PROTECTEURS DE LA RELIGION
qu'un Yaksa ? » Vajrapàni, revêtant alors son aspect dit de colère et ses mille bras, écrasa Çiva du pied droit et Umâ, son épouse, du pied gauche ' . — Cette histoire est étrangère au Grand Véhicule ; mais elle montre que Vajrapàni, tout Bodhisattva qu'il soit, a conservé et reprend à l'occasion ses attributs démoniaques.
La distinction que les textes établissent entre les bons et les méchants dieux, entre les dieux et les saints bouddhiques, n'est pas toujours très nette dans la pratique. C'est une loi du paganisme que la puissance surnaturelle choisie comme protectrice [istadevatà) soit par définition redoutable, sans plus. — La moralité, certes, ne luijdemeure pas étrangère; mais elle ne pénètre pas au fond. Dans certains cas, elle serait fort gênante pour ses clients. C'est ainsi que, dans la plus vieille littérature des brahmanes, Rudra, le dieu rouge, le dieu des larmes, l'archer qui massacre les troupeaux et le bétail humain, comme fait l'Apollon de l'Iliade, est aussi le grand guérisseur et reçoit le nom de Çiva, « clément », « propice », destiné à une si haute fortune. — Au cours de sa longue histoire, le Bouddhisme a réclamé le concours d'un grand nombre de dieux, démons de naissance, des « avoués » du dehors qui, plus complaisants et plus abordables, rivaliseront en popularité