VÉRITÉ DU CHEMIN
fait, est causée » Ce non-né, ce non-causé, immuable et exempt de douleur, c'est \e nirvana; nos textes le définissent d'habitude dans des termes empruntés aux brahmanes et qui, chez ceux-ci, désignent non seulement la fin dernière, mais encore l'être suprême, transcendant et immanent.
Reste à expliquer le chemin du nirvana : rien ne manque à la clarté de l'enseignement canonique. Le désir produit l'acte, qui produit la rétribution dans une vie à venir (deuxième noble vérité, dite « de la production de la douleur ») : ceux qui redoutent l'enfer et convoitent les joies célestes pourront, par la suppression des mauvais désirs, par l'aumône, la pénitence et les sacrifices, obtenir des paradis éphémères, — non cependant méprisables; — mais, pour échapper à la transmigration, pour arriver à l'île du nirvana, il faut éliminer la cause de la transmigration, c'est-à-dire le désir ou la « soif», il faut pratiquer ce que les bouddhistes appellent la « conduite pure » ou « de Brahma », c'est-à-dire l'absolu renoncement. Le saint qui est détaché du plaisir, de
1, Udâna, p. 80.
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l'existence et de la non-existence, qui a rejeté le désir des jouissances sensibles, le désir de vivre, le désir de l'anéantissement, sera délivré de l'existence. Telle est la « noble vérité du chemin de la destruction de la douleur ».
Ici, comme ailleurs, Çâkyamuni a eu des devanciers.
Yajnavalkya, un des sages les plus célèbres du vieux Brahmanisme, presque aussi intéressant que Çâkyamuni et qui n'est pas sans avoir avec lui quelques traits communs ; — de même que le Bouddha, d'après une vieille tradition, est mort d'une indigestion de viande de porc, animal immonde; de même Yajnavalkya, parmi les casuistes qui prohibaient la viande de vache, animal sacré, répondait crûment : « J'en mange quand elle est tendre^ »; — Yâjiiavalkya, disons-nous, a failli découvrir cette vérité que le salut appartient à « ceux qui ne désirent pas». 11 a définile théorème dont le Bouddhisme a fait la deuxième « noble vérité », à savoir que la destinée des créatures est réglée par leurs désirs : « Celui qui fait le bien, dit-il, renaît bon; celui qui fait le mal, mauvais; tel le désir, tel le vouloir, telle l'œuvre, telle la destinée. » — « Mais celui qui ne désire pas, que devient-il ? » demande alors le vieux brahmane. Malheureusement, imbu des conceptions