singulières illusions : l'histoire ecclésiastique est pleine de saints, ou Arhats, qui ont obtenu au cours d'une rapide extase la vue de la vérité et joui, ici-bas, du nirvana. Admettons que l'Arliat soit, en effet, purifié du désir : il continue cependant à sentir, à connaître ; donc il retombera dans la géhenne du désir, donc il renaîtra^.

L'organisme complexe qu'est la pensée ne peut être dissocié par un coup de force ou par surprise : il fonctionne de toute éternité. Aussi

1. En termes techniques, l'Arhat no peut obtenir l'a/jâs/rti'a j'nïina ; il ne peut se dépouiller de la fCisartû 'Madliyainakâvatrira),

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faut-il, pour l'anéantir, trois « périodes incalculables », c'est-à-dire un nombre d'années représenté par l'unité suivie d'autant de zéros qu'il y a d'unités dans 2 porté à la 103* puissance. En écrivant ce nombre à raison d'un millimètre par chiffre, on décrirait plus de fois l'orbite de la terre autour du soleil que cet orbite ne contient de millimètres ^ — Que l'ascète, tous les jours, cultive la « vertu de méditation » ; qu'il rêve au néant du moi et des phénomènes, ou qu'il s'absorbe dans la non-pensée en regardant le bout du nez. C'est excellent! c'est indispensable! Mais c'est insuffisant : on obtient, soit des recueillements qui durent environ une demiheure, soit, à l'expresse condition de mourir pendant l'extase, ce qui est, nous dit-on, difficile ou impossible, de renaître pour quelques milliers de siècles, — une seconde. — dans un ciel de dieux inconscients. Et c'est là, tout compte fait, du temps perdu. Çâkyamuni n'a jamais, au cours de ses existences si nombreuses, habité dans ces nirvanas temporaires. — Connaissonsnous mieux! connaissons mieux la convoitise

1. 'L'asamkhyeya ou (( incalculable » correspond au 104' terme

de la série 102 — \qi — 10-"... 10-"' qu'on peut définir celle dont

le n"" terme ■ est 10 (-'°" ^; le 104° terme = lO-^ ^"^ soit l'exposant 101.409 suivi de 26 autres chiflres. Telle est du moins l'arithmétique de rAvatan)saka; d'autres Sûtras sont moins exigeants. Estil besoin de dire ijue la carrière du futur Bouddha ne comporte pas toujours trois « incalculables » ?

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