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Oldenberg-Foucher, p. 20'i

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fouillé et mis en lumière quelques nervures; mais on n'a pas l'impression qu'elles y aient apporté des matériaux neufs.

Par le fait, comme nous l'avons remarqué, la comparaison des Ecritures pâlies avec les Ecritures pràcrites ou sanscrites, tant du Petit Véhicule que du Grand, comparaison qui ne fait qu'être amorcée, montre que le patrimoine commun aux diverses branches de la Communauté est très riche ^ Certes on ne peut écarter a priori l'hypothèse que les sectes se soient fait de mutuels emprunts ; mais jusqu'à présent, — et malgré les efforts des protagonistes de la tradition singhalaise, — rien ne prouve qu'un canon déterminé ait servi de modèle à une époque récente. Si on met à part les livres dits de « métaphysique », le Petit Véhicule, avec ses multiples « branches », possédait une même masse de documents sacrés, conservés en divers dialectes, classés dans divers recueils d'après des principes différents, et où les variantes verbales sont nombreuses. Mais, remarque utile, aucun travail orthodoxe n'a éliminé les contradictions, les passages gênants pour tel ou tel parti pris scolastique. Ce que nous savons des multiples schismes, — nous en savonspeu de chose, mais on les soup-

1. Voir notamment Oldenberg, Buddliistische Studien ; Barth, Bulletin, 1900, p. 2G.

çonne très anciens; la tradition veut que quelques-uns aient éclaté à la mort ou du vivant même du Maître, — établit que la controverse porta sur des problèmes bien précisés et souvent fort importants. Or nous trouvons dans des textes universellement canoniquesles points d'attache de diverses «hérésies » '.l'école singhalaise, qui nie l'existence d'un moi permanent et le caractère surnaturel du Bouddha, n'a pas supprimé les discours dont s'autorisent les partisans de la permanence du moi ou de la « surnaturalité » du Bouddha ; elle se contente de placer dans la bouche du Maître des déclarations explicites favorables à son propre système. Et, inversement, nous sommes souvent surpris du silence des textes canoniques sur des thèses qui furent des brandons de discorde : « un saint [arhat) peut-il tomber dans le péché ou dans l'ignorance?», « l'âme, en transmigrant, passe-t-elle avant de se réincarner par l'état qu'on appelle « intermédiaire » ? Problèmes capitaux ou énigmes puériles qu'il était facile de résoudre souverainement en altérant le canon; mais nos docteurs étaient des bouddhistes, c'est-à-dire de fort honnêtes gens et de bons dialecticiens, aussi incapables de supprimer des témoignages gênants qu'habiles à en travestir la signification. A l'époque historique, il est rare que les écoles s'accusent les unes les

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autres d'interpolation ; notons cependant qu'on nous dit que n. la tradition du premier concile s'est perdue », que tel texte important est « admis par toutes les sectes, à commencer par celle de Taprobane », — et n'oublions pas que l'origine apostolique ou conciliaire des Métaphysiques est manifestement une fraude pieuse. Enfin, il est imprudent de contester à une tradition vénérable le bénéfice de la possession : qu'elle comporte des éléments caducs, c'est évident; mais il ne faut pas abuser de ses faiblesses pour lui dénier tout crédit. Les découvertes positives de ces dernières années donnent à penser aux sages : sagesse trop souvent signifie incrédulité. Sans confirmer directement toutes les allégations littéraires, elles garantissent d'une manière surprenante des récits ou des opinions qui faisaient sourire. De récentes trouvailles archéologiques démontrent qu'à l'époque du roi Açoka on connaissait une ville de Kapilavastu, dans le Teraï népalais, et le village de Lumbinï où Çakyamuni est né suivant la légende, — et que le roi s'y rendit en pèlerinage. Or plusieurs savants firent de Kapilavastu une entité philosophique, et personne ne croyait à ce pèlerinage raconté dans des livres sanscrits très mal datés. — Détail plus digne de remarque : Açoka nomme dans un de ses édits sept ouvrages ou

« instructions religieuses » qui figurent dans le canon, ouvrages qui nous paraissent singulièrement choisis, il est vrai : mais cette énumération permet à peine de nier l'existence d'un canon, d'autant que, un peu plus tard, une inscription mentionne « cinq collections» : il s'agit des cinq nikâyas qui constituent la corbeille pâlie des discours, et cette division passait pour « moderne » autant qu'artificielle.

