DUT DE LA LOI BOUDDHIQUE
Prenons-y garde cependant. Si solide qu'il paraisse, ce raisonnement tend à nier le fait même qu'on affirme, à savoir la superposition, dans les mêmes esprits, de thèses contradictoires. 11 ne fournit pas la solution du problème. Si Çâkyamuni n'en est pas responsable, on demandera comment cette dogmatique incohérente s'est constituée.
Mais la question première est de savoir si les contradictions ont la portée qu'elles paraissent avoir ; si la foi du canon, dont la métempsychose déterminée par les actes, et la non-substantialité du moi sont les articles cardinaux, comporte en même temps la négation du moi et le nirvananéant. Ce serait, à notre avis, commettre une erreur que de s'arrêter à cette conclusion trop logique, trop limpide, mal conciliable avec les textes.
On l'évitera aisément et sans artifice subtil en examinant la définition que, d'après l'Ecriture, le Bouddha lui-même a donnée du but et du caractère de sa loi.
Comme cela lui arrive souvent, c'est par une comparaison ingénieuse qu'il s'en est le plus
ruminant, parce qu'il a été un animal ruminant dans sa dernière existence. Qu'ilrumine! Mais à vous autres je défends de remâcher vos aliments. » — En fait, les trois quarts du canon sont du rabâchage.
58 l'enseignement de ÇAKYAMUNI
clairement expliqué. — Un jour, lisons-nous, le Bienheureux séjournait à Kosambi clans le Bois de siusapàs (une manière de palissandre)*. Il prit dans sa main quelques feuilles de sinsapà et dit aux moines : « Qu'en pensez-vous? qu'estce qui est le plus, ces quelques feuilles que je tiens dans ma main ou toutes les feuilles qui sont dans le bois?» — « Ges quelques feuilles, ô Maître, que le Bienheureux tient en main, sont peu, et bien plus sont toutes lesfeuilles du bois. » — « De même, ô moines, cela est bien davantage, que j'ai découvert et ne vous ai pas expliqué, que le très peu que je vous ai expliqué. Et pourquoi ne vous l'ai-je pas expliqué ? Parce que cela n'apporte aucun profit, ne sert pas au renoncement, ne conduit ni au dégoût [du monde], ni au détachement, ni à la destruction [de la passion], ni à la paix, ni au savoir, ni à Tillumination, ni au nirvana : aussi ne vous l'ai-je pas expliqué. Que vous ai-je donc expliqué ? La douleur, l'origine de la douleur, le chemin de l'abolition de la douleur, voilà ce que je vous ai expliqué. Et pourquoi ? parce que cela est utile, parce que cela meneau nirvana-. »