‹ BouddhismeChapitre 141 sur 192 · ALTRUISME INTERESSE · texte numérisé non relu

ALTRUISME INTERESSE

trame même de notre pensée. Nous croyons invinciblement à l'existence du moi, du prochain, de la douleur, et nous ne pouvons pas nous évader de cette illusion; — mais la foi nous enseigne que le mérite des bonnes œuvres est applicable au prochain : dès lors nous pouvons purifier notre désir et notre activité de tout retour sur nous-même; faire le bien, non pour des récompenses célestes, mais pour soulager les créatures; convoiter la science bouddhique et la sainteté pour les distribuer aux ignorants et aux pécheurs.

Le futur Bouddha débutant; le vœu; les étages de V ascension vers la qualité de Bouddha

Très pratiques, les docteurs du Grand Véhicule s'adressent à l'homme tel qu'il est, incapable de penser à autre chose qu'à son intérêt propre : « Si on aime vaches, femme, fils ou richesses, c'est pour soi qu'on les aime », dit l'Upanisad. — Il faut donc prouver d'abord que toutes les vertus altruistes, respect des êtres vivants, aumône, pitié, etc., sont infiniment utiles au point de vue du bonheur temporel. L'homme colère, vindicatif, jaloux, avare, égoïste,

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détruit son bonheur dans la vie présente et dans les vies à venir : •

Tous ceux qui sont malheureux ici-bas sont malheureux parce qu'ils ont cherché, au cours de leurs anciennes existences, leur propre bonheur; tous ceux qui sont heureux ici-l^as sont heureux parce qu'ils ont clierché le bonheur du prochain.

« Si je donne, que me restera-t-il à manger? » Egoïste, tu renaîtras dans le corps d'un démonvampire! — « Si je mange, que pourrai-je donner? » Charitable, tu renaîtras roi des dieux!

Tu fais souffrir le prochain dans ton intérêt : tu brûleras dans lenfer. Tu te fais souffrir dans l'intérêt du prochain : toutes les bénédictions te sont assurées.

Tu prétends t'élever au-dessus des autres : tu renaîtras dans les destinées mauvaises, damné, revenant ou animal, et si tu obtiens, plus tard, l'existence humaine, tu seras un homme méprisé et stupide. Mais si tu transposes ta vanité au bénéfice d'autrui, tu obtiendras bonne destinée, honneurs, intelligence.

Tu commandes, tu fais travailler le prochain pour toi : tu seras, dans une vie à venir, esclave et misérable. Tu te mets au service du prochain : tu seras riche et puissante

L'aumône surtout est un placement à gros intérêt. Ils sont bien inspirés ceux qui ressem-

1. Bodhicai'yâvatâra, viii, 129, 125-1'28 = Introduction à la pratique des futurs Bouddhas, p. 102,

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blent « à ces marchands qui troquent des objets de peu de valeur contre fortes sommes », comme s'exprime Gandrakïrti'. L'amour du prochain et le renoncement sont de l'égoïsme bien entendu :

De toutes les calamités, de toutes les souffrances, de toutes les terreurs de ce monde, l'unique cause, c'est le sentiment ou l'amour de soi: il faut y renoncer.

On ne peut éviter la souffrance qu'en sortant du « moi » : on ne peut éviter la brûlure qu'en sortant du feu.

Si je me donne au prochain, si j'adopte le prochain comme un autre et mon vrai moi-même, c'est donc autant pour apaiser ma souffrance que pour apaiser celle du prochain...

Plus tu fais pour épargner au corps la souffrance, plus tu le rends sensible et plus bas tu le fais tomber.

Si je m'aime véritablement, il ne faut pas m'aimer ! Si je veux me sauvegarder, il ne faut pas me sauvegarder 2 !

Faire le bien et renoncer à soi-même par amour de soi, c'est le commencement de la sagesse. L'homme prudent qui pratique les vertus altruistes dans des vues intéressées ne peut pas manquer d'attirer la grâce des Bouddhas, de rencontrer des saints, d'entendre prêcher la

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