Les inscriptions montrent aussi que le roi Açoka s'est préoccupé, comme l'affirment les modernes chroniques singhalaises, des démêlés disciplinaires des communautés ; elles nomment des missionnaires célébrés dans ces chroniques.

Dans le même ordre d'idées, il est légitime de se demander si la vieille légende ne protège pas le souvenir de faits historiques. Si on n'adopte pas les vues solaires et stellaires de M. Kern, et ce serait peu raisonnable; si on renonce, fût-ce par foi méthodique, au scepticisme stérile de Minayeff, on est entraîné très loin, peut-être trop loin, sur la pente des concessions. Aussi, après avoir partagé les vues du grand savant russe sur l'authenticité des vieux livres, je ne suis pas éloigné de croire que les récits canoniques ne sont pas de purs romans. Les données biographiques ou géographiques relatives au jNIaître, à ses professeurs de philosophie, à son apostolat, à ses disciples et à ses

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rivaux, n'ont pas été inventées de toutes pièces : la tradition des Jaïnas nous en est, à l'occasion, un sûr garant. La conversion de Kaçyapa-le- Grand, un ascète nu qui renonce aux exagérations de pénitence; le schisme de Devadatta, cousin jaloux de Çâkyamuni, et qui condamne ses complaisances disciplinaires; l'épisode de Puràna, un des chefs de la primitive Communauté ou plus exactement le chef d'une des fraternités bouddhiques, qui refuse d'accepter les décisions de ses collègues réunis au premier concile, et qui s'en tient, avec ses disciples personnels, à la prédication du Maître défunt, tous ces traits et beaucoup d'autres paraissent des fragments d'histoire. C'est l'impression de Minayeff : peu s'en faut, pour qui l'étudié avec attention, qu'il ne passe de l'extrême gauche à l'extrême droite ! Car, dans cet ordre de recherches ou de conjectures, donner et retenir ne vaut. Ananda, — j'en suis, avec Minayeff, presque sûr, — a été jugé par ses pairs pour des manquements à la discipline, pour avoir admis des femmes auprès de la dépouille du Bouddha. Pourquoi n'aurait-il pas compilé les discours du Grand Disparu dont il avait été le disciple bien-aimé ? — Les fraternités, dont plusieurs formaient des groupes antérieurs au Bouddha, se sont querellées sur l'organisation de la vie religieuse, anachorètes et conventuels.

« forestiers » et réguliers, s'accusant de relâchement ou d'ascétisme outré. 11 y a eu des conciles 1.

Ainsi se trouve justifiée la conclusion qu'a formulée un indianiste peu suspect de complaisance pour les opinions faciles : « On ne peut guère douter que le Bouddha n'ait enseigné vers la fin du vi® siècle avant notre ère; on ne peut douter davantage que, dans toutes leurs lignes maîtresses, sa doctrine et sa légende n'aient rapidement achevé de se fixer telles qu'elles nous sont accessibles^. »

Rapidement, croyons-nous, une tradition s'est fixée : les moines ont recueilli les ordres et les

1. Dans son récent mcmoii'c sur les conciles, M. R. 0. Franke se montre très sceptique.

2. Senart, Origines bouddhiques, p. 5. — Nous pensons qu'en s'exprimant ainsi, M. E. Senart clôt heureusement une controverse longtemps obscure. Les partisans de la tradition septentrionale, relativement moderne dans sa rédaction sanscrite ou quasi-sanscrite, et dans laquelle le Grand Véhicule domine, revendiquaient pour la légende et la mythologie une haute antiquité et dénonçaient la caractère artificiel de la tradition méridionale ou siughalaiso, de langue pâlie, celle-ci plus archaïque, franchement évéhmériste, riche en données doctrinales et disciplinaires. Il semble, en fin de compte, que « sanscritisants » et «palisants » aient raison les uns contre les autres. La légende du Bouddha, bien qu'elle ne soit attestée dans son ensemble et sa vraie signification que par des documents tardifs, est ancienne; et, d'autre part, il est probable qu'une forme très archaïque de la doctrine nous a été conservée dans les littératures du Petit Véhicule et notamment dans le canon pâli, le seul que nous possédions en entier dans l'original. — Je suis disposé à aller plus loin que M. Senart en ce qui regarde l'authenticité des Ecritures ; par contre, je ne me tiens pas pour aussi assuré de la date du Bouddha.

