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CONVENTUELS ET FORESTIERS

nous savons que les Tantras ont été rédigés par des « hommes de cimetières ». A une époque antérieure, leur influence, pour être moins facile à préciser, n'en fut sans doute pas moins profonde. Les quatre extases, les diverses « concentrations », les kasinas et en général la mystique, la légende des mortifications de Çâkyamuni, qui sait? la glorification de Çâkyamuni comme Seigneur, « grand mâle », Nârayana, toutes ces données, ainsi que l'a observé M. Senart, portent la marque du Yoga ^ et du Visnouisme ; les ascètes « forestiers », recrutés un peu partout, dispensés du noviciat, ont peut-être « fait le pont » entre la croyance étrangère et la Communauté.

Dès l'origine, le Bouddhisme a eu des « outsiders » fortement soumis à l'influence hindoue et qui ont réagi sur les croyances et les pratiques officielles.

1. Voir Senart, Origines bouddhiques, et R. H. R. 1901. — 11 est difficile de définir au plus court le Yoga. Entendons cette discipline à la fois physique et intellectuelle qui procure à ses adeptes les pouvoirs magiques et le nirvana ou bonheur définitif. Le Yoga s'accommode de toutes les spéculations et de toutes les dévotions : il a été védisant, visnouisant, çivaïsant.

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Véhicules orthodoxes : exorcismes et divinités bouddkisées

Nous connaissons maintenant les conditions dans lesquelles se présente le problème de l'influence hindoue. La Bonne Loi consiste essentiellement dans une discipline toute spirituelle dont les adeptes ignorent les dieux, les démons, toutes les nécessités de la présente vie. Elle admet officiellement une conception foncièrement payenne de l'univers visible, celle même des demi-civilisés que sont les Hindous. Elle a pour représentants et interprètes deux catégories de religieux, les premiers soumis à la règle conventuelle et soucieux d'orthodoxie, les seconds en marge de la tradition disciplinaire et doctrinale.

Notre enquête ne peut porter que sur les documents écrits; s'ils ne révèlent pas l'infinie complexité des faits et les multiples phases de l'évolution historique, du moins permettent-ils d'apprécier, aux diverses époques et dans les différents cercles, les relations officielles du Bouddhisme et du surnaturel hindou. Ils se divisent en trois classes, suivant qu'ils appartien-

lient au Petit Véhicule, au Grand Véhicule et au Tantrisme proprement dit.

Dans le Petit Véhicule, nous n'avons à relever ici que la forme la plus anodine de la superstition, — et encore est-ce vraiment superstition? — à savoir l'exorcisme, de son nom indien la « sauvegarde » [paritrà^ parittà^ pirit).

La croyance commune, comme on l'a remarqué ci-dessus, peuple le monde de puissances malignes ou ambiguës, humaines ou « nonhumaines», c'est-à-dire démoniaques. Il appartient de les combattre à des pouvoirs reconnus comme supérieurs, à la vérité et aux vertus bouddhiques, considérées comme des forces en soi, aux saints, à Çâkyamuni, — dans le Grand Véhicule aux nombreux Bouddhas et aux « futurs Bouddhas», — et aux dieux convertis. On peut distinguer divers degrés d'orthodoxie suivant que la « sauvegarde » ou « cuirasse » est établie par l'efficace de la « bienveillance » ou de la « confession de foi », — prise du refuge en Bouddha, dans la Loi et la Communauté, — par la grâce des Bouddhas, par l'intervention des dieux « du dehors ».

Il va de soi qu'un saint à proprement parler ou arliat^ est à l'abri des serpents, des rôdeurs de

cimetières *, des puissances nocives de toute espèce, assassins ou esprits, — du moins aussi longtemps qu'il n'est pas arrivé au terme de la vie fixé par ses actes. La sainteté ne va pas, d'ordinaire, sans pouvoirs magiques, de même qu'elle suppose les extases et l'emploi de toute une technique payenne. — ]Mais certains documents, d'un très haut intérêt, enseignent pour se sauvegarder des méchants une méthode purement spirituelle, à la portée de tout le monde et vraiment bouddhique. Je ne suis pas sur qu'elle soit la plus efficace et la plus souvent pratiquée, mais elle montre que le Bouddhisme peut être dégagé de toute superstition. Cette méthode est « l'application de la force de la bienveillance », celle même dont le Bienheureux disposa pour convertir Roja le Malla^, dompter l'éléphant en rut, désarmer les séides de Devadatta.

Il n'est pas défendu aux moines, pour se mettre à l'abri des serpents pendant la saison des pluies, de remplacer la natte par un lit surélevé^; mais cette prudence est-elle louable? En tout cas elle est superflue. « 11 arriva, » dit le texte, « qu'un moine mourut de la morsure d'un serpent. On dit la chose au Bienheureux qui parla ainsi : « Ce moine n'avait pas épanché sa

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