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APPLICATION DU MERITE

qui fait désirer le nirvana et la joie des extases! Ne cherchons pas à abréger, par des efforts orgueilleux et prématurés, l'œuvre qui doit être longue et pénible.

Le fidèle n'attaque pas de front l'illusion qui demeurera pour bien des siècles la vérité contingente et pratique. Il convient, pour éviter les doctrines de la permanence et de l'anéantissement, de savoir que l'illusion est un pur néant; mais il est indispensable de connaître les lois qui la régissent. Les Anciens ont reconnu le principe de l'enchaînement des causes, la théorie de l'acte et du fruit, et c'est là, en effet, la condition normale du processus de l'illusion psychologique ou cosmique. Mais ils ont méconnu un aspect, mystérieux et très important, de la loi de l'acte, à savoir la « réversibilité» : le bénéfice d'une bonne action peut être appliqué à autrui; on peut « tourner » l'action vers autrui, renoncer au mérite qu'elle produira et en faire profiter les créatures.

Dès lors les cloisons étanches où le vieux Bouddhisme avait enfermé chacune des « séries intellectuelles » qui constituent les âmes, sont brisées. Il n'est plus vrai que les Bouddhas soient uniquement des prédicateurs, que les fidèles entendent les Bouddhas parce qu'ils méritent de les entendre, que personne ne puisse rien pour le bonheur ou la souffrance d'autrui.

296 CARRIÈRE DU BODIIISATTVA

Si nous concevons de bonnes pensées, c'est par la grâce des Bouddhas; si nous évitons la peine de nos péchés, c'est qu'ils nous protègent ainsi qu'un chevalier défend un coupable contre la vindicte de la loi. La déesse Tara, épouse du Bouddha ou plutôt futur Bouddha féminin, d'une tendresse particulièrement intime, barque de salut, mérite son nom qui signifie « Sauveuse » et « Étoile ». Avalokiteçvara est bien « le Seigneur qui regarde d'en haut », « Toute compassion ». — La piété et la grâce, exclues en théorie du vieux Bouddhisme par la notion de l'acte personnel et irréversible, débordent dans le Grand Véhicule, aux dépens peut-être de la stricte orthodoxie.

Cependant le principe de l'application du mérite entraîne des conséquences beaucoup plus importantes et plus orthodoxes; il fournit un point d'appui solide à la méthode, à l'unique méthode de la délivrance.

L'ascète qui désire la délivrance ne l'obtiendra pas ; le désir du salut, sentiment égoïste, suppose et entretient l'idée de moi qui lie et renouvelle le complexe psychologique. C'est pour cela que Çâkyamuni interdisait les spéculations sur la fin dernière et parfois niait l'existence de l'âme. Mais il est impossible et dangereux d'ignorer le moi et ses destinées. Reste à tirer parti des idées fausses qui constituent la

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