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leçons de Gakyamuni, un code ou des codes de discipline {prâtimoksas et niçrayas) résumés d'abord en de brèves formules, des stances etdes discours sur le salut. Le dépôt scripturaire s'accrut dans les diverses fraternités, toujours en relation entre elles, de développements scolasstiques, lyriques, mystiques, légendaires, versés dans un cadre traditionnel, orientés dans les multiples directions où se mouvaient la spéculation et la croyance soit primitives, soit contemporaines. Une grande masse d'instructions religieuses {dharmapanjâyas), de stances, de lieux communs philosophiques, d'histoires édifiantes, fut de la sorte constituée; elle reçut une forme, sinon ne varietui\ du moins presque définitive, dans les diverses « églises » ou groupes de fraternités.

Ainsi se formèrent les canons du Petit Véhicule, ou, plus exactement, les multiples rédactions du canon du Petit Véhicule : il contient, à n'en pas douter, de très vieux matériaux.

Les données du problème ne comportent pas, en ce qui regarde la date des compilations canoniques, une solution précise ; il n'y a vraiment, n'en déplaise à M. Oldenberg, aucune raison de reporter les deux premières corbeilles du canon pâli au premier siècle du Bouddha. Mais le point capital est de constater, d'une part, que la primitive croyance bouddhique comportait

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beaucoup d'éléments d'ordre religieux et légendaire peu ou mal représentés dans la plus ancienne compilation, dans les Ecritures des Sthaviras, — nous examinerons cette question quand nous étudieronsle Bouddhisme religieux, — et, d'autre part, que ces Ecritures contiennent, suivant toute apparence, un certain nombre de théorèmes sur la « bonne vie », sur la « bonne méditation », en un mot sur la « bonne loi » {saddharma), qui ont vraiment constitué l'enseignement du fondateur. Dans ce sens, mais dans ce sens seulement, il paraît raisonnable d'admettre l'authenticité du Petit Véhicule : on peut donc essayer de découvrir la doctrine de Çakyamuni, de tracer les grandes lignes de son Bouddhisme. — Cependant, dans notre pensée, cette entreprise suppose une conviction méthodique.

En effet, pour assuré que nous voulions être de la haute antiquité de nos textes, nous ne pouvons avec certitude en attribuer un seul au Bouddha : sur les 4.000 ou 5.000 pages octavo que donnera l'édition londonienne du canon pâli, il n'y en a peut-être pas 20 que l'on puisse, sur la foi d'un témoignage daté, faire remonter au delà d'Açoka, en 250 du Nirvana. 11 n'en va pas ici comme ailleurs, oii les recherches littéraires, soutenues par une chronologie solide, par des biographies historiques,

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demeurent, peuvent ou doivent demeurer, en bonne méthode, indépendantes du jugement que l'exégète porte sur les faits ou sur les doctrines : dans le Bouddhisme, la question d'authenticité est purement et simplement insoluble si on ne tient compte que des indices externes, à peine suffisants pour permettre cette humble conjecture que l'enseignement du Bouddha existe quelque part dans la masse stylisée du canon.

Notre seule ressource est d'y découvrir en effet une doctrine qui paraisse devoir être la doctrine du Bouddha, et cela pour des raisons que tout le monde ne jugera pas également décisives. Les documents scripturaires, en effet, sont loin d'être limpides : qu'on les accepte en bloc ou qu'on les trie, il est plus d'une manière de lire et de grouper les principes qui s'en dégagent, plus d'une manière aussi de montrer que ces principes sont illisibles et contradictoires. Aussi les savants, suivant qu'ils croient « comprendre » le canon, MM. Rhys Davids, Oldenberg ou E. Hardy, par exemple, ou qu'ils y relèvent des non-sens et des absurdités, tel^I. Kern, ont conclu pour ou contre l'authenticité. Les livres disciplinaires donnent prise à la même controverse que les discours.

