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PANTÉHON TANTRIQUE 887

nent et dont on les fait sortir par l'évocation. Puis Çiva lui-même, sous ses multiples aspects, et son épouse, elle aussi une et multiple : on ne les invoque pas sans les soumettre à des altérations qui intéressent surtout le vocable : les Bodhisattvas,Vajrapâni, Avalokita, Manjuçrï, recevront les épithètes caractéristiques des grands dieux hindous et assumeront pour femmes les Bodhisattvas féminins, les Taras ou Sauveuses : par exemple, Avalokita s'appelle, comme Çiva, le « souverain du monde » [Lokeçvara)^ le « dieu :iu poisson » [Halâhala) ou « à la gorge noire* », le « prince de la danse » {Narteçvara).

Ce polydémonisme cache mal un panthéisme 1res conscient. De même que, de nos jours encore, n'importe quelle divinité delà jungle peut être reconnue par les brahmanes comme une forme de Çiva ou un avatar de Visiui, témoin le porc, animal sacré des Minas, pieusement identifié à Visnu dans son incarnation du sanglier^, de même toutes ces divinités démoniaques, même zoomorphiques, peuvent être promues et sont promues au rang suprême. Il suffit, à cette fin, de précéder leur nom du mot magique vajra. Vajrasattva, ou « l'être de foudre », est, comme nous avons vu, l'éternel et

1. Ailleurs c'est Vajraprtni qui a avalé le poison (Schlagintweit, trad. française, p. 63).

2. Voir Sir A. Lyall, Etudes sur les m fitrs religieuses et sociales de l E.rtréme-Orient, vol. I, p. 79.

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unique Bouddha', avec les hypostases interchangeables, Vajradhara « Porteur de foudre » et Vajrapâni, « Foudre en main » ; en dessous de lui, les saints du vieux Bouddhisme transformés en « Bodhisattvas de foudre » (Vajrabodhisattvas), et toutes les déesses « de foudre », depuis les « bienheureuses » ou les « dames » [bhagavaft), épouses des Bouddhas, jusqu'aux sorcières de foudres [vajrayoginis)^ jusqu'à la déesse foudroyante du Gandhara [vajragân- <^^/ir?/7) 2, jusqu'à la « laie de foudre » {yajravaràht)^ toutes terribles sœurs, toutes représentant quelque aspect de la Grande Déesse [mahàdevï).

A ces dieux, petits ou grands, on rend lo culte qui convient^ ; ils sont colériques et redoutables, mais connaître leurs noms mystiques, les cercles où il faut inscrire les syllabes, c'est acquérir sur eux tout pouvoir. Les premiers sorciers ont longtemps peiné pour obtenir leurs

1. Comme il est trop naturel, les diverses sectes appellent « letrc de foudre » de différents noms ; un des plus célèbres est Yairocana (Celui qui brille), qui est tantôt le Bouddha unique, tantôt l'un des cinq Bouddhas. — Dans la « Légende de Kunjarakarna », dont la version javanaise paraît être du xii* siècle, « nulle mention n'est faite du Buddha historique : c'est Yairocana, le bhatU'ira ou Suprême Seigneur, qui est le Buddha, lequel est le dieu des bauJdhas [= bouddhistes], comme (/iva est le dieu des raivas [== çivaïtes] ; et non seulement il est le Buddha, mais il est aussi Çiva, et. les moines (bouddhistes) qui nient cela ou qui l'ignorent sont des hérétiques et iront en enfer )> (Barth, Bulletin, 1902, p. 72).

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