‹ BouddhismeChapitre 148 sur 192 · SAVOIR ET COMPASSION 3 I I · texte numérisé non relu

SAVOIR ET COMPASSION 3 I I

bérément cette double illusion qu'il existe des êtres malheureux et que les saints sont à même d'apaiser la douleur. Dans le fond de sa conscience, il sait que rien n'existe, ni le prochain, ni cette sensation, cet épiphénomène qu'on appelle douleur; mais, si j'ose ainsi dire, il refuse de se l'avouer à soi-même.

Il n'admet la « vacuité » qu'à titre de thèse et pour autant qu'il s'agisse du « moi » ; encore est-il plus soucieux de sentir sa bassesse morale, son indigence en bonnes œuvres, que de pénétrer son néant métaphysique. Il ne s'arrête pas à l'irréalité des phénomènes, tant la douleur universelle l'attendrit; il ne contemple pas la sérénité inconsciente des Bouddhas, tant la généreuse activité des divins Bodhisattvas l'émerveille et l'encourage : « Tout son bonheur est dans l'action ; il se plonge dans l'action comme l'éléphant dans le lac aux feux du midi'. » Ferme croyant en la réalité des péchés, — et il ne pense qu'aux siens; de la douleur, — et il ne sent que celle du prochain ; de la grâce des Bouddhas, — et il en attend la justification et l'énergie, — tel est le « futur Bouddha » débutant. Ses vertus, moralité, don, force, patience, recueillement, sont appelées pàramitàs^ « vertus d'au-delà », parce que leur mérite est appliqué à l'acquisition de la qualité de Bouddha;

Page 1