Le problème se présente donc dans des conditions défavorables, car il est impossible de

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séparer la question d'authenticité et la question d'exégèse. Mais on voudra bien considérer que, si la recherche bouddhique ne peut se soumettre aux méthodes strictes et brevetées qui sont de mise dans des disciplines moins jeunes et mieux documentées, l'appréciation des minuties d'érudition est souvent aussi subjective que celle des doctrines et des faits généraux.

En résumé, les philosophoumènes et les préceptes disciplinaires du canon manquent d'originalité; ils sont faits de lieux communs de la spéculation et de l'ascétisme brahmaniques ; ils paraissent d'ailleurs contradictoires. Mais on peut y découvrir, croyons-nous, et sans artifice trop subtil, une manière très caractéristique d'envisager le problème du salut, une doctrine cohérente, ce qu'on peut appeler une « orthodoxie ». Cette expression paraîtra sans doute ambitieuse. 11 faut reconnaître que les moines, si traditionalistes qu'ils fussent, onttouiours été très friands d'hétérodoxie, à telle enseigne que, d'après l'Abhidharmakoça, l'obstacle au salut est pour les laïcs dans la concupiscence, pour les religieux, dans la curiosité de l'esprit, dans la spéculation ou hérésie (clrstî). Mais, précisément, il y a dans les Ecritures une « loi », un système pratique nettement défini, dont témoignent toutes les sectes, même

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les Singhalais, les gens de Taprobane (dit l'Abhidharmakoça), dont s'écartent cependant toutes les scolastiques. On peut tenir pour vraisemblable que cette « loi » fut celle du fondateur.

A mon sens, le canon est l'expression surchargée, mais non méconnaissable, de l'enseignement primitif, et cet enseignement, qui est la doctrine profonde du canon, antérieure aux partis pris des diverses écoles, constitue un système cohérent. En d'autres termes, le dépôt traditionnel de la parole du Bouddha recèle, sous des développements littéraires ou dialectiques tardifs, une pensée sûre d'elle-même en dépit de flottements dont il est souvent possible d'indiquer les causes; et cette pensée, on s'en fera une conception à peu près exacte en liant les idées maîtresses qui traversent l'ensemble de la littérature sacrée. Je crois enfin que nous ne chercherons pas à l'aveugle les idées maîtresses et le secret de leur combinaison, car des textes solennels formulent avec clarté une théorie originale, la théorie du « chemin du milieu », qui constitue le centre de gravité de la Bonne Loi.

Et si nous admettons que la doctrine bouddhique a rapidement achevé de se fixer, ce n'est pas en vertu des axiomes bien connus « qu'il faut abriter la recherche dans une tradition respec-

table malgré ses lacunes ou ses fantaisies », qu'on ne voit ni pourquoi les premiers disciples n'auraient pas fixé l'enseignement du Maître, ni comment cet enseignement se serait perdu ; ce n'est pas non plus pour les raisons à proprement parler critiques, cet ensemble d'indices qui autorisent certaine confiance mais ne justifient aucune conclusion ; c'est surtout parce que, nous attribuant le droit de chercher dans le canon un système, nous croyons y découvrir ce système. Or si le Bouddhisme est vraiment intelligible et cohérent, il est sans doute une création individuelle, l'œuvre du Bouddha'.

Doctrines du Canon

En fait, la plus spécieuse des raisons qui portent plusieurs indianistes à nier plus ou moins catégoriquement l'authenticité des documents scripturaires, c'est la nature irrationnelle de la dogmatique qu'ils sont censés contenir. De l'avis presque général, les philosophoumènes

1. Nous l'avons dit, mais il faut le répéter, si nous découvrons dans le canon une pensée logique, c'est parce que nous nous donnons quelque peine à l'y chercher; il est aussi très certain, à parler net, que la cohérence de la doctrine no permet pas de conclure à son authenticité. Mais il me paraît difllcile, étant donnés l'originalité du (( chemin du milieu » et le tempérament de la secte, de se soustraire à cette conclusion.

