‹ BouddhismeChapitre 26 sur 192 · Madhyamakiivatâra, p · texte numérisé non relu

Madhyamakiivatâra, p

RÉTliinUTION DES ACTES 6^

de la superstition des masses hindoues, et la philosophie religieuse qui reconnaît dans l'acte moral et rétribué le moteur et la norme des métempsychoses ; or je suis porté à penser que Çàkyamuni a peut-être, dans une mesure plus large qu'on ne l'admet d'ordinaire, contribué à épurer et à fixer les idées sur ce point. Mais on ne se trompe pas en voyant dans le dogme de la transmigration et de l'acte, la pierre angulaire et la raison d'être de l'enseignement de Çàkyamuni.— Nous savons que le Maître reconnut pour siens et admit sans noviciat les Jatilas, adorateurs du feu, « parce qu'ils croient à l'acte ^ ». Plutôt qu'un dogme, c'est un axiome confirmé par le raisonnement. D'une part, en dehors du « fruit des œuvres », il n'est aucun moyen d'expliquer la diversité des conditions et des caractères : ce qu'on appelle vulgairement le destin, la volonté divine {claiva)^ n'est autre chose que l'œuvre accumulée des vies antérieures; les dispositions morales, bonnes ou mauvaises, que nous apportons ici-bas, sont produites par des actes qui déjà ont été

1. Mahâvagga, i, 38, 11. — Cette information a été signalée d'abord par MinayefF {Grammaire pd/ie, trad. Guyard, p. xxxviii) et relevée par Senart, Légende, p. 416; elle est importante par la relation qu'elle établit entre les bouddhistes et les « adorateurs d'Agni » [agg'iha). [Je ne suis pas sur que Rockhill, Life, p. 140, qui confirme le Maliavagga, en soit indépendant; sources chinoises, Watters, Yuan Chwang, II, p. 35]. Dans Avadânaçataka, II, p. 111, Çâkyamuui est (( jalilapravrajitapariv;ira ».

68 l'enseignement de çakyamuni

récompensés ou punis, au ciel ou en enfer, et qui par surcroît forment notre actuelle moralité. D'autre part, l'esprit n'est pas du même ordre que matière. Le sagace roi Pâyâsi peut s'amuser à disséquer les condamnés à mort pour chercher l'âme, à les emmurer pour que leur âme ne trouve pas d'issue, à pratiquer de savantes pesées du corps vivant et du cadavre pour déterminer le poids du principe vital; les mécréants peuvent soutenir que la pensée naît du mélange des éléments matériels comme la force enivrante de la fermentation du riz : ce sont là des enfantillages. Puisque rien ne se crée, il faut bien que l'être intelligent soit éternel. Sauf des cas très rares, la rencontre des parents est nécessaire à la conception ; mais celle-ci suppose toujours la présence d!un gandharva^ être matériel mais subtil, qui vient d'animer un corps quelconque, divin ou animal, et cherche à se réincarner; quelquefois le principe qui transmigre est défini comme purement spirituel : « Si la pensée ne descendait pas dans le sein de la mère, ô Ananda, Tembryon d'un mois ne s'organiserait pas en embryon d'un mois, ni celui de trois mois en embryon de trois mois », et le reste. Ainsi parle le Bouddha^

1. Digha, II, p. 63. — Aussi l'âge est-il calculé à partir de la conception, (( à partir du moment où dans le sein maternel la première pensée s'est produite, la première connaissance manifestée » (Mahâvagga, i, 75).

nÉTititn;i niN uES actes 6q

La loi de la rétribution des actes dans une vie à venir est le fondement inébranlable de \ la « morale vulgaire », — nous verrons tout à l'heure le sens de cette expression. Les bons seront récompensés et les méchants punis, \ soit qu'il existe une grande puissance, la loi personnifiée, de laquelle on ne peut cacher ses péchés les dérobât-on à tout le monde \ et un livre, semblable au registre des banquiers, où sont marquées toutes les dettes 2; soitque lèvent de leurs actes pousse les morts dans les enfers, dans les matrices animales, dans les cieux ; soit enfin, et c'est la solution la plus orthodoxe, que la pensée, chargée de l'impression de ses désirs et de ses actes, déterminée par les objets qui l'occupent au moment de la mort 3, s'organise elle-même le corps et la destinée qu'exige la rétribution.

La loi de l'acte explique aussi le cosmos : sans qu'un organisateur du monde (Brahmà) y soit nécessaire, la masse des actes des créatures individuelles fait sortir l'univers du chaos après chaque destruction périodique. Le paon, être vivant, réincarnation d'une âme responsable, doit sa belle queue aux œuvres qu'il a jadis accomplies; le lotus, être inanimé et créé pour

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