Wilsoii, I, p. 254, n
4lO BOUDDHISME ET HINDOUISME
preuve en est facile à trouver dans ce qui se passe aujourd'hui sous nos yeux. Les hordes démoniaques ou obscènes des Yakkhas, des Nats ou des Yi-dam n'empêchent nullementles bonzes de Ceylan ou de Birmanie ou les lamas du Tibet de faire, pour peu qu'ils soient instruits, les différences qui conviennent entre les diverses classes de divinités qui peuplent leur panthéon. Si nous avons des raisons de croire quo les Bouddhistes du iii" siècle avant notre èn^ n'avaient pas moins peur des génies et des fée>i que leurs descendants, nous devons également reconnaître que, [ même au xi^ siècdej, les reliques réelles ou supposées du Bouddha continuent à tenir officiellement la première place dans la dévotion des fidèles, tout comme au temps d'Açoka '. »
Le Petit Véhicule et son organisation monastique durèrent dans l'Inde aussi longtemps que le Bouddhisme même. Les moines du Grand Véhicule ajoutaient aux obligations des futurs Bouddhas celles des religieux réguliers. Les grands cultes d'Amitrdjha et d'Avalokita conservaient leur empire : les miniatures du xi" siècle, si ingénieusement commentées par INI. Foucher, nous montrent unpanthéon décent, étrangerdans l'ensemble non seulement à toute influence de main
1. Iconographie, deuxième étude, p. 105. Sur les Kâlas (ou Yaksas) à Java, Bartli, Bulletin, 1002, p. 72.
DÉCADENCE DU BOUDDHISME 4n
gauche, mais encore à la polycéphalie et autres monstruosités physiques*. — Quels que fussent les abus, la Communauté contenait des éléments capables de réagir, et nous savons en effet qu'à des époques tardives comme celle d'Allra (1038- 1053) l'Inde envoyait au Tibet des missionnaires réformateurs ; que, sous les Pàlas du Bengale, aux plus beaux temps de la sorcellerie bouddhique, des moines de vieille observance brisèrent l'idole du Bouddha Ileruka et brûlèrent des livres tantriques : le roi, protecteur cependant desrits hindous, n'osa pas les punir-. Enfin le nom de Tson-kha-pa (1407) marque le triomphe au Tibet, dans un milieu où le Tantrisme paraissait solidement établi, de la loi de célibat et de l'orthodoxie rituelle^. — En un mot, le Bouddhisme résista.
Sa force, aux temps anciens comme aux temps modernes, résida surtout dans les institutions disciplinaires, dans les communautés d'observance stricte, dans le Petit Véhicule. C'est le Grand Véhicule qui ouvrit des brèches au
1 . La seule çakti ou « énergie d qui figure dans les miniatures est celle irAvalokita-Halâliala.
2. Târanâtha, p. 221. — Sur AtTra.Carad Candra, J. A. S. B.,1591, p. 46, /. Buddhist Text Societi/, I, p. 4'i. — On voit dans Târanâtha, p. 206, que les bouddhistes hésitaient à prendre part aux évocations de vampires.
3. Sur le discrédit de l'Eglise rouge. Kôppen, II, pp. 117, 119. Noter que l'Eglise réformée a pour protecteur Vajrabhairava (Waddeil, p. 362).
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Tanlrismc, en poussant à fond les tendances nihilistiqnes et idéalistes, en dépréciant la vie monastique, et aussi, pourquoi ne pas l'avouer.' en faisant à la dévotion, à la bliakti, une larg<^ place dans la discipline du salut *. Les bouddhistes se vantent à tort d'être des « docteurs du milieu » : le saint du Petit Véhicule ne reconnaît pas les dieux et verrait sans frémir son fils dévoré par les chacals ; les successeurs égarés do Çàntideva - arrivent à nier les péchés de la chair, à faire tourner des dhâraïus dans les moulins à prières, à vénérer tous les dieux hindous, à proclamer que le seul dieu, c'est le « moi ».
1. Voir les remarques de M. Goblet A' P'As'vqWa, Bulletins de l Académie de Bruxelles, juin 190i. — Ci-dessus, p. 335 et suiv.
2. Auteur du Bodhicaryâvat'tra cilé ci-dessus p. 298 et suivantes