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moraux et métaphysiques sont dépourvus d'originalité ; pris isolément, ils sont simplement hindous ; groupés dans le credo bouddhique, ils apparaissent comme inconciliables.

Voici, en effet, comment on résume d'habitude la dogmatique du canon : tout homme, toute créature animée, — car la métempsychose bouddhique, à la différence de celle des Jaïnas, exclut les pierres et les arbres, — porte dans une vie à venir la peine de ses méfaits ou reçoit la récompense de ses bonnes actions; les êtres transmigrent depuis l'origine du sommet des paradis aux a])îmes infernaux. Cependant il n'existe ni âme ni principe permanent quelconque susceptible de transmigrer : les « ego » ne sont que des tas d'éléments instables et sans substantialité : corps, sensations, idées, pensées, volitions. Cependant la mort n'est pas le terme de l'existence : pour échapper à la transmigration, il faut suivre la voie sainte frayée par le Bouddha et renoncer au désir qui produit nécessairement la renaissance. Seul le saint, le « délivré du désir » {arhat, vitaràga)^ peut dire en mourant : « J'ai fait ce que j'avais à faire; j'ai pratiqué le renoncement; cette existence est la dernière », et il entre dans le nirvana.

Le maître des bouddhistes a-t-il pu enseigner, en même temps que la rétribution des actes

moraux, — c'est le premier point de la doctrine des Discours, — l'universelle impermanence et la non-substantialité de ce qu'on appelle le moi, — c'est une théorie aussi bien établie scripturairement que la première? La solution qui rencontra et obtient encore la faveur de plusieurs historiens du Bouddhisme, et non des moindres, à savoir que Çâkyamuni nie l'existence du moi et la transmigration proprement dite, la vie future d'une âme ou de quelque chose, mais qu'il admet la « transmission des actes », la formation, à la mort d'un criminel, d'un damné qui hérite de la responsabilité des crimes, — cette solution vaut-elle la peine qu'on s'y arrête? Je craindrais, par respect pour M. Rhys Davids, pour M. Oldenberg, pour tous mes confrères, sauf de rares exceptions, d'en parler trop légèrement. Mais si vraiment elle est enseignée dans le canon, ce qui est douteux à mon sens, peut-elle être autre chose qu'un artifice scolastique? Le Bouddha aurait, niant le moi, établi la moralité sur le souci d'éviter au futur représentant de nos actes la peine de nos péchés? Il aurait décidé ses nombreux disciples à suivre sa religion, à conquérir le nirvana^ pour épargner la souffrance d'exister à de fantomatiques créatures de l'avenir?

En fait, nier le moi, c'est nier la rétribution des actes et la transmigration. La mort sera

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le nirvana^ c'est-à-dire la non- renaissance. Or nos textes, qui nient le moi, affirment que le nirvana est difficile à conquérir. Çàkyamuni est très fier d'y entrer au terme de sa présente vie ; et, pour les simples mortels, c'est très beau d'être un srota-âpanna, un « entré dans le courant de la délivrance », c'est-à-dire de n'avoir plus que sept existences à traverser avant le « néant ». Car le nirvana^ dil-on, ne peut être que le néant, puisque, dans le moi, il n'y a rien de permanent. — N'avons-nous pas ici un amas de contradictions et d'absurdités? Si déraisonnable qu'on puisse supposer le Bouddha, il ne faut pas aller trop loin dans cet ordre de conjectures. Donc la dogmatique n'est pas l'œuvre du fondateur, mais le produit d'un travail plus ou moins heureux, surtoutmoins heureux, d'emprunt et d'adaptation; un ensemble de vues juxtaposées au hasard et revêtues de l'étrange logomachie propre aux bouddhistes. Comme toute secte, dira-t-on, la communauté des fils de Çakya s'est fait une métaphysique dont le Maître est bien innocent, et cette métaphysique est absurde parce que les moines ont été, de tout temps, des bonzes ^

1. Peut-être me pardonnera-t-on, malgré l'irrévérence grande, d'évoquer une des histoires pittoresques du Yinaya. Certain moine avait la fâcheuse habitude de ruminer : grand scandale, car on pouvait croire qu'il mangeait en dehors du temps fixé pour le repas. Le Bouddha, consulté, répondit à peu près : « Ce moine est un

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